2011
Une chambre à soi _ communiqué Le Polaris, Françoise Lonardoni.
Dans les peintures de Jérémy Liron, des bâtiments modernes, enchâssés dans des toiles carrées, semblent gagnés par la métadonnée picturale : aplats au chromatisme insistant, coulures en lisière, contrastes lumineux intenses. La série des « landscapes » joue comme un scenario qui conduit de scène en scène : des lieux ouverts et fermés à la fois, sans aucune présence vivante, provoquent par un effet d’insinuation, l’effet du début de la fiction. Par des inflexions du cadrage, des interruptions et des fuites, les bâtiments de Jérémy Liron montrent et explicitent ce fait ancestral : la peinture qui les constitue n’est rien qu’un emboîtement de plans colorés, mais tout autant un écran idéal pour la projection de l’imaginaire.
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2010
De la lithographie... _ Le Progres, Danielle Devinaz.
Le peintre Jérémy Liron est le dernier invité de la saison à l'URDLA, Centre international de l'estampe et du livre. Repéré par le directeur de l'atelier, Cyrille Noirjean, il s'est vu proposer de travailler sur l apierre lithographique pour la première fois. "Je m'intéresse aux volumes, aux bâtiments qui produisent un effet de présence explique Jérémt. Mon travail met en exergue les rapports entre architecture et végétal. Et si mes paysages urbains ne sont jamais habités, c'est pour éviter tout effet d'anecdote". "J'ai aimé les effets de matières. La lithographie renvoie à la peinture dans ce qu'elle a de manuel et à la photo pour le rendu des matières et la reproductibilité, poursuite l'artiste". Aujourd'hui de 18h30 à 20h, il dévoilera les cinq lithos en noir et blanc tirées sur le spresses de l'URDLA.
Archiecture déserte _ tissage en filigrane, Ana Vittet.
Dans tout le grand monde et tout le grand paris, j'ai trouvé un petite salle blanche, plus ou moins un cube, aux murs troués par des images. Ces images sont les pensées à demi-formulées d'un homme - combien elles me le rendent pour une première fois familier. Jérémy Liron peint l'architecture, les blocs énigmatiques des villes - ces tours et ces structures, dressées comme des énigmes et semblant n'être nées de nul esprit humain, de nulles mains humaines : plutôt là comme depuis toujours, et inhumaines : ainsi, elles nous renvoient à nous-mêmes. Dans la solitude.Et pourtant, parce qu'on voit ici, de l'intérieur d'un cube, ces architectures lisses (lisses, même lorsqu'elles sont décrépies : sans empreinte humaine) à travers le regard d'un autre, celui de Jérémy Liron, on n'est plus seul face à elles. Et pourtant, parce qu'on voit ici, de l'intérieur d'un cube, ces architectures lisses (lisses, même lorsqu'elles sont décrépies : sans empreinte humaine) à travers le regard d'un autre, celui de Jérémy Liron, on n'est plus seul face à elles. L'impression d'étrangeté n'en est pas amoindrie - elle l'est d'autant moins qu'à l'évidence étrange des bâtiments peints fait écho l'évidence étrange des murs blancs de cette pièce presque vide. Ce n'est par ailleurs pas parce que nous sommes plusieurs à voir l'étrange que celui-ci en est dissout : au contraire, il s'en voit confirmé (nous nommons l'étrange et l'étrange nous nomme ainsi - l'étrange a envahi-). Dans le reflet d'une des peintures, aux immeubles blanc cassé et troués de noirs, je vois soudain un grillage. Ce n'est que celui peint sur le tableau d'en face, auquel je tourne le dos. Mais combien ce grillage semble de plus épaisse matière à travers le filtre de deux peintures qu'à travers celui d'une seule - combien je le vois à présent. Peintures qui révèleraient à notre vue ce que l'on voit chaque jour. Pourtant, je ne vis dans cette salle aucune révélation : mes yeux sont eux-mêmes peinture, aussi suis-je habituée à voir le monde à travers ce filtre. Seulement, je ne peins pas exactement comme Jérémy Liron, même avec mes seuls yeux. Ainsi puis-je avoir ici le surplus d'expérience donné par le fait de voir par les yeux d'un autre. J'entends sa voix calme.
Et je veux bien rester ici quelque temps à regarder et à écouter. A mon calme froid s'ajoutera le calme froid de Jérémy Liron, comme s'y est depuis longtemps ajouté le calme froid de l'architecture déserte des villes nouvelles.
Dans la solitude _ Almanart.
Jérémy Liron est un des artistes contemporains qui tisse la future renommée de la peinture figurative française ; une sérénité, un silence, accompagnent ses motifs banals : des paysages urbains ou simplement un immeuble, brossés sans perspective, sans jamais qu'un être ne les habite; curieusement ce n'est pas glaçant ; ses récentes œuvres vont encore plus dans ce sens.
Dans la solitude _ contretemps (carnets), Arnaud Maïsetti.
Tableaux qui délimitent, sur un coin de mur, comme la totalité d’un monde retranché (de silhouettes, de visages, de tout ce qui se place en regard de l’immeuble pour lui donner sens : et le confronte, et l’absente sous la plus frontale représentation du réel).
Et face au tableau, on est dévisagé de tout ce qui bruit hors-champ, et dont on est une part, la part sensible la plus abstraite : le regard retourné comme un gant du tableau qui le protège, mais révèle aussi l’obsession qu’on y trouve, à s’y plonger encore et encore.
La durée que le tableau nous impose — exige de nous, plutôt — est une durée sans repos, sans saillance, sans non plus de terme : une sorte de coulée de vie qui n’interrompt rien, que rien ne vient croiser. À la surface, le long délié des secondes, la narration in medias res d’un fragment de réalité qui porte l’histoire sans objet, sans sujet, sans fin. Non pas fragment arrêté du monde, donc, mais sa ligne fuyante.
Sur la surface de la toile, toute cette profondeur de choses qui écument par endroit : c’est le choix du cadre — et même du montage (par exemple, tel triptyque séparé de quelques centimètres, chacun des trois tableaux étant une totalité suffisante, mais enveloppé dans le tout que constitue l’ensemble des trois toiles : et ainsi, pour tous les autres tableaux, même sans dispositif "triptyque", chaque toile semble partie d’un tout qui nous est dérobé).
Dans l’abstraction la plus simple (raconter avec les mots les plus simples), les lignes droites, les figurations les plus explicites du monde, se loge l’infinie complexité de ce qui se dresse : une paroi nue, une façade, une étendue littérale d’il y a — mais tout ce qui fait de cette présentation brute des choses une représentation projetée de sa verticalité muette nous la rend impossible, comme si, sous la simplicité, le travail représente la présence nue : en isolant le monde dans une galerie, sur une toile (et qu’y-a-t-il de plus séparé qu’une toile posée sur un mur ?), la toile nous le rend à son mystère.
Cette question ouverte comme un gouffre, mais qui rend ces toiles si dangereuses, si désirables : comment la présence peut-elle être pensable quand elle se présente dans sa séparation ?
C’est que, dans l’angle brut d’une façade levée sur la toile, se constitue peu à peu la dimension unique d’une profondeur étale : l’objet possède la même présence qu’un masque de peau déposée sur le visage du mort. Et le mort pourrait se lever et nous parler, ce serait vraiment, oui, dans l’ordre des choses.
Je parle de la toile et cela ne veut rien dire, ici, dans la galerie où je passe de l’une à l’autre, où passent de l’une à l’autre les énergies croisées qui donnent sens (je veux dire : nécessité) à chacune. Je ne sais ce qui préside à l’ordre des tableaux accrochés, et à quelles règles impérieuses et arbitraires l’artiste se livre au moment où il les place. Mais sentiment que se joue là le véritable récit de ce lieu : entre les toiles s’échangent des espaces et des forces brutes ou plus subtiles, des territoires à dimension inégale où le flux traverse. On est, soi-même, au milieu de l’échange : à la fois ce qui reçoit et ce qui organise : ce qui est le sens de l’énergie délivrée, et ce qui donne à tout cela vitesse, précipitation intime, recueillement universel des lieux traversés par les toiles.
Paysage est ce qui nomme le déroulé de la réalité abstraite, arraché à son tissu éprouvé dans la vie, et donnée dans la séparation différée du tableau, traversant une concrétude indiscutable, qui nous observe : impose qu’on y prenne part sans quoi le tableau resterait infranchissable.
« Landscape(s) » — escape, échappé de sens aussi : découpe infligée sur la vision. Un immeuble au milieu d’un tableau représentant un immeuble au-milieu de sa nature — et aucune différence d’essence entre l’immeuble et le vert qui l’entoure : le paysage habite sa représentation. Ce qui le peuple est sa reconnaissance.
Reconnaissance : immeubles et parois, et paysages : figuration nette, préhensible, comme une part de la mémoire de nos villes. Mais qu’importe que ces tableaux aient un modèle réel ou non : toujours ce que le tableau construit, c’est le geste qui nous défait de sa présentation, qui va le rejoindre, qui le détermine un peu, sans termes et sans figures.
Mémoire des villes : on les connaît, ces endroits de grande neutralité, si neutre que laideur, beauté, tout jugement vient s’abîmer sur la simple évidence du lieu, de l’avoir lieu sans pudeur ; une piscine sur un toit, un immeuble lépreux, au loin, un angle de mur droit mangé par le lierre. Neutre : non pas insensé. Non pas même : neutralisé par. Neutre comme un regard posé sur un monde qui soudain ne nous appartient plus : s’objective.
Objectivité :
1) Terme de philosophie moderne. Qualité de ce qui est objectif ; existence des objets en dehors de nous.
Mais en dehors de soi, on sait bien que les objets n’existent pas. Quand on tourne le dos au monde, on arrache aussi toute sa présence. Non, les objets, quand on n’est plus là, ne sont plus là non plus. Tableau qui surprend la présence des choses dans l’absence de tout ce qui l’entoure. On imagine un musicien capable de produire le son d’un arbre mort qui tombe seul au milieu de la forêt. Tableau qui porte cette exigence.
2° Terme néologique de littérature et de beaux-arts. Perfection du style, du dessin, de l’exécution en général, qui fait qu’un objet d’art prend une existence individuelle et un caractère tout à fait indépendant des idées particulières de l’auteur. L’objectivité est très puissante dans Shakespeare, dans Molière.
Évidence réalisée de l’individualisation du monde dans le partage qu’on éprouve : on pourrait habiter ce monde, peut-être, et peut-être, déjà, l’habite-t-on quand on le regarde. Au plus juste : on y est habité tant qu’il n’est plus possible de le voir sans se voir dépeuplé par le monde. Le tableau nous dépouille de sa présence.
Concrétude abstraite, abstraction sensitive, évidence et il y a : mais qu’on se penche, un peu, et pas trop longtemps (on risquerait de tomber), et l’on verrait, sur le bas de la toile, la coulée de peinture qui se montre. La matérialité de la couleur qui descend, par goutte, pour venir rayer de tous ses ongles les figures si précises de la représentation. Ce n’est plus le réel qui est comme une toile : c’est la toile qui soudain se donne comme toile, jusqu’à exhiber sa forme dans sa constitution, jusqu’à se dénoncer, désigner par elle-même le processus qui l’a fabriquée, et figée dans un continuum de production qui serait un défaut d’être : défaillance qui rehausse l’art à son incandescence structurante.
Sur les bords de la toile, de même : on a laissé à nu l’arrière-monde du tableau. La toile n’est pas peinte en ses bords, mais ce n’est pas ce qu’on voit en premier. En fait, ce n’est qu’au bout de l’expérience du tableau qu’on le remarque — sur les côtés, au-dessus, et parfois en-dessous, la toile blanche, rêche, âpre, possible de figuration, comme arrêtée. Je pense aux dernières toiles de Monet : l’abstraction des nénuphars, et le geste de laisser pareillement les bords sans peinture. Et alors on se demande : qu’est ce qui est intact, du bord ou du centre ? Intact de quoi, au juste ? Qu’est ce qui entoure la représentation ? Qu’est ce qui la précède aussi ? Qu’est ce qui est derrière la figure peinte ? La toile elle-même ? La vie blanche qui l’a produite ?
Je pense à Monet, à cette explication aussi qu’on donne à cela : la folie de la peinture. Qu’une forme n’est acceptable que lorsque qu’elle touche à la folie. Lorsqu’elle donne place à sa folie. Qu’elle situe la folie en ses marges, comme l’instance qui rend possible le centre figuré. La figuration précise de sa possibilité. La folie repoussée aux bords du réel.
Alors, dernière question — en laquelle tout est contenu, tout se résout — : d’où vient l’émotion de la toile ? Produite par elle, ou enveloppée d’abord en elle. D’où vient, ce qui importe le plus : la grande émotion quand on se tient devant elle ? La beauté évidente n’en produit pas de telle. L’intelligence et la maîtrise technique non plus, au contraire. Peut-être est-ce la superposition des strates et des imaginaires.
J’ai parlé de la surface et de la profondeur, miroitante. J’ai dit aussi, un peu, le rapport du temps, de la présence et de la durée. J’aurais voulu dire, plus, de l’articulation entre l’abstraction et la concrétude réalisée. Surtout, il y aurait comme une latence dans la toile, un récit souterrain en attente, l’instance toujours repoussée de sa production. Comme imminente, la toile retient jusqu’à elle le moment où elle va se donner : jusqu’au moment où on l’écrit, et qu’on prolonge, un peu, le souvenir sans durée de sa beauté.
Journal de la culture/le tour des galeries _ Arte, Journal, Jérôme Cassou.
Le marseillais Jérémy Liron conçoit chacune de ses toiles comme le début d’une séquence de cinéma. La ville qu’il peint ressemble à une banlieue désolée, fait no man’s land. C’est un décor, l’homme en est totalement exclus. Rien de tel pour provoquer le mystère sous un ciel impeccablement bleu.
A découvrir dans les galeries _ Arts Magazine.
Un mur, un coin d'immeuble, un collège, un jardin...les images de Jérémy Liron défilent ici comme celle qui nous échappent lorsqu'on voyage en voiture.Mais devant les peintures de ce marseillais d'à peine 30 ans ( qui vit et travaille à Lyon), on prend le temps de se poser car toutes nous invitent à y projeter notre humeur. Des toiles qui se voudraient finalement le support idéal de notre journal intime.
Jérémy Liron, l’humble usage des objets _ Le permanent, Stephane Lecomte
Il y a des livres comme ça qui vous marquent tant par leur écriture que par ce qu’ils dégagent. Le petit livre de Jérémy Liron est de ceux-là. Consacré au bricolage, à cette pratique ancestrale, le livre nous emmène dans une discussion entre artistes.
Il n’est pas étonnant que je parle de ce livre, puisque cette question du bricolage m’intéresse au plus haut point. Le bricolage en art, ou pas d’ailleurs. Mais, ici, il s’agit de ce qui fait bricolage en art. Dans ce livre, Jérémy croise ses références littéraires aux références artistiques ou encore philosophiques, tout ceci donne un texte d’une composition personnelle, sur ce sujet toujours d’actualité. L’auteur nous emmène au fils de ses rencontres avec des artistes qu’il connait (Nelli David, Yann Eouzan, Emilie Perrotto, …) pour composer un texte bricolé de notes de son journal et de son blog. Tout le long du livre, j’ai été sensible à l’écriture, et à la justesse du propos. Tout le long, je me suis dis qu’il visait juste, qu’il écrivait parfaitement ce que je ressentais sur ce bricolage.
J’en viens aux faits. Et pour ceci, je m’aiderais de citations du texte de Jérémy Liron. Le bricolage c’est quoi? Après nous avoir rappelé les définitions que nous propose le dictionnaire, l’auteur nous parle du « bricolage comme une activité rêvante. » Les exemples se suivent et ne se ressemblent pas. Le constat est clair, pourtant, aujourd’hui, le « faire bricolé » est à l’honneur. On peut déceler chez certains travaux une esthétique du bricolé, comme un effet de mode. « Avec Dada, l’assemblage, l’hétéroclite, le non fini, bref, le bricolé, s’inscrivent dans une critique du classicisme bourgeois, du nationalisme réactionnaire qui sévit à l’époque. Aujourd’hui, il semblerait parfois que ce soit l’inverse: il est de bon ton d’installer des archipels d’objets bricolés. C’est in. »
Mais le bricolage, c’est bien cette activité de l’économie qui nous fait travailler avec ce que l’on a sous la main, sur le tas, avec ce « ça peut toujours servir » que l’on collectionne en vue d’une éventuelle réalisation. Et ainsi, l’histoire de l’art n’est fait que de bricolages, on pourrait remonter très loin, on peut citer l’assemblage d’un guidon et du scelle de vélo chez Picasso, ou d’une roue de vélo et d’un tabouret chez Duchamp. Le bricolage est bien présent, et il n’entraîne pas forcément tout un discours explicite, voir même conceptuel. « À la distance réflexive et conceptuelle on préférera l’expérience intuitive et concrète même si elle ne nous permet pas de dire des théories. » Et l’auteur d’insister sur ces « bricolages qui se positionnent à l’inverse de l’art d’entrepreneur avec ses armées d’assistantes et ses budgets hollywoodiens. »
Ce qui rapprochent ces bricoleurs c’est bien ce désir de faire un monde, un monde non loin de l’enfance avec tout ce qu’il a de naïf, un monde parfois provisoire, fait de rien, où l’artiste fournit le matériel pour faire voyager le spectateur. Il y a ces questions de fiction, de réel, tant pointées par certains ( là aussi, on pourrait parler d’un effet de mode), mais le bricolage est bien ce mode opératoire qui nous emmène ailleurs avec des rebuts de la réalité. Jérémy Liron parle d’un ré enchantement que proposeraient les bricoleurs. « Le bricolage comme l’image d’un monde disloqué, émietté, et la mélancolie comme cet état spécial de l’homme qui, comme l’homme de la Renaissance et du Baroque passant du monde fini aristotélicien à l’infini des plis s’en trouve à la fois aspiré de vertige et accablé ou angoissé par le vide ou les espaces infinis que sa pensée soudain creuse. »
Quand on parle bricolage on pense à Rauschenberg, on pense à Schwitters, à Labelle-Rojoux, on pense à Vincent Labaume, à Van Caeckenbergh, à Filliou, à Dupuy, à Duchamp, aux poètes bruitistes, et à tant d’autres encore. « On bricole bien souvent avec des rêves. Les rêves bricolent avec la réalité. » Ce livre est bien d’une richesse incroyable. Il ne promet pas une réponse exclusive sur le bricolage, il propose un état des lieux sur une pratique si bien connue de nous tous, mais souvent ignorés car il faut le rappeler est qualifié de bricolé ce qui ne fait pas sérieux.
Du côté des galeries _ Stéphanie Pioda, Beaux Arts Magazine.
Dans la lignée d’un Peter Doig, le jeune Jérémy Liron a commencé sa série de paysages urbains en 2006, à peine sorti des Beaux-Arts de Paris. Il les numérote comme s’ils participaient d’une narration précise, instaurant un jeu entre le paysage et les bâtiments, entre la nature esquissée et la trace de l’homme, en gros plans ou vus de loin. Les édifices imposent leur présence comme le triomphe de la modernité.
Jérémy Liron, dans la solitude _ Beaux Arts Magazine.
On y respire et s’étouffe en même temps. A la lisière de la ville et des champs, les immeubles de Liron sont peints comme des masses opaques, rafraîchies par quelques buissons. Le terme phare de « solitude » donne à lire ces vues comme des états de la conscience.
Je n’aime les débris qu’au large (en long et de travers) _ appeau vert, Philippe Agostini
L’humble usage des objets, de Jérémy Liron, dès le prologue, donne le ton : « Ce texte a été écrit dans sa version initiale, à la suite d’un diner lors d’une résidence d’artiste […] la réflexion m’avait été suggérée par les quelques expositions que j’avais pu visiter à l’époque […] il m’arrivait régulièrement de continuer la discussion à part moi , en marge de carnets lors de mes voyages en train, d’accumuler des notes désordonnée et parfois contradictoires sur quelques bricolages artistiques ou quelques œuvres bricolées […] A l'invitation de Josué Rauscher enfin, j'ai assemblé ces quelques notes : incomplètes et hasardeuses, se récapitulant souvent, désordonnées, propos bricolés en somme. »
Le livre est ainsi composé d’une suite de réflexions, délimitées par une formule qui en trace les contours flottants, sans qu’il n’y ait d’étanchéité entre chacune d’entre elles. Les fils conducteurs sont simples (Pauvre artiste, faire bricolé, impatience et délassement , un côté régressif…), décliné en une vingtaine d’items, qui sans chercher à approfondir se contentent d’explorer - comme l’on construit justement ce type d’objet par gestes successifs, en tournant autour, en déplaçant progressivement l’une ou l’autre des pièces, en rebondissant sur l’une ou l’autre des propositions… - des pistes sur la nature et la fonction de cette forme esthétique.
De la contrainte économique, qui amène à considérer de modestes matériaux pour en faire de pauvres objets, dont l’effet peut parfois relever d’une certaine préciosité, de l’attitude volontaire ou désinvolte qui, d’un geste machinal, compulsif ou distrait, conduit à fabriquer, en passant le temps, de petites poésies visuelles… Jérémy liron pose une suite de jalons qui sous-tendent, tour à tour, plusieurs de ces objets dont, bien souvent, sans l’espace où ils sont mis en valeur, on ne relèverait que l’indigence de leur matière, de leur forme, de leurs assemblages précaires… De l’emprunt à l’art populaire (en mimant ses mines) aux différents modes d’assemblages (rafistolage, empilement, montage, emboîtement…), il appuie son propos sur de multiples exemples (artistes et ou attitudes), croisant ainsi diverses pratiques de la sculpture à l’installation en passant par des incises sur le cinéma et l’architecture.
Ce bric-à-brac d’objets prend forme, peu à peu, s’ordonne au fil des pages, tel un petit mécano de poche. Parfois, les reliefs d’un repas ressurgissent, comme autant de volumes qu’une main distraite déplacerait, le temps d’une phrase, pour animer le plateau de la table, s’animer, se mettre en ordre de marche et s’écrouler sur le bord d’une assiette, devenant des ruines ou redevenant des restes.
Toutes ces cas de figures sont des signes qui, dans un certain ordre entrecroisé, combiné, produisent, par frottements, des étincelles de sens. Le petit livre de Jérémy Liron, sous l’humble aspect d’une suite de notes, rassemblée autour d’une question relativement contemporaine, l’usage des objets et du bricolage dans l’art, n’est ni un essai théorique, ni un texte critique, mais une sorte de conversation qu’il nous propose simplement de partager.
Liron, 2010 _ Espace Holbein.
Jérémy Liron expose à nouveau chez Isabelle Gounod. Fidèle à sa galeriste. Des œuvres sur toile sont montrées et puis des travaux sur papier. Tout est encadré de petites baguettes de bois naturel ou blanc. Et tout ne peut se regarder qu'au travers de plexiglas. Le regard doit sans cesse jongler, se jouer des reflets des visiteurs et des éléments architecturaux de l'espace qui les contient. La peinture de Jérémy Liron ne renferme jamais de figure humaine, si ce n'est celle de son propre reflet lorsque l'on se trouve face à l'œuvre.
À ce titre, l'héritage de Francis Bacon est bien présent : les tableaux -comme les grands triptyques de Bacon- sont des objets, isolés du reste du monde par leurs bords, d'une part, et par leur surface de protection et de réflexion, d'autre part. Jérémy Liron accorde d'ailleurs pas mal d'importance à cette dimension de l'accrochage et de la présentation de ses peintures. Il a, par exemple, introduit dans ses toiles les plus récentes des petites marges intérieures de couleur claire qui sont destinées à tempérer le rapport trop brutal du cadre en bois et de la peinture. Ce qui reste extrêmement intéressant dans une exposition de Jérémy Liron est l'exigence mise en œuvre dans l'organisation de l'accrochage : on peut déceler des suites logiques, des renvois, des mises en situation et puis aussi des respirations (nous avons en mémoire les monochromes carrés bleu-ciel qui s'interposaient entre deux toiles dans une précédente exposition).
Et nous nous poserons la question de la solitude : être Dans la solitude. Celle du regard ? Celle qui permet - tout en le contemplant - d'épuiser un lieu vidé de personnages qui pourraient la distraire ? La poésie de ces lieux fera sans doute que nous continuerons à aller les regarder.
Jérémy Liron chez Isabelle Gounod _ Claire Combelle.
Sa peinture nous parle de la contemplation de lieux situés en marge de notre urbanité. Ces « portraits » d’immeubles, l’artiste les baptise « Landscape ». Je n’ai pas réagi au premier abord à ce titre qui porte en lui une contradiction. Celle d’appliquer à un espace urbain le titre de «Paysage ». Et puis à bien y regarder, ce sont évidemment des paysages : des paysages urbains. Si tant est que l’on réfléchisse un temps à la notion de paysage. C’est ce à quoi Jérémy Liron nous invite par sa peinture et aussi à nous pencher sur les lieux que la banalité de notre quotidien finit par occulter.
Jérémy Liron, dans la solitude _ ParisArt.
Depuis 2006 Jérémy Liron poursuit la série des «Lanscapes», ces «paysages» qu'il numérote telles les séquences d'un scénario, où sur la «toile» que l'on peut percevoir comme une surface hypnotique le regard oscille entre le tableau perçu comme un ensemble et certains des éléments qui le composent. Si le tableau est pour l'artiste une réalité construite, il est aussi construction d'une fiction.
«Le tableau, c'est quand le monde se dresse dans un face à face éloquent. Et que dans cette éloquence même, les mots semblent s'être absentés, vous laissent seul. Dans ses travaux récents, la peinture s'affirme, plus encore qu'à l'habitude peut-être, en tant que réalité construite conjuguant géométrie, souvenirs et lectures: ce qui vient au devant du monde et glisse dans les images que l'on s'en fait. S'impose en même temps, par l'emploi de la perspective notamment, et par l'ajustement ambigu des plans, quelque chose d'un aveuglement; aveuglement semblant servir une pure démonstration mentale de la présence des choses. Et dans cette solitude de l'expérience du monde, dans ce renvoi de soi au monde, le journal du regard qui se constitue développe un récit sans contours dans lequel chacun trouvera la place d'y projeter ses ombres.» JL
«Pour ma part, j'ai seulement envie de raconter bien, un jour, avec les mots les plus simples, la chose la plus importante que je connaisse et qui soit racontable, un désir, une émotion, un lieu, de la lumière et des bruits, n'importe quoi qui soit un bout de notre monde et qui appartienne à tous.» J.M. Koltes
Jérémy Liron _ Art Absolument..
Jérémy Liron peint des stéréotypes d’architectures banales, créant des paysages urbains non dénués d’une certaine mélancolie. Il établit ainsi un puzzle, dont chaque tableau explore une parcelle d’une géographie imaginaire et recomposée. Les non-lieux qu’il reproduit d’après souvenir sont tous recouverts d’une plaque de plexiglas, ce qui ajoute à l’effet de distanciation. Pans de peinture et détails en gros plan se côtoient lors de cette exposition à la Galerie Isabelle Gounod.
Liron _Ouest-France.
Depuis sa sortie de l'École supérieure des Beaux-arts de Paris en 2006, Jérémy Liron travaille et traque l'image du paysage urbain avec obsession. Ses toiles au format carré jouent sur l'illusion et la mise à distance.
Un vendredi soir sur la terre _ bua'bloc, Olivier Tacheau.
La Galerie 5 a inauguré vendredi 6 mars l’avant dernière exposition de sa saison 2009-2010 simplement intitulée Jérémy Liron, 12 tableaux. Au-travers d’une enfilade de douze fenêtres ouvertes sur des paysages finis et en apparence immobiles, l’installation questionne notre rapport au temps et à l’espace pour “Faire et réfléchir l’expérience d’un monde qui se jette à nous dans son immobilité même” ainsi que l’exprime l’artiste pour parler de son travail. Pour mieux appréhender et comprendre ces toiles, on se reportera au remarquable texte d’Armand Dupuy, publié chez publie.net ainsi qu’au supplément spécialement sorti pour l’occasion par les éditions Particules.
12 peintures _ Galerie 5, Lucie Plessis.
Jérémy Liron travaille et traque l’image du paysage urbain avec obsession depuis sa sortie de l’Ecole Supérieure des Beaux-arts de Paris en 2006. Ce thème, si contemporain, est paradoxalement traité par un médium qui tombe en désuétude : la peinture à l’huile. Sa persévérance et son attachement lui donnent aujourd’hui raison : ses toiles de format carré sont d’une force qui ne peut laisser indifférent, créant l’ambigüité de l’image familière et singulière. Dans ces « landscapes » observés lors d’hypothétiques voyages, l’artiste joue sur l’illusion et la mise à distance. Ses paysages urbains, ses immeubles, ses façades, captés d’abord par un processus photographique, sont subtilement déshumanisés, comme si l’économie créait l’esthétique.
Jérémy Liron reçoit parmi ses oeuvres _ l'avenir de l'artois, D. C.
Lundi 25 janvier, l'artiste était au Lab-Labanque, où il a pu rencontrer son public, son jeune public, des lycéens de Blaringhem mais également des CP et CE1 de Houdain, de l'école Léon-Blum.
Pour lui, c'est un exercice à la fois peu commun, puisqu'il expose surtout en galerie, et courant, puisqu'il est professeur d'art !
Le matin, la classe de terminale de STRH (Sciences et techniques des ressources humaines) est venue pendant deux heures, après un travail préparatoire important. Ils ont rédigé un courrier au peintre, dans lequel ils lui ont expliqué avoir été intrigués par ses oeuvres et qu'ils avaient besoin d'explications. C'est avec l'association Résonance culturelle que les élèves ont préparé cette rencontre, avec leur prof de philo.
Le matin, donc, place aux grands. Premier temps, un échange autour d'un petit-déjeuner. Ils sont 26 et Jérémy Liron a l'air presque aussi jeune qu'eux.
C'est lui qui lance la discussion : qu'est-ce qui les a les plus frappés dans l'exposition ? Maxime, qui a l'air féru d'art, l'interroge : quelle méthode a-t-il utilisée ? « L'intérêt d'un tableau, est-ce sa capacité à représenter les choses ? Un tableau, est-ce quelque chose qui doit retranscrire la réalité ? » Pour Maxime, c'est « oui et non », parce qu'il y a la liberté de l'interprétation... « Je me pose des questions »
Les deux toiles bleues, des quasi monochromes, ont été un des sujets de discussion entre les lycéens et l'artiste. « Ce ne sont pas des références gratuites ni une question de facilité, explique-t-il. C'est un questionnement sur mon travail et l'art en général. Quand on fait quelque chose, on sait que ça a été fait avant, on s'inscrit dans un archipel d'artistes. Je me pose des questions, comment je peux renouveler ça. » Jérémy Liron est aussi revenu sur sa démarche : depuis 2004, il travaille sur sa série Landscape(s), « avec une régularité presque mécanique » : ses toiles ont toutes le même format, et racontent par fragments des voyages qu'il a effectués : « On ne peut pas embrasser le monde en une seule fois », souligne Jérémy Liron qui retranscrit un « trajet désordonné » qui permet « d'être partout à la fois ». C'est comme un journal de bord, lui qui est aussi écrivain et qui a publié en 2008 un livre, une sorte de journal fictif. Un questionnement sur la continuité, le temps qui passe et son rapport à la mort. Pendant son voyage entre Lyon et Béthune, il a pris des photos dans le train, "beaucoup de photos", comme il l'a dit aux enfants de l'école Albert-Camus. À partir de quelques-unes de ces photos, et de notes prises dans un carnet, il a retranscrit ce qu'il voyait, pas fidèlement, pas non plus de façon tout à fait abstraite. « Combien de temps ça prend pour faire un tableau ? », a-t-il demandé aux minots. « Une heure et demi ? Deux jours ? Trois mois ? » En réalité, quelques semaines, entre les différentes couches d'huile, une peinture qui prend tout son temps pour sécher. Les enfants ont d'abord essayé de retranscrire un élément de ce qu'il voyait par la fenêtre du premier étage, le Furet du Nord, le rond-point... Jérémy Liron lui aussi s'est inspiré de bâtiments de Béthune, comme le mur rouge de la Comédie de Béthune. La toile a d'ailleurs été vendue. Mais pour les petits, pas facile de reproduire ce que l'on voit, les détails et les perspectives ! Jérémy Liron et les accompagnateurs s'y sont aussi essayés. Après cet exercice, les enfants ont visité l'exposition, un questionnaire à la main. Ils ont compris pourquoi les tableaux étaient sous verre ou sous une "vitre", comme ils l'ont noté : Jérémy Liron a ainsi reproduit la sensation qu'il avait eue en prenant ses photos, derrière la vitre du train. La classe de Madame Duriez en a beaucoup appris, ainsi, sur l'art moderne. Et sur l'art d'apprendre à regarder.
Deux autres oeuvres ont été déposées par le fonds national d'art contemporain pour une présentation à la commission d'acquisition, dont celle que l'on voit sur l'affiche de l'exposition.
Au Lab-Labanque Amalgamix et Jérémy Liron : paysages de crise… _ identité(s).
Quelques paysages de Jérémy Liron. Tous les repères y sont gommés et l’humain, absent.
(…)
Ce n’est peut-être pas évident ainsi présenté, mais « Le collectif a voulu donner une recette en quatre points pour réussir le parfait braquage, explique Guillaume, médiateur : la méthode, la banque, le butin, les voleurs. » A qui veut l’entendre, il décrypte le pourquoi et le comment pour mettre sur la voie celles et ceux qui, a priori, n’y comprennent rien à cet art contemporain, qui sera « classique » demain. Cet accompagnement se poursuit à l’étage, investi par les peintures de « Jérémy Liron qui poursuit son projet débuté en 2007 », pose le médiateur. Lui voit dans la vingtaine de paysages où l’homme, mais pas l’humanité, est absent « un triple voyage : de Lyon à Béthune, dans l’exposition et en soi-même. » Mais chacun a le droit d’y découvrir ce qu’il veut, l’essentiel étant de pousser la porte de l’ex-Banque de France.
Lyon-Béthune, le réel et le reflet _ Marc Lenot, Lunettes rouges Amateur d’art.
Dans la première salle de l’accrochage des tableaux de Jérémy Liron au centre d’art Lab-Labanque de Béthune (jusqu’au 31 janvier), le regard ne sait d’abord où se poser : plusieurs toiles occupent le salon, les unes aux murs, les autres au centre en biais, il faut circuler, se déplacer dans cet espace réduit, changer de point de vue. Les reflets dus à la couverture en plexiglas des tableaux déroutent et on ne sait comment se positionner face à ces deux quasi monochromes bleus qui passeraient presque pour des miroirs si l’un d’eux n’avait une coulure brune le raccrochant au réel.
C’est le propre des tableaux de Liron que de nous faire sans cesse douter du réel, de sa représentation illusoire, déformée : ces immeubles que nous avons déjà vus partout deviennent des formes abstraites, ces terrils deviennent des courbes de chair, des seins pointus, ces pignons aveugles deviennent des panneaux picturaux comme dans une fresque du Quattrocento, glaces de cheminée et lustres de cet appartement directorial bourgeois contribuent à l’illusion, à la création d’un espace pictural flottant. Cette autre toile ne laisse apparaître un banal immeuble qu’au travers de découpes noires qui en délimitent le champ, comme une vision du fond d’une caverne.
Une vue en contre-plongée fait ressortir un énorme cyprès, avec, à droite, des découpes formelles abstraites, cependant que les surfaces du premier plan, routes humides ou étangs, recréent un effet miroitant, la maison à peine visible n’étant plus qu’un élément du décor : est-ce encore un paysage ? Ou simplement une pure image mentale ?
Tout au fond de l’appartement, un tableau semble d’abord être entièrement habité par un pan de mur rouge, aveugle : l’architecture est à peine discernable, on peine à reconstituer les formes et les perspectives, comme dans une photo de Bill Brandt. Et toujours cette tension entre la présence de la peinture, coulures et taches incluses, et la distance qu’induit le plexiglas, le reflet.
Jérémy Liron étant aussi écrivain et critique, les salles sont aussi parsemées de petits textes poétiques; je les ai trouvés certes beaux, mais plutôt incongrus, et je ne suis pas sûr qu’ils aient enrichi mon expérience en ces lieux.
L’exposition du rez-de-chaussée m’a bien moins convaincu : le groupe Amalgamix joue du dispositif bancaire (hold-up, coffres, vidéo-surveillance) avec un humour potache qui n’est guère séduisant. Seule la composition du portrait-robot composite m’a semblé faire preuve d’un peu de profondeur.
Urban Gallery acte II _ Tout Ma Magazine People Marseillais, Jacques Lucchesi.
Cette fois l’accent était mis sur le paysage, mais un paysage réévalué à l’aune de l’urbanité. A l’exception de Patiwal, dont les tableaux oscillaient entre abstraction et symbolisme, les contributions des autres artistes-peintres participants – Jérémy Liron, Francis Ruzek et Nathalie Noé-Adam – s’inscrivaient dans le champ de la figuration moderne : style faussement négligé, tons souvent froids, sujets puisés dans l’architecture environnante et la vie quotidienne.
l’évidence feuilletée d’un monde _ pages à pages, Christine Jeanney.
Entre catalogue d’exposition et livre, L’évidence feuilletée d’un monde se place dans la collection Art & Portfolio de Publie.net. Cinquante pages intelligentes, réflexives qui, dès le début, donnent envie d’y revenir pour mieux saisir un projet à la fois large et pointu. Des textes font tremplin vers des toiles et leur apportent une perspective autre avec une liberté, une spontanéité qui marque une grande ouverture.
Armand Dupuy écrit à propos des tableaux de Jérémy Liron. Il se place à ˝hauteur d’homme˝, engage à laisser place aux sensations, accompagne jusque dans le doute devant ce qu’il faudrait saisir.
« Sans doute faut-il accepter de ne comprendre pas grand-chose en s’approchant d’un ensemble de peintures. Accepter également de ne pas en avoir compris beaucoup plus en s’écartant. Il suffit peut-être de se laisser saisir puis dériver avec, d’être attentif à la singulière présence de la somme, à la sourde inquiétude qu’elle peut provoquer. Se laisser déplacer tout en notant les pensées diffuses dans leur succession confuse. »
Une sorte de balance se créé entre textes et tableaux, faisant voyager de l’un à l’autre pour y trouver des résonances. Justement, le voyage est l’élément générateur.
Jérémy Liron travaille à Lyon et expose à Béthune d’où l’intitulé du projet, Lyon-Béthune (octobre 2009-janvier 2010).
« Il se pourrait que les tableaux de Jérémy Liron traitent des rapports entre l’immobilité du monde et les déplacements d’un sujet. Ou de l’inverse. Ou même, des mouvements et des actions réciproques de chacun dans l’autre. Il se pourrait qu’ils traitent de cette friction qui produit des étincelles. Car le monde file, il nous échappe, nous évacue. Nous luttons de toutes nos forces mais nous filons avec. »
Les paysages peints par Jérémy Liron, souvent des immeubles, marquent un temps d’arrêt dans une fuite. Armand Dupuy les prend tels que et les décrypte.
« On observe quelques tâches rouges ou brunes qui semblent essuyées sur la vaste façade blanche. On pense à Léonard de Vinci qui stimule son imaginaire dans les altérations des murs décrépis, on pense encore au coq qui se fait puis se défait quand le jeune Pierre Soulages s’approche d’une éclaboussure de goudron qu’il aperçoit par la fenêtre en faisant ses devoirs. On pense également à ce qu’on voyait dans les nuages, il y a longtemps, ou bien à ce qu’on discerne, le soir, fatigué, qui se débat dans le motif du papier-peint. »
Les dernières pages de ce portfolio donnent toute la place aux tableaux, montrés intégralement ou dans le lieu d’exposition, à l’intérieur du cadre qui leur est prêté, et c’est une autre résonance qui s’installe, en vis-à-vis d’un lustre, d’un parquet ou du reflet d’une vitre en écho sur la toile. La création en situation, née du monde et s’installant en lui.
« Jérémy Liron peindrait donc des écrans. Entendons le mot dans ses deux acceptions, bien sûr : ce qui entrave et ce qui constitue une surface de projection […] une surface où se réfléchir et s’apercevoir, ˝faire et réfléchir l’expérience d’un monde˝, dit le peintre.
Le réel est un cadre qui déborde sans cesse _ Semaine n°49.09, Arnaud Maïsetti.
Qu’est ce qui précède la toile : le regard de l’artiste ou le mouvement du monde vers lui ? À l’invitation du Lab-Labanque de Béthune, Jérémy Liron expose la suite de son projet Landscape(s) au premier étage des appartements de l’ancienne Banque de France. Au lieu de poursuivre la série entamée, le peintre a répondu à l’appel du Centre d’Art en déplaçant la question de ces toiles vers ce qui les produit et les happe. Jérémy Liron vit et travaille à Lyon ; pour rejoindre Béthune où installer les tableaux, c’est près de 700 km de train. Alors, du défilement du réel au dehors et de ce mouvement vers le lieu de l’exposition, le peintre s’en empare pour en faire précisément le matériau du projet. Photographies et notes de la traversée nourrissent le travail et c’est naturellement qu’on les retrouve dans l’exposition (avec des extraits de journal et du blog du plasticien) moins pour l’illustrer que pour retourner la question : si le monde avait précédé les tableaux, son écriture leur fait face en retour et dialogue avec eux. Généalogies multiples du tableau : origine et fin du regard qui travaille le réel depuis la question qu’on lui adresse en chemin, et dont l’adresse devient le geste même du peintre, qui écrit : « Qu’est-ce qu’on emporte de soi à regarder la route ? Et qu’est-ce qu’on y laisse ? Le réel est un cadre qui se déborde sans cesse ». Le catalogue qui accompagne l’exposition, rédigé par Armand Dupuy, dresse avec précision les territoires de ce travail où le paysage habite dans une façade qu’inlassablement le peintre interroge. La route qu’emprunte l’artiste pour aller vers la toile est celle qui traverse le monde — cette expérience littérale fonde la démarche, et questionne profondément le sens de ce geste : dévisager le réel.
Le réel: un objectif, peintures de Jérémy Liron_Semaines n°49.09, Philippe Blanchon.
Si les toiles de Jérémy Liron ont une réalité intrinsèque, elles offrent, par leur mise en situation aussi bien, une narration aux allusions multiples, elliptiques. Quel que soit le sujet, l’abstraction plus ou moins grande qui en résulte, ces différents tableaux s’imposent en leur virtuosité ; comme le fragment, le détail, constituent, ainsi, une strophe ou un paragraphe digressif. Cette virtuosité, cette technique communes à certaines de ses pairs et pères, mènent le peintre vers l’affirmation toujours plus grande de sa singularité, vers l’élaboration de son univers poético-pictural, s’affirmant par élagage et assurance immédiate en ses moyens. Réalité (de l’oeuvre et du sujet), récit (narration poétique) dans leur immobilité : objectifs. Réalité habitée par les mouvements qui précèdent, succèdent et traversent simultanément. L’homme présent par son absence, par l’immobilité par lui crée par artifice : immeubles donc, mais aussi
chemins, ornières, carrières, crassiers … Objectif tel que l’entendaient les poètes objectivistes américains, je pense ici plus particulièrement à George Oppen, mais aussi à William Carlos, avec lesquels les toiles de Jérémy Liron entrent en résonance. L’homme n’est pas ici présent uniquement par sa main qui façonne le paysage, il l’est évidemment par la main du peintre lui-même et aussi par ses choix en amont, ses cadrages. La main assure la possible réalité picturale d’une oeuvre, et l’oeil vient renforcer et confirmer l’univers poétique de cette présence. À travers une fenêtre, un obstacle, le champ visuel dégagé ou entravé, le paysage peut se recomposer par choix, construction du tableau en son abstraction nécessaire (sa liberté), se dégager de l’illustratif (sinon quelle poésie ?), imposer ses artifices (le propre de l’art).
Un mur, un fragment de ciel, la terre, la végétation, l’industrie et l’art : intrication de chaque élément et focalisation simultanée. Que le récit se construise par la toile seule, par la composition de polyptique, par la mise en exposition enfin : architecture poétique. « Faire et réfléchir l’expérience d’un monde qui se jette à vous dans son immobilité même », écrit Jérémy Liron. Immobilité. Immeubles. Vie immobile (still life) comme paysage (landscape), comme figure : la leçon de Cézanne. « Le terrier ou l’ornière etc. comme traces d’un mouvement [qui] conjuguent la narration de tout développé à l’immobilité muette de toute figure. » Partout donc, aussi bien, cette humanité présente (ce qui rapproche Jérémy Liron de William Carlos Williams – des « Objets américains » - et de « ses » peintres, comme Demuth ou Gris), présente particulièrement en sa réalité picturale, muette, s’affirmant absolument, ici.
L'évidence feuilletée d'un monde (notes) _ Armand Dupuy, Editions Nuit Myrtide.
avant propos
Sans doute faut-il accepter de ne comprendre pas grand-chose en s'approchant d'un ensemble de peintures. Accepter également de ne pas en avoir compris beaucoup plus en s'écartant. Il suffit peut-être de se laisser saisir puis dériver avec, d'être attentif à la singulière présence de la somme, à la sourde inquiétude qu’elle provoque. Se laisser déplacer tout en notant la succession de pensées diffuses. Dans cette dérive, il y a, bien sûr, la volonté d'objectiver ce qui nous traverse, pour tenter d'expliquer pourquoi telle peinture est sans doute plus intéressante que telle autre. Mais des questions d'une nature différente s'imposent : comment le peintre rencontre-t-il les images qu'il peint ? Comment s'avancent-elles vers lui ? Pourquoi insiste-t-il sur le même motif jusqu’à l’acharnement ? Où cela nous conduit-il ? Bien sûr, ces questions nous mènent au-delà de simples préoccupations esthétiques.
Les notes qui suivent tentent d'approcher le travail de Jérémy Liron (entendons le mot travail comme principe actif car il désigne tout à la fois les œuvres en face desquelles nous nous tenons, le processus à l'œuvre chez le peintre, et leur relation). Il faut considérer ces notes comme des feuillets détachés qui souvent se recoupent, se répètent, parfois s'écartent ou se perdent, s'interrompent, à l'image de ce que nous sommes : des figures tremblées.
(le mot paysage )
Ce qui défile au dehors n'a d'existence qu'en moi qui le voit et le nomme: et ce nom à son tour me nomme, moi qui le regarde, et l'éprouve comme un prolongement de mon corps. Arnaud Maïsetti, La Mancha.
On a donné des noms de fleurs – Myosotis et Jonquilles – aux deux barres compactes que j'entrevois par la fenêtre de ma chambre. Et l'on m'a dit, l'hiver dernier, qu'elles seraient bientôt rasées, ces barres, et que tant mieux car elles font tache avec leurs centaines de volets rouillés, avec leurs murs vieux bleu qui paraissent crasseux sur le ciel. Mais j'ignore, avant que tout le monde les déteste, si on les avait ainsi baptisées – on trouve dans chaque ville ou banlieue des exemples à foison de bâtiments qui portent des noms de végétaux – à cause de la culpabilité d'avoir souillé le paysage et, toujours plus, bouché la vue (comme si elles allaient miraculeusement s'effacer dans leur nom neuf, comme si ces mots choisis pouvaient se crisper sur elles jusqu’à les assimiler et les rendre un peu plus respirables) ou bien si c'est parce qu'on les dirait simplement sorties de terre et poussées patiemment vers le ciel pour y puiser la lumière nécessaire. Méditant cela, me vient l'idée qu'il existe peut-être un sentier vers le travail de Jérémy Liron dans l'interrogation du nom que l'on donne à ce qu'on bâtit. En effet, on dirait bien volontiers de Jérémy Liron qu'il peint des immeubles, parfois des façades proches ou diverses structures imposantes, mais, lui, pourtant, vous dira de façon tétue « Paysage » ou vous parlera de « Landscape(s) » .
Paysage, donc...
« Vue d'ensemble, qu'offre la nature, d'une étendue de pays, d'une région. »
Or, dans les tableaux de Jérémy Liron, très souvent, des agencements massifs accaparent le premier plan (bandeau sombre, façades imposantes, pans de murs ou même bosquet de pins, de platanes ou d'autres végétaux traités comme des murs), viennent se coller très près de notre figure, là, tout contre la joue, en obturant largement le champ de vision. Et ce qui tient nos yeux ce bloc qui biffe l'espace, est-ce cela le paysage ? Ou alors, est-ce ce qu'on fantasme d'existence tapie derrière ? Mais le tableau n'est pas tant un « paysage interne » brossé sur la toile, qu'un objet qui nous somme de rencontrer notre propre espace intime. Le peintre écrit d'ailleurs « J'imagine un faisceau isolant dans l'étendue opaque, épaisse, quelque chose qui ressemble à la possibilité d'un lieu. ». Ainsi, chaque paysage serait tentative d'ouvrir un passage. Le mot paysage est donc un pont. C'est le mot qui nomme le rapport secret qui unit le peintre au monde et, de fait, à chacun d'entre nous. Il est aussi l'un des noms possible du rapport qu'on entretient avec soi-même. Et c'est ce faisceau de liens dont témoigne le mot paysage (un monde qu'on traverse pendant qu'il nous traverse) qu'on aimerait comprendre ici, mais il nous échappe, inévitablement.
(un point d'arrêt)
Il se pourrait que les tableaux de Jérémy Liron traitent des rapports entre l'immobilité du monde et les déplacements d'un sujet. Ou de l'inverse. Ou même, des mouvements et des actions réciproques de chacun dans l'autre. Il se pourrait qu'ils traitent de cette friction qui produit des étincelles. Car le monde file, il nous échappe, nous évacue. Nous luttons de toutes nos forces mais nous filons avec. Captifs mais toujours exclus. Que nous soyons au volant de notre voiture, calé contre la vitre d'un train ou même cramponné à la table de travail. Alors il y a le tableau, c'est une solution. Une façon d'arrêter le monde, d'en saisir au vol un fragment, de l'isoler, de le stabiliser dans l'espace circonscrit de la toile et d'en jouir un moment. Dans un livre récent, le poète James Sacré explique « Voilà plusieurs fois que je dis, en écrivant, ou lors d'un échange avec un public après une lecture, que je suis devant un tableau (ou une photo) comme devant un paysage. Ce n'est pas tout à fait vrai (…) je ne peux pas, pour de vrai, me promener dans ses couleurs. Il y a comme des limites corporelles à l'usage corporel qu'on peut faire d'un tableau. Toutefois, on peut mettre une photo dans sa poche, ce qu'on ne peut pas faire avec un paysage. » Alors, on pourrait dire que les tableaux de Jérémy Liron essayent cette mise en poche. Ils tentent de tenir un bout du monde, dans l’œil, comme on l'aurait dans sa main, stable et sûr, disponible, manipulable à souhait, malléable. À ce sujet, les propos du peintre proposent une autre piste intéressante : « … si je cherche l'immobilité tactile et obsédante des bouteilles de Morandi, c'est conjuguée à un tremblement interne, à un bougé ou une ductilité des choses ». Il s'agit bien de se saisir du monde, de le ronger, de l'attaquer, de le tyranniser comme un Giaccometti pinçant sans relâche l'argile de ses têtes, puis de voir ce qu'il en reste, de voir si ça tient. Le tableau témoigne alors de la façon d'avoir utilisé le monde et de se l'être refait. En effet, nous n'appréhendons nos territoires que par fragments. Ils n'existent que refaits, réajustés de manière incessante, par l'agencement d'éclats multiples et minuscules.
Mais revenons: Jérémy Liron peint des immeuble... alors le raisonnement ne tient pas. Quel serait l'intérêt d'arrêter ce qui, par nature, l'est déjà ? Même si, bien sûr, il insisterait : paysages ; mais disons qu'il peint des immeubles ou divers bâtiments. De manière obstinée, il peint ces motifs, plutôt que des pans de campagne prélevés au hasard ou que des portraits, ou même des fleurs dégoulinant d'un vase, des formes abstraites, des crânes. Alors pourquoi redoubler l'arrêt de ce qui ne bouge pas ? On pourrait marcher un peu, aller s'asseoir au pied d'une tour, la contempler à loisir, puis repartir. Une nouvelles fois, il faut être attentif aux propos du peintre pour y entendre quelque chose : « Faire et réfléchir l'expérience d'un monde qui se jette à vous dans son immobilité même », écrit-il. Me reviennent aors quelques lignes d’un frère étudiant Dominicain dans un catalogue consacré au couvent de la Tourette bâti par Le Corbusier : « Le mur, à moins d'un mètre de nos yeux, est le témoin impassible et solitaire de cette recherche harassante, toujours à reprendre, toujours à poursuivre [il parle de ce qu'il nomme la Vérité]. Et cette loggia accueillante, balcon penché sur une nature merveilleuse et à l'appui duquel il ferait bon musarder, n'est qu'un piège supplémentaire. C'est le monde qui fonce par la vaste ouverture que lui a ménagée l'architecte, et qui réclame impitoyablement sa part. » On visualise bien le jeune type regardant par la fenêtre de sa cellule qui, grosso modo, doit faire la taille d'un tableau de Liron. Mais qu'est-ce que ce « monde qui fonce »? Sûrement pas la suite assez calme des images qui se présentent à lui car l'endroit est évidemment paisible, les cellules donnant sur une colline et sur des bois qui cernent le couvent. Nature vaste, mobile et vivante, bien sûr, mais lente, très lente pour l’œil, presque arrêtée. À peine troublé par les branchages qui bougent et craquent dans un vent maigre. Pourtant, ce frère étudiant, comme Jérémy Liron, nous dit que le monde fonce, dans son immobilité, fonce. On peut en déduire que la vitesse n'est pas le propre de la chose vue, mais de ce qu'elle active en nous, de ce qu'elle met en mouvement : ce jeté, ce déferlement. Jérémy Liron saisit donc les formes dans une vitesse sienne. Le tableau est tout à la fois manière de s'emparer d'une parcelle du monde et de capter le flux mental qui se dévide avec lui. (...)
Un coup dans l’eau pour le Lab-Labanque _ Lucie Agache, Connaissance des arts.
Pour sa programmation d’automne, le Lab-Labanque de Béthune présente deux expositions aux antipodes l’une de l’autre.
Dans les espaces « publics » de l’ancienne Banque de France, le collectif Amalgamix propose quatre « œuvres » autour du thème « La Bourse ou la vie ».
Sur le papier, il s’agissait d’un vrai-faux braquage de banque où le visiteur était invité à perdre ses repères, pour devenir tour à tour témoin et acteur du drame.
Dans les faits, le collectif a imaginé une série d’installations symbolisant chacune un « protagoniste » : la banque, le voleur, le butin et la méthode.
Pour la banque et le voleur, les installations utilisent un appareillage informatique et vidéo compliqué et bruyant. Le résultat est artistiquement incertain et le propos verbeux pour ne pas dire un brin démago.
Les membres ont beau justifier leur démarche par leur antécédent d’artistes de rue, on ne peut s’empêcher de penser qu’il y a erreur de casting.
Fort heureusement, à l’étage c’est le travail lumineux de Jérémy Liron qui est à l’honneur. Ce jeune artiste de 29 ans y expose une partie de sa série Landscape(s), une sélection de peintures sur le thème Lyon-Béthune.
Ces toiles, des grands formats pour la plupart, sont une retranscription des photographies que Jérémy Liron a saisies sur les 670 km qui séparent les deux villes. Et si on le sent moins à l’aise dans les paysages proprement dits, quelle maitrise dans sa représentation de l’architecture !
Il y a du Edouard Hopper dans ce peintre là, un sens inné du road movie à l’américaine. Pas de cartels pour les toiles mais des extraits de journal intime accrochés de ci de là, sorte de carnet de bord qui n’explique pas son travail de peintre mais le complète et ajoute, s’il en est besoin, un peu plus de poésie.
Les espaces des appartements qui lui sont dévolus sont parfaitement adaptés. Labyrinthe de petites pièces et couloir en zigzag en permettent une découverte tout en douceur. Un grand moment esthétique.
Lyon-Béthune en vingt tableaux pour s'évader de la Banque de France _ La voix du nord.
Une médiatrice accueille les visiteurs et les accompagne pendant la durée de la visite. Direction le premier étage, où sont exposés les vingt tableaux de l'artiste lyonnais Jérémy Liron. Vingt tableaux aux dimensions identiques, et qui représentent des paysages urbains, « Toutes les oeuvres sont recouvertes par du plexiglas, car l'artiste a voulu rendre à l'identique ce qu'il avait vu lors de ses voyages en train ou en voiture », explique la médiatrice. À plusieurs reprises l'été dernier, Jérémy Liron a effectué le trajet entre Lyon et Béthune. 690 kilomètres qui l'ont fortement inspiré. Ce spécialiste des tableaux consacrés aux paysages inscrit la vingtaine de tableaux, qu'il a réalisés en trois mois de temps, dans le cadre de son projet Landscape.
Grâce à des photos et des croquis pris lors de ses trajets, Jérémy Liron a réussi à peindre des tableaux au plus proche de la réalité. Toujours avec le soin de cacher les panneaux d'indication de lieux pour laisser au visiteur la possibilité de s'évader. Jérémy Liron utilise principalement des couleurs froides, et aime laisser en évidence des références au cubisme et à Le Corbusier dans ses toiles. Il peint par coulure, ce qui donne un aspect différent à chaque tableau. Des oeuvres qu'il a réalisées non pas les unes après les autres, mais toutes en même temps. « C'est pourquoi la visite n'a pas un sens particulier, on peut la commencer par n'importe quel côté ». Au fil de celle-ci, les visiteurs reconnaissent certains monuments béthunois, avec plus ou moins de facilité. Les oeuvres n'ont pas de titre. Une façon pour l'artiste de laisser chacun interpréter le tableau comme il veut. Jérémy Liron vient, avec cette exposition, d'agrandir sa collection de toiles Landscape, et la porter à quatre-vingts toiles.
Voyage au-delà des frontières spatiotemporelles _ C.D.,Nord éclair.
Jérémy Liron propose une réinterprétation du territoire.
Si le rez-de-chaussée et le sous-sol de l'ancienne Banque de France de Béthune sont clairement une invitation à l'aventure, le premier étage du bâtiment, quant à lui, est un appel au voyage.
Un voyage à la fois physique et intérieur.
En tout, 690 km séparent Lyon de Béthune. Ce trajet, Jérémy Liron l'a parcouru cet été à de multiples reprises, en train comme en voiture. Au cours de ses déambulations à travers le territoire, l'artiste a immortalisé de nombreux paysages avec son appareil photo. Autant de clichés dont il s'est ensuite inspiré pour composer vingt huiles sur toile et neuf huiles sur papier.
Terrils, bâtiments d'architecture moderne, aires d'autoroute... Des reproductions de vues familières qui, exemptes de titre, ne peuvent être clairement identifiées. Jérémy Liron souhaite avant tout que le visiteur s'affranchisse des références au temps et aux lieux et se plonge dans ces paysages comme dans un récit de voyage atemporel, en perpétuelle évolution.
L'originalité de cette oeuvre réside également dans le choix du support. Les toiles - toutes de même dimension - ont été recouvertes d'un plexiglas®. Un matériau qui permet non seulement à l'artiste de jouer avec les reflets mais aussi de recréer les conditions dans lesquelles il a découvert ces paysages.
Jérémy Liron expose "Lyon-Béthune" _ La Voix du Nord.
L'étage de Lab-Labanque accueille une vingtaine de ses oeuvres, liées par un même fil conducteur : le trajet Lyon-Béthune. Les paysages défilent sous vos yeux en vous laissant une impression de déjà-vu.
Et c'est normal. C'est même voulu. Si l'un découvre ici les terrils de sa région, l'autre y verra les monts d'un autre coin. L'artiste aime mettre l'accent sur ces bâtiments dont l'architecture ne suscite guère d'intérêt. Mais que nous connaissons tous.
À l'invitation de Lab-Labanque, Jérémy Liron, qui réside et travaille à Lyon, poursuit son projet intitulé « Landscarpe(s) » et a pour cela parcouru, cet été, les 690 km séparant sa ville de la cité de Buridan. L'artiste sera sur place ce mercredi.
Lyon-Béthune _ Artois Comm.
Jérémy Liron a réalisé un travail spécifique pour le Lab-Labanque à partir de clichés pris entre la cité des Gaules, où il réside et travaille (comme professeur d’arts plastiques), et la cité de Buridan. Ses photos ne sont que les points de départ de son œuvre picturale. Des traces de mémoire qu’il transpose sur des tableaux, toujours au même format (123 x 123).
Lui s’intéresse aux paysages construits. A l’architecture matinée de verdure dans laquelle il gomme tous les repères. Au premier étage, ne vous attendez pas à en trouver (à moins que...). Et si ses toiles s’accompagnent de textes, ceux-ci sont là « pour ponctuer [votre] propre itinérance, faire écho à son travail, non pour l’expliquer. », dixit Lara Vallet, responsable des lieux.
Lyon-Béthune _ lab-labanque.
Jérémy Liron poursuit son projet intitulé Landscape(s) dont il présentera ses nouveaux « paysages » au premier étage des appartements de l’ancienne Banque de France de Béthune.
A l’origine de ce travail, le souhait de l’artiste de s’inspirer de trajets et déambulations à travers les territoires réels de la géographie contemporaine. Entre Lyon, où il réside et travaille, et Béthune où se trouve le lab-Labanque : 690 kilomètres en train que l’artiste va parcourir en prenant des photographies qu’il utilisera comme autant de repérages.
Ce travail s’inscrit dans une relation à la fois imaginaire, aléatoire et impersonnelle au territoire. Chaque tableau s’ajoute aux précédents comme de nouveaux fragments d’un puzzle en perpétuelle évolution. Ces images « fixées » semblent extraites du monde et constituent une sorte de fiction qui retranscrit ses rapports au monde, au territoire, à la ville.
Docks d’abord _ Marc Lenot, Lunettes rouges Amateur d’art.
(…)Chez Gagliardi, je retrouve le sculpteur Fabio Viale qui désacralise des reproductions de marbres anciens (bras tendu, poing fermé, buste de Kouros) avec des tatouages criminels russes, confrontation étrange de deux mondes, non dépourvue d’attrait. Sur le stand de la nouvelle galerie nomade Sandra Nakicen, Cinthia Marcelle, qui sait se fondre dans le paysage urbain, à peine visible, présente des photos énigmatiques. Et Jérémy Liron, chez Isabelle Gounod, poursuit son travail exigeant de peinture du paysage urbain. (…)
Docks Art Fair_ catalogue.
Depuis plusieurs années Jérémy Liron travaille à ce projet landscape(s). Ce titre témoigne de son intérêt pour ce qui est le motif ordinaire des lieux (communs) et du sentiment que se joue là de manière plus générale quelque chose de notre rapport au monde. Tout n’est ensuite que montage, au sens cinématographique du terme, chercher, c’est à dire construire du sens, créer des lieux avec cette double dynamique de lieux que l’on habite et par lesquels on est habité, demeurer à l’appel de ces angles de bétons, de ces volumes simples qui se donnent dans la lumière.
La peinture de Jérémy Liron à cette double vocation de fonctionner comme un espace perceptif propre à jouer les questions du photographique et de l’illusion comme de ses simulacres purement picturaux mais aussi de s’imposer comme un objet inscrit dans un espace.
Notes sur la Mancha _ le dernier des Mahigan, Mahigan Lepage.
Qu’est-ce qui fait que pour nous, aujourd’hui, la saisie du mouvement devient si vitale? On ne réinvente pas le mouvement. Le train même à grande vitesse ne réinvente à proprement parler rien du tout. Mais notre rapport au réel dans le déplacement est autrement problématique que le miroir de Stendhal promené le long du chemin.
L’écriture d’Arnaud Maïsetti ne reproduit pas le mouvement trop rapide et quelconque du réel. Elle s’insère dans l’interstice du rapport qui en produit la complexité, la difficulté.
Sur la vitre du train, dans le silence plein et régulier des moteurs, passent infiniment, sans qu’il soit possible de les retenir ni de les anticiper, ces fragments arrachés au-dehors qui figurent l’espace du monde autant que sa durée : suite ininterrompue de cadres ; ou pour mieux dire : coulée du monde déroulée à côté de moi, le front appuyé aux cahots des machines.
D’une matière étale et distendue, tirer une densité de langue depuis l’impossibilité même de la recueillir, de la saisir. Ce qu’on saisit seulement, c’est le problème. Le mouvement même est un problème que pose le réel au langage. Ce dehors qui file à grande vitesse, on ne le reconnaît pas, il n’appelle pas reconnaissance. Il n’a rien d’un monde habitable : c’est un désert, un désolement, pour reprendre le mot de Gaston Miron. L’écriture commence toujours pas un désolement du monde. Et ce qu’elle peut malgré tout, c’est recréer une richesse, une densité de langage qui rende pour soi-même le monde habitable.
Mais comment faire? La prose tend d’elle-même à la raréfaction, à la sécheresse (« ma phrase est trop sèche, j’aurais dû passer plusieurs couches de couleur », disait Bergotte avant de mourir). On peut, comme François Bon dans Paysage fer, procéder par récurrences et répétitions, et travailler ainsi la phrase et le récit en extension. Ou bien on peut, comme Arnaud Maïsetti, travailler davantage en intension, et accumuler de la matière entre (on sent ici le fantôme de Godard) :
Entre donc. Entre chaque image, il y a parfois la terre qui recule, qui s’éloigne. Il y a aussi, à l’inverse, la terre qui s’avance, qui grossit, qui empêche même parfois de distinguer ce dont il s’agit : un talus, un remblais plus avant, une lisière d’un bois peut-être. Il y a également, entre, des plongées, des contre-plongées qui trahissent un sursaut du terrain avant de conduire au vertige — dans la circulation des images, il y a de telles glissements qui semblent imperceptibles dans le train, où tout est coulée, un seul mouvement souplement et horizontalement agencée sous nous, à côté de nous le monde sur un tapis roulant qui recule ou avance.
L’écriture en intension travaille à ralentir le réel par des effets de grossissements et de glissements, sans chercher à dépasser en vitesse la grande coulée du monde. Ce sont comme des petits blocs de matière arrachés aux images, à ce qui en elle, entre elle, ne fait plus continuité. Les inventions de Cervantès, les concepts de Deleuze, les mots de Rimbaud ont leur place dans cette prose intensive, entièrement déterminée par sa propre tension intérieure. Il ne reste rien, ou presque rien, du prosaïsme du monde extérieur. Et pourtant, ce n’est pas de la poésie. S’il y a recréation interne d’un mouvement de récit, du départ du train à son arrivée en gare, c’est d’une écriture rompue à la chute, à la non-linéarité : défilement en deçà des images texte arrêtées, fixées dans le temps. Qu’au risque de l’écriture à la fois non-fictionnelle et non-narrative, il reste des prises où se saisir de ce qui passe en tant que passage précisément. Ne rien fixer que des vertiges.
La mancha _ Arnaud Maïsetti, Editions Nuit Myrtide.
Sur la vitre du train, dans le silence plein et régulier des moteurs, passent infiniment, sans qu’il soit possible de les retenir ni de les anticiper, ces fragments arrachés au-dehors qui figurent l’espace du monde autant que sa durée : suite ininterrompue de cadres ; ou pour mieux dire : coulée du monde déroulée à côté de moi, le front appuyé aux cahots des machines. Longue passée sans fin ni début — instants répétés de ce qui n’a ni commencement ni arrêt.(...)
Art et industrie _ Ccimp.
Jeremy liron n’est pas un simple peintre d’architectures contemporaines comme ses œuvres pourraient le laisser penser à première vue. S’il présente ses œuvres sous verre ou sous plexiglas, c’est que l’artiste tient à ce que le public voit ses peintures, comme il voit le monde : au travers d’une vitre. Liron peint des constructions implantées dans la nature, omniprésentes avec leurs façades, leurs tours, leurs antennes, envahissantes dans un environnement en pleine mutation, dont il ne reste souvent qu’une traînée herbacée, leurs éléments architecturaux se détachant parfois sur ce remarquable ciel bleu de Provence.
erre(s) _ site université
Reims, Philippe Agostini.
A l'issue du trajet quelque chose en nous continue d'avancer
Ainsi l'image que l'on porte en avance ou en retard du monde
(Erre [er] n.f. – XIIe « voyage, route » : de l’a. fr
errer, de iterare -> 1. errant. - manière d’avancer, de marcher.
è allure, train, vitesse. LOC. Aller grand-erre, grand’erre, belle
erre, à bonne allure. « Ils détalaient grand’erre
et comme s’ils eussent eu les chiens aux trousses » (Gaut.). 2.
(marine) - Vitesse acquise d’un bâtiment sur lequel n’agit
plus le propulseur. Diminuer l’erre. LOC, Se laisser glisser, continuer
sur son erre, è lancée. « Le nageur se laissa glisser sur
son erre » (Giono). 3., au Plur. Erres, Traces (d’un animal). Les
erres d’un cerf. ¤ HOM. Air, aire, ère, haire, hère,
1r,...
C’est un chemin de peintures,
ponctué de textes, petits blocs blancs (ou bornes), stations faisant
écho, en strates superposées, aux lignes des façades. La
figure des bâtiments y siège à toutes échelles.
Un ciel plat tient l’horizon : bleu comme invariant et bleus variant en
intensité selon l’aplomb et l’humeur des murs, des fenêtres
et des balcons. Personne en vue.
"Les immeubles, le livre, le tableau comme images de nous enfin rassemblées."
Ici, des barres dont les couleurs posées en jacquard miment un costume
d’arlequin, là une arcade où l’ombre retient les bribes
d’un quotidien, ailleurs, une résidence bardée, caparaçonnée,
de fer et de verre, l’angle rude du béton gris, les géométries
acérées d’un gymnase posé sur un vert cru.
"En devant de soi le monde confus se dilate, en dehors de tout langage
fixé ou de tout usage. J’imagine un faisceau isolant dans l’étendue
opaque, épaisse, quelque chose qui ressemble à la possibilité
d’un lieu."
Le gris du béton, qui de loin exprimait une dureté têtue,
se révèle être, de plus près, un jus transparent,
un effet de vernis qui s’épanche sous le flux de l’essence.
Le ciel procède bien souvent d’un recouvrement opaque et dense
qui mord et bave, par endroits, sur les tracés tendus et les poches végétales.
Les lignes même de ces architectures qui semblent tirées au cordeau
sont pourtant d’abord hésitantes et tremblées, les perspectives
chahutées. Le bâtit est d’abord ici organique : c’est
un corps et une substance.
"Il se pourrait qu’un immeuble ne soit qu’un point culminant
dans notre pratique des périphéries, maintenu dans le mouvement
et le bruit par la dimension, la disposition spéciale, l’évidence
essentielle de sa silhouette. Quelque part émergeant de la réalité
«chinoise», déjà littérature."
Ces structures linéaires emboîtées, enchâssées,
ces surfaces découpées de mille et une ouvertures, ces charpentes
éperonnant l’horizon, ces écrans de projections où
se déposent des motifs sériels sont, si non des portraits ou des
blasons d’un monde moderne, d’abord des cribles où s’exerce,
à la distance de la main de celui qui les figure, toutes les combinaisons
sensibles de ce que les clichés glacés ne contiendront jamais
: l’impureté.
Car ce n’est pas tant les villes ou les cités qui surgissent et
s’imposent sur ces papiers et sur ces toiles, mais bien la peinture.
Les déambulations
de Jérémy _ Le Républiquain Lorrain, Sabrina Frohnhofer.
Depuis deux ans, Thionville espérait sa venue. Et, au final, Jérémy
Liron, peintre, écrivain et critique d’art, est bien venu samedi
présenter six de ses toiles à l’Espace d’art. Rencontre.
Jérémy Liron est tombé dans la peinture tout petit.
Difficile pour lui de trouver l’origine de sa passion. « ça
s’est fait naturellement. » Si naturellement qu’après
des études aux Beaux-arts, il a poursuivi son cursus. Obtenant Capes,
puis agrégation en arts plastiques. Au hasard de ses voyages, à
travers la France, son regard se pose sur le bâti. Comme ensorcelé,
le jeune homme ne peut plus s’arrêter de photographier les immeubles.
« Tout est parti de la périphérie parisienne, fin 2004.
» Depuis, les clichés se sont accumulés, certains se métamorphosent
en tableau. « La photo est un déclencheur, mais toutes ne sont
pas exploitées. Un tableau est la conjonction de plusieurs vues. Je le
construis plus que je ne cherche à reproduire ce que je vois. »
Soixante-cinq toiles, carrées, composent cette série si particulière.
« Ces vues sont à regarder comme les paysages lors d’un trajet
en train. L’image apparaît comme une évidence, elle est là
devant nous et elle disparaît. » Et c’est ainsi que commence
l’expédition, du Nord vers le Sud, de Valenciennes à Marseille.
Etonnamment, un sentiment de présence se dégage de ces immeubles
pourtant dénués de vie. « C’est plus fort quand il
n’y a pas de présence humaine. Avec un homme ça serait plus
anecdotique. »
On regarde sa peinture comme on admire un paysage à travers la fenêtre.
« C’est l’effet du verre posé contre la toile. C’est
plus lisse. On a l’impression de voir le réel s’y jeter.
» Les traces de peinture sont volontaires et donnent la perspective. «
Dans cette série, chaque ciel est uniforme. Depuis 2004, je note une
évolution dans mon travail. C’est comme un trajet. Je déambule
dans mon art et dans le temps. » Présent pour la première
fois à Thionville, samedi, le jeune artiste de 29 ans n’est pas
venu les mains vides. « Mon appareil photo ne me quitte jamais. »
Et qui sait ? Un jour peut-être un de ses tableaux évoquera son
passage dans la localité.
Jérémy
Liron à l'Adagio, Thionville _ Denis Damblé.
Jérémy Liron nous plonge d’emblée dans un environnement
urbain vaguement familier, peut-être rapidement aperçu les matins
de transhumance, à travers les vitres incertaines du quotidien.
Bâtiments, façades jalonnant le périphérique anonyme
comme autant de repères dressés dans le paysage. Pareils à
ces tableaux qui du haut de leurs socles défilent, ici, sous nos yeux.
Yeux très sollicités qui regardent souvent sans voir.
La peinture de Jérémy Liron propose un arrêt sur regard.
Ses tableaux sont des fragments bruts de monde, du temps retenue où le
réel se ferait fiction, un simple jeu de volumes dans la lumière,
émotion. Où la géométrie colorée d’un
immeuble deviendrait peinture.
Une rencontre entre regard et conscience qui parvient à dire deux ou
trois choses essentielles sur notre propre réalité.
_______________________________________________________
2008
les pas perdus de Jérémy
Liron _ tierslivre, François Bon.
« En littérature, on progresse à l’ancienneté
», disait Julien Gracq. Fascinant qu’il en soit de même pour
l’Internet, à mesure qu’un site avance dans la durée,
il invente son propre territoire. Trace double de Jérémy Liron
: d’un côté le journal d’écriture scrute l’avancée
des récits, voir son dernier billet "pour quelques lignes tortueuses",
mais aussi directement l’expérience du monde, voir "fragments
reçus du monde comme il va". Et de même la tension entre
son travail de peintre, voir "notes sur la vie d’artiste",
et l’archéologie photographique que son blog dresse des bords du
monde, "attraper le monde qui passe". (…) impression
très sérieuse que c’est une des expériences Internet
les plus riches du moment, dommage que ce soit via l’interface sommaire
de blogger.com.
Journal d’écriture avec vue sur monde _ Ouvert la nuit, François Bon.
Walking trough the writing experience : more than a diary, a reflexion
about painting, daily life and how to get the world in the eye.
On a le tensiomètre du territoire depuis longtemps maintenant arpenté
par Jérémy Liron. Ajouter comment, dans un même élan
double, son travail de peinture s’accompagne d’un travail de regard
photographique, ça devrait vous inciter à suivre les pas perdus.
La FIAC crée
un beau désordre à la Cour carrée... _ Le Monde, Philippe Dagen.
(...)Autre arrêt devant le présentoir suprêmement élégant
que le jeune photographe allemand Jens Ullrich a conçu pour ses oeuvres,
chez Van Horn. Né en Tanzanie, il hybride avec une habileté troublante
l'actuel et le "primitif". Aux personnages de clichés ordinaires,
il fait porter des masques africains comme on en voit aujourd'hui sur les marchés,
de fabrication récente et grossière. Tout est donc faux dans ses
images, auxquelles il donne, pour achever de tromper, le grain de vieux clichés
ethnographiques.
Cette idée se retrouve presque à l'identique, mais tout autrement
réalisée, dans les dessins d'un artiste français plus jeune
encore, Romain Bernini : des passants qui porteraient d'anciens masques amérindiens.
On les voit chez Métropolis, l'un des rares stands de Show Off qui serait
digne de figurer à la Cour carrée, avec ceux d'Isabelle Gounod
- les photos de Lucie Duval, la toile de Jérémy Liron - et de
Sollertis - les aquarelles d'Yvan Salomone."
Sortir _ Art process, Stéphanie Henry.
Le thème central de l'exposition est la représentation de
l'économie dans les communes de Marseille, Aix-en-Provence, Toulon et
Arles. Un thème qui se décline lui-même sous plusieurs aspects
: le monde du travail, le patrimoine économique et culturel, le tourisme
ainsi que les nouvelles technologies. L'objectif est de contribuer au rayonnement
de Marseille et de sa région en tant que capitale européenne de
la culture. La Chambre du Commerce et de l'Industrie (CCI) participe de ce fait
à la promotion du travail d'artistes sur l'économie, dont de nombreux
créateurs locaux. La CCI a d'ores et déjà prévu
d'organiser les prochaines années, jusqu'en 2013, d'autres concours comme
celui-ci. Parmi les 66 artistes et créateurs, seulement 23 ont été
retenus par le comité de sélection. Les deux lauréats du
concours sont Sébastien Wierinck avec le Projet OnSite et Jérémy
Liron, l'auteur de Zone industrielle. Désigner belge, Sébastien
Wierinck a dévoilé une oeuvre étonnante : un projet d'assise
entre mobilier et architecture à partir de gaines plastiques industrielles,
qui donnent l’impression de proliférer dans l’espace. Le
second lauréat, Jérémy Liron est natif de Marseille. Cet
agrégé en arts plastiques a choisi de proposer une toile représentant
la zone industrielle de Toulon.
La fraîcheur dans
l’ordinaire (Quelques notes sur les peintures de Jérémy
Liron) _ Appeau Vert, Philippe Agostini.
Des lieux anodins ou des cadres exceptionnels. Des espaces de vie ordinaire
ou de villégiature, des bâtiments connus et d’autres plus
anonymes. Des verticales érigées ou des courbes posées
sur une esplanade d’herbe, des façades entrevues en contrebas d’un
talus, des volumes blancs, ou oranges perçants de la végétation…
Les sujets des peintures de Jérémy Liron sont donc, à première
vue, des bouts d’espaces urbains, présentant des éléments
d’habitat, plutôt isolés, extraits en partie du tissu des
villes auxquels pourtant ils appartiennent. Ici une villa, là un ensemble
d’immeubles, une unité d’habitation radieuse ou les abords
d’une résidence luxueuse, un bâtiment administratif ou scolaire.
De ces lieux, cependant, il est important de le préciser, qu’ils sont vides de toute présence humaine immédiate, quoique manifestement habités, d’où un certain sentiment d’étrangeté, de distance ou de décalage. Ce choix de ne proposer que les bâtiments, sans leurs occupants, leurs usagers ou leurs propriétaires, retire, dans un sens la relation au temps ou au geste, c'est-à-dire l’idée même d’un mouvement. Ces maisons sont là, telles des décors, en attente d’un évènement.
On pourrait d’ailleurs penser, en regardant rapidement quelques uns de ses accrochages d‘exposition, qui disposent côte à côte ces différents lieux, à ces images suspendues dans les vitrines d’agences immobilières ou à une présentation de projets d’architectures dans un cabinet d’étude. Ce sentiment s’efface pourtant assez vite lorsque l’on considère d’une part les dimensions réelles des formats (124 x124 cm pour les toiles) et d’autre part le fait qu’il s’agit de peinture et non d’esquisses. Enfin à les observer plus en détail, on peut y percevoir différentes préoccupations graphiques qui ne sont ni aussi triviales, ni aussi uniformes qu’elles n’y paraissent au premier abord.
Il faut pour cela être attentif d’une part aux dates de réalisation de ces peintures et d’autres part aux lieux représentés ; pour voir apparaître les sous séries qui composent cet ensemble, et les variations qui l’animent. Les peintures de 2004 - 2005 semblent tournées vers les espaces périurbain, lieux intermédiaires, zones de friches chaotiques où l’habitat côtoie les terrains vagues. Ce n’est donc pas la ville dans son flux ou ses activités qui intéresse Jérémy Liron mais sa périphérie, ses marges. En 2006, sous une lumière plus méditerranéenne, plus crue, l’exploration se poursuit avec ce même souci, quoique plus prononcé (escarpé) à mon sens, d’une insertion de la ligne du bâti dans un milieux végétal plus noueux. Plus récemment en 2007-2008 on peut observer d’une part un choix des points de vue plus abstraits et, d’autre part, une plus grande géométrisation des éléments représentés. Ce glissement, ou cet enchaînement de phases est tout aussi sensible dans la ligne et dans la facture picturale.
[…]
De toute évidence, au départ de ce
travail de peinture, il y a la prise de vue photographique, comme moyen d’enregistrement
des lieux ou des ambiances. Le cliché comme mémoire du passage,
le prélèvement d’indices ou de situations, témoignant
du regard du marcheur arpentant les rues, les parcs, et les contre-allées.
Un travail de repérage. Puis, dans ces suites d’images (ce matériel
initial que j’imagine assez important) il y a le tri et le choix d’un
angle particulier et enfin le recadrage (du rectangle au carré) mettant
en évidence l’importance du sujet choisi. Le processus de départ
n’est donc pas anodin puisqu’il confie à l’œil
mécanique la possibilité d’un cadrage préalable,
d’un angle de prise de vue. A ce stade l’image qui va servir de
modèle est donc déjà en grande partie déterminée,
construite.
Dans certains cas (peut-être dans tous ?) l’agrandissement du cliché
d’origine passe par la mise au carreau pour assoir la composition et modifier
par le dessin (ou par des retouches - voire l’ajout ou le retrait - certains
détails, éloignant encore davantage le sujet retenu de sa nature
objective. La peinture agit enfin comme une couverture fluide, aplatissant tantôt
la matière minérale ou végétale, écrasant
la grande profondeur, accentuant les jeux de lumières des volumes au
détriment de celle d’un arbre, d’une pelouse ou d’une
montagne…ou l’inverse, matérialisant ainsi, dans tous les
cas, une autre consistance des éléments présents dans la
structure photographique.
Disons, pour dire les choses simplement que la peinture ouvre le champ de la
métamorphose, sinon celui de la métaphore.
Dans un sens, les figures représentées dans les tableaux de Jérémy Liron, plutôt que de simples constats ou de simples relevés géographiques, ou topographiques - même si le rendu en est assez rigoureux et localisé -, relèvent davantage de l’idée du surgissement. Surgissements de l’angle dur ou du plan lisse d’un mur entre le bleu opaque d’un ciel et le vert flottant d’un horizon, surgissement ou irruption dans l’écran végétal d’une courbe aussitôt absorbée, apparition parfois, au détour d’un pan de mur, ou derrière la verticale d’un tronc d’une petite construction fragile et frustre.
Certaines peintures évoquent d’ailleurs des situations d’embuscades, depuis le rebord d’une fenêtre, d’un balcon, ou à l’abri d’une futaie. D’autres, au contraire, très frontales déplacent cependant l’objet architectural vers l’arrière plan, donnant toute possibilité à la nature (pourtant domestiquée) de prendre le dessus.
En regardant l’ensemble des peintures et des dessins, il me semble d’ailleurs que cette question du point de vue s’est sensiblement accentuée depuis les toutes premières images, déplaçant progressivement le statut d’un observateur scrupuleux et mais distant au passant attentif mais rêveur - ceci n’est qu’une impression bien sur ! – Il n’y a pas de contemplation dans ces paysages, ni même sans doute la volonté de restituer la perception immédiate de ces lieux, mais bien davantage la reconstruction d’une mémoire sensible, presque tactile d’un espace qui cristallise autre chose que le regard.
Dans les travaux de Jérémy Liron,
ce n’est finalement pas tant l’immeuble, en tant que tel, qui retient
l’attention mais c’est (pour moi) davantage sa relation au contexte.
L’objet apparaît, surgit, vient, entre le vert et le bleu, sort
du fouillis végétal, ou se découpe contre la plaque le
ciel, L’objet se découvre dans le tissu contradictoire de l’herbe,
du feuillage, des troncs, des grillages, et des palissades. Il se détache,
s’y enroule et parfois s’y perd.
[…]
Bien que relevant de la catégorie du paysage (les oeuvres ont pour titre générique Landscape), ces peintures sont peut-être aussi et d’abord des sortes de portraits. On peut regarder des maisons comme on dévisage quelqu’un. L’arête d’un nez ou d’un mur, le plat du front ou du tympan, l’œil d’une fenêtre qui vous regarde, la bouche d’ombre béante d’une autre ouverture. Dévisager les murs pour leurs étranges familiarités, leurs étranges ressemblances avec les figures et les visages des inconnus qui les habitent. Les regarder en face, en façade ou de profil, de biais, à la dérobée, à l’affût. Dévisager ou envisager ces lieux ordinaires ou familiers, mêmes à couvert, sous l’ombre des pins, comme on le ferait avec une personne. Se dire « c’est-elle », ou « c’est lui ! » : la reconnaître (ou presque) et se demander si on ne l’a pas déjà vue, déjà croisé(e) sur sa route.
Tourner la tête au passage…Garder
le sentiment vif de l’arrondi des moellons de pierres sur la corniche,
la fraîcheur maritime d’un pin qui étend son parasol, la
chaleur étouffante bétonnant le goudron d’un parking à
midi, le piaillement des enfants sous la tente des draps multicolores qui sèchent
sur la terrasse… S’asseoir sur un banc, au pied de l’immeuble,
laisser aller son regard dans la scansion des bandes rouges qui descendent en
paliers réguliers de la façade et voir soudain surgir au dernier
niveau le souvenir de Rothko.
Ecrit
251 _ atelier d’écriture du 22.08.08, Pierre Menard.
Journal du regard. C’est le combat d’un regard et du réel.
Une présence évidemment liée à la ville, et évidemment
tissée à même le quotidien. Un bâtiment, un rond-point,
un carrefour, une route. C'est dans cette tension que viennent les mots.
« Combien ce qui nous arrive est d'un seul tenant, combien chaque chose
est liée à l'autre et s'engendre, et grandit et se forme d'elle-même.
Il nous arrive de reposer dans ce réseau de forces et d'influences où
les étoiles se sentent en sécurité. »
Dans cette phrase liminaire de Rilke, Jérémy Liron définit
bien son projet pour Le livre l’immeuble le tableau. Un Journal du regard.
Ce que l'on retrouve dans sa peinture du reste, dont parle François Bon
dans sa présentation lorsqu'il évoque le peintre et les livres,
le peintre et le réel : « Une présence évidemment
liée à la ville, et évidemment tissée à même
le quotidien. Un banal bâtiment de trois étages en béton,
un carrefour de périphérie et voilà. Mais sans qu’on
sache. A l’arrangement des signes, aux géométries.»
Jérémy Liron est né en 1980 à Marseille. Il vit
et travaille actuellement à Lyon. Présenté par la galerie
Isabelle Gounod. Jérémy Liron peint l’intrusion des éléments
architecturaux qui font irruption dans des paysages où la végétation
est placée au premier plan de chacune de ses toiles. Tel un photographe,
il retrace inlassablement le parcours de ces étendues déshumanisées
sans caractéristiques esthétiques dominantes. Jérémy
Liron questionne ainsi notre rapport au monde, un monde qu’il nous invite
à re-découvrir, dans sa banalité et son authenticité.
Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung,
Angelika Heinick.
Isabelle Gounod, die 2004 ihre erste Galerie in Boulogne-Billancourt bei
Paris eröffnet hat, ist erst seit wenigen Wochen im Marais: Ihren Einstand
bestreitet sie mit Gemälden des jungen Künstlers Jérémy
Liron aus Lyon, der auf seinen Gemälden Motive urbaner Peripherie und moderner
Architektur verarbeitet. Obwohl er nach Fotos malt, sind seine Bilder keine
Dokumentation: Jérémy Liron sieht in den weissen, geradlinigen
und rechtwinkligen Volumen der modernen Architektur „eine gescheiterte
Utopie, etwas von einem grossen Traum“. Seine „Payasages“
alle im Format von 122 mal 122 Zentimeter, sind fortlaufend numeriert und hinter
Plexiglas gerahmt. Die Motive schaffen eine Distanz zum Betrachter, der hier
heimlich durch Fenster schaut, hinter Büschen hervorlugt und so nur Auschnitte
der Architektur im Auge hat. Die jüngsten Werke der „Paysages“
– Serie vermitteln einen überraschenden mediterranen Farbakzent.
„N°47“ öffnet den Blick durch einen Pinienwald auf einen
banalen Gebäudekomplex, „N°63“ zeigt ein Detail von Robert
Mallet-Stevens Villa Noailles in Hyères.
Jérémy Liron à l agalerie Isabelle Gounod _ espace Holbein.
Jérémy Liron est un jeune peintre dont j'avais déjà
parlé ici même. Outre cette exposition que j'avais visitée
à Boulogne, une présentation remarquable d'une très belle
série qu'il avait faite avait été montrée à
la galerie du CROUS, à proximité des Beaux-arts, à Paris.
Jérémy Liron a un style très identifiable. Sa prédilection
pour un certain type d'architecture qu'il montre dans sa peinture est une constante.
Les paysages du sud, des paysages écrasés de soleil font partie
des choses qu'il aime peindre. Ce soleil écrasant fait, sans doute, qu'il
n'y a jamais personne dans ses toiles... Les seules traces humaines sont les
traces du peintre. Des gestes de peintre comme des coulures, par exemple, que
l'on va trouver dans ces représentations rigoureuses et poétiques.
Chez Jérémy Liron, ce qui frappe -j'avais déjà eu
l'occasion de le dire- c'est l’utilisation du format carré et ce
que l’artiste en fait. Le carré est non seulement difficile à
utiliser, mais, dans une certaine mesure, contraire à la logique lorsque
l'on décide de s'attaquer au paysage. Nous sommes prisonniers de codes
culturels mais souvent ces codes intégrés reposent sur des comportements.
Si le format carré est habituellement écarté de toute représentation
du paysage, c'est qu'il induit une stabilité non seulement du regard
mais de la tête du spectateur. La forme allongée, horizontale,
du paysage fait référence au lointain et à l'obligation
de bouger la tête latéralement pour être capable d'embrasser
la totalité de ce qu'il y a à regarder. Ceci est transposé,
par la suite, à la représentation de tout type de paysage, y compris
lorsque le format est petit et nous dispense de cet effort. Même s'il
peint des paysages, Jérémy Liron y installe des éléments
de stabilité comme ces "boîtes" architecturales qu'il
va asseoir solidement en leur imposant ce carré. La chose amusante à
constater est que lorsque le cadre quitte la forme carrée, la peinture
s'arrête (en coulures...) selon le carré supposé. Comme
s'il s'agissait d'un surmoi de peintre.
Jérémy Liron montre également quelques sculptures tout
imprégnées de poésie et de légèreté.
Ce petit édifice en écho au beau récit fantasque d'Adolfo
Bioy Casares, L'invention de Morel et puis un grand bateau de plâtre échoué
au beau milieu de la galerie, comme un grand cétacé puissant et
fragile qui aurait terminé un parcours, ici, parmi les vivants qui le
regardent et se demandent d'où il vient, ce qu'il fait là en se
disant que finalement il a bien sa place, forte et discrète à
la fois, silencieuse et hurlante, blanche, muette et vide et pourtant si riche
de mémoire.
_ GQ, n138, Taiwan.
not translated yet.
Echos _ Semaines n°11, bimestriel
pour l'art contemporain.
"Ces formes banches dont les volumes émergent à travers
quelques pins ne sont qu’un peu d’utopie, de désir, la revendication
d’un rêve. Comme au cinéma la durée d’un plan.
C’est la manière d’une mythologie, sa façon d’être
présente non pas comme discours mais comme silence, comme matière.
A chaque fois pour moi ainsi renouvelée l’expression d’une
possibilité, c'est-à-dire le réel advenu qui glisse en
image vers le passé.Ne passe-t-on pas la majeure partie de son temps
à inventer par petites parcelles les souvenirs exacts de ce qui ne cesse
de continuellement nous échapper." Jérémy Liron
_ artclair, Vincent M..
La galerie Isabelle Gounod propose "Suite" de Jérémy Liron.
Ses grands formats à la peinture à l’huile représentent
des paysages urbains, une ville imaginaire vidée de ses habitants. La peinture
de Jérémy Liron, sous son apparente simplicité (des barres
d’immeubles le plus souvent), révèle plusieurs niveaux de
lecture : une réflexion sur l’urbanisme et l’architecture par
les formes inventées, une approche de l’histoire de la peinture par
le traitement pictural, qui joue autant sur la figure que sur le rôle de
la réserve, et une volonté d’inscrire l’œuvre dans
une quête de sens. Ces paysages, au premier abord neutres et calmes, sont
en réalité le lieu d’une présence, qui cherche à
atteindre : « un état de simplicité supérieure qui
révélerait une certaine teneur métaphysique des choses. »
La vie d’artiste : lui peintre moi écrivain _ tierslivre, F. Bon.
et de pourquoi Jérémy Liron sur publie.net
"Chaque jour d’avril à juin 2007 je me suis attaché à écrire l’expérience de travail et d’isolement que me permettait un séjour en résidence d’artiste. Les fragments quotidiens publiés via un blog durant ces trois mois sont à l’origine de ce texte : « Les pas perdus 2007 ».
Il dit cela simplement, Jérémy Liron. Comme si tout allait de soi, les voyages, la préparation des tableaux, le bruit du frigo dans le mauvais logement et les pâtes qu’on fait cuire : la vie d’artiste, en somme.(...)J’ai découvert son travail aux Beaux-Arts Paris, je l’ai déjà accueilli ici sur tiers livre. Avec mon quart de siècle en plus, je perçois ce qui mûrit dans son expérience. Ce qu’il m’apporte, quand il passe 4 mois dans ce mauvais logement de Montluçon ou Valenciennes, sous prétexte de peindre. Non pas la ville, mais ce qui le traverse, par le dos, pour aller rejoindre la ville. Allez donc lire son blog, Les pas perdus, justement."
Journal du regard : le peintre et les livres, le peintre et le réel _ publie.net,
F. Bon.
Si j’ai littéralement percuté dans la peinture de Jérémy Liron, c’est probablement à cause d’un seul mot, la notion de présence.
Une présence évidemment liée à la ville, et évidemment tissée à même le quotidien. Un banal bâtiment de trois étages en béton, un carrefour de périphérie et voilà. Mais sans qu’on sache. A l’arrangement des signes, aux géométries.
Hopper nous a appris à venir là. Mais il y a tant de démarches qui recommencent Hopper, avec les yeux tout ronds devant le moindre pignon d’immeuble. Le risque que prenait Jérémy Liron, c’était de s’en prendre à cette peau même, là où plus rien ne peut conférer ce signe minimum, qui organise par exemple la toile chez Hopper.
La démarche de Jérémy n’est pas isolée. J’ai connu un Julien qui s’en allait dessiner en banlieue les différentes faces des carrefours et ronds-points, ou la totalité de leurs détails, que ses dessins ne recomposaient pas. Ou Nicolas Dion explorant avec photo et dessin le point exact où, vers Roissy, se dissolvait à son avis la ville. Ou Assaf Gruber, l’Israélien, cherchant à Tel Aviv, Berlin et New York le même arrangement simple de ciment, nous forçant à nous écarter de l’espace comme singularité.
Et pas plus que nous autres, côté plume, ne pouvons nous dispenser de l’image pour documenter le réel, eux ne peuvent se dispenser d’une pratique intentionnelle de la langue. Et ils l’agrandissent, cette langue, par leur précision de regard sur le réel, et leur techné dans la construction de ses représentations (je repense à l’instant à celui qui, pour son diplôme de fin d’étude, avait repris l’idée de Koltès d’un lieu clos suffisamment grand pour tenir l’humanité tout entière : gigantesque stade modèle réduit avec 6 milliards de places répertoriées).
Pour Jérémy Liron, il y deux autres dimensions.
La première tient à ce que, son diplôme acquis, il a voulu s’accrocher à sa discipline : ça semble facile, quand on se souvient des ateliers de peintre au 19ème siècle. La peinture exige qu’on s’y consacre en entier. Il y a l’équivalent pour l’écriture, d’ailleurs, et pour cela que je suis un peu interloqué de voir que les nouveaux arrivants dans la littérature, si souvent, désormais, gardent leur métier d’origine. Mais les locataires des immeubles que peint Jérémy ne lui achèteraient pas ses toiles, comme Hopper vendait aux bourgeois le tableau de leur villa. Alors, depuis 3 ans, le voilà itinérant, de Valenciennes à Montluçon. Logé précairement, avec des ateliers jeunes publics, il a bénéficié de plusieurs résidences : gloire et honneur à ces villes qui les accueillent, ces jeunes plasticiens, avec 500 euros par mois, une liste d’interventions scolaires et un deux pièces avec Butagaz.
La seconde tient à Internet. D’expo en expo, il grimpe, Liron, même si c’est aussi rude que les hivers à Montluçon. Mais, d’une expo à l’autre, c’est par le blog qu’on le suit au travers des jours. Le blog, c’est de l’écriture : et, le langage mis en réflexion du monde, ça s’appelle littérature.
Qu’est-ce que la littérature version Jérémy Liron ? Je ne sais pas. Ce que je vois, c’est le combat d’un regard et du réel. Et que là, dans cette tension, viennent les livres, viennent les mots.
Il y a assez, dans les 21 pages ci-dessus, pour que vous découvriez ce qui se joue dans ce journal. Si vous voulez lui mettre un mot, passez par son blog. Cette section de son journal fait 42 pages : on la télécharge pour le prix d’un café au comptoir. Offrez-le lui, ce café ? Un petit geste fraternel, ça ne fait pas de mal, dans les temps qui courent. Si j’ai proposé en lecture libre la presque moitié du texte, c’est pour la phrase qui conclut la page 21.
Pour découvrir le travail de Jérémy Liron : Les pas perdus, blog.
Ou dans les pages invités de tiers livre, avec images. Et mise en ligne simultanée avec ce texte, un autre ensemble du même journal Les pas perdus 2007.
Et si c’était là, chez eux, que la littérature se réinventait ?
Et si la leçon, c’était d’y lire le réel comme fiction – ou bien, que là était la fiction d’aujourd’hui : dans l’expérience même du réel, et ce qu’elle convoque d’imaginaire, ou bien là où elle nous renvoie...
_ Almanart.
Jeremy Liron est un jeune plasticien étonnement mûr dans
son art, une découverte faite il y a deux ans ; au 1er coup d'oeil vous
découvrez une peinture assez classique, des paysages dont les aplats
somptueux contrastent avec une palette familière puis, vite, des éléments
surprennent : une perspective et des plans inhabituels mais qui renforcent la
présence des motifs (des immeubles), quelques éléments
incongrus, l'absence de vie, tous éléments témoignant d'une
distanciation du peintre par rapport à son sujet ; vous, regardeur, êtes
aussi tenu à distance par la pose systématique de verre devant
les huiles. L'effet est évidemment inverse : vous êtes fasciné
par la présence de ces toiles.
Suite _ Communiqué Paris Art.
Après "Landscape(s)" et "Hôtel de la mer",
"Suite", troisième exposition personnelle de Jérémy
Liron à la Galerie Isabelle Gounod témoigne du développement
de ce projet curieux dans lequel chaque toile successivement s’insère
comme autant de repérages pour un hypothétique film, comme autant
de fragments d’une possible narration.
Jérémy Liron peint l’intrusion des éléments
architecturaux qui font irruption dans des paysages où la végétation
est placée au premier plan de chacune de ses toiles. Tel un photographe,
il retrace inlassablement le parcours de ces étendues déshumanisées
sans caractéristiques esthétiques dominantes.
Jérémy Liron questionne ainsi notre
rapport au monde, un monde qu’il nous invite re-découvrir, dans
sa banalité et son authenticité.
"Il se pourrait qu’un immeuble ne soit qu’un point culminant
dans notre pratique des périphéries, maintenu dans le mouvement
et le bruit par la dimension, la disposition spéciale, l’évidence
essentielle de sa silhouette. Quelque part émergeant de la réalité
"chinoise", déjà littérature. Je voudrais que
mes tableaux se réduisent à l’évidence énigmatique
d’un immeuble sur l’étendue. Un insistant sentiment de présence."
Jérémy Liron
Jérémy Liron "hotel de la mer" _ Carré rond, Valentine.
"Hotel de la Mer" est une série de peintures à
l'huile placées sous plexi, d'architectures balnéaires, mais aussi
une architecture de bandes et de vide, une vidéo en N/B d'un payasage
urbain comme défilant à travers la vitre d'un train et puis une
petite sculpture de plâtre et bois d'un bâteau de rivière.
De par la fluidité de la peinture, de ces fines traces de bombe acrylique,
de ces tableaux carrés à la construction quasi abstraite, on a
immédiatement la sensation que quelque chose nous échappe. Et
le thème du voyage, de l'errance, de la solitude, du bleu, me font penser
à Ulysse et à Georges Didi Uberman qui s'appuyant justement sur
un passage de l'Ulysse de Joyce parle ainsi de notre faculté de perception
: "Mais la modalité du visible devient inéluctable, c'est
à dire vouée à une question d'être - quand voir c'est
sentir que quelque chose inéluctablement nous échappe, autrement
dit : quand voir, c'est perdre, tout est là." En
plus de références à l'art à travers Godard ou Sean
Scully, Jérémy Liron nous renvoie également à notre
position de regardeur. Car ses paysages sans personnages, sans anecdotes sont
un espace de projection idéal pour le mental du spectateur qui se confronte
ainsi au reflet. Peut être un peu comme dans une posture de méditation
où l'on fixe une flamme avant de fermer les paupières pour se
concentrer sur son reflet et ainsi "se laver les yeux".
JEREMY LIRON : ELOGE
DU RETRAIT _ ça presse URDLA, J-Paul Gavard-Perret.
Pour sa seconde exposition personnelle, Jérémy Liron permet de
découvrir des séries de paysages où l'urbanité jouxte
une sorte de mélancolie. Cette dernière est induite par le titre
même de l'exposition "Hotel de la mer". Mais avec l'artiste,
elle ne reste pas ce qu'elle est trop souvent : à savoir un regard inerte,
porté vers les lointains d'en face. Le créateur lyonnais n'est
pas de ceux qui se contentent d'errer dans les paysages qui le précèdent.
Par ses toiles, photographies, sculptures et vidéos il aborde le paysage
balnéaire à travers une expérience commune à beaucoup
d'entre nous mais non pour en sacraliser les reste mais en provoquer des suspens..
Qui ne souvient pas de vacances aussi familiales que maritimes ? Pour certains
elles étaient le signe d'une joie débordante, pour d'autres d'une
sorte d'anxiété. L'un et l'autre de ces sentiments font porter
une attention particulière au paysage d'emprunt. On est alors sensible
à des "pans" que nous ignorions face à ceux que nous
fréquentons au quotidien. Mais d'un départ ponctuel, le créateur
génère un processus très particulier.
Des éléments
architecturaux font ainsi irruption dans des paysages où la végétation
veut garder le premier plan. Jérémy Liron peint aussi des villas
rectilignes, anguleuses mais il sait porter son regard sur des détails
qui sont autant d'intrusion, d'accidents de parcours. Tout est là mais
vacille, comme affaibli, sans fermeté, soudain distant. Pour l'artiste
il s'agit cependat de vitaminer le désir, le rêve. Mais à
la matière d'une mythologie - d'où sans doute l'effet de nostalgie.
Chaque image du présent glisse ainsi vers le passé. Mais l'inverse
est vrai aussi. Et parfois on ne sait plus vraiment dans quel "temps"
se situer. L'artiste l'a d'ailleurs lui même bien compris lorsqu'il affirme
: "Ne passe-t-on pas la majeure partie de son temps à inventer par
petites parcelles les souvenirs exacts de ce qui ne cesse continuellement de
nous échapper?". Le créateur les retient : mais de manière
distanciée, à travers l'épure mis aussi par effet de vitre
qui si elle laisse passer la lumière tient lieu aussi d'écran.
L'œuvre
cultive ainsi l'écart et l'attention neuve qu'il permet. Dans la distance
temporelle crée il nous fait habiter un lieu qui est aussi un non-lieu.
Une telle démarche provoque une autre présence aux réalités
de la côte et de sa proximité retrouvée. Loin de l'agitation
aliénante vidéos, photos, tableaux aiguisent l'étendue,
la retraite et l'attention. De telles œuvres nous "scotchent"
car elles sont soustraites aux faux enchantements de l'artifice au sein même
de territoires construits plus pour l'ostentation que le recueillement. Le retrait
est donc la qualité première de ce travail qui distribue les signes
presque imperceptibles de changements d'époque, de temps. L'artiste nous
redonne une sens auroral qui se perd de plus en plus. Sans que les choses apparaissent
avec clarté on vient rechercher ici, dans la retraite et son recul, une
autre, plus vivace et originaire de ce que nous mêmes avons connu et éprouvé
dans nos étranges et provisoires épiphanies marines. Soustrait
aux prises habituelles, en recul, privé de relief ou simplement de cette
évidence allant de soi qu'il a à l'ordinaire le long des jours,
le paysage est donc soumis à une étrange érosion et érection.
La terre tend aimantée vers la mer et nos souvenirs une fois de plus
semblent eux aussi se perdre en elle. Le paysage change mais en restant le même.
C'est (aussi) une manière de retrouver une forme d'extase ou de ne pas
la quitter.
LA QUESTION
Le paysage change.
Mais en restant le même. Envahi par l'enfance. Envahi par l'en-face. Quelle
matière pour que le paysage change sinon à travers la vitre ?
Plexiglas et temps, elle rappelle le néant, incite à le reconnaître
puisqu'il la hante. C'est dessus que le regard mélancolique se fixe.
Il ne le soupçonne pas tant il est pris dans l'apparente solidité
du décor. Mais il y a soudain une épreuve des confins de l'être
où le mélancolique s'attarde, subjugué, immobile. Là-bas
l'emporte sur l'ici. pour un temps. En étendant sur lui son voile de
néant. Voile impalpable, translucide sur les choses laissées à
elles-mêmes mais dérobées aussi à elles-mêmes
dans le même temps. La vue s'égare. En suspens dans sa fixité.
Que voit-elle ainsi désabusée ?
Hotel de la mer _ Communiqué Paris Art.
Dans les toiles de Jérémy Liron, nous découvrons des immeubles,
des villas aux architectures anguleuses, rectilignes, mais aussi leurs fondations,
les murets, les terrasses, qui découpent un ciel et les stores semblables
à des «petits pans de murs bleus» sur des façades
blanches écrasées par le soleil ; il peint l’intrusion des
éléments architecturaux qui font irruption dans des paysages où
la végétation est placée au premier plan de chacune ses
toiles. Jérémy Liron renoue avec la tradition picturale classique
de Vermeer, Rembrandt, Balthus, Morandi et de Hopper, mais la nouveauté
de son travail réside dans le choix des motifs, des compositions, des
angles de vue et des cadrages de ses architectures modernistes. Tel un photographe,
il retrace inlassablement le parcours de ces étendues déshumanisées
sans caractéristiques esthétiques dominantes.
Liron entretient ainsi un rapport distancié avec ces espaces épurés,
aux géométries sous-jacentes. Une distance qu’il matérialise
par l’utilisation systématique de plexiglas ou de verre, une vitre
entre le paysage et le spectateur. Jérémy Liron questionne ainsi
notre rapport au monde, un monde qu’il nous invite re-découvrir,
dans sa banalité et son authenticité.
«Ces formes blanches dont les volumes émergent à travers quelques pins ne sont qu’un peu d’utopie, de désir, la revendication d’un rêve. Comme au cinéma la durée d’un plan. C’est la manière d’une mythologie, sa façon d’être présente non pas comme discours mais comme silence, comme matière. A chaque fois pour moi ainsi renouvelée l’expression d’une possibilité, c’est-à-dire le réel advenu qui glisse en image vers le passé. Ne passe-t-on pas la majeure partie de son temps à inventer par petites parcelles les souvenirs exacts de ce qui ne cesse de continuellement nous échapper».
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2007
Les réalités
occultées de Jérémy Liron _ La Montagne, Michèle
Mouret.
Neuf peintures à l'huile d'un même format et toujours le même
objet. Jérémy Liron s'interroge devant ces vues déshumanisées.
"la majeure partie de son temps à inventer par petites parcelles
les souvenirs exacts de ce qui ne cesse continuellement de nous échapper".
Cette phrase, difficile il est vrai à saisir à la première
lecture, est le titre et l'essence de l'exposition de Jérémy Liron,
28 ans cette année, issu de la pépinière d'artistes Shakers.
A l'Orangerie du château de la Louvière, ce jeune homme diplômé
de l'école nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris et agrégé
en art plastique poursuit un projet "landscape" entamé fin
2004. Neuf peintures, toutes à l'huile, d'un même format (120 cm
x 120 cm) sous plexiglas sont déclinées dans la salle. Toujours
la même présentation, toujours plus ou moins le même objet.
Des paysages urbains jaillissent de la toile. 'j'aime la façon dont les
volumes surgissent dans le paysage', glisse Jérémy Liron. Des
vues de Montluçon, des banlieues anonymes, des souvenirs d'enfance, du
sud, comme point de départ. Le paysage contemporain, urbain, l'artiste
arrivé à Montluçon en septembre s'en sert pour dresser
'un état des lieux du monde dans lequel on vit'. Ses peintures sont toujours
déshumanisées, le matériau urbain - l'immeuble, le stade,
la façade - comme seul élément d'accroche. Une façon
pour Jérémy Liron de 'rester en contemplation devant le lieu'.
Une seule toile tranche par rapport aux autres. La dernière née
des coups de pinceaux de l'artiste. Une vue du collège Jules-Verne ravagé
fin décembre, par les flammes. Le bâtiment effondré comme
un chateau de cartes occupe l'espace. Impossible pour Jérémy Liron
de rester impassible, de ne pas s'emparer de ce sujet. 'j'avais déjà
commencé à peindre autre chose lorsque l'incendie est arrivé',
dit-il. La structure effondrée à donc recouvert un autre sujet.
A l'entrée de la salle, un pédalo. Un pédalo que Jérémy
Liron a réparé et laqué de banc. Il peut évoquer
l'évasion, la dérive, le voyage immobile, l'insouciance. Il flotte
dans l'espace de façon incongrue. Un peu comme ces vues qui surgissent
sur les murs disposés à l'intérieur de la salle. Les toiles
sont en effet accrochées au fil d'un layrinthe cloisonné. 'j'aime
dans ces vues le fait que ce soit des réalités occultées,
cela ne correspond pas à ce que l'on regarde habituellement'.
La négation du
monde _ catalogue Shakers (extrait), Philippe Dagen.
(...) Si les motifs
de ses toiles sont aisés à reconnaître et à nommer,
la représentation est plus d’indication que d’imitation –
d’indication qui peuvent s’en tenir au sommaire et au brutal.
Or il se trouve, sans que cela puisse passer pour une coïncidence, que
les motifs de ces paysages se caractérisent par une dureté égale
– dureté qui est, à nouveau encore, question de séparation.
Liron, vite regardé, peut passer pour un peintre d’architectures
contemporaines. D’architectures sans qualités particulières
: à l’exception de la Cité radieuse, les bâtiments
qui l’ont retenus jusqu’ici relèvent au mieux du tout venant
du logement en série en béton, du siège social banalement
néo-moderne en aluminium et verre fumé ou du préfabriqué
posé sur sa dalle coulée en une journée. Dès lors,
il se pourrait que sa préférence pour de tels édifices
médiocres ne soit qu’une concession au sociologisme actuel, si
tyrannique qu’il n’y a plus guère de jeune photographe qui
ne se croit obligé de s’en aller du côté des grands
ensembles, des « quartiers sensibles » et banlieues désolantes
des métropoles – sociologisme et misérabilisme pour tirages
couleurs. Une deuxième explication se fonderait sur les conditions de
vie de l’artiste : pour se rendre à son atelier, il lui faut traverser
en voiture l’une de ces zones autour de Lyon où les supermarchés,
les entrepôts, les usines, les barres, les espaces supposés verts,
les terrains vagues et des lambeaux de terres agricoles encore cultivés
se juxtaposent dans un désordre qu’aucun urbaniste n’a tenté
de rendre acceptable – les urbanistes préfèrent intervenir
dans les centres historiques, où leurs traces se voient mieux et suscitent
des débats. Cet itinéraire pourrait l’avoir inspiré
– si ce n’est qu’il travaille ainsi depuis plusieurs années
et qu’il serait sans doute plus juste de supposer qu’il s’est
décidé pour cet endroit parce qu’il s’accorde à
ce qu’il peint – pas des architectures seulement, mais leur rapport
avec les lieux.
A mieux y regarder en effet , Liron ne peint pas des immeubles, des tours ou
des villas : il peint des constructions dans les champs, des villas entre des
arbres et des rochers, une usine dans un pré. Il peint leur intrusion.
Il peint l’irruption de leurs volumes anguleux et de leurs murs droits
dans ce qui était, auparavant, il y a plus ou moins longtemps, un bois
ou une vallée. Des barrières et des grillages découpent
l’espace et quelques indices permettent d’imaginer encore à
demi ce qui était là, autrefois, avant ces découpages,
avant ces séparations. Des plans de béton blanchi ou de brique
rouge tombent comme des lames. Des lignes sombres coupent à travers de
la toile. Les terrasses écornent le ciel. Les fondations scient la terre.
(...)
_ Info Allier.
« la majeure partie de son temps à inventer par petites parcelles
les souvenirs exacts de ce qui ne cesse de continuellement nous échapper
». A l’occasion de cette exposition personnelle à l’Orangerie
du Château de la Louvière, Jérémy Liron tente de
questionner encore une fois les ressorts de notre rapport au monde, monde qui
est nié, dira Philippe Dagen, en ce qu’il est toujours médiatisé
par les images que nous fabriquons de lui. Les images, peintures, sculptures
ou textes que l’artiste met en présence ne s’arrêtent
cependant pas à ce constat mais tressent un espace de sensibilité
qui, autant qu’il témoigne au sens large du paysage actuel, évoque
une possible évasion ou un possible salut.
Jérémy Liron développe depuis plusieurs années un
projet « landscape(s) », réalisant une série de peintures
de même format présentées sous plexiglas et ressassant sans
cesse de semblables scènes périurbaines comme autant de photogrammes
d’un film dont le montage serait perpétuellement remis en cause.
De ces vues déshumanisée et à priori sans parti-pris critique,
l’artiste tente de dégager un aperçu de notre situation,
envisageant dans un dessaisissement contemplatif le surgissement d’une
poésie.
Jérémy Liron est né en 1980 à Marseille. Diplômé
de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-arts de Paris et agrégé
en Art Plastique, il exerce en outre une activité de critique d’art
notamment pour la revue Semaines. Son travail est régulièrement
montré par la galerie Isabelle Gounod qui présentera en mars 2008
sa prochaine exposition personnelle.
"Moi, je la trouve belle cette réalité (...)" _ La Montagne, Florence Chédotal.
Un
peu frustré le jeune homme quand, suivant un cycle court aux Beaux-arts
de Toulon, il comprend que la peinture n’est plus en état de grâce.
Pour certains, c’est un médium assez éculé, périmé.
Mais dans ce monde qui chante les louanges des installations et des performances,
il décide de ne pas lâcher le pinceau. « Cela m’intéressait
de revenir à la méthode ancienne ». Pour mieux s’en
affranchir toutefois.
Dénicher l’essence du prosaïque.
Jérémy Liron, 27 ans, est le nouvel artiste en résidence
de la pépinière d’artistes Shakers, à Bien-Assis
qui tenait, samedi dernier, ses portes ouvertes. Derrière lui, sur une
toile s’élève la cité radieuse à Marseille,
« la maison du fada ». Echo à ses origines. Le jeune homme
au visage sage, est né dans la cité phocéenne avant que
sa famille, très vite, déménage pour Toulon. « j’ai
envie de montrer cette réalité nouvelle que je trouve belle, mais
avec laquelle on ne fait pas de cartes postales », poursuit Jérémy
Liron. Face à l’œuvre du Corbusier, il ne cache pas son admiration
: «c’est quand même fabuleux quand on replace dans le contexte,
même si ce sont des grandes idées. C’est un paquebot avec
tout à portée de main : école, syndicat d’initiative,
piscine, crèche, espaces verts… », poursuit l’artiste
diplômé des Beaux-arts de Paris et titulaire d’une agrégation
en Arts. Avant de peindre, il fait d’abord beaucoup de photos sur place,
explique-t-il. Mais ne peint pas sur le vif. Il a eu une période salles
de bain, cuisines, cages d’escaliers… « j’étais
à Toulon à ce moment là. J’étais parti sur
le thème des intérieurs, toujours au quotidien, au plus proche
de soi ». Maintenant, « en travelling arrière », il
est passé aux paysages. « Mon but est d’atteindre une sorte
de quintessence cachée, mais non pas quelque chose de surnaturel ».
Sur la toile peinte à l’huile, des coulures ruissellent. «
un tableau figuratif représente du fictif. Ainsi, les coulures sont la
matérialité qui glisse sur la surface. La peinture revient à
plat ». Histoire d’un support qui remonte à la surface, pourrait-on
dire. « je veux aboutir à un objet réel. C’est en
cela que je m’éloigne du tableau classique ». Il n’est
arrivé que depuis quelques jours, mais déjà il a pris le
temps de faire quelques photos dans le quartier de Bien-Assis. Des bâtiments
sources d’inspiration ? « chaque endroit à sa spécificité.
Les volumes ne sont jamais disposés pareil dans l’espace».
Urbanité _ Aponia, Alain Bouaziz.
Jérémy Liron peint des maisons isolées ou des
paysages urbanisés sur des toiles presque toujours carrées. N'était-ce
l'intention du peintre cherchant à réaliser des "carrés
photographiques où chaque composition est d'abord l'élaboration
d'effets de réel comme dans la littérature", une fois
passé le cap descriptif ou naratif, on remarque que d'un tableau à
l'autre, tandis que la nature submerge les architectures, ou inversement que
les maisons semblent s'enfouir sous le poids de leurs silhouettes anonymes,
le regard du peintre s'attarde à la réalisation en négatif
de vues plus conceptuelles que descriptives. Reste que des impressions d'ouverture
ou de fermeture créées par l'omniprésence du paysage sur
la cité, font que chaque oeuvre révèle une urbanité
imaginaire, où les trouées, les décadrages, les disproportions
et ouvertures absorbent le regard, et bouleversent le réel en le rendant
"abstrait parce qu'il a été conçu".
Jamais en retrait d'une recherche expressive, la vérité des visions
paradoxales de Jérémy Liron n'est appréciable qu'en laissant
tomber les références objectives. In fine, pour Jérémy
Liron chaque sujet retrouve des échos tragiques qu'on croyait oubliés
depuis les paysages d'Arnold Boecklin ou Edward Hopper."
La
mélancolie urbaine de Jérémy Liron _ La Voix du Nord.
Natif de Marseille, Jérémy Liron vit et travaille à
Paris. Il présentera à l'H du Siège des toiles de grand
format carré sur le thème du paysage ainsi que quelques sculptures
en acier entre arbre et éoliennes qu'il a expérimentées
durant son séjour à Valenciennes. Le peintre aborde le paysage,
classique de la tradition picturale au niveau de la technique et du sujet. Il
le revisite par un va-et-vient entre vision photographique documentaire et mentale.
Visiteur privilégié des zones d'ombres, Jérémy Liron
observe, au gré de ses balades, le paysage quotidien urbain devant lequel
on passe mais qu'on ne voit pas. Les architectures modernes standardisées,
cubistes, surgissent derrière un écran végétal,
une barrière ou un grillage. Pas la moindre présence humaine si
ce n'est le regard de l'artiste. Par les rythmes des coulures, les empâtements,
la luminosité particulière, il s'éloigne du cliché,
insinuant une forme particulière de solitude et de mélancolie.
_ Magazine TPM.
A 27 ans, ce peintre installé à Paris prépare l'agrégation
multiplie les expériences (critique d'art, assistant galeriste...) et
partage son temps entre résidences d'artistes et montage d'expositions.
(...)
_ Va-infos, Th.L.
(...) Jérémy Liron dont les oeuvres sont dédiées
aux bâtiments modernes devenus partie intégrante de notre quotidien.
Mais ici toujours représentés avec la justesse d'un regard neuf,
jouant sur les côtés tantôt sombres, tantôt lumineux
et vivants de ces immeubles, maisons d'architectes ou encore HLM...
Papiers d'atelier _ Communiqué Paris Art.
Jérémy Liron, observe, le paysage et ses ruptures, celles
de l’architecture, paysages qu'il arpente, qu'il photographie même.
Entre vision documentaire et journal intime, la peinture surgit, revisite le
paysage pour s'en éloigner peu à peu et laisser place à
ce qu'il vit comme un « road movie » et qu'il nomme « Landscape(s)
», « Balnéaires »…
"Je disais cette incapacité d’embrasser le monde dans son entier, ce sentiment de ne pouvoir que le parcourir, en recenser les fragments. Le paysage, à cet endroit fait un peu office de métaphore. Les papiers d’atelier, tâtonnement foisonnant, gestes dissipés plus que jalons, sont un peu la partie vive de cet immense chantier, comme l’arpenteur de sa main gauche pratique aussi selon ses goûts l’art de la cueillette. Les donner à voir c’est permettre d’accéder à ce qui se joue d’assez incertain et pourtant résolu. De ce qui, selon le terme de démarche, est tout à la fois une allure, une attitude et une requête, une sollicitation". J.L.
_ Espace Holbein.
Jérémy Liron expose à la galerie crous dans le cadre
du festival ici et demain. Sa peinture occupe toute une salle de ce bel espace,
à proximité de l’école des Beaux-arts de Paris. L’accrochage
est rigoureux, habite généreusement cet endroit spacieux.
La peinture de Jérémy Liron est obsédée d’architecture
et de paysage(s). la lumière est celle du sud et la référence
à Le Corbusier très présente. Il s’agit bien de paysage
et ce qui frappe, outre la belle unité de ce travail, c’est l’utilisation
du format carré et ce que l’artiste en fait. Ce format est généralement
perçu comme très contraignant et particulièrement délicat
à maîtriser pour ce qui concerne l’exécution notamment
des paysages. (…) ces séquences nous entrainent vers le découpage
photographique ou bien directement photographique avec interruption d’images
(bleu du ciel) puis reprises. Les toiles de Jérémy Liron tiennent
bien au mur, comme on dit.
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2006
Commencer,
quand on est peintre _ tierslivre, F. Bon.
(...) Jérémy Liron est né
à Marseille, et on reconnaît quelque chose de sud à cette
ville imaginaire qui naît de ses peintures à l’huile grand
format. Surtout, ce qui nous met en partage, c’est de partir de ce sentiment
de présence, formulé par Rilke dans son Malte Laurids Brigge,
et qui m’interloque moi, tellement, et si souvent, à tel coin de
béton nu, à l’arrangement d’un parking, à une
fenêtre au loin. D’où mon attachement au travail de Jérémy,
et à quelques-uns de ses amis du groupe La Grande Vie, comme Assaf Grüber.
(...)
Première vue _ Catalogue de l’Exposition,
M. Nuridsany.
Il aime bien les coulures qui débordent en bas du tableau.
A vrai dire, moi, elles me gênent un peu. Comme un maniérisme inutile.
Même s’il dit « depuis des années, j’envisage
les limites du tableau avec ses bords picturaux relatant le travail par couches
successives », ces coulures n’ont, en effet rien à faire,
ni à voir, avec la façon de voir nette, crue, de cet artiste qui
modernise de façon intéressante la notion de paysage. Et d’autant
qu’il cite, de Mallarmé, cette pensée : « La nature
a lieu, on n’y ajoutera pas ».
Jérémy Liron aime Malevitch, Mondrian, Brice Marden, Ellsworth
Kelly. On ne s’en douterait pas en voyant ces toiles indubitablement figuratives.
Sauf si l’on a en mémoire les textes neutres et précis de
l’auteur du « Savon », Francis Ponge. La façon de Ponge
et de Liron de rendre abstrait le figuratif est la même.
Le « paysage » de Liron n’est pas fait d’arbres, de
plaines, de haies, de fleurs et de ruisseaux. C’est le nôtre, pour
le pire ou pour le pire, si j’ose dire : des HLM, encore des HLM, blocs
de bétons sinistres comme une punition. Pas plus que Ponge, Liron ne
prend parti. Sec (malgré ses coulures), objectif et bref, son art n’est
pas fait de descriptions mais notations.
Les Beaux-arts toutes portes
ouvertes _ tierslivre, F. Bon.
Les portes ouvertes, ça veut dire qu’on a le droit d’entrer
partout, et le lieu est fascinant autant que décati : un labyrinthe peuplé
d’interventions, toiles, installations, vidéos, discrets déplacements
du réel (voir Jérémy Liron). Les étudiants
pensent en concret, et même dans la naïveté (parfois), la
maladresse (parfois) ou ce qui s’annonce déjà comme rude
et âpre, prêt à la guerre (souvent, et pour eux c’en
sera réellement une, de guerre), une fresque presque complète
de cette frontière entre nous et le monde, si fine, si mobile, où
c’est en agissant sur formes et images qu’on rend visible le réel.
_ Le Monde, P. Dagen.
(…) Jeremy Liron : autant d’œuvres dont les débuts
donnent envie de connaître les prochains développements.
Landscape(s) _ communiqué Paris Art.
A mi-chemin entre la tradition picturale classique et les nouvelles
technologies, le(s) paysage(s) de Jérémy Liron, ni photographies,
ni peintures, s’envisagent comme une réflexion du visible.
Renouant avec l’héritage de la tradition picturale classique, celui
de la technique, celui du sujet (Rembrandt, Morandi, Hopper... ), Jérémy
Liron le revisite pour s’en éloigner peu à peu et laisser
place à ce qu’il vit comme un «road movie» (sur les
traces de Ghirri, Bustamante ou Stephen Shore) et qu’il nomme «landscape(s)».
L’artiste nous
livre sans aucune pudeur son intimité avec le paysage. Celui qu’il
observe, qu’il arpente, qu’il photographie même. Et c’est
dans cette conjonction de la peinture et des nouvelles technologies, entre l’avant
(l’héritage qui le constitue et l’instantané photographique)
et l’après, qu’il dilate le temps pour nous offrir un regard,
plus qu’un état de fait, un témoignage.
Pénétrant dans un univers de mélancolie nous suivons son
oeuvre comme un parcours initiatique dont l’issue serait incertaine.
Entre vision documentaire
et journal intime, la peinture surgit. Par un va-et-vient entre la vision photographique
et la vision mentale, Jérémy Liron privilégie l’une
ou l’autre, selon : le paysage urbain domine ou disparaît sous l’empâtement
de la peinture.
«Si
je me suis intéressé au paysage notamment, c’est que ces
étendues me faisaient l’effet proche de celui de la contemplation
d’un tableau ou d’une oeuvre d’art en général
: le sentiment que l’on y voit rien, que s’insinue une forme particulière
de solitude.
La mise en évidence d’une posture, d’une attitude qui évide
de tout contenu, de tout sens le paysage et le regard qui le prend pour objet.»
J.L.
landscape(s) _ Univart, M. Touchard.
Ce peintre a connu une évolution qu’il considère
comme un « travelling arrière » car il est parti d’intérieurs
fermés pour, maintenant peindre des paysages. Il a, par exemple, peint
une série de tableaux sur le thème d’un escalier en colimaçon
qu’il considère comme un éloge à l’ennui.
L’exposition est assez intimiste, juste quelques murs et les toiles du
peintre, couvertes sous plexiglas pour rappeler les vitres du train, les toiles
sont imprégnées d’un mouvement et pour marquer encore plus
cet effet, il dispose ses toiles sous forme de séquences qui rappellent
les séquences cinématographiques. Il dit lui-même de son
œuvre que chaque tableau est statique comme chaque élément
d’un film, le mouvement se créé par le rapprochement de
plusieurs tableaux comme les images au cinéma.
La thématique du paysage pour cette exposition a été
choisie ici car il considère tous les paysages comme semblables, il y
a pour lui une forme de standardisation : il veut montrer ici une variation
dans la continuité. L’autre attrait qu’il a trouvé
aux paysages est son intérêt particulier pour les points de repères
dans l’espace, l’architecture et plus particulièrement ce
qu’il appelle « l’architecture de la désérance
». Influencé par l’art classique, il a également beaucoup
d’influences dans la littérature comme Mallarmé ou Michelet,
mais sa plus grande influence sur le thème du paysage reste Rabelais
avec la citation suivante : « …tout le pays réduit en Campaigne.
Quoy voyant , Garguantua print plaisir bien grand sans aultrement s’en
vanter , et dist à ses gens : « Je trouve beau ce » dont
fut depuis appelé ce pays la Beauce »
L’exposition Landscape (s) nous apporte donc une série de paysages
périphériques comme le témoignage d’un voyageur d’un
train du matin pour aller à son travail, on se sent proche des peintures
car elles sont le reflet de notre paysage quotidien cependant elles sont retirées
de ce cadre, ce qui donne à l’exposition une dimension de «prise de conscience» de la beauté du paysage quotidien devant
lequel on passe mais qu’on ne voit pas.
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2005
Landscape(s) _ catalogue
de l’exposition, P. Blanchon (extrait).
Jeremy Liron travaille déjà depuis plusieurs années
à la génèse d’un univers cohérent à
partir d’éléments du réel : escaliers, portraits,
intérieurs, multipliant les points de vue, toujours de même facture
dans le même format carré et avec une maîtrise des plus certaines.
Toutes ses toiles, outre leur réussite plastique, posent cette même
question : Qui observe ? Qui est observé ? qu’est-ce qui est observé
?
Il peint des éléments de notre monde contemporain et les choisis
pour leur indétermination, leur étendue sans restriction référentielle,
vaste. Nulle vision symboliste, allégorique, Jeremy Liron veut atteindre
à une double vérité, celle du lieu et une vérité
picturale. En effet, il est peintre avant toute chose, la peinture est sa terre.
Ainsi peut-elle être la notre.
Ce n’est pas seulement à un jeune artiste possédant, comme
peu, un véritable talent que nous avons affaire. Il est aussi au cœur
d’une réalité qui fait notre quotidien (absorbant inconsciemment
notre passé) tout autant qu’il a le courage (mais sommes nous courageux
quand nous aimons) d’accepter l’héritage d’une réalité
esthétique sans cesse en mouvement qu’il ne faut en aucun cas capturer
mais dont il faut au contraire épouser la courbe. (...)
_ Bohème Magasine.
Jérémy Liron est intéressé par les thèmes
simples et quotidiens, et ceci se reflète clairement dans la sélection
de peintures présentées ici. Des dîners dans un restaurant
ou un café, une femme dans son bain ou assise dans sa cuisine - ces scènes
de la vie quotidienne sont capturées dans l'œuvre de Jérémy
avec détachement. Les perspectives libérées donnent l'impression
de regarder par le trou de la serrure les activités de la vie des autres.(...)
le quotidien transfiguré _ plaquette de l’exposition,
G. Leroy-Terquem.
L’œuvre de jeremy est, au sens étymologique, une
œuvre complexe, intégrant les rapports sans tomber dans l’imitation,
sachant restituer l’âme des lieux en nous livrant au passage un
peu de la sienne. (…)
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2003
Jérémy Liron, un peintre à l'aise dans ses basquettes _ Métropole,
F. Vecchi-Muller.
Aux âmes bien nées, la valeur n’attend pas le
nombre des années : en art comme dans d’autres domaines, le constat
est vérifié chaque jour. Illustration avec un jeune peintre pragmatique,
jérémy Liron. (…)