Bio/liens
la petite histoire
"Même au pire de l'actuel, on écrit de mémoire." Antoine Emaz
Chap.1
D’abord le Relai Socio Educatif Peiresc avec Edouard D. le soir après la classe. Nous devons avoir dix ans. Alentour 1990. Toulon. On se dessine des bites sur nos pochettes. Notre professeur s’appelle M. Rozier. Une fois nous assistons à une soirée dans la cour, piquons quelques petits fours en attendant nos parents. Notre premier vernissage. Nos cartons à dessin sont si grands qu’on les porte sous le bras du bout des doigts. Au collège, ma prof d’Arts Plastiques s’appelle Mme Englander. Robes larges aux motifs colorés, lunettes tarabiscotées. Son truc à elle lorsque c’est trop le foutoir c’est d’éteindre la lumière. Je me souviens deux choses : la visite d’une exposition à l’espace Peiresc (salle d’exposition conjointe à l’établissement dans lequel nous prenions, Edouard et moi, nos cours de dessins). Un grand diptyque rainuré de Soulages. Un paysage de Mario Prassinos. M. Rozier (j’apprendrais à cette occasion qu’en plus d’enseigner le dessin le soir, il participe à la gestion de cette salle d’expo) a disposé des barres de métal appuyées sur le mur, il faut en apprécier l’ombre. Il a parlé de dessin dans l’espace. Le second souvenir concerne une vidéo que nous avions vue en cours : la maison de Jean-Pierre Raynaud. Tout en carreaux de faïence blanc, jusqu’au sommier du lit. Et puis sa destruction, les gravas dans des seaux de chantier alignés. Ça nous mène en 94/95, je me rends tous les samedi matin ou presque chez Bruno Vigoroso. Il me semble que cet emploie du temps remplace les séances d’orthophonie qui occupaient mes samedi matin les années précédentes. Bruno est un ami de mon père, il est peintre et possède un petit atelier-galerie dans la basse ville de Toulon. J’apprécie ses silhouettes stylisées, poissons, boxeurs et taxis jaunes. Quelque chose qui rappelle la ligne claire en BD et la culture street américaine, pas loin de Keith Harring parfois, avec un petit quelque chose des Demoiselles de Picasso. J’y fais quelques exercices. J’y apprends aussi les rudiments de la boxe, tenir sa garde. Je me souviens de deux sujets de recherche : Klimt, après que je me sois arrêté sur sa Judith au détour d’un livre, puis Pollock. Bientôt Bruno ouvrira un atelier pour le mardi soir, le mercredi et le samedi après-midi. Atelier A priori. Nous nous y retrouverons avec Edouard mais aussi Céline et bientôt Laurence et Oliver. Robinson, pour les petits. On y déchiffrera un peu de tout. J’entre au lycée. Mon professeur s’appelle M. Boudot. J’apprendrais dans quelques temps qu’il pratique la photo, collectionne les appareils et bricole des vieilles anglaises. En 1995 et 1996 je réalise mes deux premières expositions dans la salle d’attente du cabinet de mes parents. Mes premières aquarelles puis mes premières toiles mêlant paysagisme local inspiré de ce que je vois sur les marchés et les cartes postales; et surréalisme inspiré par la découverte de Magritte. Réel défrichage artistique et culturel. J’essaie plein de choses. En Arts Plastiques il y a Gregory, Maroussia, Florence, Jean-Luc, Agnès et quelques autres. En option musique il y a Sandra, on se connait depuis le collège. A l’option du mardi soir, une fille qui s’appelle Julie. On organise avec Greg et quelques autres une expo à l’occasion de Sida’ction dans le Centre Commercial Mayol, je réalise à cette occasion un bilboquet hérissé de piques. Je découvre le soldeur La foire aux livres/Mona Lisait chez lequel je commence de me fournir en livres d’art. Un jour j’y cherche un bouquin sur Le Groumellec ; on connait pas. Y travaille Philippe Blanchon. Puis je passe mon bac. On est en 1998. Bruno m’invite à exposer dans la Petite Galerie qu’il vient de ménager dans l’atelier. Je fais de l’escalade et pratique la montagne, le Club Alpin Français m’invite à accrocher quelques peintures à l’occasion de je ne sais quel événement dans une salle de l’hôtel Mercure.
Chap. 2
Suis reçu à l’école des Beaux-arts de Toulon. Vacances en Corse, sur les conseils de fréquentations du lycée j’achète Ainsi parlait Zarathoustra. Entrée aux beaux-arts. Gros défrichage là encore et guitare le soir avec Michel. Entre un peu dans Picasso, écume la bibliothèque (tenue par la mère d’Agnès), livres et catalogues. Tout le monde fume en cours, profs comme élèves, grosse liberté. Je présenterais un travail sur la figure de l’arlequin au premier trimestre, une installation tactile faite de pierres taillées au second puis un ensemble mécanique en fin d’année. Je découvre Beckett par Le Dépeupleur, puis Perec, Deleuze par son abécédaire. Tente de lire Le Pli. Visionne toutes les cassettes que je trouve. Immersion sauvage. Je fais un stage en librairie chez Mona Lisait et un autre en ferronnerie. Salle temps pour la peinture, on la dit dépassée, ringarde. Je persévère en marge, m’enferme des journées dans l’atelier de menuiserie, de ferronnerie, dans le labo photo (avec Jean-Michel Fidanza ou Michel Massi). Influences diverses. Barbecue quelques fois entre midi et deux. Virées en bagnole vers les plages, au Flunch. Michel, Roxane, Laurence, Yann, Karim, Mathieu, Sandrine, Florent, Viviane et quelques autres. Soirée de fin d’année dans la crique de Magaud, feu de camp avec des palettes récupérées, guitare avec Mathieu. Julie me prend par la main. Vacances. On remet ça trois années. Immersion dans le théâtre (Kantor, Brooks…), la littérature, installations, peintures, photos, performance. Intérêt pour l’absurde. Quelques expositions dans un salon de peinture à Marseille plusieurs années de suite. Dans le hall de la BNP sur le boulevard. On est en 2000, j’ai donc 20 ans. Vivier dense. Effectifs divisés par trois entre première et seconde année, reste un noyau dur. Stéphane, Julio, Domi, Michel, Yann, Karim, Roxane, Florent, Viviane, Jean-Luc, Diana, Cécile, Claire, Claire, Cédric, Fabien, Fabien, Audrey, Pauline, Zelia, Charlotte, (…) et d’autres dont plus la trace. Julie aussi, au plus près déshormais. Je rafistole une vieille chambre de bonne au-dessus du cabinet de mes parents, j'y ferais mon atelier. Commence en 2001 une série de peinture sur les escaliers de service qui y mènent. Ecrit beaucoup aussi. Univers de théâtre de marionettes, de sous-pentes obscures. Découvre Bruno Schultz. Série de grands tableaux à l'huile, intérieurs et portraits. Réalise des illustrations pour une biscuiterie. Travaille entre midi et deux comme serveur dans une brasserie où Julie a été embauchée comme barmade. J'y accrocherais bientôt quelques tableaux. Mon premier interview et premier article dans le journal local en témoigneront. Je réalise des dessins, des photos, des peintures, des meubles à partir de palettes de transport récupérées, écris. Réalise une grande installation: cabinet d'amateur encombré de tableaux sombres, sol jonché de feuilles tappées à la machine, fauteuil Club en bois. Suis recalé, diplôme repoussé à l'année d'après. Julie, elle, part pour l'école d'architecture de Marseille. Je viendrais quelques fois assister à ses cours dans l'amphithéatre de Luminy. Je relance la machine, théâtre toujours, texte, absurde, mais aussi grotesque. Découverte de Jarry, de Ghérasim Luca dont me parle Gerôme Dupin. Peinture en marge, discrètement, dans mon petit atelier le soir. En discute occasionnellement avec Fernando Galvez. Je multiplie avec Roxane les petites étiquettes potaches, absurdes, poétiques et autres jeux de mots. ça amuse tout le monde, je développe. Taille dans de la taule une phrase de plusieurs dizaines de mettres accrochée sur le mur de l'école: "qu'un gros cailloux m'écrase et qu'on...". La machine avait grillé avant que je finisse la phrase ("n'en parle plus"). J'avais aussi froissé d'autres taules rouillées et découpé ces mots : "l'huitre m'émeut"; tenté de forger un masque dans une pelle de chantier, fait jouer à quelques acteurs amateurs du centre dramatique voisin une pièce très écrite évoquant un peu la classe morte de Kantor et l'univers crépusculaire de Boltanski: "les pas perdus". Un autre texte sur l'escalier façon Ponge (avec reprises) lu et diffusé sur un vieil enregistreur cassette accompagnait un ensemble de toiles aux silhouettes difformes évoquant un tareau imaginaire et un peu l'univers de Garouste que je regarde beaucoup à cette époque. Et puis une installation "lit de psy" accompagnée de photos sur lesquelles on me voyait allongé sur ce même lit en différents lieux improbables (hall de gare, milieu de la route, haut d'une montagne, bout d'un quai, salle d'expo, rond-point..) portant l'étiquette: "j'ai pas envie d'en parler". La boucle était bouclée. J'ai eu mon diplôme avec ça. J'avais collé sur la porte du jury les mots "délibérez-moi". Un peu avant, je venais d'apprendre que ma candidature pour les Beaux-arts de Paris avait été retenue. A Paris, c'était Sandra qui m'avait accueilli dans sa petite chambre de bonne pour que je vienne passer les oraux. 10m2. Elle, elle était en musico à la Sorbonne. Chiottes sur le palier, à l'époque elle n'avait même pas encore de douche, fallait se laver au lavabo comme au siècle dernier. C'était la grève des transports. J'y étais allé à pied présenter mes étiquettes loufoques, mon lit de psy, mes écrits. Un petit book mélangeant machine à écrire et retouche au pixel sous Word. C'était le début, l'ordinateur venait à peine d'entrer à la maison. On en était encore aux disquettes. Je portais un t-shirt sur lequel était inscrit la phrase: "un esprit simple dans un corps normal". Je venais de lire empailler le torréador de Jourde. J'ai collé au passage, sauvagement dans les couloirs, quelques étiquettes: "quand les poules auront des dents, ça va saigner." ou encore "occupe toi de mes oignons" et quelques autres conneries du genre. J'en avais produit des dizaines mais commençais à m'en lasser. Sur mes derniers tableaux je mêlais aussi les mots à l'image: "devenir poussière et faire éternuer les gens", "offre lui des moonboots pour lui dire que tu l'après-ski". C'est comme ça que j'ai intégré les Beaux-arts de Paris. Ce que l'on fait dépend du contexte dans lequel ça s'ennonce.
Chap. 3
(...)
Sites artistes :
Gilles Boudot – Fabien Laurent – Olivia
Guigue – Eric Rondepierre –
Martin Bruneau – Mathieu
Rouget – Stephane Macedo – JulienTorres – Claire Dias Briand – Emmanuel Malin – collectif La Grande Vie – Sophie
Gaucher - soizic Stokvis - Yann
Ruaux - Viviane
Riberaiga - Florent
Caillol - Roxane
Lippolis -florent
Lamouroux - Laurent Le Deunff - Wilson
Trouvé - Emilie Satre - Clément Bagot -
Elvire Bonduelle - Krista
Sené - Michel Massi -
Antonin Menichetti -
Thomas Mailaender
Sites galeries :
Galerie Isabelle Gounod – Galerie
Saatchi – Galerie Serrano
Sites résidences :
Shakers – l’H
du Siege – Le Collombier – Mains
d’œuvres - La Source
Divers :
Réseau Artskool - éditions
flblb - éditions nuit myrtide
- julie clément, paysagiste
- éditions analogues
- les pas perdus
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