2011 – Quand la matière prend la ligne de fuite – Par Jean-François Sicurani.

2011 – Quand la matière prend la ligne de fuite, par Jean-François Sicurani in La Marseillaise.

Après la remarquable exposition consacrée à Florence Henri, l’Hôtel des arts nous invite à changer de siècle et d’aventure, puisque d’aventure il s’agit. Jérémy Liron a étudié l’art à Toulon puis à Paris. Il enseigne aujourd’hui à Villeurbanne. Le voisinage avec les gratte-ciel modernistes de la cité rhodanienne et leur étrange résonance dans l’espace ont-ils pu influencer le champ créatif de ce jeune artiste ? Il est permis d’en douter. Bien-sûr, l’empreinte urbaine est là puisque Jérémy Liron a choisi, en cette occasion, de ne peindre que des immeubles, sertis ou engloutis dans des paysages, parfois luxuriants et méditerranéens, parfois froids comme une pelouse inutile née de l’esprit d’un urbaniste en passe de sens. Ce sont donc deux séries d’huiles sur toiles, de formats différents qu’il nous donne à découvrir sous les intitulés forcément énigmatiques de dépouillement, paysages et sans titre, chacune d’entre elles minutieusement numérotées. Tout d’abord semble apparaître un contraste mûrement réfléchi entre les lignes architecturales, les perspectives qu’elles provoquent et la végétation qui les entoure. Du béton hermétique à la vie, des arbres, des feuilles, des herbes hautes et toujours ces plans successifs offrant au regard grâce à une technique sûre une vision par plans successifs. Paysage n°5 : c’est « la maison du fada », la citée radieuse de Le Corbusier. Paysage n°7 : œuvre singulière de la série, le bâtiment est orné de motifs à la Dubuffet. Mais ce dernier ne s’intéresserait-il pas au fait architectural ? Paysage n°31 : la Villa Malaparte à Capri, face à une autre étoile, étonnant assemblage de lignes où l’on peu lire « cinéma ». Le Mépris de Godard ? A l’étage, le parcours se poursuit, au cours duquel on se retrouve face à de nouveaux « Paysages ». Cette fois, des volumes beaucoup plus industriels, des tons plus froids, ocres, gris en aplats semblent marquer une fracture dans l’espace et dans le temps. L’homme, curieusement, est lui toujours absent de ce décorum aussi inquiétant qu’esthétique. L’absence, ou plutôt devrait-on dire la virtualité de la présence, est-elle au cœur de la recherche de Jérémy Liron ? Derrière les volets clos se cacherait-il le désir ?

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