2019 : Jérémy Liron : perception d’un vide inévitable, par Marie Zimberlin.

2019 : Jérémy Liron : perception d’un vide inévitable, par Marie Zimberlin in Virtute, mai 2019.

Jérémy Liron, artiste marseillais représenté par la galerie Isabelle Gounod, vit et travaille à Lyon. Il dessine l’idée de présence à travers des paysages déserts. Silence et arrêt dans le temps.
Vision Sculpturale
Suggestives, les images géométriques aux lignes temporelles, évoquent une mémoire lointaine aux tons clairs-obscurs. Langage mélancolique, architecture brute et moderne rappelant Le Corbusier, le paysage semble néanmoins se déformer. Troncs zigzagants, perspective décalée, ces lieux semblent lourds de sens et de souvenirs. Ils évoquent un espace pictural et mental tridimensionnel.
Les toiles de l’artiste rappellent un peu Cézanne, avec ce sud de la France, ses touches étirées de matières, ses coulures. On retrouve un mélange paradoxal entre paysage urbain et végétation, entre lumière, chaleur et rigidité. Jérémy peint comme un auteur. Il utilise le figuratif, mais seulement pour déconstruire la réalité, en offrir une vision, une épiphanie. Et y révéler la forme et non le fond : c’est elle qui raconte quelque chose.
« Depuis un peu plus d’une dizaine d’années maintenant, je poursuis une série de tableaux intitulée Landscape(s) qui est la partie la plus identifiée de mon travail. Série qui se développe en une suite de tableaux de formats souvent similaires s’apparentant à des fragments où l’architecture dans ses relations avec le paysage ou la végétation tient le premier rôle. Mais en réalité, derrière l’apparence première un peu anecdotique parfois, ce qui m’intéresse est plus impalpable et a trait à quelque chose que l’on pourrait nommer «sentiment de présence» et qui investit le travail du regard. Qu’est-ce que regarder, qu’est-ce que surprendre une image à l’intérieur de l’espace du regard, qu’est-ce qui traverse le regard ou le met en perspective ? »
Poésie Du Vide
Poésie de l’espace, poésie du vide, il conçoit l’œuvre comme un langage, face à elle-même, à sa solitude et à son ennui. Espace livré à lui-même et abandonné : l’artiste peint une beauté du vide. Un nouveau Romantisme sculptural. Ses toiles évoquent presque les Vanités par leur silence et leur désespoir. Il ne reste plus qu’à contempler, qu’à retenir un extrait de vie, un geste, peut-être celui de la feuille d’un arbre. Mais seul le langage de l’art pourra vous l’expliquer, vous n’aurez pas les mots pour décrire avec justesse ce bleu, ce mur de béton ou ce tronc.
La poésie noire ou seulement proustienne de Jérémy vous jette dans un vide dont personne ne peut échapper, un vide existentiel qu’on préfère oublier, mais qui, le temps d’une toile, ressurgit, vous rappelle que le temps passe devant nous, immobile.
Ou bien est-ce l’inverse ?