2019 : Vé, ces mocos…, par Daphnée Albert.

Vé, ces mocos…, par Daphnée Albert in La Strada, mars 2019.

« Mocos » : mot provençal pour désigner les marins toulonnais. Entendez-vous la sonorité de ce mot teinté d’une touche de nonchalance presque enfantine ? Les mocos de grands enfants malicieux ? Assurément oui ! Voici en filigrane, la ligne et la trame de cette exposition généreuse et inspirée présentée à la Galerie du Canon.

Du plus trivial et au plus ordinaire, Gilles Boudot crée des mondes merveilleux. A partir d’ustensiles ménager, rebuts du quotidien, il crée de petits théâtres, assemblés minutieusement, desquels naîtront images et photographies… L’artiste questionne la perception, et peut-être plus encore le désir de l’observateur. Autant de questions philosophiques émergent à propos de l’illusion, du subterfuge. Que voit-on ? Que croit-on, ou aimerait-on voir ? Ses photographies évoquent des paysages marins, et ce, même après avoir saisi le jubilatoire subterfuge. Véritables calembours visuels, l’esprit et l’imagination nous mènent à ce désir, presque mystique, de n’avoir de cesse de recréer mentalement un ailleurs, un espace comme en équilibre… C’est une poésie teintée d’humour absurde que l’on retrouve chez Jean-Noël Laszlo, une même légèreté profonde. L’essence et les sens, la langue et les lettres prennent corps et matière, Les lettres et l’être (titre de l’une de ses sculptures en bronze exposée à la galerie) provoquent et stimulent la pensée. L’artiste détourne avec brio les notions d’iconologie : là où l’image devient langage, et inversement. L’esprit de Fluxus et de l’Oulipo, des cafés littéraires, habitent ses compositions collages. Photographie, collages, mais aussi peinture avec Jérémy Liron, qui de son côté introduit le végétal dans l’environnement urbain, pour des paysages banals réenchantés. N’est-ce pas là encore, le dévoilement subtil des artifices, et autres utopies contemporaines de la modernité ? Les sculptures de Goulven offrent quant à elles une belle alchimie entre force et puissance. Ses lignes courbes sont infinies, prolongées dans l’espace mental. La connotation figurative, ou encore narrative, appartient au regardeur, toujours lié au désir et à cette persistance d’une mémoire culturelle et collective. De la forme brute naît un navire, une épave, un radeau… Goulven utilise peu d’outils, ses mains pensent. De l’économie de moyens et des contraintes naissent la beauté. Cette exposition, Les Mocos, est portée par une remarquable scénographie créant un dialogue entre les artistes et leurs œuvres, et au-delà, questionne le langage et la notion de signes, visibles en surface…