gunther forg

Günther Förg, vertiges&peinture

On se désespère de la simplicité, de l’évidence des gestes, du laconisme. Quelques trames régulières tracées à main levée en un motif primitif semblable à ceux que l’on connaît de Lascaux et d’ailleurs et dont on ne sait tout à fait s’il s’agit de représentations schématiques ou de formes d’écritures conventionnelles. Non pas signes ici, mais gestes semble-t-il. Quelque chose d’une économie de l’occupation de l’espace. Chaque variation d’un tableau à l’autre venant du format, des couleurs, des torsions incidentes du tracé. Vient alors l’idée d’un épuisement, comme de pousser le tableau vers ses extrêmes, là où il n’est plus que parodie de lui-même, perpétuation, ressassement, répétition engendrée par un élan, se poursuivant sans plus de dessein, peut-être par habitude ou par dépit. Et peut-être alors dans cette déréliction, dans cet affaissement du sens se dessine une aventure neuve et radicale, quelque chose comme une expérience limite. Et le programme de Günther Förg alors : poursuivre volontairement, positivement dans cette position extrême. Aborder le précipice en le couvrant d’un grand rire ; le rire de qui retourne la situation, celui du désespoir consommé, dépassé. On pourrait les voir ainsi, ses larges formats clairs, clairsemés de touches de couleurs prestement brossées comme autant d’échantillons recouvrant une palette. Quelque chose comme le niveau zéro de la peinture, quelque chose qui pourrait passer pour les dernières avancées, les ultimes mouvements précédant l’impossibilité du tableau, la butée du vide qu’elle laisse en toute extrémité. Et alors la jouissance de l’audace, avoir poussé l’idée. La dernière danse avant la fin du monde.

Une réponse à “Günther Förg, vertiges&peinture”

  1. Sylviane

    Pourquoi désespoir et fin du tableau ?
    On peut aussi y voir esquisse et trame, le début de quelque chose, la structure d’un à venir, qui ne viendra pas, mais qui est suggéré, comme une porte ouverte à l’imagination. Une porte, que dis-je, un lacis, un labyrinthe béant dans lequel s’engager, avec incertitude, mais aussi étonnement de la couleur. Un bien fait, mal fait, pas fait, en somme.

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