marc leonard galerie 25 capucins

Marc Léonard, cinématières

De son expérience professionnelle de géologue Per Kirkeby gardera un attachement exclusif au paysage, dans ce qu’il étend comme ce qui le compose strate à strate, et une grammaire de formes qui participe à la singularité qu’on lui connaît. De la même manière, il n’est pas indifférent que Marc Léonard soit monteur de métier avant ou à côté d’être peintre. Sans dire qu’il y ait comme une application des principes du montage cinématographique dans sa peinture, s’y donne à voir une certaine manière de considérer les images dans leurs rencontres, leurs juxtapositions, leurs frôlements et dans une dynamique narrative qui y renvoient sans cesse, de manière plus ou moins volontaire. Et si le geste participe dans les suggestions de l’aléatoire et l’expressivité à la montée des figures prises dans une dynamique palimpseste où les couches, les collages et déchirures, les essuyages forment un monde en ébullition tiraillé par les passions, des éléments de structure, format, cadres, bandes très souvent cloisonnent et compartimentent ces espaces mêlés comme autant de plans ou de photogrammes brassés par le chutier de la mémoire. Alors semble se jouer, tant dans les tableaux que dans leur chair même, à l’échelle du détail, une lutte entre deux pulsions, celles-là que Nietzsche articula dans son étude de la tragédie grecque antique, du dionysiaque et de l’apollinien. Cette beauté, si c’est cela que quête avec acharnement Marc Léonard, n’est pas sans affinités avec celles que postulent Baudelaire et Breton, bizarre et convulsive, toujours un peu désespérante aussi, non sans quelques proximités avec l’œuvre de Francis Bacon dans ses fascinations et ses dégoûts, sa manière quelquefois, comme Artaud en ses dessins, de  » forcener le subjectile « . La figure semble toujours en lutte contre la défiguration, l’idylle est toujours au bord d’être emportée par une sorte d’appétit de destruction fébrile et de déchirement comme le traquèrent Georges Bataille, André Masson et Picasso dans les années 30 notamment par la figure thérianthrope du minotaure à l’érotique violente. A l’image de certains peintre expressionnistes, de certaines explorations surréalistes, dans tout ce qui les forme et les altère – impuretés, déchirures, couleurs salies, rabattues, jusqu’à un certain malaise des compositions qui ne s’équilibrent, ne s’harmonisent, c’est-à-dire, ne s’apaisent jamais tout à fait – on pourrait considérer les tableaux de Marc Léonard comme relevant d’une peinture cathartique où l’automatisme dans ce qu’il livre d’inconscient, dans ce qui habite en sous-main l’esprit et le corps, dans les irruptions du hasard et des nécessités, s’arrange d’une grammaire primitive. Ça hurle et s’ébat, chavire et coulisse, ça jazz, s’emporte parfois, comme le vent tord en tourbillons vigoureux les arbres de Soutine, avec l’impétuosité, l’indocilité griffonneuse de Basquiat inscrivant nerveusement ses figures hybrides et stylisées, ses mots sauvages au rythme de la transe et du vaudou aux murs de la ville. Un animal passe parfois insinuer une trogne ou une figure enfantine étire son ombre, non sans dérision. Et c’est comme l’enfant qui lève la tête et considérant ce qu’il est advenu dans l’excitation graphique tire une ou deux figures subreptices, embraye sur un nouveau scénario. Les horizons se retournent, on croit croiser Bouvard et Pécuchet sur une scène de Beckett.

Image : exposition Marc Léonard, galerie 25 Capucins, Lyon, 2018. (c)25Capucins.
Le titre fait écho à un livre de Sébastien Rongier publié en 2015 chez Klincksiek.

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