caluire st clair

récapituler, reprendre, dire, comprendre, avancer

A dériver d’abord dans la périphérie des villes, là où le végétal le partage au bâti, puis dans le tissu urbain dense, je me suis laissé fasciner par le jeu des volumes dans l’espace ; à cette façon qu’ont les architectures singulièrement de faire présence sous le regard et dresser en soi une image de notre rapport au monde. J’ai fait mon sujet de cette butée à l’ordre muet des choses, leur opacité familière.
Les architectures sont des marqueurs d’espace, elles contribuent au paysage. Elles jouent également comme objets formels à la manière de sculptures par l’arrangement de leurs volumes ou comment s’animent les façades. Tout un jeu de structures, de rentrants et de sortant jouant de la lumière et de l’haptique, ce toucher du regard. Enfin, il faut dire tout un vocabulaire des surfaces, matières, textures, couleurs qui contribuent à leur plasticité. Mêmes les plus humbles manifestent une expression formelle. Quelque chose, c’est bête à dire, s’adresse au corps.
Ce que je cherche n’est pas, contrairement à ce qu’un regard un peu rapide pourrait laisser penser, à figurer des architectures ou des bouts de paysages, mais à jouer de ces rapports à l’œuvre dans ces arrangements construits. Ce qui, indicible souvent, nous percute avec évidence dans un accord, une justesse, un effet de composition.
En cela, mon travail n’a rien de documentaire, même s’il donne parfois à reconnaître des lieux, des architectures identifiées et qui portent avec elles une époque, une esthétique, des idées. Il s’agit de regard, du travail du regard. De ce que ça fait bouger en soi ou de ce que ça éveille dans la mémoire du corps. Quelque chose qui se dresse, vide et nu, sans phrase. Quelque chose de très primitif, de très vieux qui nous relie tous. Ailleurs, un retrait, quelque chose qui se creuse, une torsion de l’espace, et comme tout cela semble en mouvement dans le mouvement de notre propre regard. On pourrait parler de danse immobile des choses. Toujours en train d’apparaître, toujours en train de se dérober ou de s’absorber dans l’image que l’on projette malgré soi par-devant l’expérience.
Un bâtiment, ou un simple angle de mur, un bosquet, un arbre, des reliefs, une sculpture posée dans un parc. C’est là, ça retient le regard et reconfigure un instant tout notre paysage mental, l’espace autour. L’évidence dans sa claire opacité nous démunit, inquiète quelque chose en nous.

Répondre


3 × = trois