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retours sur janvier

Ça monte depuis des mois plusieurs années sans contours on sent presque vibrer l’air partout autour sans savoir parfois on oublie ce bruit de fond qui fait comme une couche vague par-dessus les choses parfois on s’agace on en devient fou on apprivoise sa folie il suffit parfois de nier et ça tient en place on croit Juste qu’on est mal De trop de choses mobiles et comme clignotant à la conscience qu’on ne parvient à saisir On se désespère Ça tombe : comme dans ces rêves un pan incliné sur lequel on est tous et qui progressivement imperceptiblement s’incline toujours un peu plus C’est d’abord l’inconfort et puis quelque chose en nous se cale on oublie un peu ou on s’habitue on s’accoutume on sait plus dire les dates les évènements passés mais ça continue et on tient de moins en moins Certains déjà décrochent et l’angoisse monte dans le progressivement il y a quelque chose d’implacable une chose à laquelle on s’ajuste chaque instant ne sachant pas si au fond c’est normal phase d’un cycle ou moment critique Quoi penser ça vous paraissait loin tout à l’heure maintenant beaucoup plus proche est-ce qu’on aura manqué d’attention pour ne pas voir venir ou peut-être qu’on s’empêchait de voir on ne voulait pas au fond Dans les rêves souvent le récit s’arrête là-bas au sombre de la rupture on ne peut pas voir On tourne en boucle ou on se réveille avec le cœur rapide mais là Un moment la pente n’est plus une impression seulement que vous pouvez envoyer sur le côté en vous absorbant à autre chose elle se colle à vous dans sa réalité Vous tenez encore mais cette fois-ci la situation vous impose toute votre attention Ça décroche encore autour dans des cris qui se perdent dans l’inconnu soi-même pour combien de temps comme s’effriter : chaque qui tombe un peu de soi On croyait avoir acquis de longue date.
Et puis on vous dit des phrases que vous comprenez mal Un jour l’excitation court par dessus L’angoisse sourde contenue se félicite presque d’une clarification d’un peu de netteté par l’événement vous il se passe quelque chose il est en train de se passer quelque chose sentez monter en vous quelque excitation historique il se passe quelque chose enfin dans le mou ça perce la brume dans l’étalement surgit un lieu Certains expliquent ça j’avais entendu un jour un témoignage d’un rescapé d’Hiroshima : dans son malheur ces montée de fumées denses qui avaient causé la mort des siens et la ruine de son pays qui lui avaient brûlé la peau c’était aussi le plus beau qui lui avait été donné de voir Et d’autres aussi qui seraient plus tard désillusionnés avaient dit comment les premiers jours le spectacle des bombes quand on a dix huit ans et comme se tenir au coeur des choses enfin En quelques minutes des noms viennent s’ajouter à ceux qu’on vous avait dit personne n’y croit tout le monde dit dit sans y croire subjugué par l’instant sans vouloir pourtant ce qu’il énonce Le temps est aboli et l’écran ouvre une fenêtre comme un pont par dessus des quartiers Frappe la proximité du fait ; on n’en a plus l’habitude J’ai traversé ces rues je connais des copains qui habitent à deux pas qui sont pris sans doute dans les ondes de la secousse on est concernés comme jamais toujours on nous disait ailleurs même on situait mal On comprend au fur et à mesure il y a quelqu’un à terre sur le trottoir un autre qui s’avance et comme négligemment On mesure malgré l’écran ce n’est pas fiction tout ce qui là intolérable de rage ou de terreur de tristesse aussi accablement pour le monde comme il va impuissant désemparé Et de plein fouet quelque chose en nous abattu de sang froid Exécuté Tout ce qui viendra ensuite ne sera qu’empiler sur le même lieu Tombent les masques rappel à l’ordre du réel ça va mal La lame s’est enfoncée droit et tout le long de l’échine Ce qui remue encore en nous dans le tremblement des mains des particules enflammées qui traversent la tête c’est comme convulsions nerveuses de quelqu’un qui déjà est mort des semaines on tentera chacun par petits bout de le penser et ça échappe encore dans l’immédiat l’insupportable bruissement des opinions et puis une fois le seau vidé le silence dessus lequel il faudra reconstruire une pensée.

Image : Phil. Agostini, photo du profil facebook, janvier 2015.

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