sylvie bonnot atelier

Sylvie Bonnot, espace&paysage

On ne se laisserait rien apprécier du travail de Sylvie Bonnot si on se contentait de dire qu’elle confronte des gestes, intervenant graphiquement sur des photographies et qu’ainsi elle joue du contraste des matières ou plus subtilement parfois laisse deviner des correspondances, des oppositions entre les éléments graphiques de l’image et les tracés qu’elle y surimpose. Qu’elle use de la photographie comme d’un matériau, travaillant le pliage, la découpe, intervenant à sa surface ou le travaillant au corps, dans sa matière même. Tout cela est juste et factuel mais ne parviendrait pas à nous toucher si ce n’était que manipulations théoriques, dialectique hasardeuse, bricolage esthétique. Les réussites décoratives et les séductions formelles, indéniables, portent une poétique de l’étendue, de l’ampleur, comme le panthéisme romantique de Friedrich ou de Carlus laissait deviner dans les plis du paysage quelque chose du sublime. Plus fondamentalement, ce qui travaille les œuvres de Sylvie Bonnot, c’est une certaine qualité d’espace. Celui-là que déploient nos cartes du ciel, confondant les brillances nocturnes des étoiles au tracé mnémotechnique des constellations et que l’on retrouve dans quelques séries de Jacqueline Salmon sur-imprimant aux paysages les signes schématiques des mouvements de l’air dont usent les météorologues ou dans les agrandissements de Giuseppe Penone lorsque le dedans des paupières ou de la voute du crâne deviennent de vastes paysages qui nous laissent rêveur. Quand elle use de la photographie seulement, classiquement pourrait-on dire, ou quand elle déploie sur des papiers de grands formats à l’encre noire des courbes serpentines s’entremêlant en un grand all-over évoquant certains travaux de Brice Marden, Alain Clément, ou Bernard Venet, Sylvie Bonnot nous dit encore le paysage dans ses étendues, les espaces qu’animent ses reliefs et les dérives que l’on y dessine mentalement, sensiblement tandis qu’il installe en nous ses vertiges, ses volumes ou son souffle.

Image : vue d’atelier tirée du site de l’artiste.

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