Bio/liens

la petite histoire

"Même au pire de l'actuel, on écrit de mémoire." Antoine Emaz

Chap.1
D’abord le Relai Socio Educatif Peiresc avec Edouard D. le soir après la classe. Nous devons avoir dix ans. Alentour 1990. Toulon. On se dessine des bites sur nos pochettes. Notre professeur s’appelle M. Rozier. Une fois nous assistons à une soirée dans la cour, piquons quelques petits fours en attendant nos parents : Notre premier vernissage. Nos cartons à dessin sont si grands qu’on les porte sous le bras du bout des doigts.

Au collège, ma prof d’Arts Plastiques s’appelle Mme Englander. Robes larges aux motifs colorés, lunettes tarabiscotées. Son truc à elle lorsque c’est trop le foutoir c’est d’éteindre la lumière. Parfois j'ai essayé d'imaginer les poses qu'elle devait susprendre en ralumant et qui devaient évoquer quelques fameuses batailles figées par Uccello ou David. Je me souviens deux choses : la visite d’une exposition à l’espace Peiresc (salle d’exposition conjointe à l’établissement dans lequel nous prenions Edouard et moi nos cours de dessins). Un grand diptyque rainuré de Soulages. Un paysage de Mario Prassinos. M. Rozier (j’apprendrais à cette occasion qu’en plus d’enseigner le dessin le soir, il participe à la gestion de cette salle d’expo) a disposé des barres de métal appuyées sur le mur, il faut en apprécier l’ombre. Il a parlé de dessin dans l’espace. Le second souvenir concerne une vidéo que nous avions vue en cours : la maison de Jean-Pierre Raynaud. Tout en carreaux de faïence blanc, jusqu’au sommier du lit. Et puis sa destruction, les gravas dans des seaux de chantier alignés.

Ça nous mène en 94/95, je me rends tous les samedi matin ou presque chez Bruno Vigoroso. Il me semble que cet emploie du temps remplace les séances d’orthophonie qui occupaient mes samedi matin les années précédentes. Bruno est un ami de mon père, il est peintre et possède un petit atelier-galerie  dans la basse ville de Toulon juste en face d’un sex shop. J’apprécie ses silhouettes stylisées, poissons, boxeurs et taxis jaunes. Quelque chose qui rappelle la ligne claire en BD et la culture street américaine, pas loin de Keith Harring parfois, avec un petit quelque chose des Demoiselles de Picasso. J’y fais quelques exercices. J’y apprends aussi les rudiments de la boxe, tenir sa garde. Je me souviens de deux sujets de recherche : Klimt, après que je me sois arrêté sur sa Judith au détour d’un livre, puis Pollock pour un exercice d’entrelacs. Bientôt Bruno ouvrira un atelier pour le mardi soir, le mercredi et le samedi après-midi : l’ Atelier A priori. Nous nous y retrouverons avec Edouard mais aussi Céline et bientôt Laurence et Oliver. On y déchiffrera un peu de tout. J’entre au lycée.

 Mon professeur s’appelle Gilles Boudot. J’apprendrais dans quelques temps qu’il pratique la photo, collectionne les appareils et bricole des vieilles anglaises. En 1995 et 1996 je réalise mes deux premières expositions dans la salle d’attente du cabinet de mes parents. Mes premières aquarelles puis mes premières toiles mêlant paysagisme local inspiré de ce que je vois sur les marchés et de cartes postales; et surréalisme inspiré par la découverte de Magritte. Réel défrichage artistique et culturel. J’essaie plein de choses. En Arts Plastiques il y a Gregory, Maroussia, Florence, Jean-Luc, Manon, Agnès et quelques autres. En option musique il y a Sandra, on se connait depuis le collège. A l’option du mardi soir, une fille qui s’appelle Julie. On organise avec Greg et quelques autres une expo à l’occasion de Sida’ction dans le Centre Commercial Mayol, je réalise à cette occasion un bilboquet hérissé de piques. Je découvre le soldeur La foire aux livres/Mona Lisait chez lequel je commence de me fournir en livres d’art. Un jour j’y cherche un bouquin sur Le Groumellec ; on connait pas. Y travaille Philippe Blanchon. Puis je passe mon bac. On est en 1998. Bruno m’invite à exposer dans la Petite Galerie qu’il vient de ménager dans l’atelier. Je fais de l’escalade et pratique la montagne, le Club Alpin Français m’invite à accrocher quelques peintures à l’occasion de je ne sais quel événement dans une salle de l’hôtel Mercure.


Chap. 2
Suis reçu à l’école des Beaux-arts de Toulon. Vacances en Corse, sur les conseils de fréquentations du lycée j’achète Ainsi parlait Zarathoustra de Nietzsche. Entrée aux beaux-arts. Gros défrichage là encore et guitare le soir avec Michel. Entre un peu dans Picasso, écume la bibliothèque (tenue par la mère d’Agnès, du lycée), livres et catalogues. Tout le monde fume en cours, profs comme élèves, grosse liberté. Cette gestion libre du temps me manquera plus tard. Je présenterais un travail sur la figure de l’arlequin au premier trimestre, une installation tactile faite de pierres taillées au second puis un ensemble mécanique en fin d’année. Je découvre Beckett par Le Dépeupleur, puis Perec, Deleuze par son abécédaire. Tente de lire Le Pli. Visionne toutes les cassettes VHS que je trouve à la bibliothèque. Immersion sauvage.

Je fais un stage en librairie chez Mona Lisait accueilli par P. Blanchon et Laurent. A cette époque Manu Chao passe en boucle à la radio. Un autre stage en ferronnerie. Sale temps pour la peinture, on la dit dépassée, ringarde. Je persévère en marge, m’enferme des journées dans l’atelier de menuiserie, de ferronnerie, dans le labo photo (avec Jean-Michel Fidanza ou Michel Massi). Influences diverses. Barbecue quelques fois entre midi et deux. Virées en bagnole vers les plages, au Flunch. Michel, Roxane, Laurence, Yann, Karim, Mathieu, Sandrine, Florent, Viviane et quelques autres. Soirée de fin d’année dans la crique de Magaud, feu de camp avec des palettes récupérées, guitare avec Mathieu. Julie me prend par la main. Vacances. On remet ça trois années. Immersion dans le théâtre (Kantor, Brooks…), la littérature, installations, peintures, photos, performance.  Intérêt pour l’absurde. Quelques expositions dans un salon de peinture à Marseille plusieurs années de suite. Dans le hall de la BNP sur le boulevard.

On est en 2000, j’ai donc 20 ans. Vivier dense. Effectifs divisés par trois entre première et seconde année, reste un noyau dur. Stéphane, Julio, Domi, Michel, Yann, Karim, Roxane, Florent, Viviane, Jean-Luc, Diana, Cécile, Claire, Claire, Cédric, Fabien, Fabien, Audrey, Pauline, Zelia, Charlotte, Elise (…) et d’autres dont plus la trace. Julie aussi, au plus près déshormais. Je rafistole une vieille chambre de bonne au-dessus du cabinet de mes parents, j'y ferais mon atelier. Commence en 2001 une série de peinture sur l'escalier de service qui y mène. Ecris beaucoup aussi. Univers de théâtre de marionettes, de sous-pentes obscures. Découvre Bruno Schultz, m’immerge dans Rembrandt, Greco et Garouste. Série de grands tableaux à l'huile, intérieurs et portraits. Réalise des illustrations pour une biscuiterie. Travaille entre midi et deux comme serveur dans une brasserie où Julie a été embauchée comme barmaid. J'y accrocherais bientôt quelques tableaux. Mon premier interview et premier article dans le journal local en témoigneront. J'ai dû vendre mon premier escalier 300 euros (ou francs?) et me souviens d'une petite nature morte emportée pour 30. Je réalise des dessins, des photos, des peintures, des meubles à partir de palettes de transport récupérées, écris. Réalise une grande installation: cabinet d'amateur encombré de tableaux sombres, sol jonché de feuilles tappées à la machine, fauteuil Club en bois. Suis recalé, diplôme repoussé à l'année d'après.
Julie, elle, part pour l'école d'architecture de Marseille.

Je viendrais quelques fois assister à ses cours dans l'amphithéâtre de Luminy, le vendredi. Je relance la machine, théâtre toujours, texte, absurde, mais aussi grotesque. Découverte de Jarry, de Ghérasim Luca dont me parle Gérôme Dupin, de Kippenberger que Fréderic Clavère me met dans les mains mais que je ne comprends pas. Visite les expos Franz West et Jimmy Durham avec Gérôme Basserode à Marseille. Peinture en marge, discrètement, dans mon petit atelier le soir. En discute occasionnellement avec Fernando Galvez. Je multiplie avec Roxane les petites étiquettes potaches, absurdes, surréalistes, poétiques et autres jeux de mots. ça amuse tout le monde, je développe. Taille dans de la taule une phrase de plusieurs dizaines de mètres accrochée sur le mur de l'école: "qu'un gros caillou m'écrase et qu'on...". La machine avait grillé avant que je finisse la phrase ("n'en parle plus"). J'avais aussi froissé d'autres taules rouillées et découpé ces mots : "l'huitre m'émeut"; tenté de forger un masque dans une pelle de chantier, fait jouer à quelques acteurs amateurs du centre dramatique voisin une pièce très écrite évoquant un peu la classe morte de Kantor et l'univers crépusculaire de Boltanski: "les pas perdus". Un autre texte sur l'escalier façon Ponge (avec reprises) lu et diffusé sur un vieil enregistreur cassette accompagnait un ensemble de toiles aux silhouettes difformes évoquant un taraud imaginaire et un peu l'univers de Garouste que je regarde beaucoup à cette époque. Et puis une installation "lit de psy" accompagnée de photos sur lesquelles on me voyait allongé sur ce même lit en différents lieux improbables (hall de gare, milieu de la route, haut d'une montagne, bout d'un quai, salle d'expo, rond-point..) portant l'étiquette: "j'ai pas envie d'en parler". La boucle était bouclée. J'ai eu mon diplôme avec ça. J'avais collé sur la porte du jury les mots "délibérez-moi". Un peu avant, je venais d'apprendre que ma candidature pour les Beaux-arts de Paris avait été retenue.

A Paris, c'était Sandra qui m'avait accueilli dans sa petite chambre de bonne pour que je vienne passer les oraux. 10m2. Elle, elle était en musico à la Sorbonne. Chiottes sur le palier, à l'époque elle n'avait même pas encore de douche, fallait se laver au lavabo comme au siècle dernier, les pieds dans une bassine. C'était la grève des transports. J'y étais allé à pied présenter mes étiquettes loufoques, mon lit de psy, mes écrits. Un petit book mélangeant machine à écrire et retouche au pixel sous Word. C'était le début, l'ordinateur venait à peine d'entrer à la maison. On en était encore aux disquettes. Je portais un t-shirt sur lequel était inscrite la phrase: "un esprit simple dans un corps normal". Je venais de lire empailler le toréador de Jourde. J'ai collé au passage, sauvagement dans les couloirs, quelques étiquettes: "quand les poules auront des dents, ça va saigner." ou encore "occupe-toi de mes oignons" et quelques autres conneries du genre. J'en avais produit des dizaines mais commençais à m'en lasser. Sur mes derniers tableaux je mêlais aussi les mots à l'image: "devenir poussière et faire éternuer les gens", "offre lui des moonboots pour lui dire que tu l'après-ski". C'est comme ça que j'ai intégré les Beaux-arts de Paris. Boulot de peinture et menuiserie tout l’été. Nous nous achèterons d’occasion, Julie et moi, notre premier ordinateur avec l’argent gagné ces deux mois. Payé à la tache, j’avais sous évalué le travail.  Nous sommes en 2003, c’est la canicule.


Chap. 3
Ce que l'on fait dépend du contexte dans lequel ça s'énonce. J’arrête les étiquettes comme une épiphanie en couvrant le panneau d’affichage de ces sentences grotesques. Julie est reçue à l’école du paysage de Versailles, nous emménageons dans le XIVème à proximité de la gare Montparnasse. Zao Wouki avait atterri dans ce même quartier en 1948, ne connaissant aucun autre nom à dire au taxi que celui-là mythique qu’il avait appris dans les livres d’art. A cette époque je débute avec Roxane une correspondance qui accompagne ma découverte de la capitale et continue d’envoyer régulièrement par email des jeux de mots semblables à ceux que j’épinglais aux murs des Beaux-arts de Toulon. En 2005, sous les conseils de Guillaume R. j’ouvrirais un blog qui prendra le relai : les pas perdus. C'est à cette époque aussi que j'envoie par mail chaque jour ou presque un dessin de "cube".Depuis un an, je multiplie les lectures. Beckett, Ionesco (dont j’irais voir la cantatrice au théâtre de la Huchette où il est joué depuis 40 ans), Camus, Perec puis Queneau, Calvino, Breton. L’arrivée sur Paris me permettra d’ouvrir le champ. Pour préparer l’agrégation je lirais plus d’une centaine de livres dans l’année, de tous horizons.

Après avoir intégré les Beaux-arts, il s’agit d’y trouver un atelier. Je vais un peu au hasard, m’entretient avec Pat Andrea qui montre peu d’intérêt pour les deux grands tableaux que je lui montre. Puis soumet mon dossier à l’atelier P2F représenté ce jour là par Dominique Figarella et Sylvie Fanchon (manque Bernard Pifaretti). Fanchon, très en verve et à priori remontée, me fait comprendre que je n’ai rien à faire ici, aux Beaux-arts. Puis continuant la liste des peintres, un peu dépité, je trouve Joël Kermarrec, le seul jusqu’ici dont j’avais déjà vu le travail et qui m’avait d’ailleurs été conseillé par mon président de jury à Toulon : Frédéric Valabrègue. Affable, intéressé, caustique, il regrette de ne pas pouvoir me conduire jusqu’au diplôme : il doit prendre sa retraite. Nous parlons longuement, il m’aurait envoyé chez Eric Dietman si ce dernier avait encore été là, critique le corporatisme des profs qui viennent de me rabrouer, m’indique Bustamante. Dans les couloirs on s’étonne que je ne me sois fait embrocher par le cynisme méchant de Kermarrec : il passe pour un sadique. Après discussion avec Jean-Marc Bustamante, je décide d’intégrer son atelier. Plus qu’un peintre, modèle auquel je collerais peut-être trop, j’ai besoin d’apprendre à finir mes pièces, préciser la forme. Et puis j’ai appris à aimer ses grandes photographies de paysages. Devant l’atelier je discute avec Nicole C. qui me parle un peu d’elle et comme sa maternité lui a donné un regard neuf sur le monde. De mon côté j’ai commencé deux peintures qui prennent pour sujet la salle de bain et la cuisine de mon appartement.

Entre 2003 et 2004, je fréquente assidument l’atelier métal tenu par Michel Salerno. Réalise des modules en métal et béton dérivés de mes recherches sculpturales antérieures mariant texte et forme, humour dérisoire et poétique de l’absurde. Je réalise quelques peintures d’intérieurs vides puis quelques paysages et architectures préfigurant la série des landscape(s). Camilla Oliveira Fairclough m’a donné un jour une photo qu’elle avait prise dans l’atelier et qui témoigne de cette période.

Je suis les séminaires de Jean-François Chevrier, assiste aux cours de Didier Semin sur les rapports entre art et folie, à ceux d’Alain Bonfand sur la phénoménologie et ceux de Pierre Bergounioux sur la littérature. Le vendredi matin, après avoir fait le marché à Belleville, j’assiste quelque fois aux cours d’anthropologie de Maurice Gaudelier. Tout ça est à ce point nouveau que c’est comme d’atterrir en terrain étranger. Mon inculture est énorme, mes lacunes abyssales. Vrai que je n’avais jusque là jamais entendu parler de Barthes, de Benjamin,  ni de Mallarmé. Jamais lu Dubuffet, ni Bourdieu. Et ce sont pour tous ceux qui semblent suivre les séminaires des références entendues. Je fréquente assidument Gibert,la librairie.

L’atelier Bustamante était jusque là employé comme un atelier de monstration où on installait une à deux fois par semaine les travaux finis pour les soumettre au jugement. Après l’exercice du discours conceptuel mis en avant des œuvres qui n’étaient souvent elles-mêmes d’ailleurs qu’ébauchées, je découvre le formalisme : une attention quasi exclusivement portée aux œuvres, leur forme, leur présence dans l’espace. Je crois avoir été un des premiers à cette époque à investir l’atelier comme lieu de travail quotidien.  Je coure les galeries et les musées.
Cette année là, proximité avec Yann, le compagnon marseillais, Clotilde Vianay, Gaelle Boucand, Maya Nasser, Olivia Guigue, Aurélie Gérard, Olivier Labbé, Clément Rodzielski, Sandra Böhme, Camilla Oliveira… Peu avant noël je réalise les deux premiers paysages de la série landscape(s) inspirés par mes dérives dans Paris et dans sa banlieue avec Julie (Vigneux sur Seine pour commencer, puis Créteil, Sarcelles...).

Puis départ de ceux qui obtiennent leur diplôme. Arrivée de Charlotte et Oriane, Antonin, Assaf… Nous fonderons avec Yann et bientôt Assaf et Nicole, puis Neli, le collectif Lagrande vie dont le titre est tiré d’un poème d’Eluard : « Parlez-moi des formes, j'ai grand besoin d'inquiétude. / Grande femme, parle-moi des formes, ou bien je m'endors et je mène la grande vie (...) »

Je sculpte un peu en métal, développe la série landscape(s) et décide d’enfermer les tableaux sous plexiglas avant de les encadrer. En juin je passerais mon diplôme avec 14 tableaux. En juillet exposition some still feads the animals avec Yann, Oriane et Charlotte, rue Drouot. Suite à un stage en galerie je réaliserais ma première exposition personnelle à Paris en septembre, galerie Leroy-Terquem dans le quartier latin. La galerie a fermé depuis.

J’y présente à l’invitation des galeristes un ensemble de toiles de l’époque de Toulon : quelques portraits et intérieurs, quelques escaliers. Sort le catalogue landscape(s) dont Philippe Blanchon signe la préface. C’est Assaf qui a fait les photos, on s’était fait enfermer la nuit dans le labo de l’école. J'ai des photos là aussi.
Après ceux de Pierre Bergounioux, je suis les cours de littérature de François Bon dont j'avais acheté les premiers livres en occasion dans le sous-sol de Mona Lisait. Lors des portes ouvertes des Beaux-arts, j’écouterais une performance de Béatrice Rilos qu’il s’apprête à publier au Seuil puis il me dira devant un ensemble de tableaux que j’ai accroché pour l’occasion se sentir proche de ce que je cherche et être prêt à écrire dessus ou depuis. Un peu scotché, j’y répondrais plus tard. J'ai raconté tout ça ici.
J’ai répondu à l’annonce d’une jeune galerie qui cherche un jeune artiste à insérer dans une exposition de groupe, elle vient à l’atelier et nous parlerons une heure. L’exposition se fera sans nouvel artiste mais le travail l’intéresse et elle me propose de rejoindre la galerie qui est pour l’instant « petite » me dit-elle en s’en excusant. J’irais à Boulogne-Billancourt m’en rendre compte. Je suis moi aussi un « petit » artiste, nous pourrons grandir ensemble. J’expose à Montrouge, à Drouot, au passage de Retz avec Yann et Neli. Puis Novembre à Vitry : A chaque fois le transport, le métro, le bus les tableaux dans les bras et le regard des passagers. Aller et retour. A Vitry, le tableau de Yann avait été accroché à l’envers, ça l’a mis dans une colère, il a commencé à boire, menaçait de décrocher son tableau en plein vernissage pour le ramener sous le bras. Tout était un peu décevant. On est rentrés avec Estelle et Yann pas mal désillusionnés ce soir là.
L’épisode des beaux arts de Paris me semble avoir été un passage éclair. Bustamante m’assure qu’il est prêt à me donner un coup de pouce si j’en ai besoin, il a l’air sincère mais je ne lui en demanderais jamais. Il nous invite à bouffer à côté de chez lui, Yann et moi. Il nous parle de son parcours. J’ai mon diplôme mais manque les félicitations en raison de la vitre que j’applique à tous mes tableaux et au système de présentation un peu en avant du mur que j’ai essayé pour l’occasion : c’est « too much » à leur goût (c’est du moins ce que m’explique Didier Vermeiren, président du jury). Et puis de toute façon avec ou sans la question c'est: "quoi après?" Je peins un dernier tableau dans l’atelier puis il s’agit bientôt de trouver un lieu qui prendra le relai de l’atelier pour stocker et travailler. Mes sculptures étant encombrantes, elles sont mises à la benne à l’occasion d’un défilé de couture (l’école loue fréquemment ses locaux pour des événements).


Chap.4
Un box de garage se monnaie 145€ par moi dans Paris. Diane, une amie de Sandra m’indique une chambre de bonne de 7m2 en sous-pente qu’elle a occupé pendant ses études mais que je pourrais louer. Oriane me dit que son père pourrait me prêter une chambre équivalente située au dessus de ses bureaux dans le 3eme : une aubaine. C’est à l’aide d’un vieux chariot de supermarché que nous traverserons Paris, Yann et moi, chargés de tableaux pour m’installer dans l’atelier de la rue Réaumur.
Oriane m’envoie un exemplaire du Monde dans lequel Philippe Dagen parle (en bien) de quelques un de mes tableaux qu’il a pu voir à l’école. Je lui propose de venir voir le reste dans l’atelier. ça ne se fera que bien plus tard.
Je m’inscris à la fac pour préparer les concours d’enseignant, une année pour voir. Il me faut gagner ma vie. Les petits boulots ne suffisent pas. Je suis vendeur et monteur sur les salons et la foire de Paris, je fais de l’élagage et de la maçonnerie le samedi et le dimanche matin en banlieue, je réalise des dessins pour des packaging alimentaires, fait le baby sitter. Bientôt j’écrirais des articles sur des expositions pour la revue Semaines. Yann, encore, m’avait incité à envoyer ceux que j’écrivais pour le blog : il y croyait plus que moi. La collaboration durera près de 4 ans à raison d’un article par mois.
En janvier 2006, la galerie Isabelle Gounod, située à Boulogne, m’organise ma seconde exposition personnelle sur Paris. A la fac je suis quelques cours d’esthétique et d’histoire de l’art, rencontre Rachel, Manou et Iris.
Il me semble que c'est à cette période qu'avec Yann, Oriane et Charlotte on loue une Clio à Montparnasse pour un trip de trois jours de Brussel à Düsseldorf voir des expos.
J’ai répondu, par curiosité, par jeu, à un concours de flipbook. Moi j’avais essayé de capturer un moment ordinaire des villes avec des pigeons qui picorent et leur ballai dans la page. Le flipbook a été édité et ça a été amusant un jour de le trouver dans la librairie du centre Pompidou. J’avais un projet livre et je cherchais un petit éditeur par rebond de liens en liens sur Internet. Plus moyen de retrouver le chemin qui m’a conduit à ce Nuit Myrtide. Si : une librairie à Paris, quartier latin, minuscule et encombrée que m’avait indiqué Charlotte. J’y avais acheté Nihil de Dimitri Vazemski, éditions Nuit Myrtide. Toujours est-il que j’expose quelques mois plus tard à la galerie des Beaux-arts dans le cadre d’un festival partageant les lieux avec trois autres artistes dont Sophie Gaucher qui fréquente comme moi la fac à St Charles dans le XVème. Ses dessins s’accompagnent d’un livre en cours de parution et dont l’éditeur doit lui apporter un carton pour le vernissage : un petit éditeur Lillois, Nuit Myrtide. Par ma galerie qui organise une exposition de groupe, je rencontre Martin Bruneau, Michaelle Andrea-schatt, Soizic Stokvis, Eric Rondepierre, Joel Riff accueilli comme « curieux ».

 

Chap.5
Incapable de rédiger une dissertation digne de ce nom (c’est encore un essai libre me disait ma prof d’esthétique, Agnès Lontrade; et dans lequel je m’étais noyé), attardé à d’autres livres que ceux dictés par la biblio du programme j’obtiens néanmoins le CAPES et l’agrégation en Arts Plastiques. Décidant de me lancer, j’avais envoyé des demandes de résidences ça et là. Une d’entre elles était parvenue à l’H du Siège à Valenciennes et Philippe Brétancourt accompagné de Pascal Pesé avaient convenu de venir me visiter, à Paris. Je crois que la cave qui me servait à l’époque d’atelier à l’extrémité de couloirs sinueux et sombres leur avait laissé une forte impression. Quoi qu’il en soit, une période fut conclue et j’étais accueilli 3 mois dans un atelier logement, d’avril à juin. Expérience centrale dont le blog garde la trace puisque dans mon isolement j’avais décidé de tenir un journal au jour le jour. François Bon devait en reprendre une partie sur son site quelque temps plus tard. J’y avais rencontré Gilgian Gelzer. Courant juin, les épreuves de Capes pour lesquelles je me rendrais à Amiens hébergé par un copain de fac, juillet les oraux d’agrégation à Bordeaux. Julie avait envoyé un mail au campus de l’école d’architecture et j’avais été accueilli dans une colloc’ pour la semaine. Il faisait beau, l’air était électrique comme un soir d’été et je dérivais souvent à travers la ville après mes épreuves. C’est dans le tram que ma mère m’a appris au téléphone que j’étais certifié. C’est Manou qui m’apprendra plus tard que je suis second à l’agreg : elle voulait me féliciter et moi je croyais que c’était pour le Capes. Entre temps une autre période de résidence avait été conclue, à Montluçon six mois d’hiver. Puis la Normandie pour le printemps. L’enseignement attendra un an. A Montluçon je rencontre Ewgenja, Féfé, Rafael Grassi, Florent Lamouroux, puis Laurent Le Deunff, Claire Tabouret. J’irais visiter le Creux de l’enfer à Thiers, rencontrerais furtivement Frédéric Bouglé. Forte expérience là encore. En Normandie, dans la résidence fondée par Gérard Garouste,  ce sera Emilie Satre ; et Elvire Bonduelle que j’avais déjà croisée aux beaux-arts. A l’invitation de François Bon, j’écris « le livre l’immeuble le tableau » qui sera publié chez publie.net en 2008. Un soir nous débattrons avec Emilie Satre d’installation et d’esthétique du bricolé. J’en publierais les détours sur mon blog. Je découvre Deauville  avec Sandra venue en week end (j’y croise sur la promenade la silhouette de François Bon venu pour un salon), le Havre, Rouen. Pour la catalogue qui devait accompagner l’exposition de fin de résidence à Montluçon j’avais contacté Philippe Dagen, ne sachant trop qui solliciter, lui seul ayant exprimé de la curiosité pour mon travail ; naïvement. Rendez-vous est pris à Lyon, la discussion est charmante croise aussi bien Malaparte et Aillaud (père et fils)  que Proust ou les situationnistes. Je serais finalement un peu déçu que la préface qu’il m’offre ne conserve rien de ces échanges. Je reconnais quand même le cadeau qu'il m'a fait, je n'avais pas réalisé qui je sollicitais. Je n'aurais pas de si tôt l'occasion d'autres échanges avec lui. J’expose à Grenoble à Noël suite à l'appel du Magasin. Il y aura ensuite l’exposition Hôtel de la mer, puis Suite lors du déménagement de la galerie sur Paris intra muros. J'y présenterais un ensemble de toiles, mais aussi des sculptures en plâtre, une vidéo (la Mancha). Une étape importante dans le développement de mon travail et dans sa réception. Septembre 2008, la CCI Marseille/Provence m'expose comme invité d'honneur mais je viens de me casser le pied dans un accident de moto, je reste à Lyon et débute l'enseignement dans un collège classé ZEP à Villeurbanne. A l'IUFM je rencontre, Cédric, Jean, Sylvain, Audrey, Aurélie, Alex, Sylvain, Julien et plein d'autres compagnons de galère.

Je gère comme je peux mes multiples vies parallèles, les travaux de l’appart, la vie de famille, les classes qui se succèdent sans discontinuer et les quelques projets d’expositions. C’est à cette époque que François Bon m’invite à rejoindre l’équipe de Publie.net pour fonder puis codiriger avec Arnaud Maïsetti la collection Portfolios. Nous publions entre 2009 et 2010 une dizaine de titres. Suivent plusieurs expositions, notamment à Angers, à l’invitation de Lucie Plessi. Christophe Le Gac proposera une publication spéciale dans le journal Particules. Et juste avant, Lyon-Béthune au lab labanque de Béthune à l'invitation de Philippe Massardier. Le catalogue sort chez Nuit Myrtide avec un texte d'Armand Dupuy. Premier projet d'ampleur dans un centre d'art. Après les frères Chapuisat et Stéphane Lecomte, c’est au tour de Josué Rauscher de tomber sur ce texte consacré aux installations bricolées écrit en Normandie. Il m’invite à en faire un livre pour accompagner une exposition qu’il organise. Ça deviendra « l’humble usage des objets », publié chez Nuit Myrtide. En mai de la même année, j’expose à nouveau à la galerie Gounod un ensemble de toiles et papiers. "Dans la solitude". Les retours sont bons. Je collecte dans la revue de presse de mon site les divers articles qui y sont consacrés. Belle analyse d'Arnaud Maïsetti notamment. C'est à la même période que Gilles Altieri me contact afin de me proposer une exposition à l'Hôtel des Arts de Toulon. C'est un peu un retour au pays dans ce lieu que j'ai fréquenté et dont j'ai apprécié les expositions rêvant -comme on rêve sans y croire mais pour se donner du courage- d'y exposer peut-être un jour à mon tour. Très grande exposition là encore. Pierre Wat me fait l'honneur de signer un texte du catalogue. Et Philippe Blanchon en toute amitié à nouveau. L'exposition sera un succès : forte fréquentation, nombreuse presse.

 

 

 

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Sites artistes :
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Sites galeries :
Galerie Isabelle GounodGalerie SaatchiGalerie Serrano


Sites résidences :
Shakersl’H du SiegeLe CollombierMains d’œuvres - La Source

Divers :
Réseau Artskool - éditions flblb - éditions nuit myrtide - julie clément, paysagiste - éditions analogues - les pas perdus -