Rineke Dijkstra, park portraits
Certainement il faut un travail de prospection rigoureux et attentif assorti d'un goût aiguisé et sincère pour publier avec cette régularité tant de textes inédits et de cette qualité. Cela dit peut être aussi comme un travail est bien à faire du coté de ces textes, un réel travail d'éditeur, de fouineur érudit, et amoureux surtout. Les éditeurs de la Nerthe, à travers cette Collection Classique, sont assurément de ceux qui se sentent une double responsabilité : du coté de l'auteur dont ils aident à émerger les textes, comme de celui du lecteur dont ils partagent les exigences et se plaisent à maintenir l'éveil. Pour ces années 2007/2008, comptons e.e. Cummings, A. Rodin, J. Legrand, W.C. Williams, H. Melville, L. Sinisgalli, R. Guérin, E. Montale -- I. Svevo, S. Quasimodo, Ch. Olson !

Encore, outre ce choix éditorial témoignant d'une exigence particulière, cette collection exprime une volonté de prendre sur soi les difficultés qu'une telle politique engendre (on rentre évidemment moins facilement dans ses frais avec du Legrand ou du Sinisgalli qu'avec du Marc Lévy) pour servir le lecteur, le livre, en proposant toujours le meilleur de ces chemins de traverse. J'ajouterai aussi que si nous avons le bonheur de découvrir des textes nouveaux, car inédits en France, et donc de sonder plus avant dans le massif fertile de la littérature mondiale, il ne s'agit pas pour autant de textes obscurs ou approximatifs, de « restes », mais souvent au contraire, de morceaux de tout premier choix, comme de compléments aptes à nous éclairer sur les trajets d' auteurs reconnus.

Comme j'ouvre le Williams qui vient de m'être envoyé :

Où vous trouverai-je,

Mes grotesques compagnons que je cherche partout

Pour former mon orchestre ?

Personne, pas un seul

Qui ait les goûts terre à terre que je requiers ;

L'orgueil fouineur qui se redresse

Subtil comme un buisson en mai.

(et c'est curieux comme ces deux derniers vers m'évoquent Goethe)

Alors à la fois à l'auteur, à l'éditeur : « faisons repas ensemble, apportez-nous vos millésimes. »