Elles dressent comme des vertiges, modernes frontons, colonnes cannelées. Leur dureté à l'érosion rappelle cette raillerie d'Alain évoquant l'incroyable persistance des pyramides égyptiennes se conservant indemnes, ou à peu près, car selon lui, bâties dans une forme déjà gâtée. Des tas ne peuvent s'écrouler plus. Des squelettes se dépecer ?
A-t-on le goût des tombeaux, des mausolées, de tout ce qui fait trace, commémore ou conserve, ceux-ci sont alors notre réalité crue, sans détours. En Corse comme des petits cubes taillés de marbre : u mausoleu. Sur les collines. Maisons des morts plus riches que celles pour les vivants.
Les volumes anguleux se décrochent dans l'espace avec la fascination qu'exercent sur nous les grands édifices lorsque nous passons outre et qu'ils demeurent impassibles, terribles et calmes. Obscurs comme pensées. Modernes menhirs.
On pourrait y mettre Dieu dedans ?
Giorgio Di Chirico, influencée par la lecture de Nietzsche et par la peinture d'Arnold Böcklin.
Construits avec plus d'os que de peau, une vie interne si chétive quand bien même grouillante ils figent dans le vide une certaine, non pas idée, mais sensation de l'existence, sa fugacité en regard de la permanence posée, sereine, de ces boîtes qui sont nos traces, nous désignent comme société industrieuse, môle, à l'inverse des insectes « armurés carapacés », des bâtisseurs. Des grands et petits creux ouvragés savamment. Les couloirs de nos circulations.
Quelque chose de corallien ?
On pourrait voir d'en haut ou à quelque distance se dessiner des dessins énigmatiques. Comme on observe une fourmilière, une arborescence compliquée.
Conjugaison d' « hors d'échelle », briques immenses debout ou couchées, et partout la taille de l'homme dans les ouvertures, les couloirs, les marches et les gardes-corps. Partout son absence.
Les immeubles : un peu tout ça.