Les annonces solitaires, c'est un grand paysage.
Les nuages sentimentaux. Le sublime.
Tacita Dean semble aimantée par les brèches, les histoires qui en émanent, les enchantements qui persistent en certains endroits comme des brumes sur les reliefs. Comme si elle se sentait dépositaire de certains objets, de certains faits, de la teneur de certains regards et œuvrait à un recensement patient de certains espaces, de certaines situations dont le sort paraît éminemment problématique et troublant.
A quoi tiennent les inclinaisons réciproques si ce n'est le regard posé ?
Les descriptions par lesquelles l'auteur étire l'étendue sur les pages renseignent l'étendue elle même sur sa présence au monde. C'est toujours la même histoire : par les surfaces qui l'arrêtent, l'auteur tente d'entrer dans les jeux de signes de ces sites là-bas pour devenir à son tour signifiant pour eux. De même, de ces objets au goût de souvenirs Tacita Dean fait image, c'est à dire contribue aussi bien à la connaissance de ces monde qu'à leur dissolution dans l'irréel, l'immatériel. Par la bande, elle manifeste leur position en écart , leur autonomie, leur caractère spontané. La qualité vague et subjective de ce qui n'énonce rien en particulier, par la même retisse le tout par ses moments choisis et ouvre sur des mondes déjà là. Celui qui habite ses souvenirs présents « devient œil voyageur, frôleur d'infinis ; il produit sans cesse des départs ».
Impressions, sensations prennent forme dans l'innommable; à l'images de la bubble house, des sound mirrors, des baobabs, « ils sont grands et fiers et divinement singuliers, simplement abandonnés à l'éternité. » Floh, vieilles photographies au « silence des marchés aux puces », les légendes modernes du green ray, les souvenirs prégnants. La tendresse de vivre et de mourir.
Roland Barthes, Mythologies.
Tacita Dean à propos de son film Baobab.