Les enfantillages de Per Kirkeby
On relève chez l'enfant dessinateur un désir de la ligne. Ligne en vue d'établir parfois semble-t-il un appareil formel dont l'exemplarité constituerait un système de clarification du monde. Jusqu'à la répétition d'un truc artificiel un fois un modèle trouvé, un stéréotype. En d'autres occasions une activité spontanée s'exerçant à vide, comme le dit Marcel Réja des dessins d'aliénés. Enfantillage exercé par certains artistes comme une réserve, une inclinaison fuyante. Le paradoxe à cette saveur de suspend, de région dispensé de répondre à une détermination stricte. Gribouillage, griffonnage, tache et empreinte tout à la fois sont s'approprier un espace, former, formuler une cartographie et y évoluer. Fouler le sol. Le braver. Agir de la sorte c'est, dans un renversement de la démarche créatrice, abandonner l'idée d'achèvement au profit de l'expérience d'un équilibre équivoque ou structuration et déstructuration alternent. De préférence selon l'expression d'Asger Jorn « toujours dans le mauvais ordre, à l'envers ou au dernier moment », sous l'exigence d'une manière. Rafistoler avec des ratures, et pas comme il faudrait, iconoclasme paradoxal, enfantillage encore. Au Kunsthaus Aarau en ce moment. (Bravura-- édition ensba)