Nous ne sommes finalement pas étrangers à la situation du bigorneau, tentant d'exister au sein d'une institution qui absorbe jusqu'à la subversion et élargi tellement ses parois ductiles et malléables qu'il ne nous est plus permis de coincer aux angles. Le grand sac s'adapte sans effort et englouti. Si l'académisme n'est plus un couloir qui n'accepterai que les formes dûment calibrées, il n'en est cependant pas moins présent et réducteur. En fait, le principal effort du nouvel académisme à été de s'adapter à l'avant-garde, comme toute grande machine il a fallu du temps pour le déplacer et il y a fort à parier que pendant ce déplacement, l'objet de l'art à changé aussi. Ainsi, l'institution promeut, non sans une certaine conception évolutionniste d'ailleurs, désormais une notion vieillie, sans doute peu à propos de la nouvelle pertinence que réclame l'époque. Cependant, l'académisme actuel s'en sort bien car ayant fait veux de libéralisme dans ses choix, et sans doute aussi par peur d'être mal vu encore une fois pour être passé à coté de quelque chose qui peut sous peu se révéler comme majeur, il absorbe parfois par mégarde ou mal entendu des productions qui lui semblent contre nature. Parfois il faut un coup de pouce et l'on remarque que les tableaux rassemblés dans une salle à Eugène Leroy sont tous issus d'une dation. C'est sur que d'un point de vu évolutionniste étroit, le pauvre Eugène peut paraître terriblement rétrograde.
Mais je divague et cette lettre est cruellement démunie de rigueur. Il faut dire que je n'ai écrit que sous l'impulsion du souvenir de ce petit passage de Calvino qui m'est revenu en tête pendant que je somnolais dans le bus. Est-ce suffisant à la construction d'un discours? Il y a une autre phrase qui me balançait dans le bus, je l'ai relue chez Bachelard, elle est de Jammes : « Je te disais tais-toi quand tu ne disais rien. » J'ai trouvé ça savoureux. Entre autre parce qu'elle peut être lue de deux manières différentes, procédé pudique s'il en est, je dirais rock n' roll ou mélancolique. C'est une phrase à double déclivité, que l'on peut condamner pour romantisme c'est certain mais qui peut souffler aussi l'image d'un acteur américain macho suivi de près par sa pin up. « Monte dans la voiture, on se casse », possède, au-delà de son caractère d'ébranlement rock, une mélancolie propre aux road moovies, aux mouvements d'errance. C'est pour moi une poétique qui intègre les contradictions et donc la temporalité. Elle est toute à la fois très statique et silencieuse et révélatrice d'un mouvement et de son élocution. C'est quelque chose qu'à coup sur j'aurais été très heureux d'énoncer il y a deux ou trois ans lorsque notre correspondance commençait et que je m'occupais du paradoxe et son pouvoir d'en dire plus qu'un énoncé rationnel et univoque.
A part ça je te conseille la lecture de « adultères » de Woody Allen, crées en 2003 à New York, ces pièces en un acte devraient arriver à Paris (traduites) et septembre 2006. Savoureux, truculent...naturellement, ça ne fait pas parti du programme d'agreg....
A la prochaine, qui sera la suivante.