{"id":3149,"date":"2013-07-09T14:49:00","date_gmt":"2013-07-09T13:49:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/bien-que-rien-ne-soit-normal\/"},"modified":"2013-08-28T20:54:28","modified_gmt":"2013-08-28T19:54:28","slug":"bien-que-rien-ne-soit-normal","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/bien-que-rien-ne-soit-normal\/","title":{"rendered":"Bien que rien ne soit normal"},"content":{"rendered":"<p><i>Bien que rien ne soit normal.<\/i><\/p>\n<p>Cr\u00e9ation de Crist\u00e8le Alves Meira, PascalTagnati, Alban Guyon et Vincent Paillier pour Eclats \u00e0 Caromb.<!--more--><\/p>\n<p>Une maison vide fascine d\u2019abord par ce qu\u2019elle r\u00e9v\u00e8le d\u2019elle-m\u00eame que \u00e7a fa\u00e7ade ne laissait appara\u00eetre. Quand m\u00eame ce ne seraient que pi\u00e8ces ordinaires semblables \u00e0 celles que soi-m\u00eame on a d\u00e9j\u00e0 habit\u00e9 ou qu\u2019on aurait pu\u2013 ordinaires, elles le sont toujours. Et c\u2019est comme se balader enfant dans des endroits interdits, une vieille ruine dont l\u2019enchainement des volumes qui se donnent \u00e0 d\u00e9couvrir l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre fait dans l\u2019imagination comme font les plis dans les r\u00eaves. Combien de fois s\u2019est-on fabriqu\u00e9 l\u2019aventure dans ce genre de double-fond du monde ? Tout y est plus intense. Marcher dans une maison vide, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 engager quelque chose d\u2019un cin\u00e9ma. Chaque d\u00e9tail sugg\u00e8re le d\u00e9but d\u2019une fiction. On y \u00e9coute comme \u00e0 un coquillage, dedans passant l\u2019une sur l\u2019autre les vagues du silence et celles de la m\u00e9moire. La mise en sc\u00e8ne n\u2019est qu\u2019une fa\u00e7on alors de larguer les amarres, le consentement donn\u00e9 \u00e0 ce qui en soi demandait.<\/p>\n<p>Et bient\u00f4t, c\u2019est comme si tu te retrouvais le voyageur de tes propres r\u00eaves. Dans la baignoire, fume un double d\u2019Alain Delon (plus tard on lui trouvera des airs de Patrick Dewaere), et la premi\u00e8re sc\u00e8ne se joue sous tes yeux, sans l\u2019\u00e9cart ordinaire de la sc\u00e8ne ou de l\u2019\u00e9cran. On passe devant toi pour ouvrir la fen\u00eatre. Tu pourrais \u00eatre un t\u00e9moin invisible, comme on voudrait que soient les morts. Il sort de son bain, nu, forc\u00e9ment nu, impudique.S\u2019essuie longuement, sans ne rien t\u2019\u00e9pargner, n\u00e9gligeant sa nudit\u00e9, ou l\u2019imposant. Comme si tu n\u2019\u00e9tais pas l\u00e0. Ou bien : quelque chose renvoi \u00e0 ta propre pr\u00e9sence pareil que dans ces r\u00eaves o\u00f9 le r\u00eav\u00e9 semble s\u2019adresser \u00e0 toi.Dans cette acceptation de ton regard, tu es pris \u00e0 parti. Et c\u2019est bien plus subtil. Tu ne sais pas si tu dois regarder. \u00c7a te g\u00eane. Ton \u0153il fuit \u00e0 glisser sur les volumes de la pi\u00e8ce en v\u00e9rifiant r\u00e9guli\u00e8rement que l\u2019autre continue consciencieusement, qu\u2019il va jusqu\u2019au bout. Tu gu\u00e8tes un signe qui te dirait quoi faire. Tu le sais maintenant : Rien ne te sera ni accord\u00e9 ni \u00e9pargn\u00e9.Tu ne pourras que suivre jusqu\u2019au bout ce qu\u2019en devenant t\u00e9moin tu t\u2019engages d\u00e9j\u00e0 \u00e0 accompagner. Maintenant il s\u2019habille dans la chambre que tu avais travers\u00e9e pour atteindre la salle de bain : matelas au sol, cendriers pleins, boites de pizza, fringues, guitare \u00e9lectrique et platine vinyle. Tu sors de la pi\u00e8ce alors qu\u2019il fini de s\u2019habiller sur un fond de musique. Une de ces choses na\u00efve et tragique qui te tiendra tout le long. Plastic Bertrand, <i>Affection<\/i>. Tu sens que se ferme la sc\u00e8ne et ce \u00e0 quoi tu t\u2019attardes un instant est d\u00e9j\u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan dece qui va suivre. Alors tu descends, laisse aller la curiosit\u00e9 \u00e0 quelques pi\u00e8ces comme le ferait un voyageur irr\u00e9gulier, un intrus sournois, un fugitif.La sc\u00e8ne n\u2019a plus d\u2019envers, tu en viens \u00e0 surprendre des gestes qui sont vrai de ne pas t\u2019\u00eatre directement destin\u00e9s. Au bord de l\u2019indiscr\u00e9tion. Un peu comme le naufrag\u00e9 dans la nouvelle de Bioy Casares, <i>L\u2019invention de Morel<\/i>. Tu sens comme le cin\u00e9ma fabrique le voyeur, comme l\u2019appareil photo d\u00e9j\u00e0, la fen\u00eatre. Et l\u00e0 m\u00eame \u00e0 sinuer comme en les plis d\u2019un r\u00eave, t\u00e9moin transparent, tu fais des mouvements de cam\u00e9ra, accompagne de ton propre mouvement. Tu ne sais plus si c\u2019est toi qui fabrique la fiction ou si c\u2019est elle qui impose de te faire jouer ce r\u00f4le. Immense plaisir de se sentir artisan de son propre regard. 2eme sc\u00e8ne avec cette magnifique enfilade de plans comme chez les premiers films Lumi\u00e8res pour palier \u00e0 l\u2019immobilit\u00e9 de la cam\u00e9ra et \u00e0 la contrainte technique du plan s\u00e9quence. Bient\u00f4t la musique qui revient,\u00e7a vire \u00e0 la com\u00e9die musicale. L\u2019humour recouvre un instant la gravit\u00e9. Et tr\u00e8s beau geste de transition quand Crist\u00e8le d\u2019un geste accompagne un regard, nous invite \u00e0 la suivre. L\u00e0 tu reviens dessus : ta pr\u00e9sence \u00e9tait consentie d\u00e8s le d\u00e9but, c\u2019\u00e9tait t\u2019accueillir pour mieux te cerner. Tu es pris sous le charme, \u00e7a pourrait bien \u00eatre une sir\u00e8ne te glissant vers les eaux fatales, tu n\u2019as plus rien \u00e0 y opposer. Et c\u2019est pareil qu\u2019\u00e0 regarder longuement \u00e0 certaines images : il te vient un moment que ce sont elles qui depuis le d\u00e9but te regardent. Sc\u00e8ne de confrontation au bord de la piscine. Puis disparition hors champ du couple derri\u00e8re les vitres de la cuisine. Le fr\u00e8re gisant au fond de la piscine, guitare avec. Moi, du d\u00e9but \u00e0 la fin charm\u00e9, bluff\u00e9, pris par un vrai plaisir de th\u00e9\u00e2tre comme pas depuis longtemps.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bien que rien ne soit normal. 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