{"id":3154,"date":"2013-05-09T17:12:00","date_gmt":"2013-05-09T16:12:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/corot\/"},"modified":"2013-08-16T16:09:30","modified_gmt":"2013-08-16T15:09:30","slug":"corot","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/corot\/","title":{"rendered":"Corot"},"content":{"rendered":"<p>Une grande partie de ce qui fait le charme des paysages de Corot tient \u00e0 l\u2019impression que l\u2019on a qu\u2019il ne s\u2019agit toujours que de choses lointaines per\u00e7ues du bout du regard et derri\u00e8re de grandes quantit\u00e9s d\u2019espace. <!--more-->On pourrait croire \u00e0 des fragments pr\u00e9lev\u00e9s \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan d\u2019un tableau plus vaste, simplifi\u00e9s, p\u00e2lis du fait de la perspective atmosph\u00e9rique, de leur nature tout \u00e0 fait secondaire ou anecdotique dans la composition. Il en ressort un sentiment de qui\u00e9tude analogue \u00e0 celle que l\u2019on \u00e9prouve \u00e0 contempler les lointains, perdant le regard dans le vague et souple d\u2019un paysage sans saillance excessive.On comprend alors en Ga\u00efa, d\u00e9esse primordiale de la terre, cette image de femme endormie. Val\u00e9ry en a per\u00e7u quelque chose, qui dit : \u00ab on sent que cet homme a v\u00e9cu dans les choses de nature comme vit un m\u00e9ditatif dans sa pens\u00e9e \u00bb. On l\u2019a dit pr\u00e9curseur de l\u2019impressionnisme avec ses amis de Barbizon en ce qu\u2019il \u00e9tait de ceux qui firent du paysage ordinaire leur motif. Je le crois plus volontiers soumis au sentiment qu\u2019aux impressions optiques que dispense le spectacle des variations de la lumi\u00e8re. Je crois qu\u2019il lui subordonnait tout. L\u00e0 o\u00f9 les impressionnistes embrassent la vue pour en restituer l\u2019image pittoresque, Corot se tient en retrait, s\u2019attachant tout d\u00e9licatement \u00e0 de petits bouts de vues. Quand Pissarro et Monet regardent ce qu\u2019ils ont sous les yeux, rapprochant la peinture de la vie m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 embarquer sur le motif et traquer par la touche le moindre impact d\u2019un rayon de soleil, Corot l\u00e8ve l\u2019\u0153il par-dessus pour s\u2019en remettre aux indications t\u00e9nues d\u2019un lointain simplifi\u00e9. En cela, je vois plut\u00f4t en lui un pr\u00e9curseur des formes modernes de la m\u00e9lancolie. Une m\u00e9lancolie qui n\u2019est pas sans \u00e9cho \u00e0 celle des premi\u00e8res photographies (qu\u2019on pense \u00e0 celle que fit Niepce en 1826, il en est contemporain) capturant en grisaille des volumes incertains et vides jouant de lumi\u00e8res faibles. On serait dans l\u2019erreur \u00e0 croire que la photographie capture alors la vie m\u00eame, quand elle ne donne \u00e0 voir qu\u2019un lieu d\u00e9sol\u00e9, immobile comme la mort et puis sombre bien plus que lumineux. On dirait aujourd\u2019hui l\u2019effet d\u2019une radiographie qui, braqu\u00e9e sur le r\u00e9el, en r\u00e9v\u00e8lerait le fond obscur. Peut-\u00eatre aura-t-il surpris, jetant son \u0153il aux choses qui lui \u00e9chappent dans les images que l\u2019on se fait des lointains ce mouvement contradictoire que capture la photographie naissante : la r\u00e9v\u00e9lation d\u2019une image et le retrait des choses, ou cette pr\u00e9sence auratique dont parle Benjamin, qui est la pr\u00e9sence d\u2019un lointain \u2013 de quelque chose qui ne sera jamais que lointain. Ses tableaux, curieusement, me font l&rsquo;effet d&rsquo;insister toujours sur ce point : le monde nous \u00e9chappe, tout au bout du regard; le monde est ce qui, d\u00e8s qu&rsquo;on le consid\u00e8re, s&rsquo;\u00e9loigne pour nous esseuler. <em>Corot, le pont de Narni, 1826.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une grande partie de ce qui fait le charme des paysages de Corot tient \u00e0 l\u2019impression que l\u2019on a qu\u2019il ne s\u2019agit toujours que de choses lointaines per\u00e7ues du bout du regard et derri\u00e8re de grandes quantit\u00e9s d\u2019espace.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":5141,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-3154","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3154","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3154"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3154\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5921,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3154\/revisions\/5921"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/media\/5141"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3154"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3154"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3154"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}