{"id":3165,"date":"2012-12-27T20:44:00","date_gmt":"2012-12-27T19:44:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/paysage-blog-maisetti\/"},"modified":"2013-08-28T21:00:14","modified_gmt":"2013-08-28T20:00:14","slug":"paysage-blog-maisetti","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/paysage-blog-maisetti\/","title":{"rendered":"Paysage blog &amp; Ma\u00efsetti"},"content":{"rendered":"<p>\u00c7a c\u2019est fait comme \u00e7a, difficile de dater. Pas m\u00eame souvenir du premier mail envoy\u00e9, ce que c\u2019\u00e9tait d\u2019envoyer un mail quand ce geste avait tout de nouveau. Alentours 2002\/2004, utiliser d\u2019abord Internet pour chercher bri\u00e8vement du contenu,<!--more-->on en est encore \u00e0 56ko de connexion, la musique du modem qui cherche la ligne, t\u00e9l\u00e9phone qui s\u2019interrompt et devoir quitter vite en raison du co\u00fbt. Installation dans mon studio \u00e0 Paris, choix de l\u2019op\u00e9rateur, premi\u00e8re Freebox puis d\u00e9groupage, Adsl et larges plages de surf, on a gliss\u00e9 dans ces usages sans presque se rendre compte et d\u00e9j\u00e0 on passait des soir\u00e9es sur Msn Messenger \u00e0 discuter par \u00e9crit au copain quitt\u00e9 y\u2019a une heure, \u00e0 l\u2019autre expatri\u00e9 au bout du monde pour qui s\u2019\u00e9tait la pleine journ\u00e9e, \u00e0 d\u00e9river de sites en sites. Une histoire d\u2019espace \u00e0 explorer puis \u00e0 habiter. Les messages group\u00e9s dans les mails et puis rapidement le blog. Pour ma g\u00e9n\u00e9ration aborder cet espace neuf \u00e9tait conjoint \u00e0 la pratique nouvelle d\u2019une \u00e9criture r\u00e9guli\u00e8re. Le blog faisait office de support. Et puis rapidement il vous accompagnait. On lui confiait des choses et il r\u00e9clamait qu\u2019on le fasse exister. Il y avait \u00e7a aussi : se sentir oblig\u00e9 de son blog et de ceux qui le lisaient. Pour beaucoup je crois, le blog \u00e9tait l\u2019\u00e9quivalant de cette \u00ab pi\u00e8ce \u00e0 soi \u00bb que r\u00e9clame Virginia Woolf, un domaine o\u00f9 on se retrouvait au soir, un espace pour habiter et poser ses pens\u00e9es. Bient\u00f4t un lieu de rencontres. On se proposaient de faire liens, on se lisaient, se commentaient, discutaient de choses et d\u2019autres. A ce moment on se forgeaient l\u2019image d\u2019un \u00e9quivalant moderne de ces terrasses de caf\u00e9s o\u00f9 frayaient \u00e0 la belle \u00e9poque les po\u00e8tes et les peintres. Le cercle s\u2019est \u00e9tendu rapidement avec recoupements divers. En 2005 il y eu Tierslivre.net dans la liste marginale de mes liens, le D\u00e9sordre et quelques autres. C\u2019est quand -2006 ? que j\u2019ai suivi ce colloque consacr\u00e9 \u00e0 Fran\u00e7ois Bon \u00e0 St Etienne. Et l\u00e0 les flyers d\u00e9pos\u00e9s pour le lancement de sa collection D\u00e9placements, au Seuil. \u00c7a date sans doute de l\u00e0 la fr\u00e9quentation du blog d\u2019Arnaud Ma\u00efsetti, Contretemps. Quelques mois plus tard, r\u00e9ception de son premier livre papier avec d\u00e9dicace qui t\u00e9moigne d\u00e9j\u00e0 d\u2019un \u00e9change initi\u00e9 sur le web. Est-ce qu\u2019on consid\u00e8re un peu nos blogs comme ce livre que l\u2019on n\u2019\u00e9crira pas (je l\u2019avais \u00e9crit alors en sous-titre) ? Ou ce livre que l\u2019on \u00e9crit sans l\u2019\u00e9crire ? On imagine tous des choses immenses avec liens hypertextes, contenu enrichi d\u2019images, vid\u00e9os, bandes son. Et alors penser que l\u2019incapacit\u00e9 dans laquelle on se trouve d\u2019\u00e9crire un livre, disons un roman, a quelque chose \u00e0 voir avec le sentiment que l\u2019on cherche quelque chose qui exc\u00e8de la forme traditionnelle du livre. Ou bien est-ce un espace d\u2019exp\u00e9rimentation, de notes distantes, un labo (comme je l\u2019avais \u00e9galement inscrit en sous-titre), une mani\u00e8re de journal ? Disons que c\u2019\u00e9tait cette libert\u00e9 qui nous guidait, transgressive, conjointe au sentiment d\u2019existence, d\u2019efficacit\u00e9 (entendre efficacit\u00e9 comme la d\u00e9couverte que les id\u00e9es que l\u2019on y d\u00e9posait pouvaient \u00eatre sujettes \u00e0 r\u00e9actions) que recelaient ces choses une fois publi\u00e9es en ligne. On devait se rendre compte plus tard que cette maitrise de la chaine depuis la conception \u00e0 la diffusion en passant par les interventions sur l\u2019interface et la publication \u00e9tait gage de cette libert\u00e9 conquise et espace l\u00e0 aussi \u00e0 aborder et investir dans son ensemble. Que l\u2019on soit clair, on apprenait les uns des autres comme dans un atelier commun s\u2019insinue une sorte de jam session. D\u00e8s ce moment, le lieu virtuel fond\u00e9 par Arnaud Ma\u00efsetti t\u00e9moignait d\u2019une singularit\u00e9 vive, abouch\u00e9 \u00e0 la ville \u00e0 la nuit, aux \u00e9chos au dedans de ces voix tr\u00e9buchant aux parois de la ville et de la nuit. Textes et photos boug\u00e9es. Et puis c\u2019est paysage familier, lieu auquel on revient sans s\u2019en rendre compte et qui nourri. En quelques ann\u00e9es, le site qui a succ\u00e9d\u00e9 au blog sommaire des d\u00e9buts s\u2019est impos\u00e9 avec ses carnets comme un espace repaire, danse et riche dans lequel on peut suivre les diverses avanc\u00e9es parall\u00e8les du travail d\u2019Arnaud entre recherche, th\u00e9\u00e2tre, musique, image, po\u00e9sie, r\u00e9flexions sur la litt\u00e9rature au num\u00e9rique.<br \/>\n(\u2026) On ne peut pas dire qu\u2019il n\u2019y ait eu r\u00e9ticence vis \u00e0 vis de cet espace nouveau accompagnant l\u2019enthousiasme. On abordait l\u2019immense, abandonnait la forme close entre ses pages pour une forme prospective, rhizomique. Disons qu\u2019en dedans de ce nouvel espace c\u2019\u00e9tait \u00e0 nous d\u2019essayer des formes : textes brefs ou longs, danses ou truff\u00e9s de liens comme un lieu de passage, avec image ou sans, avec reprises en feuilleton ou tissant liens plus l\u00e2ches, adress\u00e9s, critiques, po\u00e9tiques. Notes pos\u00e9es l\u00e0 jouant comme un carnet, papiers coll\u00e9s fa\u00e7on Perros, notes de lecture, de visite d\u2019exposition\u2026 Cet \u00e9tat de recherche \u00e9clat\u00e9e que l\u2019on retrouve dans des projets plus denses. Bien s\u00fbr que l\u2019on croit choisir mais ne choisi rien ou si peu. La singularit\u00e9 est souvent la forme retourn\u00e9e d\u2019une incapacit\u00e9. Ces r\u00e9cits de Kafka dont l\u2019inach\u00e8vement nous touche et explique magnifiquement l\u2019\u00e9tat de monde \u00e0 l\u2019\u00e9poque n\u2019en sont pas moins pour leur auteur une forme d\u2019\u00e9chec qu\u2019il rencontre comme une entrave. On s\u2019est essay\u00e9s au livre dense pour \u00eatre s\u00fbr que l\u2019effervescence d\u00e9ploy\u00e9e \u00e9tait un choix, il a \u00e9t\u00e9 comme Picasso disait de ses p\u00e9riodes bleue et rose, un \u00ab paravent \u00bb pour la suite. Un peu pour soi, et beaucoup pour les autres ; le livre vous signifie comme \u00e9crivain davantage que l\u2019\u00e9criture. Pourtant il n\u2019y a qu\u2019\u00e0 lire quelques fragments de ces Carnets pour se persuader qu\u2019Arnaud Ma\u00efsetti est \u00e9crivain, pousse la langue avec exigence \u00e0 la rencontre du monde du dehors comme du monde du dedans dans leurs diverses rencontres. Il s\u2019agit de faire dire aux mots ce \u00e0 quoi on s\u2019affronte. T\u00e9moigner de la lutte.<br \/>\n(\u2026) On fouille dans les mots le sens du monde et dans leur usage, c\u2019est-\u00e0-dire dans la langue, le rapport que l\u2019on entretient avec lui. Non pas que le dire l\u2019\u00e9puise (\u00ab aucun mot ne vient s\u2019abattre entre nous et les fa\u00e7ades \u00bb \u00e9crit Arnaud), mais ce sont nos pauvres armes pour exister face \u00e0 l\u2019immense et incompr\u00e9hensible, pour affirmer une forme de r\u00e9sistance \u00e0 l\u2019engloutissement, \u00e0 la dissolution mole. En v\u00e9rit\u00e9, on est rendu \u00e0 l\u2019aveuglement, au mutisme, \u00e0 l\u2019\u00e9vanouissement d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 exc\u00e9dante sur laquelle on avance par des mots, des images tendus au devant. Peut-\u00eatre, la parole est ce par quoi l\u2019on rejoint le monde dans son \u00e9loignement, comme l\u2019\u0153il et les images qu\u2019il forme. Aussi familier qu\u2019il soit, le monde nous est autre, il est ce \u00e0 quoi nous sommes confront\u00e9s, affront\u00e9s et cette position d\u00e9coll\u00e9e est aussi ce qui nous fait, nous donne contour au lieu de nous confondre, d\u2019annihiler tout sujet. L\u2019affrontement donc, comme r\u00e9el \u00e9tat de notre rapport au monde et du rapport \u00e0 soi en ce que nous sommes un de ces objets incompr\u00e9hensibles du monde. Affrontements plut\u00f4t, qu\u2019Arnaud Ma\u00efsetti d\u00e9nombre dans leur champ lexical, comme les cubistes multiplient les aspects d\u2019une m\u00eame chose pour en rendre le volume v\u00e9ritable. Lieux, voix, visages, talismans\u2026 comme autant d\u2019entr\u00e9es pour dire \u00e0 quoi la langue s\u2019affronte. On pourrait imaginer l\u2019\u00e9crivain comme une chauve-souris lan\u00e7ant sa voix dans le vide de la nuit pour en t\u00e2ter les volumes.<br \/>\nImage piqu\u00e9e \u00e0 Arnaud.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c7a c\u2019est fait comme \u00e7a, difficile de dater. Pas m\u00eame souvenir du premier mail envoy\u00e9, ce que c\u2019\u00e9tait d\u2019envoyer un mail quand ce geste avait tout de nouveau. 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