{"id":3170,"date":"2012-12-10T22:14:00","date_gmt":"2012-12-10T21:14:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/notes-sur-la-peinture-de-hopper\/"},"modified":"2013-09-15T21:14:26","modified_gmt":"2013-09-15T20:14:26","slug":"notes-sur-la-peinture-de-hopper","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/notes-sur-la-peinture-de-hopper\/","title":{"rendered":"notes sur la peinture de Hopper"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/hopperhotelroom.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-6110\" alt=\"hopperhotelroom\" src=\"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/hopperhotelroom-410x373.jpg\" width=\"410\" height=\"373\" srcset=\"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/hopperhotelroom-410x373.jpg 410w, https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/hopperhotelroom-830x756.jpg 830w, https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/hopperhotelroom-100x91.jpg 100w, https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/hopperhotelroom-200x182.jpg 200w, https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/hopperhotelroom.jpg 969w\" sizes=\"auto, (max-width: 410px) 100vw, 410px\" \/><\/a><\/p>\n<p><i>Juste traverser l\u2019exposition, regarder les tableaux, la peinture en oubliant la biographie.<\/i><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab escalier, 48 rue de Lille \u00bb (1906). La lumi\u00e8re se d\u00e9pose sur l\u2019arr\u00eate des marches \u00e0 devenir le sujet discret, diffus d\u2019une vue qui n\u2019insiste sur rien de particulier. Ni le palier, ni les marches dans leur d\u00e9velopp\u00e9, ni la courbure de la rampe ne sont abord\u00e9s pour eux-m\u00eames et leurs qualit\u00e9s plastiques, comme sujets. On pourrait d\u2019ailleurs croire \u00e0 une vue mal cadr\u00e9e, si ce n\u2019est cette lumi\u00e8re qui l\u00e8che le nez des marches et r\u00e9v\u00e8le les moulures sur le bas d\u2019une porte.<!--more--> C\u2019est le jeu de la lumi\u00e8re se d\u00e9posant sur les surfaces qu\u2019il s\u2019agit de peindre. Plus tard il y reviendra, plus radicalement encore. Les 57 ann\u00e9es interm\u00e9diaires auront peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 une mani\u00e8re louvoyante de revendiquer cette passion bizarre : peindre la lumi\u00e8re sur un morceau de mur.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Sur ses vues de quais, tr\u00e8s gauches, une touche qui cherche sa forme, h\u00e9sitante, maladroite. Des zones particuli\u00e8rement faibles dans la v\u00e9g\u00e9tation. Et cette difficult\u00e9 \u00e0 repr\u00e9senter tout ce qui n\u2019est pas cern\u00e9 le tiendra toute sa vie, laborieux quand il s\u2019agit de v\u00e9g\u00e9tal, faux quand il s\u2019agit de peindre une vague dont il ne parvient qu\u2019\u00e0 faire une dune bleue. A chaque tentative on le trouve tr\u00e8s en dessous de Marquet qu\u2019il semble prendre pour mod\u00e8le. Il n\u2019en a pas la vigueur ni le temp\u00e9rament et ne parvient pas \u00e0 l\u2019unit\u00e9 d\u00e9corative du ma\u00eetre \u00e0 cause de zones pauvres ou rat\u00e9es, d\u2019un bout de fa\u00e7ade qui tombe. Pas la finesse ni les pr\u00e9ciosit\u00e9s de Degas, qu\u2019il admire et dont la d\u00e9licatesse du dessin, des couleurs, des glacis et des visages est tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9e de ses aplats sourds, de ses \u00eatres charpent\u00e9s \u00e0 gros traits.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab deux silhouettes en haut des marches \u00e0 Paris \u00bb (1906). Peinture d\u2019architecture, la perspective donne toute son importance \u00e0 la rampe de pierre. Le v\u00e9ritable sujet du tableau est cette rampe blanche de lumi\u00e8re, ou comment la lumi\u00e8re donne tout son relief visuel au volume jusqu\u2019\u00e0 retenir l\u2019\u0153il. L\u2019image est architectur\u00e9e par ce contraste.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dans la s\u00e9rie de gravures qu\u2019il r\u00e9alise entre 1915 et 1918, il se met \u00e0 structurer davantage ses vues se rapprochant de la photographie par sa mani\u00e8re d\u2019architecturer l\u2019image par l\u2019ombre et la lumi\u00e8re en contraste de noirs et blancs, par ses points de vue et ses compositions qui \u00e9voquent davantage l\u2019instantan\u00e9 photographique que l\u2019illustration d\u2019imagination \u00e9labor\u00e9e longuement. Quelque chose que l\u2019on retrouve chez des peintres fran\u00e7ais comme Caillebotte et Degas et t\u00e9moigne justement de l\u2019int\u00e9r\u00eat qu\u2019ils portent \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u00e0 la photographie naissante. \u00ab Carmine street \u00bb en est un mod\u00e8le du genre avec sa vue en plong\u00e9e et le d\u00e9coupage de la silhouette, noir sur blanc.<\/p>\n<p>Il semble \u00e0 ce moment que Hopper prenne progressivement pour sujet sa propre position de regardeur, adoptant les points de vue subjectifs de Degas et l\u2019intimit\u00e9 qu\u2019ils portent mais prenant surtout la mesure de ce que sa position d\u2019observateur occup\u00e9 \u00e0 son dessin, donc distant, le place en retrait de l\u2019action et des autres. Ainsi, ses images sont celles d\u2019un tiers, d\u2019un t\u00e9moin ou d\u2019un voyeur manipulant le r\u00e9el pour en faire un petit r\u00e9cit ou une image susceptible de les illustrer tous. Jamais il n\u2019est partie-prenante. On le croirait constamment derri\u00e8re son dessin comme derri\u00e8re un appareil photo imposant, la t\u00eate cach\u00e9e sous le tissu noir \u00e0 observer \u00e0 l\u2019envers un petit th\u00e9\u00e2tre onirique. A l\u2019abri des autres, donc, retenu par sa petite activit\u00e9 solitaire. Ainsi de celui qui regarde le tableau, comme \u00e0 travers une fen\u00eatre. Fondamentalement, les peintures de Hopper jouent de l\u2019espace clos du tableau comme d\u2019un th\u00e9\u00e2tre aristot\u00e9licien rendu \u00e0 l\u2019organisation monoculaire de la perspective lin\u00e9aire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pas de dynamisme, d\u2019esquisse de mouvement dans ces villes mais un arr\u00eat d\u00e9tour\u00e9 et mis en sc\u00e8ne par le dessin. Une image fig\u00e9e, extraite, pr\u00e9lev\u00e9e, abstraite du continuum. Il ne peint pas la vie mais son souvenir.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En aquarelle, il rattrape la mollesse et les lourdeurs de son style un peu laborieux par la g\u00e9om\u00e9trie du sujet, le dessin des structures, des maisons sculpt\u00e9es, d\u00e9coup\u00e9es par des lumi\u00e8res franches. Ne sait en revanche comme s\u2019arranger des masses confuses des buissons, des buttes terreuses qui s\u2019affaissent alors sur elles-m\u00eames.<\/p>\n<p>Le point de vue photographique, parfois pos\u00e9 comme ferait un agent immobilier pour donner \u00e0 appr\u00e9cier d\u2019un bien, parfois en plong\u00e9e, dramatise l\u00e9g\u00e8rement ces maisons ordinaires pos\u00e9es sur le paysage. De ce que l\u2019on attende d\u2019ordinaire d\u2019un tableau de cette facture qu\u2019il nous raconte quelque chose ou mette en sc\u00e8ne des aspects pittoresques de l\u2019existence fait de ces maisons des objets en attente, des sujets n\u00e9gatifs. En l\u2019absence de sc\u00e8ne qui se joue, le d\u00e9cor se r\u00e9v\u00e8le dans sa nudit\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dans ses tableaux, il fabrique des images qui imposent la maison comme une figure par un effet scopique d\u2019apparition, de r\u00e9v\u00e9lation. Surgissement derri\u00e8re le talus de la voie ferr\u00e9e, dans la lumi\u00e8re et dans le vide du ciel de \u00ab house by the railroad \u00bb (1925) ou dans \u00ab Hodgkin\u2019s house \u00bb (1928). Mod\u00e8le tot\u00e9mique qu\u2019il utilisera plusieurs fois de mani\u00e8re \u00e0 dresser une pr\u00e9sence. Dans un film de Hitchcock par exemple, ce serait un plan qui situerait l\u2019intrigue \u00e0 venir en en disant d\u00e9j\u00e0 la teneur dramatique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il devient plat et illustratif avec \u00ab New York pavement \u00bb (1924) ou \u00ab appartement houses \u00bb (1923) lorsque la lumi\u00e8re est grise et qu\u2019aucun contraste ne joue des reliefs. Reste alors un sujet pauvre, anecdotique. Rien ne vient donner de saveur particuli\u00e8re \u00e0 ces surfaces fades.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab drug store \u00bb (1927), le sujet est : une vitrine \u00e9clair\u00e9e dans la nuit. Ce jeu ou ce rapport m\u00e9lancolique, quelque peu \u00e9trange et fascinant, de la lumi\u00e8re \u00e0 la nuit et les espaces gigognes qui se cr\u00e9ent. Les ombres qui s\u2019\u00e9tirent au sol dans un silence \u00e9ternis\u00e9. C\u2019est cette position silencieuse, pensive, contemplative, comme en retrait qui fait appara\u00eetre la situation, l\u2019extrait de l\u2019ordinaire comme l\u2019on extrairait un photogramme d\u2019un film, pour la faire exister en propre, durablement. Souvent chez Hopper, la sc\u00e8ne retenue semble \u00eatre interm\u00e9diaire dans une s\u00e9rie narrative, moment silencieux qui donne sa v\u00e9rit\u00e9, son ton \u00e0 une s\u00e9quence en marge de l\u2019action.\u00a0 \u00ab two on the aisle \u00bb (1927) en est un exemple type. Images que l\u2019on ins\u00e8re au montage, plans de coupe parfois discrets ou subliminaux ici r\u00e9v\u00e9l\u00e9s. Sans doute, l\u2019Am\u00e9rique est le pays qui a entretenu la plus grande empathie avec le cin\u00e9ma, les deux se prenant pour mod\u00e8le r\u00e9ciproque. On ne peut s\u2019emp\u00eacher de penser \u00e0 Herg\u00e9, quand on voit la lisibilit\u00e9, la clart\u00e9 \u00e0 l\u2019\u0153uvre chez Hopper.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dans \u00ab Early morning \u00bb ou \u00ab chop suey \u00bb (1019), la composition et ses d\u00e9coupes rejoignent le jeu des \u00e9clats de lumi\u00e8res vives sur les surfaces. L\u2019image est davantage bruyante en ce qu\u2019elle est occup\u00e9e d\u2019une multitude d\u2019objets, comme autant de signes. S\u2019installe un dynamisme immobile de la fragmentation.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab hotel room \u00bb (1931). Un de ses rares grands formats. La composition \u00e9pur\u00e9e et rigoureusement structur\u00e9e \u00e9voque le rigueur de Mondrian, ou plus loin, celle de Carpaccio. Le format augmente encore l\u2019importance des grandes surfaces uniformes trait\u00e9es en aplat. Il y a peu de d\u00e9tails, ce qui correspond \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 de la d\u00e9coration d\u2019int\u00e9rieur \u00e0 cette \u00e9poque mais renforce \u00e9galement l\u2019effet de d\u00e9cor, le caract\u00e8re impersonnel et froid de la chambre que l\u2019on imagine semblable \u00e0 dix autres derri\u00e8re les portes num\u00e9rot\u00e9es dans les all\u00e9es de l\u2019h\u00f4tel. Les fa\u00e7ades d\u2019immeubles aux fen\u00eatres r\u00e9guli\u00e8res et simples que l\u2019on voit dans nombre de ses tableaux apparaissent en hors champ laissant imaginer la sc\u00e8ne comme un fragment de ce qui se multiplie dans l\u2019anonymat de la ville o\u00f9 chacun est rendu \u00e0 sa solitude. L\u2019anecdote de la femme lisant un document, assise sur le bord du lit \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de valises pos\u00e9es est rendue anecdotique dans le jeu de structures et de lumi\u00e8res qui l\u2019encadre. Les lignes, aplats, vides sans modulations de la composition, uniformit\u00e9 des mati\u00e8res qui font du corps un objet de pl\u00e2tre ou de carton \u00e0 l\u2019\u00e9gal de ce qui l\u2019entoure renforcent le sentiment de pes\u00e9e p\u00e9trifiante qui accable la jeune femme, le sentiment d\u2019ennui ou d\u2019absence qui l\u2019\u00e9treignent. On a dit souvent comme les personnages d\u00e9peints par Hopper semblent tous marqu\u00e9s par une grande solitude, une distance d\u2019avec les choses du monde, semblable \u00e0 cet \u00ab\u00a0isolement de nous-m\u00eames log\u00e9 tout au fond de nous \u00bb qu\u2019\u00e9voque Pessoa. On les a dit m\u00e9lancoliques, comme absents au monde et \u00e0 eux-m\u00eames.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le sentiment de temps fig\u00e9 et lourd de quelque chose. Lui qu\u2019on a dit \u00e9tranger \u00e0 la modernit\u00e9 et \u00e0 ses avant-gardes les voyait-il au contraire comme une d\u00e9rive, une \u00e9tranget\u00e9 envahissante ? Il est vrai qu\u2019il pr\u00e9f\u00e8rera aux audaces de Picasso, de Matisse, de Kandinsky ou Mondrian celles d\u00e9j\u00e0 lointaines des impressionnistes. Lui que l\u2019on a rapproch\u00e9 un peu des r\u00e9gionalistes conservateurs, et par abus aussi du pr\u00e9cisionisme de Sheeler n\u2019aura jamais magnifi\u00e9 la modernit\u00e9. L\u2019aura sans doute regard\u00e9e d\u2019un mauvais oeil.<\/p>\n<p>Si on rechigne tant \u00e0 parler de bonne peinture chez Hopper, c\u2019est aussi parce que la mise en oeuvre du tableau n\u2019est pas tant celle d\u2019une peinture vigoureuse et sensuelle que d\u2019un \u00ab\u00a0coloriage\u00a0\u00bb : ce sont des zones remplies en aplats de couleurs g\u00e9n\u00e9ralement homog\u00e8nes, sans texture. La touche disparait, d\u00e9personifiant le peint. Cela qui perturbe au fond, en m\u00eame temps que \u00e7a fait la qualit\u00e9 propre des images de Hopper : cette absence de sensualit\u00e9, de chaleur, la peinture \u00e9tant rendue \u00e0 un moyen m\u00e9canique, du moins \u00e0 une m\u00e9thode r\u00e9gl\u00e9e, \u00e0 la mise en couleur d\u2019un dessin.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ce sentiment d\u2019incertain rejoint Chirico parfois dans la mani\u00e8re et les ombres, \u00ab down in Pennsylvania \u00bb ((1942) t\u00e9moignant d\u2019une \u00e9tranget\u00e9 l\u00e9g\u00e8rement angoissante perceptible au cr\u00e9puscule lorsque les choses -objets et d\u00e9cors- prennent une importance particuli\u00e8re dans le silence, esseulant celui qui regarde et peut se croire un instant abandonn\u00e9 au monde, \u00e0 la ville, \u00e0 sa froideur inhumaine, sa duret\u00e9 de pierre et de g\u00e9om\u00e9trie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Toutes les activit\u00e9s humaines perdent leur sens devant l\u2019imminence pressentie de la fin. On imagine une contagion globale, un immense nuage radioactif gagnant in\u00e9luctablement du terrain, \u00e0 une forme de cr\u00e9puscule.<\/p>\n<p>\u00ab Pennsylvania Coal Town \u00bb (1947). L\u2019homme qui passe le r\u00e2teau sans conviction semble \u00eatre \u00e9clair\u00e9 par une derni\u00e8re et vive lueur hors champ, comme d\u2019\u00e9clipse. M\u00eame chose dans \u00ab sumertime \u00bb de 1943 ou \u00ab peoples in the sun \u00bb (1960).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Suite de tableaux illustrant le m\u00eame malaise, images s\u2019associant \u00e0 l\u2019esprit comme un montage parall\u00e8le pour d\u2019\u00e9ployer l\u2019espace d\u2019un seul \u00e9v\u00e9nement. La peinture n\u2019est pas un enjeu en tant que telle mais un outil pour figurer ce sentiment. La fin \u00e9tant entendue, ne reste que le jeu sans entrain, sans y croire. L\u2019illusion. Un sentiment de vanit\u00e9 envahit les peintures de cette p\u00e9riode. C\u2019est la maturit\u00e9 du peintre, \u00e0 50 ans pass\u00e9s, Hopper gagne d\u00e9sormais sa vie, reconnu tardivement pour son art. Une forme de petite mort. Les enjeux, la mani\u00e8re, les sujets sont pos\u00e9s et se succ\u00e8dent d\u00e9sormais de mani\u00e8re \u00e9gale. L\u2019attente se prolonge, se d\u00e9multiplie en des figures semblables, tout devient st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9. Aucune sensualit\u00e9 dans ces chairs de carton. Une maladresse laborieuse plut\u00f4t dans le rendu des corps sans souplesse, exsangues. Dans \u00ab Four Lane Road \u00bb (1956) une des rares figures en mouvement de l\u2019\u0153uvre de Hopper : fig\u00e9e, bancale, fausse. Est-ce que la main s\u2019en est trop remise \u00e0 l\u2019immobilit\u00e9 roide qu\u2019elle s\u2019est retrouv\u00e9e incapable de peindre l\u2019\u00e9lan, la vie ? Est-ce la sensibilit\u00e9 du peintre m\u00eame, sa raideur de caract\u00e8re, son puritanisme, une aversion pour la sensualit\u00e9 qui se trahit ?<\/p>\n<p>Stylistiquement, on pense au <i>Jugement de P\u00e2ris<\/i> par Ivo Sliger, le fameux peintre Nazi ; \u00e0 ces r\u00e9alismes pr\u00f4nant un certain retour \u00e0 l\u2019ordre, au classicisme Grec antique, \u00e0 la clart\u00e9 \u00e9difiante pour les masses quand la peinture moderne passe pour d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9e. Encore que les femmes peintes par Hopper sont plus charpent\u00e9es encore, plus anguleuses et ingrates. Que l\u2019on prenne \u00ab girlie show \u00bb (1941) ou \u00ab morning in a city \u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019abattement des figures semble rejoindre celui du peintre par la mati\u00e8re m\u00eame de sa peinture. On s\u2019\u00e9tonne de constater que les yeux sont plusieurs fois r\u00e9duits \u00e0 des fentes noires d\u00e9pourvues de regard. \u00ab morning sun \u00bb (1954) en est un des exemples les plus frappants.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir perdu leur sensualit\u00e9, leur souplesse, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019apparence de la vie, le regard m\u00eame, c\u2019est comme s\u2019il ne restait plus aux hommes qu\u2019\u00e0 s\u2019\u00e9clipser totalement \u00e0 la faveur d\u2019aplats de lumi\u00e8re d\u00e9coup\u00e9s sur les murs. \u00ab Sun in an Empty Room \u00bb (1963). Avant que ce soit l\u2019artiste lui-m\u00eame qui tire sa r\u00e9v\u00e9rence dans l\u2019adieu des \u00ab deux com\u00e9diens \u00bb (1966).<\/p>\n<div><\/div>\n<p><!--EndFragment--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Juste traverser l\u2019exposition, regarder les tableaux, la peinture en oubliant la biographie. &nbsp; \u00ab escalier, 48 rue de Lille \u00bb (1906). 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