{"id":3173,"date":"2012-11-21T23:21:00","date_gmt":"2012-11-21T22:21:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/une-sorte-de-grand-silence\/"},"modified":"2013-08-28T21:28:27","modified_gmt":"2013-08-28T20:28:27","slug":"une-sorte-de-grand-silence","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/une-sorte-de-grand-silence\/","title":{"rendered":"une sorte de grand silence"},"content":{"rendered":"<p><i>\u00ab\u00a0Le probl\u00e8me, c\u2019est que nous sommes vraiment les prisonniers ou m\u00eame, ce qui est pire, les produits de cette langue des concepts qui formule, met \u00e0 distance\u00a0\u00bb<\/i>. (Yves Bonnefoy)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pas dire que l\u2019on avance en sachant o\u00f9. Au fond chaque tableau est un essai, une tentative. Chaque tableau est la tentative de faire un tableau, sans vraiment savoir comment on va s\u2019y prendre. <!--more-->Le moindre geste porte toujours plus loin que les intentions que l\u2019on y avait mises. Il faut faire avec cette<br \/>\nr\u00e9alit\u00e9 des gestes dans leur rencontre avec une surface, avec des traces et tr\u00e8s vite avec la multitude bruissante des traces d\u00e9pos\u00e9es. Se frayer un chemin parmi les choses anciennes, rejeter ce qui a d\u00e9j\u00e0 abouti plus de deux fois qui est alors d\u00e9j\u00e0 cern\u00e9 \u00e0 peu pr\u00e8s. Et bien s\u00fbr on entrevoit que chaque nouveau tableau ass\u00e8chera le terrain, n\u00e9cessitera de creuser plus profond pour trouver sa s\u00e8ve. Par chance, les combinaisons, si les gestes ne le sont pas, semblent in\u00e9puisables. Simplement que l\u2019on ne les per\u00e7oit jamais toutes d\u2019un seul coup, alors il faut du temps, avancer. Calquer son pas sur ce qui nous vieillit. On voit mal si l\u2019on aura de quoi tout passer en revue pour tirer ses conclusions avant la fin. Du moins \u00e7a semble juste. Quoi qu\u2019il en soit, chaque fois on essaie, donc. Chaque fois on fait un tableau. Ou bien serait-il plus juste de dire\u00a0: chaque fois un tableau se fait. On fini pas buter sur cette chose qui devient r\u00e9ticente \u00e0 ce qu\u2019on s\u2019y acharne encore. De guerre lasse on recule en jetant n\u00e9gligemment d\u2019un geste \u00e9puis\u00e9 le pinceau devant soi. On se d\u00e9gage la vue et on tente de voir. Ce qu\u2019on d\u00e9couvre n\u2019est jamais vraiment ce \u00e0 quoi on pensait travailler, il faut le dire. En se refermant sur lui-m\u00eame, en se bouclant, le tableau vous recule. C\u2019est peut-\u00eatre ce que donnent \u00e0 voir les enfants qui a un certain \u00e2ge se s\u00e9parent de vous. Vous ne les reconnaissez pas tout \u00e0 fait. Vous ne savez pas dire \u00e0 quel moment vous les avez laiss\u00e9 vous devenir \u00e9trangers. Vous vous \u00eates laiss\u00e9 surprendre. Une r\u00e9alit\u00e9 nouvelle donc, surgie \u00e0 vous\u00a0: le tableau. Le vertige. Seul \u00e0 qui on s\u2019en remet.<br \/>\nCertitude paradoxale, v\u00e9rit\u00e9. Comme d\u2019une pierre pos\u00e9e l\u00e0, sous le regard (quand je dis pierre, je pense galet. Sans doute le mot s\u2019est pos\u00e9 au d\u00e9part sur les galets des plages, \u00e0 plus pouvoir l\u2019en d\u00e9coller). Pierre donc (figurez-vous un galet), forme close, retourn\u00e9e sur elle-m\u00eame, l\u00e0, tr\u00e8s r\u00e9elle. V\u00e9rit\u00e9 dress\u00e9e au devant de nous, de la langue dont nous sommes prisonniers. Les outils que l\u2019on traine sont comme cette terre plate que l\u2019on pensait cern\u00e9e de vide et aux confins de laquelle on bascule soudain\u00a0: une sorte de grand silence borde les images que l\u2019on fait comme il borde les mots.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span lang=\"FR\"><i><br \/>\n<\/i><\/span><\/div>\n<p><!--EndFragment--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Le probl\u00e8me, c\u2019est que nous sommes vraiment les prisonniers ou m\u00eame, ce qui est pire, les produits de cette langue des concepts qui formule, met \u00e0 distance\u00a0\u00bb. (Yves Bonnefoy) &nbsp; Pas dire que l\u2019on avance en sachant o\u00f9. Au fond chaque tableau est un essai, une tentative. 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