{"id":3174,"date":"2012-11-20T10:36:00","date_gmt":"2012-11-20T09:36:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/james-joyce-une-lecture-amoureuse\/"},"modified":"2014-05-04T21:11:52","modified_gmt":"2014-05-04T20:11:52","slug":"james-joyce-une-lecture-amoureuse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/james-joyce-une-lecture-amoureuse\/","title":{"rendered":"James Joyce, une lecture amoureuse"},"content":{"rendered":"<p>Joyce est sans doute de tous les \u00e9crivains connus celui qui effraie et d\u00e9courage le plus. Aussi, sa\u00a0c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 demeure paradoxale car si tout le monde peut citer les titres de ses plus fameux ouvrages, tr\u00e8s peu les ont lu. Reste l\u2019image mythique d\u2019une grande \u0153uvre difficile, d\u00e9courageante. Avouons que cette r\u00e9putation n\u2019est pas tout \u00e0 fait usurp\u00e9e, la lecture de Joyce est exigeante et la singularit\u00e9 de sa conception du langage <!--more-->d\u00e9route en premier lieu, r\u00e9pondant quelque part \u00e0 cette d\u00e9finition de Barthes\u00a0:\u00a0<i>\u00ab\u00a0l\u2019\u00e9criture n\u2019est nullement un instrument de communication. Elle para\u00eet toujours symbolique, introvers\u00e9e, tourn\u00e9e ostensiblement du c\u00f4t\u00e9 d\u2019un versant secret du langage\u00a0\u00bb<\/i>. Cette libert\u00e9 entendue, constatons que Joyce joue dans la doublure des mots. Et c\u2019est l\u00e0 sans doute une des difficult\u00e9s majeures\u00a0auquel le lecteur est confront\u00e9 : les r\u00e9f\u00e9rences biographiques, religieuses, litt\u00e9raires, leurs jeux de langage qu\u2019il affectionne depuis l\u2019enfance, se m\u00ealent jusqu\u2019\u00e0 tisser parfois un r\u00e9cit crypt\u00e9 semblable \u00e0 ces textes mystiques dont des si\u00e8cles d\u2019ex\u00e9g\u00e8se n\u2019\u00e9puisent pas les images.<\/p>\n<p>Attrapez\u00a0<i>Finnegans Wake<\/i>\u00a0:\u00a0<i>\u00ab\u00a0erre-revie, pass\u2019Evant notre Adame, d\u2019erre rive en r\u00eavi\u00e8re, nous recourante via Vico par chaise perc\u00e9e de recirculation vers Howth Castle et Environs. Sire Tristam, violeur damoeurs, manchissant la courte oisie, n\u2019avait p\u00e2que buiss\u00e9 sa derrive d\u2019Armorique du Nord sur ce flanc de notre isthme d\u00e9charn\u00e9 d\u2019Europe Mineure pour y resoutenir le combat d\u2019un presqu\u2019Yseul penny \u2026\u00a0\u00bb<\/i>. A le transcrire, le correcteur automatique de mon traitement de texte s\u2019affole, souligne deux mots sur trois, h\u00e9site sur la langue. Pour s\u00fbr il ne faudra pas ici lire comme une machine, mais accepter le vertige, la multiplicit\u00e9 des strates et que cette richesse s\u00e9mantique et sonore l\u2019emporte sur la grammaire. Qu\u2019on veuille y regarder de plus pr\u00e8s, le texte ne d\u00e9bute pas. Ou bien boucle sur lui m\u00eame comme bouclerait un chant. Peut-\u00eatre s\u2019agit-il \u00e0 chaque enchainement d\u2019une renaissance comme la musique lancinante et rythm\u00e9e fait sa vis dans l\u2019\u00e2me\u00a0? Poursuivons et se dessine le d\u00e9cors\u00a0: \u00ab\u00a0l\u2019isthme d\u00e9charn\u00e9 d\u2019Europe Mineure\u00a0\u00bb, cette Irlande avec laquelle il faut rompre en la compagnie de la femme aim\u00e9e (Yseul) et dans une pauvret\u00e9 certaine. La \u00ab\u00a0via Vico\u00a0\u00bb d\u00e9signant quand \u00e0 elle la conception philosophique de Giambatista Vico, les rotations de l&rsquo;histoire et le caract\u00e8re cyclique de la vie. On le voit, la biographie de Joyce \u00e9claire son \u0153uvre romanesque, les deux \u00e9tant inextricablement li\u00e9es. L\u2019essai que lui consacre Philippe Blanchon a cet immense m\u00e9rite de se lire comme une biographie, faisant de l\u2019\u0153uvre un parcours d\u00e9termin\u00e9 par une culture, des ruptures, des rencontres et un chemin de vie. Vie difficile au demeurant, ennuis d&rsquo;argent, incompr\u00e9hension, probl\u00e8me de sant\u00e9 dont l&rsquo;oeuvre se nourri lorsque d&rsquo;autres temp\u00e9raments auraient sombr\u00e9. Didactique tout autant que pr\u00e9cis, voir \u00e9rudit, l\u2019auteur nous donne \u00e0 lire la jubilation de Joyce dans ses audaces, sa conqu\u00eate \u00e9perdue de l\u2019ouvert, cette lutte pour l\u2019affranchissement qu\u2019a \u00e9t\u00e9 son exil mais aussi ses difficult\u00e9s mat\u00e9rielles, morales, sa sensibilit\u00e9 et sa tendresse. Tout autant, il dessine \u00e0 grands traits le portrait du milieu litt\u00e9raire de l&rsquo;\u00e9poque. Avec une clart\u00e9 bienvenue, et un enthousiasme communicatif, Philippe Blanchon d\u00e9crypte une \u0153uvre complexe, nous offrant les outils pour y revenir et y puiser.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Philippe Blanchon,\u00a0<i>James Joyce, une lecture amoureuse<\/i>. Editions Golias,<br \/>\n2012.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Joyce est sans doute de tous les \u00e9crivains connus celui qui effraie et d\u00e9courage le plus. 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