{"id":3186,"date":"2012-10-17T13:05:00","date_gmt":"2012-10-17T12:05:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/soulages-affronte-au-temps\/"},"modified":"2013-08-30T14:11:53","modified_gmt":"2013-08-30T13:11:53","slug":"soulages-affronte-au-temps","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/soulages-affronte-au-temps\/","title":{"rendered":"Soulages, affront\u00e9 au temps"},"content":{"rendered":"<p>Toujours \u00e9t\u00e9 fascin\u00e9 par la rigueur conceptuelle de Pierre Soulages, la droite ligne qu\u2019il trace depuis 50 ans, en solitaire, d\u00e9passant tous les courants auxquels on a voulu le rattacher pour affirmer sa singularit\u00e9 vertigineuse, radicale. Avec des moyens r\u00e9duits qui pourraient laisser pr\u00e9sager la r\u00e9p\u00e9tition fastidieuse d\u2019un m\u00eame et unique principe, Soulages \u00e9tonne par sa<br \/>\ncapacit\u00e9 de renouvellement, d\u2019exp\u00e9rimentation, par l\u2019actualit\u00e9 toujours remise en jeu et la modernit\u00e9 <!--more--> de ce qu\u2019il r\u00e9alise. A 90 ans pass\u00e9, il confessait derni\u00e8rement\u00a0: \u00ab\u00a0Mon pass\u00e9 m\u2019int\u00e9resse assez peu. Ce qui me passionne et me pr\u00e9occupe, c\u2019est ce que je vais peindre demain\u00a0\u00bb. Alors qu\u2019un nombre incalculable de jeunes (et moins jeunes) artistes ne font que r\u00e9p\u00e9ter une id\u00e9e ou une mani\u00e8re, lui fait l\u2019impression de ne rien c\u00e9der \u00e0 l\u2019habitude, poursuivant sans rel\u00e2che et avec exigence singuli\u00e8re, une qu\u00eate unique, oui, mais manifest\u00e9e par des gestes diff\u00e9rents, des sensibilit\u00e9s vari\u00e9es. Comme sur les tableaux d\u2019un paysagiste attard\u00e9 \u00e0 transcrire toutes les variations m\u00e9t\u00e9orologiques, les grandes surfaces monochromes de Soulages expriment tant\u00f4t la gr\u00e2ce, l\u2019\u00e9l\u00e9gance, tant\u00f4t la raideur d\u2019une pluie oblique, la compacit\u00e9 rude d\u2019un mur d\u2019abbaye ou la dance, le rythme martel\u00e9 d\u2019un motif, les ondulations d\u2019une vague int\u00e9rieure\u2026 et l\u2019on pourrait continuer semble-t-il sans fin. Et tout \u00e7a sans para\u00eetre. <br \/>Il est question de peinture tout autant que d\u2019installation, Soulages ayant r\u00e9alis\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t que l\u2019\u0153uvre n\u2019\u00e9tait pas dissociable dans l\u2019exp\u00e9rience de la mani\u00e8re qu\u2019elle a de se donner \u00e0 voir et de l\u2019environnement dans lequel elle s\u2019inscrit. Et on pense \u00e0 ces lettres dans lesquelles Friedrich d\u00e9crit le dispositif qui doit accueillir un de ses tableaux et qui, \u00e0 la mani\u00e8re de la lumi\u00e8re, de l\u2019architecture et du cadre pour un retable par exemple, plonge le spectateur dans une disposition particuli\u00e8re (le Romantisme est li\u00e9 \u00e0 la naissance de l\u2019art total). L\u2019\u0153uvre, dans sa r\u00e9ception, est une exp\u00e9rience. Le tableau est un mur, un pan physique dress\u00e9 face au spectateur et vers lequel il se projette tout autant que l\u2019\u0153il l\u2019am\u00e8ne \u00e0 lui\u00a0: pr\u00e9sence sensible adress\u00e9e aux sens. Et c\u2019est avec une franchise d\u00e9sarmante qu\u2019il se donne pour ce qu\u2019il est\u00a0: une surface anim\u00e9e de reliefs, de mati\u00e8res que la lumi\u00e8re r\u00e9v\u00e8le ou qu\u2019elle anime. Ou bien l\u2019inverse\u00a0: une surface dont les reliefs animent la lumi\u00e8re sous nos yeux. Et c\u2019est ce qui est donn\u00e9 \u00e0 percevoir\u00a0: un jeu impalpable caressant la surface et situant l\u2019\u0153uvre au devant d\u2019elle-m\u00eame. L\u2019\u00e9conomie des moyens est extr\u00eame en apparence, alors que l\u2019on sait l\u2019artiste attentif au m\u00e9tier, \u00e0 son artisanat, mettant au point ses outils, sa p\u00e2te. Quelques gestes amples ou ponctuels, l\u2019alternance de brillances et de matit\u00e9s, le r\u00e9cent jeu avec les blancs, plus graphique, le format du tableau, les ruptures qui le syncopent, sa disposition dans l\u2019espace. Et l\u2019impression d\u2019\u00eatre confront\u00e9 \u00e0 quelque chose d\u2019essentiel, de primitif et raffin\u00e9 qui renvoie \u00e0 la grande temporalit\u00e9 de l\u2019aventure humaine. On re\u00e7oit ses tableaux comme ces quelques signes \u00e9nigmatiques gratt\u00e9s aux parois de quelques grottes, comme ces blocs de pierre dress\u00e9s sur l\u2019\u00e9tendue, d\u00e9fiant l\u2019espace et le temps\u00a0: pr\u00e9sences magistrales et humbles, r\u00e9sistant au tumulte, tout int\u00e9rioris\u00e9es. <\/p>\n<p>Exposition <i>Soulages XXIe si\u00e8cle<\/i>, Mus\u00e9e des Beaux arts de Lyon, jusqu&rsquo;au 28 janvier 2013.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Toujours \u00e9t\u00e9 fascin\u00e9 par la rigueur conceptuelle de Pierre Soulages, la droite ligne qu\u2019il trace depuis 50 ans, en solitaire, d\u00e9passant tous les courants auxquels on a voulu le rattacher pour affirmer sa singularit\u00e9 vertigineuse, radicale. 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