{"id":3188,"date":"2012-10-14T21:10:00","date_gmt":"2012-10-14T20:10:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/hopper-alentours\/"},"modified":"2013-08-30T14:23:20","modified_gmt":"2013-08-30T13:23:20","slug":"hopper-alentours","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/hopper-alentours\/","title":{"rendered":"Hopper, alentours"},"content":{"rendered":"<p>On ne peut faire autrement que de revenir \u00e0 Hopper depuis sa fortune critique, questionner ce que met en jeu sa peinture depuis le succ\u00e8s populaire d\u00e9mesur\u00e9 qui l\u2019a salu\u00e9e et qui quelque part le recouvre. Forc\u00e9ment, Hopper est un bien commun que l\u2019on partage aux autres ; on a difficilement l\u2019illusion d\u2019engager avec son travail une connivence particuli\u00e8re, <!--more--> secr\u00e8te, comme on peut l\u2019avoir avec quelques \u0153uvres particuli\u00e8res nich\u00e9es dans d\u2019obscures salles d\u2019un mus\u00e9e de province et auxquelles on revient parfois en pens\u00e9e comme un privil\u00e9gi\u00e9 en ayant l\u2019impression d\u2019un espace vierge ou \u00e0 peu pr\u00e8s qui nous est offert. Et c\u2019est, je crois, une exp\u00e9rience toute \u00e0 fait diff\u00e9rente de r\u00e9v\u00e9ler pour soi quelques charmes obscurs et singuliers que de partager une adoration collective, \u00e9vidente.<br \/>\n\tDe Hopper, soi m\u00eame pas trop savoir qu\u2019en dire, qu\u2019en penser. Trop vu, peut-\u00eatre trop rentr\u00e9 dans le regard, trop install\u00e9 dans notre imaginaire de la ville pour que ce qu\u2019on constate nous bouscule vraiment. Mais c\u2019est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 dire une puissance singuli\u00e8re, un apport cons\u00e9quent. Combien en compte-on de ces ic\u00f4nes ayant cristallis\u00e9 dans la m\u00e9moire commune ? Quand bien m\u00eame on sait que c\u2019est la soci\u00e9t\u00e9 elle-m\u00eame et quelques accidents historiques qui fabriquent ces rep\u00e8res bien ind\u00e9pendamment souvent du chemin que conna\u00eet celui qui en a \u00e9t\u00e9 l\u2019auteur premier. Que rares sont les artistes \u00e0 avoir \u00e9t\u00e9 t\u00e9moins de ce ph\u00e9nom\u00e8ne magique qu\u2019est l\u2019\u00e9lection d\u2019une ou de plusieurs de leurs images. Hopper, on le reconna\u00eet comme un de ceux qui ont le plus fortement influenc\u00e9 le regard que nous portons sur la ville, les territoires qu\u2019il traversait inlassablement et auxquels les hommes agrippent, solitaires, plant\u00e9s dans le d\u00e9cor comme un relief sur l\u2019\u00e9tendue fonde le paysage. Et d\u2019autant plus fortement que c\u2019est une influence que nous avons largement partag\u00e9e avec nos contemporains, jusqu\u2019\u00e0 atteindre une forme de consensus tacite.<br \/>\n\tBien s\u00fbr que \u00e7a g\u00eane un peu, ce consensus. Bien s\u00fbr qu\u2019on entend forc\u00e9ment ne pas en rester l\u00e0, d\u00e9passer ce territoire commun en lequel tellement se rassurent. Qu\u2019on vous dise \u00ab moi j\u2019aime bien Hopper \u00bb et vous voyez les posters clou\u00e9s dans cent chambres d\u2019h\u00f4tel, la repr\u00e9sentation qui rassure et juste ce qu\u2019il faut d\u2019\u00e9tranget\u00e9 pour que \u00e7a ne fonde pas tout \u00e0 fait sous le regard comme ces bouquets de fleur ou marines align\u00e9es des couloirs jusqu\u2019au hall.<br \/>\n\tApr\u00e8s \u00e7a ? Au fond on conna\u00eet, on cerne. On se laisse fasciner parfois par l\u2019image, on se demande \u00e0 quoi \u00e7a tient. Pas par la peinture. On ne plonge pas dans la peinture, n\u2019y trouve pas une excitation intellectuelle ou sensible qui soit une excitation de peinture. Mais l\u2019image oui, comme une \u00e9vidence, un ha\u00efku dans sa bri\u00e8vet\u00e9, sa concision \u00e9loquente. Au fond, Hopper fabrique toujours des sc\u00e8nes ouvertes \u00e0 qui les regarde, pr\u00eates \u00e0 accueillir l\u2019esprit de qui s\u2019y penche. On sait qu\u2019on y trouvera toujours \u00e0 l\u2019identique ce m\u00eame sentiment de myst\u00e8re, intact, la solitude des villes, l\u00e9g\u00e8rement m\u00e9lancolique, ce jeu efficace des compositions avec hors-champ et la pulsion scopique qu\u2019ils g\u00e9n\u00e8rent et qu\u2019auront rep\u00e9r\u00e9s Hitchcock et quelques autres. Mais l\u00e0 encore, disant cela on n\u2019atteint que ce que les tableaux repr\u00e9sentent, non pas leur existence propre, mat\u00e9rielle, plastique. Le succ\u00e8s des images, leurs innombrables reproductions, leur popularit\u00e9 tient d\u2019avantage \u00e0 ce qu\u2019illustrent ces tableaux qu\u2019\u00e0 leur qualit\u00e9 picturale propre. Ou peut-\u00eatre que leur qualit\u00e9, leur efficacit\u00e9 iconique tient davantage \u00e0 leur caract\u00e8re illustratif. Caract\u00e8re attest\u00e9 par l\u2019incitation qu\u2019y trouvent les \u00e9crivains \u00e0 y appuyer des r\u00e9cits suspendus. Disons-le, Hopper est un formidable cr\u00e9ateur d\u2019images et comme le dit Greenberg, un mauvais peintre sans doute. Mais il faut se m\u00e9fier d\u2019un bon mot. Sait-on jamais ce qu\u2019est la peinture ? La bonne ? Bien s\u00fbr on trouvera souvent une touche un peu laborieuse, appliqu\u00e9e ou soumise \u00e0 l\u2019image qu\u2019elle s\u2019entend d\u00e9peindre, au rendu r\u00e9aliste d\u2019une lumi\u00e8re, na\u00efve parfois dans son application au d\u00e9tail. Pour autant, les accords de couleur touchent juste et des plans, \u00e9mergent parfois quelques jeux g\u00e9om\u00e9triques donnant \u00e0 l\u2019illustration un arri\u00e8re plan abstrait qui enrichi l\u2019exp\u00e9rience du tableau. La chose est que l\u2019on voudrait lire cette peinture comme l\u2019on aborde les \u0153uvres europ\u00e9ennes qui lui sont contemporaines, selon les codes et les enjeux de l\u2019art moderne. Alors que la peinture d\u2019Hopper n\u2019a aucun regard pour les exp\u00e9rimentations modernes des cubistes aux abstraits. On s\u2019est laiss\u00e9 surprendre parfois en regardant quelques d\u00e9tails secondaires \u00e0 penser aux tableaux m\u00e9taphysiques de Chirico, la m\u00eame simplification en aplats francs, les m\u00eames couleurs brique parfois, la froideur des espaces d\u00e9serts sur lesquels s\u2019\u00e9tirent des ombres. On a pens\u00e9 aux premiers photographes de la ville, Atget en t\u00eate. Et puis curieusement \u00e0 Carpaccio, Saint Augustin \u00e0 sa table de travail, les livres pos\u00e9s, le chien. M\u00eame volont\u00e9 d\u2019\u00e9tablir une pr\u00e9sence encloisonn\u00e9e dans les lignes d\u2019une composition stricte, froide parfois. M\u00eame silence pensif, tout int\u00e9rioris\u00e9 autour duquel le peintre construit une chambre d\u2019\u00e9cho.<\/p>\n<p>L\u2019image est de Richard Fleury, <i>Int\u00e9rieur du ch\u00e2teau de Bayard<\/i>, XVIIIeme<br \/>\nsi\u00e8cle. Ecole lyonnaise. Mus\u00e9e des Beaux arts de Lyon.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On ne peut faire autrement que de revenir \u00e0 Hopper depuis sa fortune critique, questionner ce que met en jeu sa peinture depuis le succ\u00e8s populaire d\u00e9mesur\u00e9 qui l\u2019a salu\u00e9e et qui quelque part le recouvre. 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