{"id":3202,"date":"2012-08-01T13:24:00","date_gmt":"2012-08-01T12:24:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/considerations-sur-la-peinture\/"},"modified":"2013-08-30T18:52:50","modified_gmt":"2013-08-30T17:52:50","slug":"considerations-sur-la-peinture","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/considerations-sur-la-peinture\/","title":{"rendered":"consid\u00e9rations sur la peinture"},"content":{"rendered":"<p>Ce qui me d\u00e9range chez les hyperr\u00e9alistes ou photor\u00e9alistes, c\u2019est qu\u2019ils s\u2019appliquent \u00e0 peindre chaque chose de la m\u00eame fa\u00e7on neutre et objective qui fait que le seul talent qu\u2019ils mettent en avant, outre celui qui d\u00e9termine le choix du sujet et de la composition, c\u2019est la patience, la minutie et l\u2019observation m\u00e9canique. N\u2019importe quel objet rev\u00eat sous leur pinceau la m\u00eame<br \/>\napparence lisse emprunt\u00e9e aux images. <!--more-->En rien ils ne r\u00e9pondent \u00e0 la diversit\u00e9 du monde, \u00e0 cette richesse qui a souvent \u00e9t\u00e9 le combat m\u00eame des peintres\u00a0: de Van Gogh d\u00e9barquant en Arles avec l\u2019id\u00e9e de fonder une \u00e9cole, lui m\u00eame ne pouvant venir \u00e0 bout de l\u2019incroyable diversit\u00e9 des motifs qu\u2019il d\u00e9couvre, \u00e0 Monet s\u2019\u00e9merveillant de ce que son jardin, si r\u00e9duit soit-il, autant qu\u2019il y revienne, ne se laissera pas \u00e9puiser. <br \/>Il me semble toujours que les hyperr\u00e9alistes posent sur toutes choses inlassablement le m\u00eame regard, qu\u2019ils imposent cette m\u00e9canique qui uniformise au lieu de se laisser sugg\u00e9rer un \u00e9quivalant plastique, un geste de peinture. On les imagine courb\u00e9s \u00e0 l\u2019ouvrage, routiniers, maniaques et laborieux l\u00e0 o\u00f9 les autres luttent, scrutent, inventent chaque fois un langage, \u00e9laborent pour chaque morceau de r\u00e9el le signe qui l\u2019inscrira dans sa langue le faisant exister doublement. De l\u00e0 l\u2019ennui que j\u2019ai ressenti \u00e0 traverser l\u2019exposition Richter ne voyant toujours d\u2019abord qu\u2019un proc\u00e9d\u00e9 faisant \u00e7\u00e0 et l\u00e0 de belles images sur lesquelles l\u2019\u0153il glisse.\u00a0<\/span>Richter travaille en <i>all over<\/i>, abordant la surface dans son entier, de mani\u00e8re homog\u00e8ne que ce soit dans ses travaux r\u00e9alistes, lesquels ne laissent appara\u00eetre aucune \u00e9volution notable au fil du temps ni aucune variation dans le traitement (on y verra alors la r\u00e9alisation d\u2019un programme), comme dans ces jeux color\u00e9s de couches racl\u00e9es patiemment qui \u00e9talent sur plusieurs m\u00e8tres carr\u00e9s une seule et m\u00eame texture.<br \/>Finalement on se retrouve \u00e0 juger des maladresses qui s\u00e9parent les peintures des sources photographiques qu\u2019elles s\u2019entendaient imiter ou du caract\u00e8re bluffant du r\u00e9alisme ce qui est tout un car c\u2019est juger de la dext\u00e9rit\u00e9, de la pr\u00e9cision. Ou alors on parle du sujet, ce qui est une mani\u00e8re de d\u00e9tourner le regard. <br \/>C\u2019est quelque part un combat historique semblable \u00e0 celui des coloristes et des dessinateurs et on en reviendra toujours \u00e0 dire la stupidit\u00e9<br \/>\nde devoir en mettre un par dessus l\u2019autre (qui de Poussin ou de Delacroix\u00a0?) et le caract\u00e8re vain des classifications quand c\u2019est l\u2019exception souvent, l\u2019\u00e0 cheval, qui nous retiennent. Pourtant c\u2019est quelque chose encore qui se joue l\u00e0\u00a0: il ne s\u2019agit pas de comparer les \u00e9vanescences color\u00e9es de Monet la robustesse des volumes des Van Gogh ou de C\u00e9zanne. L\u2019un peint la lumi\u00e8re, qui n\u2019a pas de contours, l\u2019autre la g\u00e9omorphie dont les volumes, justement, se donnent \u00e0 l\u2019\u0153il selon les ar\u00eates qui les d\u00e9terminent. Quand au premier, chaque \u00e9l\u00e9ment du paysage est extrait par le dessin et traduit de mani\u00e8re expressive comme le font les ma\u00eetres japonais de l\u2019estampe. Pour autant, pour lui dont le dessin et la composition sont d\u00e9terminants, on ne pourra nier l\u2019importance des couleurs, ni la mati\u00e8re particuli\u00e8re de sa touche. Que l\u2019on pense maintenant \u00e0 Bonnard qui, \u00e0 l\u2019inverse de Van Gogh ne regarde par l\u2019alentour \u00e0 travers une fen\u00eatre de carton mais \u00e0 travers tout l\u2019espace de son champ visuel, c\u2019est quelque chose d\u2019autre encore\u00a0: maladresse de la figuration, compositions ductiles, sans ar\u00eates ni points d\u2019ancrage, touche enfantine et presque na\u00efve\u00a0: les tableaux semblent tout entier tenir dans la richesse embrouill\u00e9e et audacieuse de couleurs, dans l\u2019atmosph\u00e8re calme qui s\u2019en d\u00e9gage. Pour autant, il y a composition, dessin. Tous traduisent ce qu\u2019ils voient par la peinture. Que ce soit la couleur qui pr\u00e9domine ou la structure, ou plus g\u00e9n\u00e9ralement encore que ce soit ce couple, indissociablement, qui fonde son vocabulaire propre, l\u2019enjeu du peintre n\u2019est pas tant de figurer fid\u00e8lement ce qu\u2019il voit que d\u2019inventer une mani\u00e8re de se le donner \u00e0 voir. Il y a l\u00e0 quelque chose de l\u2019ordre de la traduction (le r\u00e9el est incompr\u00e9hensible, aveuglant), or tout traducteur le dira\u00a0: traduire n\u2019est pas transcrire en une autre langue mais rendre intelligible dans cette langue autre, ajuster et fa\u00e7onner depuis cette langue.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce qui me d\u00e9range chez les hyperr\u00e9alistes ou photor\u00e9alistes, c\u2019est qu\u2019ils s\u2019appliquent \u00e0 peindre chaque chose de la m\u00eame fa\u00e7on neutre et objective qui fait que le seul talent qu\u2019ils mettent en avant, outre celui qui d\u00e9termine le choix du sujet et de la composition, c\u2019est la patience, la minutie et l\u2019observation m\u00e9canique. N\u2019importe quel [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-3202","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3202","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3202"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3202\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6078,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3202\/revisions\/6078"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3202"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3202"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3202"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}