{"id":3217,"date":"2012-02-22T22:14:00","date_gmt":"2012-02-22T21:14:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/thomas-huber\/"},"modified":"2014-05-04T21:31:11","modified_gmt":"2014-05-04T20:31:11","slug":"thomas-huber","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/thomas-huber\/","title":{"rendered":"Thomas Huber"},"content":{"rendered":"<p>Chaque forme peut-\u00eatre, engage la complexit\u00e9 du monde en ce qu\u2019elle s\u2019ins\u00e8re dans les rapports qui lient les choses entre elles, les modifie et ajoute son propre monde qu\u2019elle ouvre en dedans du premier. On dit le tableau <i>fen\u00eatre ouverte sur un monde<\/i> par les limites qu\u2019il dessine, qu\u2019on le consid\u00e8re comme espace symbolique, lieu g\u00e9om\u00e9trique o\u00f9 jouent \u00e0 plat des formes sur un fond, ou surface de projection accueillant par diverses constructions perspectives les repr\u00e9sentations illusoires extrapolant notre exp\u00e9rience visuelle. <!--more--> On a dit aussi qu\u2019aucun objet n\u2019\u00e9tait ind\u00e9pendant du lieu, du contexte dans lequel il se donnait \u00e0 voir, quand bien m\u00eame le tableau se voudrait un monde en soi, autonome, abstrait. Mais tout autant que le contexte influe sur notre perception de l\u2019\u0153uvre, la pr\u00e9sence d\u2019une \u0153uvre habite le lieu r\u00e9ciproquement. C\u2019est t\u00e9moignage encore de ce que la r\u00e9alit\u00e9 est une chose fluente qu\u2019on se bricole au quotidien et \u00e0 sa mesure. C\u2019est peut-\u00eatre une des plus vieilles le\u00e7ons de l\u2019art, et d\u2019abord \u00e0 ceux qui le font\u00a0: engager dans chaque artefact le monde nous r\u00e9v\u00e8le comme il si\u00e8ge en nous, comme il nous est construction propre, mobile. Chacun son monde dans les signaux qu\u2019il re\u00e7oit et dans ce qu\u2019il projette\u00a0: nous habitons les fictions que nous sugg\u00e8re l\u2019\u00e9chapp\u00e9e des choses. Alors qu\u2019il s\u2019offre comme point tangible auquel s\u2019affronter -point de rep\u00e8re-, le tableau nous engouffre dans les vertiges de la repr\u00e9sentation jusqu\u2019\u00e0 devenir la figure m\u00eame de l\u2019ab\u00eeme perceptif. On y butte comme il s\u2019esquive, se d\u00e9robe. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, le tableau se perd dans le lieu qu\u2019il ouvre, de l\u2019autre dans celui qui l\u2019abrite comme objet mutique, clos\u00a0; comme mur. Renvoyant sans cesse l\u2019un \u00e0 l\u2019autre l\u2019origine se trouble \u00e0 la faveur d\u2019un mouvement circulaire projetant l\u2019un dans l\u2019autre, extrayant l\u2019un de l\u2019autre, continuellement. Ainsi, le tableau se prend toujours pour sujet\u00a0; ce qu\u2019il met inlassablement en sc\u00e8ne, presque malgr\u00e9 lui, c\u2019est sa position d\u2019image dans le monde, la gymnastique intellectuelle dont il r\u00e9fl\u00e9chi les mouvements. Au fond, que l\u2019on consid\u00e8re les \u0153uvres comme une \u00e9vasion dans l\u2019imaginaire ou comme une mani\u00e8re de penser le monde, elles n\u2019\u00e9chappent pas \u00e0 se poser comme probl\u00e8me. Parfois, Thomas Huber ne nous donne \u00e0 voir autre chose dans ses tableaux qu\u2019un th\u00e9\u00e2tre dont les vertiges de la repr\u00e9sentation seraient le seul sujet\u00a0; et tandis qu\u2019un banc se refl\u00e8te sur un sol si impeccablement lisse qu\u2019il \u00e9voque une \u00e9tendue d\u2019eau, des motifs font des losanges aux murs (\u00ab\u00a0langueur des losanges\u00a0\u00bb). C\u2019est \u00e0 dire que le tableau s\u2019impose d&#8217;embl\u00e9e comme l\u2019espace d\u2019une repr\u00e9sentation r\u00e9aliste dans laquelle le regard plonge. Le pouvoir de la repr\u00e9sentation perspective est si puissant que l\u2019on n\u2019y \u00e9chappe pas\u00a0: le cerveau travaille \u00e0 y lire un lieu clos, accepte instinctivement les r\u00e9ductions et raccourcis, le trouble des motifs qui, comme chez Matisse, aplatissent les angles et basculent les surfaces. L\u2019artiste ne d\u00e9ment pas, il joue de la perspective comme un psychoth\u00e9rapeute vous susurre les phrases qui m\u00e8nent \u00e0 l\u2019hypnose vous faisant glisser doucement d\u2019une appr\u00e9hension du monde vers l\u2019autre. On est presque chez Chirico et ses th\u00e9\u00e2tres de m\u00e9moire, dans l\u2019ombre que jettent les silhouettes de ses arcades, de ses satures antiques sur ses places mortes. Dans le fantastique social qui habite les salles des pas perdus. Parfois, l\u2019artiste se veut volontiers plus illustratif, narratif, mettant en sc\u00e8ne des personnages ou des figurines. On lui sent alors des proximit\u00e9s avec l\u2019univers de Marc-Antoine Mathieu. La tentation est grande de d\u00e9ployer une id\u00e9e ou un th\u00e8me d\u2019une image \u00e0 l\u2019autre comme au fil d\u2019une bande dessin\u00e9e. Et les complications s\u00e9rieuses qu\u2019\u00e9noncent les toiles glissent \u00e0 l\u2019humour. Humour qui n\u2019est pas absent non plus de ses s\u00e9ries surr\u00e9alisantes dans lesquelles les accumulations d\u2019objets \u00e9voquent des r\u00e9bus, des associations po\u00e9tiques et farfelues comme en r\u00eav\u00e8rent Breton, Soupault, Ducasse et les autres. Toujours des tableaux, quelque fois retourn\u00e9s, rejouent la mise en ab\u00eeme de l\u2019\u00e9nigme. D\u2019ann\u00e9es en ann\u00e9es, l\u2019artiste s\u2019est construit un monde, une ville \u00e0 son nom pour abriter mentalement son \u0153uvre, loger son d\u00e9ploiement. Le Mamco, \u00e0 Gen\u00e8ve, joue en ce moment le r\u00f4le d\u2019\u00e9crin suppl\u00e9mentaire, accueillant pr\u00e8s de quatre cent \u0153uvres sur quatre niveaux.<br \/>\nDu 22 f\u00e9vrier au 6 mai 2012, l&rsquo;\u00e9ternel d\u00e9tour.\u00a0Thomas Huber, <i>vous \u00eates ici<\/i>, r\u00e9trospective au <a href=\"http:\/\/www.mamco.ch\/index.html\">Mamco<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chaque forme peut-\u00eatre, engage la complexit\u00e9 du monde en ce qu\u2019elle s\u2019ins\u00e8re dans les rapports qui lient les choses entre elles, les modifie et ajoute son propre monde qu\u2019elle ouvre en dedans du premier. On dit le tableau fen\u00eatre ouverte sur un monde par les limites qu\u2019il dessine, qu\u2019on le consid\u00e8re comme espace symbolique, lieu [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-3217","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3217","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3217"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3217\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6406,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3217\/revisions\/6406"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3217"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3217"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3217"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}