{"id":3234,"date":"2011-12-04T10:31:00","date_gmt":"2011-12-04T09:31:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/sans-doute-la-peinture-ne-peut-etre-comprise-en-dehors-de-lacte-qui-la-fonde\/"},"modified":"2013-08-16T11:12:07","modified_gmt":"2013-08-16T10:12:07","slug":"sans-doute-la-peinture-ne-peut-etre-comprise-en-dehors-de-lacte-qui-la-fonde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/sans-doute-la-peinture-ne-peut-etre-comprise-en-dehors-de-lacte-qui-la-fonde\/","title":{"rendered":"Sans doute la peinture ne peut \u00eatre comprise en dehors de l\u2019acte qui la fonde"},"content":{"rendered":"<p><\/p>\n<div>\n<a href=\"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-content\/uploads\/blogger\/-3pf_bt4HCek\/Tts8yyUoMEI\/AAAAAAAACAA\/AhwyMnWz3J8\/s1600\/thomas%2Blevy%2Bvasne%2Bcondiments.jpg\" imageanchor=\"1\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" border=\"0\" height=\"262\" src=\"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-content\/uploads\/blogger\/-3pf_bt4HCek\/Tts8yyUoMEI\/AAAAAAAACAA\/AhwyMnWz3J8\/s320\/thomas%2Blevy%2Bvasne%2Bcondiments.jpg\" width=\"320\"><\/a>\n<\/div>\n<div>\n<span lang=\"FR\">Sans doute<br \/>\nla peinture ne peut \u00eatre comprise en dehors de l\u2019acte qui la fonde.\u00a0 On n\u2019avancerait en rien \u00e0 lui demander raison,<br \/>\n\u00e0 r\u00e9clamer qu\u2019elle se l\u00e9gitime en regard du monde ou d\u2019une modernit\u00e9 fuyante.<br \/>\nCar il se peut qu\u2019elle n\u2019ait \u00e0 se justifier autrement ou autre part que dans ce<br \/>\nqu\u2019elle r\u00e9p\u00e8te inlassablement \u00e0 fabriquer des images qui se l\u00e8vent. Anachronique<br \/>\nsi l\u2019on veut, mais anachronique par essence, elle poursuit ces gestes anciens<br \/>\net patients qui la bercent, continue cette mani\u00e8re lointaine de fa\u00e7onner<br \/>\nlonguement les objets et les images. Comme on poncerait le temps. Oui, il y a<br \/>\nune logique de l\u2019\u00e9puisement\u00a0: sans doute d\u2019\u00e9puiser le monde dans le<br \/>\nregard, mais plus probablement encore d\u2019\u00e9puiser le geste ou d\u2019\u00e9puiser quelque<br \/>\nchose de soi par ces gestes. Alors peut-\u00eatre la question est l\u00e0. Se demander si<br \/>\nc\u2019est l\u2019idole qui induit que l\u2019on fabrique les objets de son culte ou \u00e0<br \/>\nl\u2019inverse le besoin de polir inlassablement des formes qui appelle un sujet pour s&rsquo;exercer. Doubl\u00e9e<br \/>\nd\u2019une autre question encore\u00a0: qu\u2019est-ce que polir, fa\u00e7onner,<br \/>\npeindre\u00a0? Gestes imp\u00e9rieux, inlassables qui s\u2019enracinent dans quelle<br \/>\nn\u00e9cessit\u00e9\u00a0? <\/p>\n<p><\/span>\n<\/div>\n<div>\n\n<\/div>\n<div>\n<span lang=\"FR\">Lorsque<br \/>\nl\u2019on voit une peinture figurative aujourd\u2019hui, et plus encore, une peinture<br \/>\ndont le r\u00e9alisme figuratif, celui que l\u2019on dit photographique, semble \u00e9vacuer<br \/>\nla mati\u00e8re dont elle est constitu\u00e9e derri\u00e8re l\u2019image qu\u2019elle figure, si bien<br \/>\nqu\u2019il nous semble qu\u2019elle ne cherche rien d\u2019autre qu\u2019une fid\u00e9lit\u00e9 visuelle \u00e0 ce<br \/>\nqu\u2019elle prend pour sujet, que pourrait-on lui faire dire qu\u2019elle ne dit<br \/>\nd\u00e9j\u00e0\u00a0? La patience du peintre, son travail amoureux des formes et des<br \/>\ncouleurs qu\u2019il ajuste, la fascination qui s\u2019exerce encore \u00e0 constater l\u2019image<br \/>\nqui monte et l\u2019illusion qui s\u2019adresse \u00e0 ses sens, appelle le v\u00e9cu en chacun.<br \/>\nQuelque chose comme reprendre la phrase de Maurice Denis \u00e0 l\u2019envers, car dans<br \/>\ncertains cas, un tableau, au del\u00e0 d\u2019\u00eatre une surface recouverte de couleurs et<br \/>\nde formes organis\u00e9es, appelle la reconnaissance d\u2019un objet, d\u2019un corps, d\u2019une \u00ab\u00a0quelconque<br \/>\nanecdote\u00a0\u00bb. Ce n\u2019est pas folie r\u00e9serv\u00e9e aux seuls chercheurs dans leurs<br \/>\nsonges que de tomber amoureux d\u2019une <i>Gradiva<\/i>, l\u2019art est assez plein de ces<br \/>\ncourbes aimables pour que l\u2019on ne r\u00e9siste pas \u00e0 la tentation de les rejoindre<br \/>\ndans l\u2019image, ou de traverser l\u2019\u00e9cran. Et c\u2019est un ph\u00e9nom\u00e8ne assez magique pour<br \/>\nqu\u2019il fascine encore aujourd\u2019hui. En ces occasions on n\u2019est pas loin du Diderot<br \/>\ndes Salons s\u2019arr\u00eatant \u00e0 Chardin\u00a0: \u00ab\u00a0il n\u2019y a qu\u2019\u00e0 prendre ces fruits<br \/>\net les peler\u2026\u00a0\u00bb\u00a0; l\u2019illusion \u00e0 sa saveur. On a David Hockney se<br \/>\nrevendiquant de l\u2019enfant dans son plaisir \u00e0 user de ses mains, se fichant qu\u2019on<br \/>\nlui dise que la photographie rend obsol\u00e8te la n\u00e9cessit\u00e9 du dessin. Car ce qui<br \/>\nse poursuit sur les \u00e9crans tactiles c\u2019est un m\u00eame geste encore\u00a0: tracer un<br \/>\ncontour, moduler des couleurs pour figurer une lumi\u00e8re ou l\u2019apparence tactile<br \/>\ndes choses sous le regard qui dessine. Dessine-t-on les choses avec l\u2019espoir de<br \/>\nparvenir \u00e0 les \u00ab\u00a0cerner\u00a0\u00bb, les conna\u00eetre davantage et plus<br \/>\nintimement\u00a0? Ou est-ce qu\u2019\u00e0 la longue, la conscience d\u2019amener toute chose<br \/>\ndans la fiction par l\u2019image que l\u2019on en fait ne l\u2019a pas emport\u00e9\u00a0? Ou<br \/>\nest-ce qu\u2019encore la fiction n\u2019est que dans l\u2019image produite quand les gestes,<br \/>\neux, emportent un peu de savoir de ce qu\u2019ils ont caress\u00e9s\u00a0?\u00a0 Il y a une m\u00e9moire du corps, une m\u00e9moire des<br \/>\nmuscles qui est diff\u00e9rente des pens\u00e9es qu\u2019ont fabriqu\u00e9 les yeux. Peut-\u00eatre<br \/>\nest-ce une forme d\u2019empathie, ce lointain d\u00e9sir d\u2019engendrer avec invention comme<br \/>\nle fait la nature\u00a0?<\/p>\n<p><\/span>\n<\/div>\n<div>\n\n<\/div>\n<div>\n<span lang=\"FR\">Quand il<br \/>\nne s\u2019agit plus m\u00eame de figuration reste les magie des nuances, des harmonies et<br \/>\ndes rugosit\u00e9s\u00a0; et la mati\u00e8re m\u00eame. Le plaisir et la fascination du faire.<br \/>\nUn sentiment d\u2019accomplissement de soi, ou de d\u00e9passement de soi, dans l\u2019acte<br \/>\ncr\u00e9ateur. Et en de\u00e7\u00e0\u00a0: les gestes. Quelque chose de tr\u00e8s primitif, que<br \/>\nl\u2019on voudrait dire premier m\u00eame, qui rapproche du geste par lequel les choses<br \/>\nse forment, de la perle ou de la voute nacr\u00e9e que polie l\u2019huitre dans sa<br \/>\nsolitude, accompagnant infiniment les mouvements du monde.\u00a0<\/p>\n<p><\/span>\n<\/div>\n<div>\n<span lang=\"FR\"><br \/><\/span>\n<\/div>\n<div>\n<span lang=\"FR\"><span><i>Les choses muettes<\/i>, exposition de <a href=\"http:\/\/www.thll.fr\/\">Thomas Levy-Lasne<\/a> du 16 d\u00e9cembre au 22 janvier 2012 au Ch\u00e2teau de la Louvi\u00e8re \u00e0 Montlu\u00e7on, avec <a href=\"http:\/\/www.shakers.fr\/\">Shakers<\/a>. Images : Th. Levy-Lasne, <i>condiments<\/i>, huile sur toile, 2011.<\/span><\/span>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sans doute la peinture ne peut \u00eatre comprise en dehors de l\u2019acte qui la fonde.\u00a0 On n\u2019avancerait en rien \u00e0 lui demander raison, \u00e0 r\u00e9clamer qu\u2019elle se l\u00e9gitime en regard du monde ou d\u2019une modernit\u00e9 fuyante. 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