{"id":3236,"date":"2011-11-19T19:57:00","date_gmt":"2011-11-19T18:57:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/blanchon-la-salamandre\/"},"modified":"2013-08-16T11:12:08","modified_gmt":"2013-08-16T10:12:08","slug":"blanchon-la-salamandre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/blanchon-la-salamandre\/","title":{"rendered":"Blanchon \/ La Salamandre"},"content":{"rendered":"<p><\/p>\n<div>\n<a href=\"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-content\/uploads\/blogger\/-X1c5YN-wYCg\/Tsf8BCOt2WI\/AAAAAAAAB_I\/6wmSHuzOmaI\/s1600\/blanchon_salamandre.jpg\" imageanchor=\"1\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" border=\"0\" height=\"320\" src=\"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-content\/uploads\/blogger\/-X1c5YN-wYCg\/Tsf8BCOt2WI\/AAAAAAAAB_I\/6wmSHuzOmaI\/s320\/blanchon_salamandre.jpg\" width=\"229\"><\/a>\n<\/div>\n<div>\nOn lit toujours depuis<br \/>\nsoi, on fait son livre de celui que l\u2019auteur propose. Alors bien s\u00fbr, on n\u2019en<br \/>\ndira que ce par o\u00f9 il vous a touch\u00e9, par quels aspects il vous a \u00e9t\u00e9 proche.<br \/>\nLoin d\u2019\u00e9puiser le texte. Voil\u00e0, \u00e7a fait peut-\u00eatre dix ans que je connais Philippe<br \/>\nBlanchon, sans doute huit ou neuf ans que je le lis, qu\u2019il me lit en retour et<br \/>\nque nous nous accompagnons de mani\u00e8re fraternelle. Sans doute avec le temps s\u2019est<br \/>\nform\u00e9e une familiarit\u00e9. Pour autant, grande partie de son \u0153uvre sans doute m\u2019\u00e9chappe,<br \/>\ndans les \u00e9chos \u00e9rudits qu\u2019elle poursuit, dans ses mani\u00e8re crypt\u00e9es parfois, sa<br \/>\nmath\u00e9matique de la forme, et je sais qu\u2019appartenant pour ma part au monde des<br \/>\narts visuels, la solide culture po\u00e9tique qu\u2019il a acquis me fait d\u00e9faut<br \/>\n(parviendrais-je un jour \u00e0 naviguer dans Joyce comme lui\u00a0?). Mais peut-on<br \/>\njamais pr\u00e9tendre cerner quoi que ce soit\u00a0? &#8211; une \u0153uvre comme un paysage. Le<br \/>\npropre des \u0153uvres d\u2019importance est de ne jamais se laisser r\u00e9sumer, de<br \/>\nconvoquer ce vertige en vous des myst\u00e8res auxquels elle renvoie. Et<br \/>\nvolontairement, dans son principe m\u00eame, l\u2019\u0153uvre po\u00e9tique de Philippe Blanchon s\u2019\u00e9toile<br \/>\net se difracte \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un kal\u00e9idoscope. Paradoxalement, c\u2019est \u00e0 cet<br \/>\nendroit m\u00eame, dans sa fuite dirait-on, que cette \u0153uvre me rejoint et touche \u00e0<br \/>\ndes pr\u00e9occupations que j\u2019ai. <\/div>\n<div>\nJe l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 dit et \u00e0<br \/>\nplusieurs reprises\u00a0: la multiplicit\u00e9 des voix menant le r\u00e9cit comme se<br \/>\nconstruirait une toile cubiste, effa\u00e7ant l\u2019auteur comme cyclope immobile pour y<br \/>\nsubstituer une langue \u00ab\u00a0enrobante\u00a0\u00bb, multiple, \u00e0 la fois interne et<br \/>\nexterne au r\u00e9cit qu\u2019elle tisse. Pour une fois au moins, Dieu est mort dans la langue<br \/>\n&#8211; son omniscience. C\u2019est aux divers protagonistes de d\u00e9m\u00ealer leur histoire, de<br \/>\nla dire depuis eux, dans son \u00e9chapp\u00e9e m\u00eame. Pensons \u00e0 Quignard, l\u2019explosion du<br \/>\nchamp pronominal. R\u00e9cits, t\u00e9moignages, po\u00e8mes, ex\u00e9g\u00e8ses m\u00eames, s\u2019organisent ici<br \/>\npour, par allusions, recoupements, esquisses, analyses, cerner l\u2019histoire d\u2019un<br \/>\ncouple, la crise de Nathan. Chaque fa\u00e7on de dire disant autrement et donc<br \/>\ndisant autre chose, montant progressivement le tableau comme le ferait un<br \/>\npeintre &#8211; disons C\u00e9zanne &#8211; accumulant les touches qu\u2019il s\u2019agit d\u2019unifier. On<br \/>\npensera \u00e0 Cervant\u00e8s, incluant dans le second livre de son Quichotte les<br \/>\nex\u00e9g\u00e8ses du premier comme partie int\u00e9grante de sa narration. La sortie par la<br \/>\nporte du poulailler signifiant l\u2019entr\u00e9e dans la fiction\u00a0? Ou la<br \/>\nconfrontation de la fiction au monde r\u00e9el (personnifi\u00e9 par Sancho)\u00a0? Ici,<br \/>\nPhilippe Blanchon retourne le r\u00e9cit sur lui-m\u00eame comme on le ferait d\u2019un gant,<br \/>\nparvenant \u00e0 fournir un formidable effet de r\u00e9el, multipliant les couches narratives.<br \/>\nVertige \u00ab\u00a0Quichottien\u00a0\u00bb convoquant notre rapport \u00e0 la fiction en m\u00eame<br \/>\ntemps qu\u2019il lui donne corps. Peut-\u00eatre qu\u2019en chacun de nos r\u00e9cits aujourd\u2019hui<br \/>\nse survivent toutes les formes ant\u00e9rieures prises dans les regards que l\u2019on<br \/>\nporte sur elles, comme une m\u00e9moire. On n\u2019\u00e9crit pas seul et les figures<br \/>\ntut\u00e9laires autant que fraternelles surgissent r\u00e9guli\u00e8rement dans les vers de<br \/>\nPhilippe Blanchon.<\/div>\n<div>\nPersonnages qui semblent toujours d\u00e9barqu\u00e9s d\u2019un long cours ou s\u2019appr\u00eatant<br \/>\n\u00e0 quelque grand d\u00e9part, flottant entre deux, ind\u00e9termin\u00e9s. Ici encore, les<br \/>\nprotagonistes des r\u00e9cits de Philippe Blanchon semblent en d\u00e9s\u00e9quilibre,<br \/>\nintimement, \u00e9chappant pour bonne part \u00e0 eux-m\u00eames et \u00e0 tout jeu social. Les<br \/>\nsituations d\u00e9butent \u00e0 cheval sur le jour, au moment qui pr\u00e9c\u00e8de les r\u00eaves ou au<br \/>\nlever du jour alors qu\u2019ils flottent encore comme un air de r\u00e9v\u00e9lation et d\u2019incertitude.<br \/>\nLes choses ne s\u2019\u00e9clairent pas directement, mais par la mise en pr\u00e9sence de<br \/>\nt\u00e9moignages, \u00e0 la lecture d\u2019histoires d\u2019enfance. Le sujet du po\u00e8me est simple,<br \/>\ndisons qu\u2019il n\u2019est pas artificiellement compliqu\u00e9, pourtant chaque page en<br \/>\nr\u00e9v\u00e8lera sa complexit\u00e9 profonde. Et c\u2019est quelque chose qui me parle, cette<br \/>\nfa\u00e7on de ne pas multiplier les d\u00e9cors et les petites histoires de mani\u00e8re<br \/>\naccumulative, de s\u2019en tenir \u00e0 ce tr\u00e8s simple d\u2019une situation qui rel\u00e8ve du lieu<br \/>\ncommun, <span>\u00ab\u00a0<\/span><span>n\u2019importe quoi qui soit un bout de notre monde et qui<br \/>\nappartienne \u00e0 tous\u00a0\u00bb <\/span><span>disait Kolt\u00e8s.<\/span> Souvenir fondateur pour moi, <i>la Presqu\u2019ile<\/i> de Gracq. <\/div>\n<div>\nHistoire d\u2019un couple (Emilie et Nathan), de la relation, des amiti\u00e9s et<br \/>\ndes d\u00e9tours qu\u2019elle convoque. Histoire surtout d\u2019une crise, et donc de la<br \/>\nrupture d\u2019un continu, l\u2019\u00e9chapp\u00e9e que c\u2019est. \u00ab\u00a0Le silence, l\u2019exil et la<br \/>\nruse\u00a0\u00bb\u00a0: programme que l\u2019auteur semble emprunter \u00e0 Joyce afin d\u2019\u00e9chapper<br \/>\nau tumulte. C\u2019est qu\u2019il est comme le personnage central de ce r\u00e9cit, Nathan, en<br \/>\nqu\u00eate d\u2019absolu, avide d\u2019\u00eatre au monde pleinement, hors des cadres impos\u00e9s et<br \/>\ndes dialectiques ordinaires.<span><\/p>\n<p><\/span>\n<\/div>\n<div>\n(&#8230;)<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On lit toujours depuis soi, on fait son livre de celui que l\u2019auteur propose. Alors bien s\u00fbr, on n\u2019en dira que ce par o\u00f9 il vous a touch\u00e9, par quels aspects il vous a \u00e9t\u00e9 proche. Loin d\u2019\u00e9puiser le texte. 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