{"id":3239,"date":"2011-10-30T09:30:00","date_gmt":"2011-10-30T08:30:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/notes-de-voyage-sur-bellini\/"},"modified":"2013-08-16T11:12:09","modified_gmt":"2013-08-16T10:12:09","slug":"notes-de-voyage-sur-bellini","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/notes-de-voyage-sur-bellini\/","title":{"rendered":"notes de voyage sur Bellini"},"content":{"rendered":"<p><\/p>\n<div>\n\n<\/div>\n<table align=\"center\" cellpadding=\"0\" cellspacing=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td><a href=\"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-content\/uploads\/blogger\/-LSgCY1M6o0Q\/Tq0IDBuYrAI\/AAAAAAAAB-k\/kUdLOQKxQTs\/s1600\/bellini%2Bbrera.jpg\" imageanchor=\"1\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" border=\"0\" height=\"320\" src=\"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-content\/uploads\/blogger\/-LSgCY1M6o0Q\/Tq0IDBuYrAI\/AAAAAAAAB-k\/kUdLOQKxQTs\/s320\/bellini%2Bbrera.jpg\" width=\"228\"><\/a><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Giovani Bellini, la vierge grecque, 1460, Pinacoth\u00e8que de Br\u00e9ra, Milan.<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<div>\n<span><br \/><\/span>\n<\/div>\n<div>\n<span lang=\"FR\">Le tableau<br \/>\nest de taille modeste, peint \u00e0 l\u2019huile sur bois. Il repr\u00e9sente sobrement une<br \/>\nm\u00e8re \u00e0 l\u2019enfant. \u00a0La<br \/>\nvierge, t\u00eate baiss\u00e9e, le visage triste retient l\u2019enfant qui se tient debout en<br \/>\n\u00e9quilibre sur ses genoux (tr\u00e8s beau jeu d&rsquo;enlacements r\u00e9ciproques, courbes des bras, du voile et des \u00e9paules jouant comme un thyrse autour du corps dress\u00e9 de l&rsquo;enfant). Triste lui aussi, il tient dans sa main gauche<br \/>\nquelque chose qui s\u2019apparente \u00e0 une pomme. Son pied droit se pose sur le bord<br \/>\ndu tableau comme sur un bord de fen\u00eatre, une fine bande grise en partie basse<br \/>\njouant le relais avec l\u2019encadrement. Par ce geste pourrait se manifester le<br \/>\npassage d\u2019un monde \u00e0 un autre, le sacr\u00e9 se faisant chair parmi les hommes, une<br \/>\ntension de l\u2019image au bord de l\u2019incarnation. Souvent la volont\u00e9 de figurer<br \/>\ncette illusion spatiale de l\u2019image faisant corps ou sortant d\u2019elle m\u00eame pour<br \/>\naborder au monde. Et Bellini en est \u00e0 cette \u00e9poque un des ma\u00eetres, ses figures<br \/>\nse d\u00e9collant du fond avec une impression de volume saisissante . Les v\u00eatements<br \/>\nde la vierge sont d\u2019une teinte sombre et son visage, ses mains qui enserrent<br \/>\nl\u2019enfant, comme l\u2019enfant lui-m\u00eame se d\u00e9tachent de ce fond avec un effet de<br \/>\ncontraste semblable \u00e0 ceux que l\u2019on retrouvera bien plus tard dans les<br \/>\npeintures du Caravage. Cet effet expressif est accentu\u00e9 par le fait que la<br \/>\nfigure de la vierge est elle-m\u00eame prise dans un rectangle vertical de couleur<br \/>\nsemblable, avec lequel elle fait corps. Cependant le fond entier n\u2019est pas<br \/>\nr\u00e9duit \u00e0 cette teinte sombre, presque noire, englobant l\u2019habit de la vierge et<br \/>\nduquel pointeraient comme des signes les visages et les mains depuis une nuit<br \/>\nsans fond. Demeurent de part et d\u2019autre et en haut une bande gris vert qui<br \/>\nconstitue le fond r\u00e9el devant lequel pend le rectangle sombre, l\u00e9g\u00e8rement<br \/>\npliss\u00e9, infl\u00e9chissant une corde fine trac\u00e9e d\u2019une terre rouge. L\u2019ensemble est<br \/>\nd\u2019une compacit\u00e9 \u00e9loquente en m\u00eame temps que d\u2019une grande simplicit\u00e9 qui confine<br \/>\n\u00e0 l\u2019\u00e9pure. Se dessine en\u00a0filigrane l&rsquo;influence probable de la <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Notre-Dame_de_Vladimir\">Vierge de Vladimir<\/a>, la fa\u00e7on des ic\u00f4nes (Merci \u00e0 <a href=\"http:\/\/lapremiereporte.canalblog.com\/\">Jean<\/a> de me l&rsquo;avoir indiqu\u00e9).\u00a0L\u2019\u00e9laboration narrative s\u2019estompe \u00e0 la faveur de l\u2019expression d\u2019une<br \/>\npure pr\u00e9sence. Les visages, la douceur des traits, la position des corps sont<br \/>\nextr\u00eamement touchants\u00a0; se d\u00e9gage de l\u2019ensemble une impression d\u2019intimit\u00e9,<br \/>\nde proximit\u00e9 physique invitant \u00e0 l\u2019empathie, \u00e0 la compassion. Ce morceau de<br \/>\ntissus pendu derri\u00e8re la vierge n\u2019y est pas \u00e9tranger\u00a0: il rapproche le<br \/>\nfond, isolant la sc\u00e8ne en m\u00eame temps qu\u2019il donne son \u00e9quilibre \u00e0 la<br \/>\ncomposition. On a vu parfois le tr\u00f4ne avec son haut dossier faire le m\u00eame<br \/>\noffice ou presque, appuyant la figure en m\u00eame temps que de donner \u00e0 l\u2019ensemble<br \/>\nune certaine verticalit\u00e9 quand les courbes et les plis auraient manqu\u00e9 \u00e0<br \/>\ndresser une forme claire, structur\u00e9e. Et parfois l\u2019on retrouve pendu derri\u00e8re<br \/>\nle tr\u00f4ne en mani\u00e8re de cloison de semblables ornements tendus sur une barre de<br \/>\ntraverse en dessous d\u2019une voute. Ici c\u2019est diff\u00e9rent, nulle voute abritant la<br \/>\nsc\u00e8ne, par de barre solide sur laquelle serait tendue une tenture d\u2019ornement.<br \/>\nUn simple fil, courbant sous le poids d\u2019un simple drap sombre, sans ornement,<br \/>\nn\u00e9gligemment pos\u00e9 comme on punaise des draps aux murs pour isoler du fond celui<br \/>\nqui prend la pose dans un studio photo. Drap de mise en sc\u00e8ne qu\u2019un cadrage<br \/>\ntrop large d\u00e9voile (ou qu\u2019un cadrage trop resserr\u00e9 d\u00e9nonce), il constitue<br \/>\nl\u2019unique \u00e9l\u00e9ment de d\u00e9cor. D\u00e9tail qui transporte la sc\u00e8ne sacr\u00e9e dans une<br \/>\nr\u00e9alit\u00e9 ordinaire et concoure \u00e0 lui donner cette impression d\u2019intimit\u00e9. En fait<br \/>\nil fait l\u2019effet de cr\u00e9er un lieu particulier dans l\u2019espace du tableau\u00a0; un<br \/>\nlieu qui n\u2019est pas l\u2019absolument sacr\u00e9 et distant d\u2019un fond uni ou d\u2019une<br \/>\narchitecture close mais qui jouerait plut\u00f4t comme lieu de la confidence avec<br \/>\ncelui qui regarde. Bien s\u00fbr on pense au voile de V\u00e9ronique, le rectangle<br \/>\nfaisant l\u2019effet de dresser les figures comme se dresserait l\u2019image sacr\u00e9e, dans<br \/>\nson \u00e9vidence mim\u00e9tique et dans l\u2019ab\u00eeme qu\u2019elle creuse au sein des questions de<br \/>\nla repr\u00e9sentation. On revoit ces petits formats cadrant le suaire au plus<br \/>\nserr\u00e9, ne laissant voir au bord qu\u2019un morceau de mur pour l\u2019appuyer ou deux<br \/>\nmains le pin\u00e7ant aux angles sup\u00e9rieur pour brandir l\u2019impression de la sainte<br \/>\nface. L\u00e0 aussi l\u2019image nous est tendue depuis un fond pour se poser au plus<br \/>\npr\u00e8s du regard en une image d\u2019abord, puis en une \u00e9vidence, empruntant la<br \/>\ndynamique de la r\u00e9v\u00e9lation.<\/p>\n<p><\/span>\n<\/div>\n<table align=\"center\" cellpadding=\"0\" cellspacing=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td><a href=\"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-content\/uploads\/blogger\/-f4G8spW1tNM\/Tq0ICtbwc1I\/AAAAAAAAB-g\/HMLUVKqokv8\/s1600\/06_BRERA_BELLINI.jpg\" imageanchor=\"1\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" border=\"0\" height=\"232\" src=\"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-content\/uploads\/blogger\/-f4G8spW1tNM\/Tq0ICtbwc1I\/AAAAAAAAB-g\/HMLUVKqokv8\/s320\/06_BRERA_BELLINI.jpg\" width=\"320\"><\/a><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Giovani Bellini, la vierge et l&rsquo;enfant b\u00e9nissant dans un paysage, 1510, Pinacoth\u00e8que de Br\u00e9ra, Milan.<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<div>\n<span lang=\"FR\"><\/span>\n<\/div>\n<div>\n<span lang=\"FR\">Non loin,<br \/>\nune autre vierge de Bellini intrigue pour d\u2019autres singularit\u00e9s. Le tableau est<br \/>\ncette fois-ci de format horizontal et \u00e9tale \u00e0 l\u2019arri\u00e8re plan un paysage<br \/>\npaisible.\u00a0<\/span><span>On reconna\u00eet ais\u00e9ment la touche tardive de Bellini, le velout\u00e9 des contours et la d\u00e9licatesse des teintes qui le rapprochent de Giorgione dont il a \u00e9t\u00e9 le ma\u00eetre et qui l\u2019aura influenc\u00e9 en retour.<\/span><span>La vierge \u00e0 l\u2019enfant occupe naturellement la partie centrale,<br \/>\nd\u00e9coupant le tableau verticalement en trois parties \u00e9gales. Elle se retrouve de<br \/>\nfait encadr\u00e9e sym\u00e9triquement par le paysage. Derri\u00e8re elle, l\u2019isolant du d\u00e9cor,<br \/>\non retrouve un tissu vert pendu verticalement, constante dans les retables de<br \/>\nl\u2019\u00e9cole v\u00e9nitienne, rejoignant le bord sup\u00e9rieur du tableau et portant la trace<br \/>\nd\u2019un pliage rectiligne. Nul tr\u00f4ne, nulle architecture ni baldaquin. Le cadrage semble<br \/>\ntout \u00e0 fait inhabituel en ce qu\u2019il coupe tout \u00e9l\u00e9ment de rep\u00e8re interm\u00e9diaire entre<br \/>\nla figure et le fond et toute assise,\u00a0 la<br \/>\nvierge, cadr\u00e9e juste en dessous de la ceinture flottant litt\u00e9ralement au devant<br \/>\ndu paysage. L\u00e0 encore deux lieux semblent juxtapos\u00e9s dans le m\u00eame espace<br \/>\niconique. L\u00e0 encore, et peut-\u00eatre plus radicalement, s\u2019impose l\u2019\u00e9vidence d\u2019un<br \/>\nhors-champ. Le tissu auquel s\u2019adosse la vierge est bien tendu \u00e0 quelque chose,<br \/>\net l\u2019on s\u2019imagine les colonnes, la\u00a0vo\u00fbte\u00a0et le tirant de m\u00e9tal accueillant<br \/>\nsouvent \u00e9clairage ou rideaux. La vierge elle-m\u00eame est assise sur quelque chose<br \/>\nqui l\u2019accueille et qui l\u2019\u00e9l\u00e8ve. Pourtant, de tout cela rien n\u2019est montr\u00e9. De<br \/>\ntout cela, la madone est abstraite. Tout est retenu hors du regard comme le<br \/>\nferait un effet de zoom isolant un d\u00e9tail et le plaquant de mani\u00e8re surr\u00e9elle \u00e0<br \/>\nun lointain. L\u2019exp\u00e9rience visuelle en est \u00e9tonnante, l\u2019\u0153il s\u2019aspirant dans le<br \/>\nlointain \u00e9tag\u00e9 du paysage et butant tandis qu\u2019il le parcoure sur la figure<br \/>\nsacr\u00e9e apparaissant au plus pr\u00e8s, trop pr\u00e8s pour qu\u2019on la saisisse en entier.<br \/>\nOn ferait presque un mouvement de recul, esp\u00e9rant r\u00e9cup\u00e9rer un premier plan<br \/>\nentier, un muret ou un autre \u00e9l\u00e9ment d\u2019architecture circonscrivant le paysage,<br \/>\nl\u2019isolant dans son lointain.<\/span>\n<\/div>\n<div>\n<span lang=\"FR\">Dans ces<br \/>\nmises en sc\u00e8ne du regard, le sacr\u00e9 appara\u00eet comme une compossibilit\u00e9 paradoxale<br \/>\nde lieux que les corps figur\u00e9s traversent ou rejoignent. Vierge et enfant se<br \/>\ntenant \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre sous le regard, dans l\u2019espace de la visibilit\u00e9,<br \/>\nc\u2019est-\u00e0-dire entre le lointain et l\u2019en soi, entre l\u2019ext\u00e9rieur du monde et l\u2019int\u00e9rieur<br \/>\nobscur en lequel semble s\u2019accueillir les images du monde. C\u2019est par la<br \/>\nfascination d\u2019une vision toujours au seuil d\u2019elle m\u00eame et toujours recommenc\u00e9e<br \/>\nque le sacr\u00e9 s\u2019atteint.\u00a0<\/p>\n<p><\/span>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Giovani Bellini, la vierge grecque, 1460, Pinacoth\u00e8que de Br\u00e9ra, Milan. Le tableau est de taille modeste, peint \u00e0 l\u2019huile sur bois. 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