{"id":3262,"date":"2011-06-06T21:14:00","date_gmt":"2011-06-06T20:14:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/la-traversee-extrait-2\/"},"modified":"2013-08-16T11:12:32","modified_gmt":"2013-08-16T10:12:32","slug":"la-traversee-extrait-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/la-traversee-extrait-2\/","title":{"rendered":"la travers\u00e9e (extrait 2)"},"content":{"rendered":"<p><\/p>\n<div>\n<a href=\"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-content\/uploads\/blogger\/-GUvAGGIlAj0\/Te007yCn1uI\/AAAAAAAABwk\/QSh3uhpLQ_M\/s1600\/scandinavie%2Bbroyez.jpg\" imageanchor=\"1\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" border=\"0\" height=\"214\" src=\"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-content\/uploads\/blogger\/-GUvAGGIlAj0\/Te007yCn1uI\/AAAAAAAABwk\/QSh3uhpLQ_M\/s320\/scandinavie%2Bbroyez.jpg\" width=\"320\"><\/a>\n<\/div>\n<div>\n<span><span><span>Dans<br \/>\nla chambre il reste le matin et puis il sort un peu, il marche le paysage qui<br \/>\ns\u2019\u00e9loigne au devant et qui se dresse comme pour lui-m\u00eame. Il se saoule de la<br \/>\nlumi\u00e8re et du contour des choses. Il rentre. Chaque jour semble se confondre<br \/>\navec le pr\u00e9c\u00e9dent, le diffracter. Chaque jour semble n\u2019\u00eatre qu\u2019un angle de vue<br \/>\ndiff\u00e9rent d\u2019un m\u00eame jour. Il n\u2019y pense plus. Que c\u2019est vrai qu\u2019un jour il a<br \/>\nfailli mourir. Il ne dit pas que pour lui un temps la vie a \u00e9t\u00e9 p\u00e9nible, qu\u2019il<br \/>\na voulu mourir. Que dans son sourire toujours cet air pench\u00e9 de celui qui a<br \/>\nmarch\u00e9 droit pour aller jusqu\u2019au bout et toucher enfin l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 de ce qui jusqu\u2019ici<br \/>\ns\u2019\u00e9tait fait sans qu\u2019il ne maitrise rien. On n\u2019efface pas tout \u00e0 fait. Il avait<br \/>\nretourn\u00e9 les photos, face contre le mur, refait la pile des papiers sur le<br \/>\nbureau, comme de se pr\u00e9parer \u00e0 fixer le vide. Il ne se souvenait pas comment il<br \/>\nen \u00e9tait revenu. A quel moment un truc avait d\u00e9vi\u00e9. Il s\u2019\u00e9tait trouv\u00e9 ridicule,<br \/>\nminable, terrible. Il avait eu faim, brutalement. A l\u2019\u00e9poque il avait v\u00e9cu une<br \/>\np\u00e9riode trouble \u00e0 l\u00e2cher tout, o\u00f9 tout le l\u00e2chait. La rupture. Comme il s\u2019\u00e9tait<br \/>\ntrouv\u00e9 trop peu ind\u00e9pendant. Deux ans \u00e0 fouiller dans la merde. Au fond ce qui<br \/>\nl\u2019avait tenu c\u2019\u00e9tait la vie, son cours, le mouvement que c\u2019\u00e9tait et auquel on n\u2019\u00e9chappait<br \/>\njamais tout \u00e0 fait. Que les gens passent. Il est fatigu\u00e9 de se souvenir. Hier<br \/>\nil marche pr\u00e8s du lac\u00a0; quelques hommes group\u00e9s, muets, attendant on ne<br \/>\nsait quoi. Le silence. Quelques gestes mesur\u00e9s. Le ciel blanc. Les terrasses<br \/>\nvides encore. Deux enfants dans la foule qui observent. L\u2019incroyable sid\u00e9ration<br \/>\ndu tableau. Quelque chose comme le n\u00e9ant prenant forme depuis un point aveugle<br \/>\n(A ce moment il ne sait rien de la noyade). La beaut\u00e9 assourdissante de tout<br \/>\n\u00e7a, une lumi\u00e8re vide et fascinante. Il lui semble que le monde fait les choses<br \/>\ncomme \u00e7a. Les histoires lui \u00e9chappent\u00a0; ne reste que le d\u00e9cor, que l\u2019\u00e9vidence<br \/>\nde ce qui soudain s\u2019impose comme l\u2019unique sujet. Il ne prend part \u00e0 rien, il se<br \/>\nberce aux choses. <\/p>\n<p><\/span><\/span><\/span>\n<\/div>\n<div>\n<span><span><span>Pas<br \/>\npossible de dire le temps. Depuis quelques temps d\u00e9j\u00e0, plus possible de dire<br \/>\ncombien de temps \u00e9coul\u00e9. Une fatigue immense \u00e0 essayer de remonter \u00e0 un d\u00e9but<br \/>\net de compter le nombre de passages de l\u2019ombre \u00e0 la lumi\u00e8re et de la lumi\u00e8re \u00e0<br \/>\nl\u2019ombre. Ses fuites dans la nuit, ses lentes remont\u00e9es du jour. S\u2019emm\u00ealer,<br \/>\nrecompter. Il avait fini par oublier ce qui l\u2019avait amen\u00e9 ici, l\u2019\u00e9pargne que<br \/>\nc\u2019\u00e9tait, la recherche. Alors il avait laiss\u00e9 tomber comme on abandonne un<br \/>\nlambeau accroch\u00e9 \u00e0 un grillage. Sans vraiment le remarquer. Il confondait<br \/>\nchaque instant avec l\u2019\u00e9ternit\u00e9 m\u00eame. Il rejoignait dans chaque geste quelque<br \/>\nchose de tr\u00e8s vieux. Bient\u00f4t il se confondait avec la persistance des arbres,<br \/>\ndu lointain, de l\u2019\u00e9talement de la plaine, de ce qu\u2019il avait de plus en plus de<br \/>\nmal \u00e0 nommer. Il portait la casserole sur le feu, attendait que l\u2019eau fr\u00e9misse<br \/>\net l\u00e8ve une fum\u00e9e blanche. Il jetait quelques p\u00e2tes par dessus bord. Les<br \/>\ncontemplait s\u2019\u00e9loigner. Et le rayon de lumi\u00e8re p\u00e2le. Ses mots au-dedans<br \/>\ns\u2019\u00e9taient faits peu nombreux, s\u2019affranchissaient progressivement de la<br \/>\nn\u00e9cessit\u00e9 des phrases. Bient\u00f4t il sentait la langue se taire en lui. Le monde<br \/>\nla d\u00e9sarmait. Il rejoignait son silence, il rejoignait son \u00e9loignement mutique.<br \/>\nIl lui semblait devenir muet. Il lui semblait devenir aveugle. Ne voyant plus<br \/>\nde ses yeux mais comme depuis le ventre. <span>\u00a0<\/span>Il constate encore\u00a0: \u00ab\u00a0les mots se<br \/>\nvident, s\u2019\u00e9puisent, laissent un vertige\u00a0\u00bb. Il cherche le mot<br \/>\n\u00ab\u00a0absence\u00a0\u00bb. Il voit l\u00e0-bas une personne qui semble balayer d\u2019un<br \/>\ngeste le paysage\u00a0: le bras port\u00e9 devant et son pivot lent comme de<br \/>\nsouligner d\u2019une caresse les lignes que le regard parcoure. Le pivot d\u2019un pyl\u00f4ne<br \/>\ndans le regard, le c\u00e2ble qui creuse.<\/p>\n<p><\/span><\/span><\/span>\n<\/div>\n<p><span><\/p>\n<div>\n<span>Il se voit tendre la main. Il se rejoint dans son geste. A<br \/>\nlui-m\u00eame\u00a0: <\/span><span>\u00ab\u00a0Je susurre un petit nombre de mots, ce sont mes instructions \u00e0<br \/>\nmon corps triste, qui est immobile tout pr\u00e8s de moi, et pench\u00e9.\u00a0\u00bb Un sourire<br \/>\npour lui-m\u00eame. Son affirmation fragile. Bient\u00f4t les cimes sont au ciel comme<br \/>\nune musique. Blanc sur noir. Ou non, noir sur blanc. Les formes dress\u00e9es\u00a0:<br \/>\nune musique. Comme jamais se d\u00e9pliait le pr\u00e9sent.<\/span>\n<\/div>\n<div>\n<span><br \/><\/span>\n<\/div>\n<div>\n<span><span><i>photo : Charly Broyez<\/i><\/span><\/span>\n<\/div>\n<p><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans la chambre il reste le matin et puis il sort un peu, il marche le paysage qui s\u2019\u00e9loigne au devant et qui se dresse comme pour lui-m\u00eame. Il se saoule de la lumi\u00e8re et du contour des choses. Il rentre. Chaque jour semble se confondre avec le pr\u00e9c\u00e9dent, le diffracter. 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