{"id":3263,"date":"2011-05-31T20:46:00","date_gmt":"2011-05-31T19:46:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/la-traversee-extrait\/"},"modified":"2013-08-16T11:12:32","modified_gmt":"2013-08-16T10:12:32","slug":"la-traversee-extrait","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/la-traversee-extrait\/","title":{"rendered":"La travers\u00e9e (extrait)"},"content":{"rendered":"<div>\n<a href=\"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-content\/uploads\/blogger\/-LqvxjaB5zv8\/TeVGj4nvoTI\/AAAAAAAABwU\/Wofx4TxaJLU\/s1600\/Scandinavie%2B-%2BLa%2BTraversee%2BHivernale%2B%252810%2529%2Bcharly%2Bbroyer.jpg\" imageanchor=\"1\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" border=\"0\" height=\"214\" src=\"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-content\/uploads\/blogger\/-LqvxjaB5zv8\/TeVGj4nvoTI\/AAAAAAAABwU\/Wofx4TxaJLU\/s320\/Scandinavie%2B-%2BLa%2BTraversee%2BHivernale%2B%252810%2529%2Bcharly%2Bbroyer.jpg\" width=\"320\"><\/a>\n<\/div>\n<div>\n\n<\/div>\n<p><span><span><br \/><\/span><\/span><br \/><span><span>(&#8230;)<\/span><\/span><br \/><span><span><\/span><\/span><\/p>\n<div>\n<span><span>Il glisse la ville de ses pas.<br \/>\nTord du regard les perspectives, attrape et accole ce qui retient son \u0153il<br \/>\njusqu\u2019\u00e0 recomposer la ville \u00e0 l\u2019image de sa travers\u00e9e. <span><span>Il a cette phrase : \u00ab les changements que nous offre une<br \/>\npersonne dans nos diverses rencontres avec elle \u00bb. Jamais la ville qui se<br \/>\nlaissait saisir n\u2019\u00e9tait tout \u00e0 fait semblable, toujours elle \u00e9tait selon son<br \/>\nhumeur, le rythme de sa marche, les bruits qui lui faisaient tourner la t\u00eate. Il<br \/>\nse rappelle de Picasso, le peintre, justifiant \u00e0 un journaliste qui l\u2019interrogeait<br \/>\nsur ses visages o\u00f9 profil et face semblaient m\u00eal\u00e9s en une image monstrueuse<br \/>\n(celui qui interviewait s\u2019\u00e9tait \u00e9tonn\u00e9 gentiment de ces d\u00e9formations que le<br \/>\nma\u00eetre infligeait \u00e0 l\u2019image de la femme, \u00ab\u00a0vous qui semblez aimer les<br \/>\nfemmes plus qu\u2019un autre\u00a0\u00bb, avait-il ajout\u00e9)\u00a0: \u00ab ce double profil,<br \/>\nainsi qu\u2019on l\u2019appelle, [\u2026] c\u2019est le visage de ma petite amie lorsque je<br \/>\nl\u2019embrasse \u00bb. Lui, tournait la ville sous son regard et elle semblait devoir<br \/>\nlui \u00e9chapper toujours dans ses multiples apparences alors m\u00eame qu\u2019il lui<br \/>\nsemblait commencer \u00e0 la connaitre. Comme des femmes.<\/p>\n<p><\/span><\/span><\/span><\/span>\n<\/div>\n<div>\n<span><span><span><span><br \/><\/span><\/span><\/span><\/span>\n<\/div>\n<p><span><span><\/p>\n<p><span><span>Non, jamais vraiment il n\u2019avait pu les atteindre. Toujours elles se<br \/>\nretranchaient dans un geste, derri\u00e8re un sourire pench\u00e9. Lui sentait monter une<br \/>\nviolence sourde alors que tournait un talon nu, que les dents mordaient<br \/>\nfollement l\u2019air au passage d\u2019un rire. M\u00eame s\u2019\u00e9tant donn\u00e9es elles \u00e9chappaient<br \/>\nencore &#8211; Et avec quelle nonchalance, quelle l\u00e9g\u00e8ret\u00e9\u00a0! Il s\u2019aidait de<br \/>\nbouteilles et de conqu\u00eates \u00e0 l\u2019\u00e9poque, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il s\u2019\u00e9puise de voir comme<br \/>\nrien n\u2019accrochait \u00e0 lui, comme il n\u2019accrochait \u00e0 rien. Comme tout le laissait<br \/>\nseul. A cette \u00e9poque il se voyait comme d\u00e9river, laissant \u00e0 sa droite, \u00e0 sa<br \/>\ngauche des berges qu\u2019il n\u2019arrivait pas \u00e0 saisir. Il faisait ce cauchemar<br \/>\nr\u00e9current, toujours il ne voyait un rocher, une branche qu\u2019au moment o\u00f9 ceux-ci<br \/>\n\u00e9chappaient d\u00e9finitivement. Il \u00e9tait entrain\u00e9 par le courant, les choses le<br \/>\nfuyaient. Quelque chose comme <i>le vide<\/i><br \/>\nqui n\u2019en finissait pas de l\u2019aspirer. C\u2019est comme \u00e7a qu\u2019on passe des ann\u00e9es<br \/>\ncomme \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de soi, qu\u2019on se donne l\u2019impression de vivre. Et il ne pouvait pas<br \/>\ndire quand il avait mis des mots sur son acharnement, c\u2019\u00e9tait derri\u00e8re les mots<br \/>\ncomme se mettre \u00e0 distance et se rendre \u00e9tranger\u00a0: il y avait celui-l\u00e0 qu\u2019il<br \/>\navait \u00e9t\u00e9 et qui n\u2019existait plus que comme un l\u00e8gue, un h\u00e9ritage, et celui pour<br \/>\nlequel la silhouette lointaine \u00e9chou\u00e9e pr\u00e8s d\u2019un banc perdait de jour en jour plus<br \/>\nde r\u00e9alit\u00e9. Entre les deux\u00a0: un gouffre.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<div>\n<span><span>Il marche encore dans la neige. Il fait des<br \/>\ntraces. Il est assis dans un bus. De deux doigts il cerne le soleil \u00e0 travers<br \/>\nla vitre, le suit et le perd derri\u00e8re les silhouettes des arbres. La lumi\u00e8re<br \/>\nrevient dans le cercle, immobilise son voyage. Le monde est un souvenir du<br \/>\nmonde. Rien n\u2019a lieu, rien ne fixe l\u2019espace ou le moment et tout deux<br \/>\ns\u2019\u00e9coulent alors, et il s\u2019\u00e9coule en eux. On parle. Il ne sait si on s\u2019adresse \u00e0<br \/>\nlui. Rien ne parvient jusqu\u2019\u00e0 lui. Tout est repouss\u00e9 dans les images. Il<br \/>\npense\u00a0: \u00ab\u00a0tout est toujours repouss\u00e9 dans les images\u00a0\u00bb. Il est<br \/>\nl\u00e0, il y a les choses autour, les gens qui passent, les voitures. Pourtant,<br \/>\ncomme si le monde s\u2019\u00e9tait absent\u00e9 ne laissant par devers lui qu\u2019un vieil album<br \/>\ndont les photos rappellent vaguement d\u2019autres vieilles photos qu\u2019il essaie<br \/>\nd\u2019animer. A ce moment les choses gardaient leur place et il se faisait malgr\u00e9<br \/>\nlui une id\u00e9e de plus en plus pr\u00e9cise de la ville et de ses abords. Quelque part<br \/>\nelle lui devenait famili\u00e8re. Il repensait au voyage, \u00e0 son arriv\u00e9e qui n\u2019en<br \/>\nfinissait pas et puis la ville qui \u00e9tait l\u00e0, modeste, mais retenue sur<br \/>\nelle-m\u00eame. Il aurait voulu recommencer, que ces moments \u00e0 voir d\u00e9filer les<br \/>\nchoses sans jamais qu\u2019elles ne s\u2019\u00e9tablissent en lui continuent toujours. Des<br \/>\njours et des nuits. Et puis l\u2019absence de temps. Comme une boucle sur quelques<br \/>\nminutes. Ne jamais arriver.\u00a0<\/span><\/span>\n<\/div>\n<p><span><span>(&#8230;)<\/span><\/span><br \/><span><span><br \/><\/span><\/span><br \/><span><span><i><span>Photographie : Charly Broyer<\/span><\/i><\/span><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(&#8230;) Il glisse la ville de ses pas. Tord du regard les perspectives, attrape et accole ce qui retient son \u0153il jusqu\u2019\u00e0 recomposer la ville \u00e0 l\u2019image de sa travers\u00e9e. 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