{"id":3281,"date":"2010-11-03T10:46:00","date_gmt":"2010-11-03T09:46:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/le-livre-de-martin-p-blanchon\/"},"modified":"2018-06-27T17:38:55","modified_gmt":"2018-06-27T16:38:55","slug":"le-livre-de-martin-p-blanchon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/le-livre-de-martin-p-blanchon\/","title":{"rendered":"Le livre de Martin, P. Blanchon"},"content":{"rendered":"<p>Le po\u00e8me en partie s\u2019\u00e9crit \u00e0 l\u2019insu du po\u00e8te, les mots portent sans doute toujours un peu au-del\u00e0 de ce que l\u2019on entend. Des relations s\u2019instaurent entre les mots que l\u2019on entend parfois \u00e0 les relire vingt ans plus tard, admettant : \u00ab tu ne savais pas ce que tu disais \u00bb.<!--more--> Des choses \u00e9mergent que l\u2019on saisi ensuite \u00e0 moins qu\u2019elles demeurent signes magnifiques enfouis. Le lecteur lui aussi, et c\u2019est plus entendu, ne per\u00e7oit que le plus clair et m\u00eame d\u00e9duit \u00e0 c\u00f4t\u00e9 les insinuations, fait son livre depuis lui-m\u00eame, hors quelques rares moments de connivences hallucinants. Aussi le po\u00e8me \u00e9chappe pour grande part \u00e0 \u00e0 peu pr\u00e8s tous ceux qui le lisent. Que l\u2019on ne d\u00e9duise pas alors l\u2019\u00e9chec complet de la tentative : il nous reste au contraire un objet qui, loin d\u2019\u00eatre fig\u00e9, univoque, produit des ondulations, des anamorphoses ou \u00e0 peu pr\u00e8s qui le rendent \u00e0 chaque instant semblable et dissemblable, vivant, multiple. Le po\u00e8me n\u2019est alors plus compr\u00e9hensible comme un objet mais comme un espace. Riche de cet entre-les-mots, fertile \u00e0 la lecture. Un espace \u00e7a se creuse, \u00e7a se retourne, \u00e7a change d\u2019aspect dans la lumi\u00e8re.<\/p>\n<p>Vient de sortir aux \u00e9ditions de la Nerthe\/la Termiti\u00e8re le dernier opus de Philippe Blanchon : apr\u00e8s les livres de Jacques et de Nathan, <em>Le Livre de Martin<\/em>. Ensemble exigent et feuillet\u00e9 d\u00e9pliant \u00e0 travers les personnages de Martin et de Sandra une fiction qui ne l\u2019est pas toujours et par laquelle se rejoignent la ville comme th\u00e9\u00e2tre de nos \u00e9pop\u00e9es, comme miroir de nous parfois que l\u2019on rencontre, et les livres (de Joyce,  de Khlebnikov, de Musil\u2026) que l\u2019on traverse aussi comme des lieux d\u00e9versant leur foule. C\u2019est que le mat\u00e9riel se m\u00eale en une appr\u00e9hension \u00e9toil\u00e9e du monde. Lisez-vous comme une langue inventive en musiques vari\u00e9es, romanesques, lyriques, lumineuses (moins ironique ici que pr\u00e9c\u00e9demment), vous y trouverez votre bien : l\u2019\u00e9criture de Blanchon compte parmi les plus libres et exigeantes envers elle-m\u00eame qu\u2019il soit permis de lire en ce moment. Sans d\u00e9monstration. Un extrait de Val\u00e9ry introduit fort bien : \u00ab \u00d4 mes \u00e9tranges personnages, -pourquoi ne seriez-vous pas une po\u00e9sie ? \u00bb. Que l\u2019on parte en effet de l\u00e0. La m\u00e9canique poursuit et se dresse narratif et d\u00e9rivant en lui-m\u00eame, le po\u00e8me. Ainsi peut-on lire le r\u00e9cit ondulant de personnages travers\u00e9s par le monde. Mais si vous avez le go\u00fbt des structures, la culture des livres, la m\u00e9ditation s\u2019accompagne de r\u00e9f\u00e9rences plus ou moins explicites, d\u2019\u00e9nigmes presque : les mondes passent l\u2019un dans l\u2019autre, l\u2019espace est en ab\u00eeme. Si le po\u00e8me est un acc\u00e8s plus vrai au monde alors s\u2019y confondent les lieux, les histoires, les th\u00e9ories, s\u2019incluent les \u00e9chafaudages en une sorte de tout, fa\u00e7on n\u0153ud de Lacan. Autant le dire tout de suite, il faut une certaine malice, une sensibilit\u00e9 s\u00fbre et une culture s\u00e9rieuse et large pour percevoir les subtilit\u00e9s, les renvois,(rien n&rsquo;est laiss\u00e9 au hasard, chaque d\u00e9tail fait sens) les dialogues presque entre les personnages, les livres, les auteurs que Blanchon invite. La mise en place est rigoureuse, dessine des figures sym\u00e9triques, une forme de mystique et le livre ne s\u2019\u00e9puise pas en un \u00e9tat d\u2019\u00e2me.<br \/>\nReprenons : avant Baudelaire, avant Mallarm\u00e9, le po\u00e8me \u00e9tait tr\u00e8s strictement soumis \u00e0 une forme. On avait l\u2019espace du sonnet (rythme et rime) auquel s\u2019ajustait le po\u00e9tique. Nous sommes aujourd\u2019hui de plus en plus pr\u00e9occup\u00e9 par l\u2019informe et ce qui \u00e9chappe justement \u00e0 cet espace d\u00e9termin\u00e9. Le vers libre, l\u2019espace de la page etc. ont engendr\u00e9 des formes plus d\u00e9licates \u00e0 saisir en raison d\u2019un apparent rel\u00e2ch\u00e9 soumis en v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 des pr\u00e9cisions, des exigences autres qui \u00e9chappe pour partie \u00e0 toute formulation th\u00e9orique.<br \/>\nPeut-\u00eatre vaudrait-il mieux parler en place de \u00ab forme informe \u00bb, d\u2019une forme complexe et ductile rempla\u00e7ant les formes norm\u00e9es, fixes. Quelque chose qui a des bords mais pas forc\u00e9ment de limite (comme les scientifiques disent de l\u2019univers qu\u2019il est fini et non born\u00e9). Qui contient autant les mots que les vides, disons encore \u00ab un espace \u00bb. Tout semble fonctionner comme ces architectures mentales qu\u2019invent\u00e8rent les orateurs grecs pour m\u00e9moriser leurs discours : un espace vernaculaire peupl\u00e9 d\u2019objets activant des id\u00e9es.<\/p>\n<p>  Quelque part, pour maintenir ce cadre d\u2019\u00e9nonciation, cet \u00ab espace du po\u00e8me \u00bb, il s\u2019agit de recr\u00e9er une structure, des structures, qui contraignent quelque part l\u2019informe pour le mettre en tension. Il y a quelque chose dans cette math\u00e9matique cach\u00e9e (et on revient tout le temps \u00e0 cette belle image de Platon : <i>la musique des sph\u00e8res<\/i>) qui est de l\u2019ordre d\u2019une mystique, l\u2019espace du po\u00e8me lui-m\u00eame \u00e9tant porteur de sens comme un cercle trac\u00e9 fait <i>signe<\/i>. Ici le temps d\u00e9roul\u00e9 mois apr\u00e8s mois construit la narration et ses d\u00e9placements, appelle des lieux. Parties et sous parties s\u2019emboitent dans des sym\u00e9tries \u00e9voquant quelque chose de l\u2019\u00e9ternel retour nietzsch\u00e9en, de la circulation. Po\u00e8me constitu\u00e9 de po\u00e8mes dont certains de la main de Martin, retournant la chose comme un gant. L\u2019\u00e9nonciation est multiple, joue \u00e0 plusieurs niveaux pour atteindre \u00e0 nouveau ce qui \u00e9tait pr\u00e9sent dans les livres pr\u00e9c\u00e9dents : la perte de l\u2019auteur parmi ses personnages m\u00eame, l\u2019\u00e9nonciation depuis un lieu, depuis le temps, depuis les lectures (et les r\u00e9f\u00e9rences encore une fois sont nombreuses), depuis tous. Enonciation depuis quelque chose qui pourrait \u00eatre l\u2019Histoire.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le po\u00e8me en partie s\u2019\u00e9crit \u00e0 l\u2019insu du po\u00e8te, les mots portent sans doute toujours un peu au-del\u00e0 de ce que l\u2019on entend. Des relations s\u2019instaurent entre les mots que l\u2019on entend parfois \u00e0 les relire vingt ans plus tard, admettant : \u00ab tu ne savais pas ce que tu disais \u00bb.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-3281","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3281","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3281"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3281\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6422,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3281\/revisions\/6422"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3281"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3281"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3281"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}