{"id":3329,"date":"2009-10-13T09:20:00","date_gmt":"2009-10-13T08:20:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/juste-il-y-a-ces-choses-qui-glissent-sous-le-regard\/"},"modified":"2014-05-05T20:50:50","modified_gmt":"2014-05-05T19:50:50","slug":"juste-il-y-a-ces-choses-qui-glissent-sous-le-regard","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/juste-il-y-a-ces-choses-qui-glissent-sous-le-regard\/","title":{"rendered":"Juste, il y a ces choses qui glissent sous le regard"},"content":{"rendered":"<p>Juste, il y a ces choses qui glissent sous le regard mais que je n\u2019arrive pas \u00e0 dire : les mots les manquent. Les choses simples ne sont pas celles qui se laissent le plus simplement nommer. Elles ont leur intensit\u00e9 ramass\u00e9e, leur \u00e9paisseur enfouie, leurs drames. <--more!--> Que reste-t-il de dicible du monde qui s\u2019incline lorsque le matin je pousse la moto pour rejoindre le coll\u00e8ge ? Les rues sont vides \u00e0 peu pr\u00e8s d\u2019abord, sombres, et j\u2019abandonne quantit\u00e9 de gens \u00e0 leur sommeil en passant la porte pour me rapprocher de ceux qui, l\u00e0-bas, d\u00e9chargent les camions ou se dirigent vers la bouche du m\u00e9tro. La route luit de l\u2019humidit\u00e9 de la nuit sous le phare. Je tourne \u00e0 droite deux fois, aborde le boulevard alors que quelques maraichers, encore rares, commencent de d\u00e9barquer leurs \u00e9tales. Je prends \u00e0 droite la descente sinueuse l\u00e0 o\u00f9 le grand immeuble bleut\u00e9 comme d\u2019un promontoire veille les pentes, le fleuve en bas, jusque les grands ensembles sur les reliefs en face que l\u2019on aper\u00e7oit \u00e0 cet instant. La route est grasse et je n\u00e9gocie lentement les virages \u00e0 gauche, \u00e0 droite \u00e0 gauche encore, \u00e0 droite, acc\u00e9l\u00e8re en ligne droite alors que les murs de sout\u00e8nement dans le r\u00e9troviseur s\u2019\u00e9loignent. Je traverse le rond-point, sort \u00e0 droite en surveillant les voitures qui arrivent, longe le quai avant d\u2019emprunter la passerelle m\u00e9tallique. La bruine fait sur la vitre du casque des petits cercles que les phares des voitures d\u00e9multiplient et difractent. Alors tout est incertain des haubans du pont, des pi\u00e9tons qui de leurs pas cadenc\u00e9s font osciller le tablier. Moi, encore tout confus du sommeil de la nuit, berc\u00e9 presque par cette houle. Plus tard je remonte le p\u00e9riph\u00e9rique, engouffre au tunnel et m\u2019y aspire comme en s\u2019appuyant sur les yeux on se fait une sorte de vortex hypnotique. Le temps presque s\u2019arr\u00eate dans ce mouvement souple. Je pense \u00e0 un moment tr\u00e8s futuriste d\u2019un film de Wong Kar Wai. Le clignotement des lampes du tunnel. Du corps, ne sont en \u00e9veil que les parties actives, yeux, mains, pied gauche (celui des vitesses). Le reste s\u2019efface \u00e0 la pens\u00e9e, reste absent \u00e0 soi-m\u00eame. Dans le sommeil le corps se dissout dans la nuit et il faut quelque temps pour le r\u00e9unir, le rassembler. Je tombe deux vitesses \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la bretelle d\u2019autoroute, acc\u00e9l\u00e8re progressivement et sort de la courbe. Devant se dessine la perspective de l\u2019autoroute. Parfois une rafale de vent couche un peu la moto et je maudis en moi-m\u00eame l\u2019heure matinale, le froid qui s\u2019insinue, le vent, la pluie, les cours \u00e0 donner. Je d\u00e9sesp\u00e8re. Mon amertume d\u00e9pend du froid et de la fatigue qui certainement impriment leur tonalit\u00e9 au d\u00e9cor. Ciel de plomb, buissons et arbustes gorg\u00e9s d\u2019eau froide \u00e0 l\u2019haleine morbide, angle morne de quelques industries. Toujours je regarde sur la gauche apr\u00e8s les voies un talus rainur\u00e9 et moul\u00e9 par la pluie. Derni\u00e8rement il a \u00e9t\u00e9 refa\u00e7onn\u00e9 par ajout de terre, les herbes qui le coiffaient ont \u00e9t\u00e9 enfouies. Les tamaris ont perdu leur teinte rose de fin d\u2019\u00e9t\u00e9. J\u2019essaie de faire le moins de prise possible au vent qui s\u2019engouffre dans mon col et dans mes manches. Me laisse bercer par les vibrations du moteur. Je regarde mais ne pense plus : un gros \u0153il projet\u00e9 \u00e0 travers la pluie, aveugl\u00e9 parfois par les lueurs de phares, retenu bri\u00e8vement par la silhouette d\u2019un pont. Un peu comme dans les gravures de Redon. J\u2019entends le silence bri\u00e8vement lorsqu\u2019au passage d\u2019un pont la pluie, une seconde, ne tombe plus sur moi. Je capture du regard quelques images, mais le reste fuit, demeure un monde visuel dont aucun mot ne peut t\u00e9moigner, qui s\u2019inscrit et s\u2019infuse sans que l\u2019on puisse en reconvoquer autre chose qu&rsquo;une impression t\u00e9nue, un trouble. Presque il n\u2019en reste qu\u2019un <span>creux<\/span>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Juste, il y a ces choses qui glissent sous le regard mais que je n\u2019arrive pas \u00e0 dire : les mots les manquent. Les choses simples ne sont pas celles qui se laissent le plus simplement nommer. Elles ont leur intensit\u00e9 ramass\u00e9e, leur \u00e9paisseur enfouie, leurs drames. 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