{"id":3360,"date":"2009-07-06T17:49:00","date_gmt":"2009-07-06T16:49:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/la-recette-de-marcus-rothkowitz\/"},"modified":"2013-08-16T11:13:30","modified_gmt":"2013-08-16T10:13:30","slug":"la-recette-de-marcus-rothkowitz","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/la-recette-de-marcus-rothkowitz\/","title":{"rendered":"la recette de Marcus Rothkowitz"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-content\/uploads\/blogger\/_qwjJ8iJ7ekg\/SlItZCCE8FI\/AAAAAAAABDE\/h1nfQrXGXtE\/s1600\/rothko.jpg\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-content\/uploads\/blogger\/_qwjJ8iJ7ekg\/SlItZCCE8FI\/AAAAAAAABDE\/h1nfQrXGXtE\/s400\/rothko.jpg\" alt=\"\" border=\"0\"><\/a><br \/>\n<title><\/title><\/p>\n<p>L&rsquo;artiste irait au m\u00e9tier d\u00e9pliant la recette et s&rsquo;y mettrait pr\u00e9cautionneusement veillant aux proportions, \u00e0 ce qu&rsquo;il ne manque rien \u00e0 l&rsquo;\u00e9quilibre de l&rsquo;\u0153uvre. Et g\u00e9n\u00e9reusement, ou tout simplement pour qu&rsquo;il n&rsquo;y ait pas de mal-entendu, Mark Rothko \u00e9nonce la \u00ab formule \u00bb qu&rsquo;il emploie et probablement vaut au-del\u00e0 de son propre cas pour bon nombre de ses contemporains. Et ceci en sept points. (Mais qui n&rsquo;a pas tent\u00e9 de rationaliser la chose, en se disant un cahier des charges, c&rsquo;est \u00e0 dire en \u00e9non\u00e7ant ni plus ni moins des choix?)  Il doit y avoir tout d&rsquo;abord \u00ab une pr\u00e9occupation de mort \u00e9vidente \u2013 pressentiments quand au fait d&rsquo;\u00eatre mortel \u00bb(1). Certains estiment que l&rsquo;art serait n\u00e9 de la conscience de la mort, comme expression confuse de ce tourment, et incidemment comme mani\u00e8re de perdurer \u00e0 travers une trace, un objet investi \u2013 mani\u00e8re de d\u00e9jouer la mort. Les pierres tombales seraient une mani\u00e8re de tenir les comptes de ce ph\u00e9nom\u00e8ne tragique en annulant chaque disparition par l&rsquo;\u00e9rection d&rsquo;un signe solidement dress\u00e9. S&rsquo;occuper de nos morts c&rsquo;est refuser la disparition totale, l&rsquo;effacement, tromper le vide. C&rsquo;est construire avec eux et donc \u00e0 travers eux une humanit\u00e9 possible qui nous met en perspective. Et les arts en g\u00e9n\u00e9ral, continue Rothko, \u00ab traitent de la connaissance de la mort \u00bb m\u00ealant catarsis \u00e0 une mani\u00e8re d&rsquo;apprivoiser cette angoisse subite. L&rsquo;art ne serait peut-\u00eatre que cela: l&rsquo;expression d&rsquo;un rapport \u00e0 la mort, de notre propre finitude. En second vient la sensualit\u00e9.(2) \u00ab Notre fondement pour \u00eatre concrets quant au monde. C&rsquo;est une relation de plaisir aux choses qui existent, dit-il. \u00bb Et, \u00e0 vrai dire, on envisage assez bien les toiles de la maturit\u00e9 de Rothko comme des lieux m\u00e9lancoliques o\u00f9 se joue le conflit non r\u00e9solu de la mort et du plaisir, du tragique et de la sensualit\u00e9. Rothko peindrait des caveaux avan\u00e7ant sur la toile une nuit d\u00e9licate, un aveuglement suave. Rien d&rsquo;\u00e9tonnant \u00e0 ce que le troisi\u00e8me point qu&rsquo;avance l&rsquo;artiste soit la tension.(3) \u00ab Que ce soit un conflit ou un d\u00e9sir courbe, pr\u00e9cise-t-il \u00bb. C&rsquo;est cette irr\u00e9solution, cette instabilit\u00e9 qui vibre dans la toile et l&rsquo;anime de l&rsquo;int\u00e9rieur. Qu&rsquo;une \u0153uvre soit sans tension et la voil\u00e0 d\u00e9corative, ce qu&rsquo;il abhorre. Ensuite vient l&rsquo;ironie (4). Et l&rsquo;auteur de pr\u00e9ciser: \u00ab voici un ingr\u00e9dient moderne \u2013 l&rsquo;effacement et l&rsquo;examen de soi gr\u00e2ce auxquels un homme peut un instant poursuivre autre chose \u00bb. Une dose de d\u00e9gagement, de recul effectivement tr\u00e8s particuliers \u00e0 l&rsquo;histoire moderne, \u00e0 la guerre peut-\u00eatre depuis laquelle il est difficile de croire \u00e0 l&rsquo;innocence humaine, de croire \u00e0 quoi que ce soit. Car quelque ombre semble toujours devoir ternir les plus belles na\u00efvet\u00e9s: on n&rsquo;est plus dupe, l&rsquo;humanit\u00e9 s&rsquo;est d\u00e9niais\u00e9e. On a pris conscience du th\u00e9\u00e2tre auquel on jouait. L&rsquo;homme moderne sait qu&rsquo;il est \u00ab jou\u00e9 \u00bb. Mais Rothko reprend avec un air de r\u00eaveur accroch\u00e9 \u00e0 ne pas laisser sombrer son vaisseau chim\u00e9rique ; aussit\u00f4t ajoute-t-il \u00ab l&rsquo;esprit et le jeu&#8230; pour l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment humain&#8230; \u00bb (5) Et il r\u00e9p\u00e8te, \u00ab &#8230;pour l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment humain. \u00bb comme une pri\u00e8re, une conjuration. Et il est difficile de ne pas entendre apr\u00e8s le jeu consid\u00e9r\u00e9 comme amusement s\u00e9rieux, ce second sens du mot d\u00e9finissant une latitude, un mouvement possible au sein de l&rsquo;implacable m\u00e9canique. Le jeu dans les rouages. Tout n&rsquo;est pas tout \u00e0 fait jou\u00e9, demeure la part ind\u00e9terminable de l&rsquo;humain, l&rsquo;espoir. Ce petit d\u00e9gagement subtil par lequel le plus beau peut advenir. Si la mort pose des bornes, quelque chose du r\u00eave ou de l&rsquo;astuce peut nous continuer, nous en d\u00e9livrer. Et si le sixi\u00e8me point avance \u00ab l&rsquo;\u00e9ph\u00e9m\u00e8re et la chance&#8230; pour l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment humain \u00bb (6), l&rsquo;artiste conclue avec l&rsquo;espoir. (7) \u00ab 10% pour rendre le concept tragique plus supportable. \u00bb En sept points Rothko disait son aventure, le m\u00e9lange d&rsquo;accablement et d&rsquo;espoir \u00e0 la source duquel naissaient ses tableaux. On ne sait pas bien ce qui l&#8217;emporta, la mort ou l&rsquo;ironie.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;artiste irait au m\u00e9tier d\u00e9pliant la recette et s&rsquo;y mettrait pr\u00e9cautionneusement veillant aux proportions, \u00e0 ce qu&rsquo;il ne manque rien \u00e0 l&rsquo;\u00e9quilibre de l&rsquo;\u0153uvre. 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