{"id":3376,"date":"2009-05-15T21:26:00","date_gmt":"2009-05-15T20:26:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/et-je-marche-longuement\/"},"modified":"2013-08-16T11:13:35","modified_gmt":"2013-08-16T10:13:35","slug":"et-je-marche-longuement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/et-je-marche-longuement\/","title":{"rendered":"et je marche longuement"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-content\/uploads\/blogger\/_qwjJ8iJ7ekg\/Sg3QmqTydwI\/AAAAAAAABAc\/MnkB63GUlI4\/s1600\/P1040991.JPG\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-content\/uploads\/blogger\/_qwjJ8iJ7ekg\/Sg3QmqTydwI\/AAAAAAAABAc\/MnkB63GUlI4\/s400\/P1040991.JPG\" alt=\"\" border=\"0\"><\/a><br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-content\/uploads\/blogger\/_qwjJ8iJ7ekg\/Sg3QWJgG3qI\/AAAAAAAABAU\/w1eqwkUua4E\/s1600\/P1040993.JPG\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-content\/uploads\/blogger\/_qwjJ8iJ7ekg\/Sg3QWJgG3qI\/AAAAAAAABAU\/w1eqwkUua4E\/s400\/P1040993.JPG\" alt=\"\" border=\"0\"><\/a><\/p>\n<div>\n<link rel=\"File-List\" href=\"file:\/\/\/C:\/DOCUME%7E1\/julie\/LOCALS%7E1\/Temp\/msoclip1\/01\/clip_filelist.xml\">\n<!--[if gte mso 9]><xml>  <w:worddocument>   <w:view>Normal<\/w:View>   <w:zoom>0<\/w:Zoom>   <w:hyphenationzone>21<\/w:HyphenationZone>   <w:donotoptimizeforbrowser\/>  <\/w:WordDocument> <\/xml><![endif]-->\n<\/div>\n<p>Je vais dans des rues vides int\u00e9rioriser des formes, devenir perm\u00e9able. Et je marche longuement, comme la ville est \u00e9troite je reviens sur mes pas, d\u2019une mani\u00e8re d\u00e9tach\u00e9e comme de la survoler. Je l\u2019aborde comme forme et non comme industrie. <\/p>\n<div>  <\/div>\n<p><!--[if !supportEmptyParas]--> <!--[endif]--><\/p>\n<div>  <\/div>\n<p>Une affaire de chien, j\u2019avais compris de chat et je voyais le leur mais juste un chien perdu, un caniche au poil roussi, piteux. Dans un patois plein d\u2019exclamations il \u00e9tait question de l\u2019attirer avec une gamelle, de le capturer \u00e0 l\u2019\u00e9puisette qu\u2019un se proposait de descendre du grenier, et on s\u2019imaginait l\u2019aventure en l\u2019entrecoupant de consid\u00e9rations g\u00e9n\u00e9rales sur le temps, mais d\u2019abord la passer dans la baignoire parce qu\u2019elle aura pris la poussi\u00e8re, l\u2019\u00e9puisette. Et comme l\u2019imagination travaillait derri\u00e8re les mots, dans un \u00e9clat de voix et un mouvement de recul on disait la prise. Ses d\u00e9battements. Dans le cadre de la fen\u00eatre, derri\u00e8re un bouquet de fleurs synth\u00e9tiques ternies par la poussi\u00e8re, le chien qui repasse. Et s\u2019il s\u2019av\u00e9rait sauvage et d\u00e9cidait de mordre on avait un fusil. Il faut y penser \u00e0 \u00e7a, il faut se tenir pr\u00eat. Et on aurait bien ouvert la porte pour l\u2019attirer le curieux, certainement il serait venu par l\u00e0 et \u00e7a on peut le confirmer plusieurs fois, il serait venu par l\u00e0, il rentre, on sait s\u2019y prendre : un peu de nourriture. Mais bon, l\u2019air est frais, c\u2019est pas qu\u2019on aurait froid \u2013moi j\u2019ai jamais froid, mais quand m\u00eame.<span>  <\/span>Des jours qu\u2019on le voit errer. Oui des jours. Et de confirmer que passant ailleurs un autre jourson l\u2019a vu aussi. Alors oui ce chien, maintenant d\u2019en faire leur petite histoire. Moi j\u2019avais ouvert la porte du bistro apr\u00e8s avoir march\u00e9 une demi heure sous cette bruine grise. D\u2019abord attir\u00e9 \u00e0 l\u2019angle par une carte vieillie qui d\u00e9crivait le coin, puis l\u2019enseigne elle aussi surgie des \u00e2ges. Des rideaux de dentelle jaunie \u00e0 travers la fen\u00eatre. A les \u00e9couter en fermant les yeux on aurait pu croire \u00e0 quelque b\u00eate erratique passablement sauvage traversant une petite ville d\u00e9sert\u00e9e comme on en voit dans les westerns. La musique du vent prend des colorations lugubres, on se blottit derri\u00e8re ses fen\u00eatres. La b\u00eate passe. Je m\u2019\u00e9tonne de la d\u00e9mesure du niveau de pr\u00e9occupation, des plans qu\u2019on \u00e9labore et le pauvre chien qui croise au large du bistrot, en trottant sous la bruine. Le mobilier est d\u2019\u00e9poque, l\u00e9g\u00e8rement patin\u00e9, les publicit\u00e9s ternies pour le chocolat Choki m\u2019enthousiasment. L\u2019\u00e9tablissement incroyablement exigu m\u2019\u00e9voque les dessins de Bruno Schulz. Les personnages, trop grands semblent \u00e9voluer dans un d\u00e9cor de th\u00e9\u00e2tre r\u00e9duit. L\u2019impression en poussant la porte de p\u00e9n\u00e9trer dans une cuisine de village dans laquelle jeunes et anc\u00eatres se serrent &#8211; pareillement vieillis. Les regards sont durs mais d\u00e9j\u00e0 on a pass\u00e9 le seuil, pas possible reculer. Quatre faces rougies qui semblent enfouir des yeux petits comme des t\u00eates d\u2019\u00e9pingles. Un derri\u00e8re des culs de bouteille, l\u2019autre devant. Une vieille passablement \u00e9dent\u00e9e courb\u00e9e sur ses deux mains qui accompagne en contretemps chaque remarque d\u2019un chuintement expressif. Un chien dans la remise qui aboie. Les deux gars de part et d\u2019autre du comptoir, silhouettes massives et brutes \u00e0 l\u2019allure enfantine. Sans desserrer les dents enregistre ma commande, j\u2019ai l\u2019impression que je vais me faire jeter. On rentre pas comme \u00e7a chez les gens. Je d\u00e9tourne les yeux et ram\u00e8ne \u00e0 ma table le verre d\u2019orangeade. On r\u00e9p\u00e8te des mots pauvres de fa\u00e7on tr\u00e9buchante et sonore comme si de les marteler vous projetait au c\u0153ur de grands \u00e9v\u00e9nements. C\u2019\u00e9tait toute une aventure, le chien passait les matin\u00e9es dans les parages du bar. On digressait gentiment sur chaque bribe de phrase. La m\u00e9t\u00e9o c\u2019est d\u00e9cid\u00e9ment plus ce que c\u2019\u00e9tait. Oh non, plus ce que c\u2019\u00e9tait, la m\u00e9t\u00e9o. Non. Pfff. Un juke-box \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi clignotait discr\u00e8tement par dessus la fine fleur de la chanson fran\u00e7aise. A intervalle r\u00e9gulier une page se tourne sur les m\u00e9lodies les plus moelleuses, toujours un portrait t\u00eate pench\u00e9e sur un fond romantique. On parle encore du chien mais dans les phrases le chien dispara\u00eet on ne dit plus que des mots sonores prononc\u00e9s dans le vide. J\u2019\u00e9prouve le sentiment sp\u00e9cial de m\u2019\u00eatre d\u00e9tach\u00e9 du monde. Je voudrais prolonger ind\u00e9finiment l\u2019\u00e9tat d\u2019ind\u00e9cision dans lequel je me perds, penche la t\u00eate pour avaler le ciel. Je me vois d\u00e9filer derri\u00e8re la vitre. R\u00e8gle ma commande, pose le verre au comptoir et passe sans h\u00e2te la porte pour dispara\u00eetre \u00e0 l\u2019angle.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je vais dans des rues vides int\u00e9rioriser des formes, devenir perm\u00e9able. Et je marche longuement, comme la ville est \u00e9troite je reviens sur mes pas, d\u2019une mani\u00e8re d\u00e9tach\u00e9e comme de la survoler. Je l\u2019aborde comme forme et non comme industrie. 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