{"id":3453,"date":"2008-08-01T09:21:00","date_gmt":"2008-08-01T08:21:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/jean-rolin-romanesque\/"},"modified":"2013-08-16T11:13:57","modified_gmt":"2013-08-16T10:13:57","slug":"jean-rolin-romanesque","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/jean-rolin-romanesque\/","title":{"rendered":"Jean Rolin, romanesque"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-content\/uploads\/blogger\/_qwjJ8iJ7ekg\/SJLJ3GJtm7I\/AAAAAAAAAj4\/hmXlgAaP_64\/s1600\/docks_de_la_sucriere.JPG\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-content\/uploads\/blogger\/_qwjJ8iJ7ekg\/SJLJ3GJtm7I\/AAAAAAAAAj4\/hmXlgAaP_64\/s320\/docks_de_la_sucriere.JPG\" alt=\"\" border=\"0\"><\/a><\/p>\n<div>Comme du fait de son propre mouvement, l\u2019auteur pousse des phrases pr\u00e9cises et d\u2019une simplicit\u00e9 frappante qui font alors comme une narration ambulatoire aussi fluide et consciencieuse qu\u2019un mouvement de cam\u00e9ra.<br \/>\nJ\u2019ai aim\u00e9 \u00e0 la premi\u00e8re lecture les r\u00e9cits de Jean Rolin. Avec <span>Terminal Frigo<\/span> comme r\u00e9v\u00e9lation, puis <span>la Cl\u00f4ture<\/span> et <span>l\u2019Explosion de la durite<\/span>, puisque je me fournis en livre au hasard des soldes, des occasions Gibert, plus que suivant le calendrier des \u00e9ditions. A chaque fois j\u2019y ai retrouv\u00e9 cette apparente aisance dans la narration (son d\u00e9velopp\u00e9 et ses embo\u00eetements) et cette sobri\u00e9t\u00e9 savoureuse, factuelle, qui m\u00ealent l\u2019exactitude journalistique du rapporteur \u00e0 la fantastique fantaisie (souvent teint\u00e9e d\u2019humour) du r\u00eaveur, de l\u2019aventurier. Comme s\u2019il y avait l\u00e0 dedans \u00e0 la fois Perec, Williams et Melville. Habile conteur, les digressions de ses intrigues rattachent toujours la route du r\u00e9cit &#8211; qu\u2019elles s\u2019attachent un moment \u00e0 la description d\u2019un bout de quai ou \u00e0 d\u00e9cortiquer d\u2019inextricables situations politiques &#8211; contribuant \u00e0 donner ce ton de d\u00e9rive, cette \u00e9paisseur particuli\u00e8re, qui font l\u2019efficace du roman d\u2019aventure.<br \/>\nA chaque fois j\u2019ai d\u00e9vor\u00e9 les pages, souvent \u00e9tendu dans l\u2019herbe d\u2019un parc, adoss\u00e9 \u00e0 une marche, avec cette m\u00eame impression de voyage quand je relevais la t\u00eate et que soudain les gens de passage en diagonale des places prenaient une pr\u00e9sence singuli\u00e8re.<\/p>\n<p>Pour extraits :<br \/><span>La lune s\u2019est lev\u00e9e, pleine, au milieu des nuages, tandis qu\u2019\u00e0 l\u2019horizon tra\u00eenaient encore quelques restes du jour, faisant miroiter les eaux sombres comme dans un tableau pompier \u00e9voquant des choses tristes, telle la mort d\u2019une jeune h\u00e9ro\u00efne dont le corps a roul\u00e9 sous la vague marine. Et il y a dans le mauvais go\u00fbt path\u00e9tique, quand c\u2019est la nature elle-m\u00eame qui s\u2019en empare, une telle force de persuasion qu\u2019en consid\u00e9rant cette \u00e9tendue noire et luisante (image de l\u2019infini, peut-\u00eatre, plut\u00f4t que du n\u00e9ant ?), soulev\u00e9e sous la clart\u00e9 lunaire d\u2019amples ondulations, l\u2019id\u00e9e m\u2019est venue, bri\u00e8vement,  que si je me jetais dedans, depuis l\u2019aileron de passerelle b\u00e2bord, je conna\u00eetrais une fin vraisemblablement effroyable, d\u00e9chiquet\u00e9 par l\u2019h\u00e9lice ou boulott\u00e9 par des requins, mais tout de m\u00eame plus noble, et plus propice \u00e0 ma gloire posthume, que celle \u00ab lente et douloureuse \u00bb, promise jour apr\u00e8s jour aux fumeurs par leurs propres paquets de cigarettes.<\/span> (p.146)<\/p>\n<p><span>Les derniers moments de ma vie \u00e0 bord avaient \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9s par une angoisse tr\u00e8s vive de me retrouver bient\u00f4t sur la terre ferme, et de renouer avec les difficult\u00e9s inh\u00e9rentes \u00e0 l\u2019acheminement de l\u2019Audi. Lors de l\u2019ultime soir\u00e9e dans mon salon aux trois sabords, j\u2019avais progress\u00e9 dans la lecture de Sodome et Gomorrhe, puis je m\u2019\u00e9tais absorb\u00e9 dans la contemplation des quelques objets familiers, sans gr\u00e2ce, dont j\u2019allais devoir me d\u00e9faire, en m\u00eame temps que des habitudes auxquels ils \u00e9taient associ\u00e9s : ainsi du cintre m\u00e9tallique, accroch\u00e9 \u00e0 une pat\u00e8re, sur lequel je mettais mes t-shirts \u00e0 s\u00e9cher, apr\u00e8s les avoir lav\u00e9s \u00e0 l\u2019aide du G\u00e9nie en tube achet\u00e9 \u00e0 Soulac-sur-Mer, et que le roulis faisait osciller faiblement, cette image \u00e9voquant in\u00e9vitablement, qu\u2019on le veuille ou non, celle d\u2019un pendu.<\/span> (p.149)<\/p>\n<p><span>A la lumi\u00e8re du jour, il apparut que le quai auquel \u00e9tait amarr\u00e9 le San Rocco avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9di\u00e9, dans un pass\u00e9 r\u00e9cent, \u00e0 la manutention des grumes, et c\u2019est pourquoi, d\u00e9fonc\u00e9 par les roues ou les chenilles de lourds engins, matelass\u00e9 de lambeaux d\u2019\u00e9corce tass\u00e9s et retass\u00e9s, de la couleur \u00e0 peu pr\u00e8s du chocolat en poudre, il pr\u00e9sentait cet aspect rustique et m\u00eame forestier. Il s\u2019y voyait encore quelques grumes, \u00e9parses sur le terre-plein, et on y remarquait aussi un long camion ayant appartenu \u00e0 un cirque domicili\u00e9 dans le Morbihan. Ce cirque promettait des spectacles \u00ab \u00e0 mourir de rire \u00bb, et il y avait quelque chose de path\u00e9tique, sur ce terre-plein congolais o\u00f9 le camion avait \u00e9chou\u00e9, \u00e0 imaginer comment, pendant des ann\u00e9es, des artistes mal pay\u00e9s et g\u00e9n\u00e9ralement d\u00e9pressifs, tels que je les envisageais, avaient pr\u00e9sent\u00e9 jour apr\u00e8s jour le m\u00eame num\u00e9ro comique \u00e0 des spectateurs bretons le plus souvent impassibles, \u00e0 l\u2019exception peut-\u00eatre des enfants. <\/span>(p.152)<\/p>\n<p><span>Jean Rolin, L\u2019Explosion de la durite. P.O.L<\/span>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comme du fait de son propre mouvement, l\u2019auteur pousse des phrases pr\u00e9cises et d\u2019une simplicit\u00e9 frappante qui font alors comme une narration ambulatoire aussi fluide et consciencieuse qu\u2019un mouvement de cam\u00e9ra. J\u2019ai aim\u00e9 \u00e0 la premi\u00e8re lecture les r\u00e9cits de Jean Rolin. 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