{"id":3454,"date":"2008-07-31T13:58:00","date_gmt":"2008-07-31T12:58:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/un-noir-desir\/"},"modified":"2008-07-31T13:58:00","modified_gmt":"2008-07-31T12:58:00","slug":"un-noir-desir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/un-noir-desir\/","title":{"rendered":"un noir d\u00e9sir"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/2.bp.blogspot.com\/_qwjJ8iJ7ekg\/SJG3bEim2wI\/AAAAAAAAAjw\/93fxAfbS_mI\/s1600-h\/noir+desir+en+concert.htm\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/2.bp.blogspot.com\/_qwjJ8iJ7ekg\/SJG3bEim2wI\/AAAAAAAAAjw\/93fxAfbS_mI\/s320\/noir+desir+en+concert.htm\" alt=\"\" border=\"0\"><\/a><\/p>\n<p>Pas mal, j\u2019ai pench\u00e9 par-dessus les lignes vigoureuses et salaces de celui qui se fait appeler Andy Verol (via le fameux <a href=\"http:\/\/andy-verol.blogg.org\/\">blog<\/a>, un des premiers dans mes liens) et trouvant dans l\u2019engagement \u00e9corch\u00e9 de ses fragments nombreux comme un fr\u00e8re, mon autre. Et si dans la litt\u00e9rature la plus vive, le r\u00e9el ne s\u2019\u00e9nonce plus depuis un narrateur d\u00e9gag\u00e9, mais se joue d\u00e9sormais dans l\u2019agglom\u00e9rat des mots, cette prose hirsute incarne au plus pr\u00e8s par le texte ce d\u00e9placement expressif avec ses fulgurances, ses pans o\u00f9 \u00e7a \u00e9corche. Alors, apr\u00e8s \u00ab le dernier cow-boy fran\u00e7ais \u00bb, juste pour le go\u00fbt, ces quelques paragraphes qui introduisent \u00e0 son r\u00e9cent bouquin, <i>un noir d\u00e9sir<\/i>. Et parce que nous aussi, de notre endroit, on a un peu eu rapport au monde similaire, pareillement cons et pareillement tremblants \u00e0 l\u2019\u00e9coute de l\u2019ang\u00e9lique \u00e9lim\u00e9e, pareillement porteurs au fond de cette rage sourde qui fait de nous &#8211; non pas des partisans &#8211; des engag\u00e9s.<\/p>\n<p><\/p>\n<\/p>\n<p>Je suis comme toi, esseul\u00e9, un peu naze, bien incapable de porter le moindre avis. Toi et moi avons envie d\u2019y faire un tour chez eux, ces quatre mecs de Bordeaux\u2026 Bordeaux, cette ville, j\u2019ai assez peu de choses \u00e0 en dire. Mais puisqu\u2019il s\u2019agit de commencer quelque part, je vais introduire cette jolie tambouille sur l\u2019un des plus grands groupes de rock authentique fran\u00e7ais de ces vingt derni\u00e8res ann\u00e9es\u2026 Excessif. Oui, je suis toujours dans un exc\u00e8s et une arrogance ostentatoires concernant mon avis sur la \u00ab zic \u00bb\u2026<\/p>\n<p>C\u2019est en 1991 que j\u2019ai \u00ab v\u00e9cu \u00bb ma premi\u00e8re et unique exp\u00e9rience physique avec un groupe de quatre p\u2019tits mecs men\u00e9s par un \u00ab beau gosse \u00bb, (disent toujours \u00e7a les filles), qui de fait, n\u2019avait de cesse, en sensuel qu\u2019il \u00e9tait, de piquer toutes les filles avec qui l\u2019on essayait de sortir, nous les keupons trop styl\u00e9s, trop puants, trop vulgaires, trop jeunes aussi.<\/p>\n<p>Du haut de mes dix-huit ann\u00e9es tap\u00e9es \u00e0 la Jenlain, \u00e0 la Valstar (pour parader alcoolis\u00e9s comme les vrais punks des ann\u00e9es 1970) sans super-star, toussant des clopes avec filtre, j\u2019\u00e9tais all\u00e9 au Festival de Rock du Vald\u2019Oise avec mon meilleur ami Nico.<\/p>\n<p>Nous avions plut\u00f4t des t\u00eates d\u2019insolents et des looks que nous imaginions \u00ab underground \u00bb. Nous \u00e9tions, en fait, \u00e0 la fin d\u2019une \u00e9poque, celle qui avait vu l\u2019av\u00e8nement d\u2019un mouvement alternatif en France. Pr\u00e8s de quinze ans apr\u00e8s l\u2019\u00e9mergence d\u2019un courant punk hyperactif, les groupes, labels, les collectivit\u00e9s investissaient dans des festivals devenus rentables et populaires.<\/p>\n<p>Il nous \u00e9tait impossible donc, en tant que \u00ab gros durs \u00bb de la cour de r\u00e9cr\u00e9ation du lyc\u00e9e de Cergy, de ne pas assister au plus grand \u00e9v\u00e9nement du d\u00e9partement depuis\u2026 toujours.<\/p>\n<p>Le hall Saint-Martin est un espace gigantesque pouvant accueillir plusieurs milliers de personnes \u00e0 la fois. Je n\u2019ai plus souvenir des organisateurs de l\u2019\u00e9v\u00e9nement, et je n\u2019ai m\u00eame plus en t\u00eate tous les groupes programm\u00e9s sur ces deux journ\u00e9es exceptionnelles.<\/p>\n<p>Nico et moi \u00e9tions all\u00e9s acheter un pack de bi\u00e8res. Marina, sa copine punk de l\u2019\u00e9poque, nous avait rejoints. Cette fille, c\u2019\u00e9tait la pure, la dure. Un look destroy, des piercings (\u00e7a faisait encore mauvais genre \u00e0 l\u2019\u00e9poque), des cheveux courts roux, d\u2019une gentillesse incroyable mais compl\u00e8tement d\u00e9jant\u00e9e\u2026 Vraiment d\u00e9jant\u00e9e. Je me demandais souvent ce que Nico lui trouvait \u00e0 cette fille\u2026 Qu\u2019est-ce qu\u2019on est na\u00eff lorsqu\u2019on est marmot\u2026<\/p>\n<p>Apr\u00e8s nous \u00eatre fait d\u00e9pouiller de notre pack de bi\u00e8res par une bande de punks \u00ab cool \u00bb (Ils \u00e9taient plus ivres que r\u00e9volt\u00e9s) squattant devant l\u2019entr\u00e9e, nous sommes all\u00e9s nous fondre dans ce hall impersonnel, d\u2019un gris b\u00e9ton path\u00e9tique, une sonorisation infecte et un air vici\u00e9 par la poussi\u00e8re de b\u00e9ton. J\u2019\u00e9tais content d\u2019\u00eatre l\u00e0. Nico s\u2019est tr\u00e8s vite \u00e9clips\u00e9 dans la foule avec sa \u00ab dulcin\u00e9e \u00bb. La bi\u00e8re n\u2019\u00e9tait pas ch\u00e8re et un Irlandais rouquin, les dents noires en chicots odorants, fumant Gitane apr\u00e8s Gitane s\u2019\u00e9tait pris d\u2019amiti\u00e9 pour moi. Je ne comprenais quasiment rien \u00e0 son anglais postillonn\u00e9, mais je le trouvais humain, et tr\u00e8s convivial. Un vieux de la vieille, un punk des ann\u00e9es 1970 d\u2019apr\u00e8s ce que je comprenais de son parcours\u2026<\/p>\n<p>Les concerts ne resteront pas m\u00e9morables et pourtant, en fan futile de la sc\u00e8ne dite alternative, j\u2019\u00e9tais venu me prendre des rasades de Satellites. Leur morceau \u00ab Les Am\u00e9ricains \u00bb \u00e9tait une sorte de tube du moment, dans le mouvement\u2026 M\u00e9lodique, sans grande profondeur, et sans int\u00e9r\u00eat, leur musique devint imbuvable en live\u2026 Finalement avec mon Irlandais \u00e0 l\u2019haleine rev\u00eache et le futal tombant juste sous la limite du slip, je n\u2019avais pas grand-chose \u00e0 attendre de mieux qu\u2019une ambiance de pub, juste avant la fermeture. J\u2019\u00e9tais moins d\u00e9\u00e7u que ce que j\u2019aurais pu l\u2019\u00eatre aujourd\u2019hui, simplement parce que j\u2019avais dix-huit ans, que tout est beau, tout neuf, qu\u2019on a souvent l\u2019impression de vivre un tel \u00e9v\u00e9nement comme s\u2019il n\u2019y avait jamais eu d\u2019\u00e9quivalent, auparavant. Secr\u00e8tement, en \u00ab keupon \u00bb en culotte courte, j\u2019\u00e9tais tout de m\u00eame impatient de voir les Noirdez. Pas certain que je ressentais les m\u00eames choses qu\u2019une jeune fille en fleur qui se rue aveugl\u00e9ment \u00e0 un concert de navets allemands actuels, mais je n\u2019en n\u2019\u00e9tais pas si loin. Comme tout petit mec blanc charg\u00e9 aux copies-cassettes de toutes sortes, j\u2019\u00e9tais le fruit de ce d\u00e9but des ann\u00e9es quatre-vingt dix. Les Majors triomphaient du march\u00e9, les labels ind\u00e9pendants crevaient ou se faisaient bouffer par ces m\u00eames Majors. Les styles musicaux prolif\u00e9raient, au point que chaque groupe et groupement de groupes suffisaient \u00e0 cr\u00e9er un nouveau nom de mouvement. C\u2019\u00e9tait sans fin, et pourtant le tout d\u00e9but de la p\u00e9riode infernale qui allait suivre\u2026<\/p>\n<\/p>\n<p><span><strong><span>Un noir d\u00e9sir, Bertrand Cantat<\/span><\/strong><span> &#8211;<\/span><span> Andy V\u00e9rol \u2013 \u00e9ditions Scali (extrait)<\/span><\/span><\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pas mal, j\u2019ai pench\u00e9 par-dessus les lignes vigoureuses et salaces de celui qui se fait appeler Andy Verol (via le fameux blog, un des premiers dans mes liens) et trouvant dans l\u2019engagement \u00e9corch\u00e9 de ses fragments nombreux comme un fr\u00e8re, mon autre. 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