{"id":3461,"date":"2008-07-12T23:37:00","date_gmt":"2008-07-12T22:37:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/lukas-hoffmann-lexcedante-realite-du-monde\/"},"modified":"2013-08-16T11:14:00","modified_gmt":"2013-08-16T10:14:00","slug":"lukas-hoffmann-lexcedante-realite-du-monde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/lukas-hoffmann-lexcedante-realite-du-monde\/","title":{"rendered":"Lukas Hoffmann, l\u2019exc\u00e9dante r\u00e9alit\u00e9 du monde"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-content\/uploads\/blogger\/_qwjJ8iJ7ekg\/SHky5xsZt1I\/AAAAAAAAAiY\/_bKrrL_86Lk\/s1600\/rue_du_moulin.jpg\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-content\/uploads\/blogger\/_qwjJ8iJ7ekg\/SHky5xsZt1I\/AAAAAAAAAiY\/_bKrrL_86Lk\/s320\/rue_du_moulin.jpg\" alt=\"\" border=\"0\"><\/a><br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-content\/uploads\/blogger\/_qwjJ8iJ7ekg\/SHkyx_oDQDI\/AAAAAAAAAiQ\/LL53hJLOJO0\/s1600\/rue_antoine_thomas_2.jpg\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-content\/uploads\/blogger\/_qwjJ8iJ7ekg\/SHkyx_oDQDI\/AAAAAAAAAiQ\/LL53hJLOJO0\/s320\/rue_antoine_thomas_2.jpg\" alt=\"\" border=\"0\"><\/a><\/p>\n<p>Plus qu\u2019enregistrer les choses, une photographie t\u00e9moigne d\u2019un regard port\u00e9 sur elles. Et ceci jusqu\u2019\u00e0 imposer, au-del\u00e0 du r\u00e9f\u00e9rent concret, dans le mouvement qui la voit se constituer, sa propre r\u00e9alit\u00e9. D\u2019o\u00f9 cette question avant toute analyse, ici devant les tirages de Lukas Hoffmann: qu\u2019est-ce qui a pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 leur prise de vue ? Qu\u2019est-ce qui, dans l\u2019\u00e9tendue immense des signes, aura retenu l\u2019auteur et pour quelles raisons ? <\/p>\n<p>Et tout d\u2019abord de noter, contre toute apparence, que ces images au mur ne nous montrent pas \u00e0 voir pr\u00e9cis\u00e9ment un sujet (son travail n\u2019est ni sociologique, ni documentaire), ni un effet plasticien qui t\u00e9moignerait d\u2019une fa\u00e7on particuli\u00e8re de photographier, d\u2019une recette, d\u2019une mani\u00e8re. Pour autant, l\u2019artiste pose sa chambre ou son moyen format quasi exclusivement dans la ville, dans ces territoires de banlieue ou cohabitent les pavillons vieillissants, quelques grands ouvrages industriels et d\u2019autres zones transitoires de friches ou de chantiers. Et son travail, pour peu qu\u2019on le c\u00f4toie, nous devient assez bien identifiable. Trace d\u2019une singuli\u00e8re obsession, d\u2019une d\u00e9termination personnelle terriblement et fermement en \u00e9quilibre sur les pr\u00e9suppos\u00e9s habituels. <\/p>\n<p>Les titres des photographies ne renvoient \u00e0 nulle mythologie, nulle histoire personnelle ou anecdote, ils sont sobrement le nom du lieu dont elles t\u00e9moignent, souvent le nom de la rue. Sans que ceci ait valeur documentaire d\u2019archive urbanistique, sociologique ou ethno g\u00e9ographique, mais parce que c\u2019est la mani\u00e8re la plus neutre semble-t-il, et qu\u2019incidemment sont not\u00e9es les coordonn\u00e9es, les balises qui dessinent hypoth\u00e9tiquement sur la carte les errances et les arr\u00eats du photographe. Car on le sait, les photographies de cette sorte ne sont techniquement que pr\u00e9l\u00e8vement dans un regard, dans une observation attentive, dans des d\u00e9placements enfin. Et si le travail, pour Lukas Hoffmann, s\u2019ach\u00e8ve apr\u00e8s la salle noire du labo de d\u00e9veloppement par la pr\u00e9sentation pr\u00e9cise des vues au mur, on peut consid\u00e9rer qu\u2019il commence bien avant le d\u00e9clanchement de l\u2019appareil, au cour de rep\u00e9rages et dans l\u2019observation quotidienne de nos r\u00e9alit\u00e9s, par la marche, par l\u2019arpentage. Et pour y revenir alors, qu\u2019est-ce qui, au cour de ces d\u00e9rives urbaines et p\u00e9riurbaines, retiendra l\u2019\u0153il jusqu\u2019\u00e0 cristalliser un \u00e9tat du monde dans la mani\u00e8re qu\u2019il a de se donner \u00e0 voir ? <\/p>\n<p>Sur cette photographie par exemple dont le titre \u00ab rue Antoine Thomas n\u00b02 \u00bb laisse supposer des retours dans le trajet de l\u2019arpenteur ou des arr\u00eats plus marqu\u00e9s en certains lieux f\u00e9conds, le cadrage horizontal donne \u00e0 voir une portion \u00e0 priori banale d\u2019une morne ville de banlieue en arri\u00e8re de laquelle s\u2019esquisse la densit\u00e9 urbaine plus marqu\u00e9 de la m\u00e9tropole \u00e0 proximit\u00e9 ou d\u2019une zone d\u2019activit\u00e9 industrielle importante. Au premier plan en contre bas, des jardins privatifs enclav\u00e9s et l\u2019intrusion dans l\u2019intime qu\u2019ils sugg\u00e8rent. Puis la succession d\u00e9sordonn\u00e9e et d\u00e9pareill\u00e9e d\u2019habitations collectives et semi collectives dont les teintes des toits et des fa\u00e7ades, la photographie \u00e9tant couleur, donnent un aspect pictural qui \u00e9voque un peu quelques tirages de Patrick Feigenbaum. Enfin, dress\u00e9es par-dessus avec des mani\u00e8res d\u2019oiseaux, deux grues oranges initiant une perspective que l\u2019\u0153il justement r\u00e9cup\u00e8re \u00e0 l\u2019endroit de ces des chemin\u00e9es dont les silhouettes grises font un \u00e9cho discret \u00e0 la pr\u00e9sence des grues. Ce sont comme d\u2019autres \u00e9chos aussi toutes les antennes r\u00e2teau qui \u00e9m\u00e8chent les toits et de proche en proche, de rebonds en rebonds nous font parcourir la surface et les asp\u00e9rit\u00e9s aptiques de l\u2019image. A ce stade je note aussi le fil \u00e9lectrique qui traverse l\u2019image en soulignant l\u2019horizon, qui ne peut pas n\u2019\u00eatre pas du fait du photographe. Cette pr\u00e9sence insistante aussi de la silhouette sombre de l\u2019arbre dans le premier plan de l\u2019image qui depuis le tout d\u00e9part attire mon \u0153il, d\u2019autres d\u00e9tails encore, quelques rapports notables entre formes et couleurs. <\/p>\n<p>Comme dans le blow up d\u2019Antonioni, la photographie appara\u00eet comme le pr\u00e9l\u00e8vement m\u00e9canique d\u2019un r\u00e9el qui se r\u00e9v\u00e8lera ensuite en d\u00e9tail par une lecture attentive. Si toute conscience est r\u00e9capitul\u00e9e, la prise de vue semble ici, comme son nom l\u2019indique, la capture d\u2019une attention globale qui par l\u2019isolement de cette image au mur, l\u2019abstraction de ce r\u00e9el, permettra de noter profusion de d\u00e9tails invus, de r\u00e9v\u00e9ler un monde visuel. <\/p>\n<p>Il existe dans cette s\u00e9rie aussi une vue de la rue Gabriel Peri dans sa sobre perspective et dans des tons d\u2019aquarelle ou de buvard dont le graphisme t\u00e9nu et la d\u00e9licatesse, malgr\u00e9 la rudesse du sujet, m\u2019\u00e9meuvent. Une photographie peut \u00eatre plus encore que la pr\u00e9c\u00e9dente d\u00e9shumanis\u00e9e, un r\u00e9el comme mis \u00e0 nu. Ces photographies donc, et en toute proximit\u00e9, cette autre tir\u00e9e en noir et blanc et qui donne \u00e0 voir dans une parfaite neutralit\u00e9, les abords maussades des quelques petites barres hlm, cette autre encore sur laquelle ont voit se d\u00e9gager d\u2019une v\u00e9g\u00e9tation approximative typique des zones transitoires un immeuble imposant ray\u00e9 de balcons semblables ; toutes ces vues dessinent une perspective exacte qui, sans qu\u2019il soit ais\u00e9 de dire pourquoi, dit avec une singuli\u00e8re pr\u00e9gnance l\u2019exc\u00e9dante r\u00e9alit\u00e9 du monde.<span>  <\/span><\/p>\n<p>C\u2019est la richesse d\u2019un regard qui sait se montrer sensible aux aspects simultan\u00e9s d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 complexe tout en demeurant exact et pr\u00e9cis, c&rsquo;est-\u00e0-dire sans se laisser engloutir par ce tumulte visuel. Ainsi Lukas Hoffmann nous donne \u00e0 voir, ou nous invite \u00e0 lire un monde sans dogmatisme, sans l\u2019autorit\u00e9 d\u2019un point de vue r\u00e9ducteur et caricatural, sans jugement enfin. Dans la r\u00e9sistance du sujet au subjectif, dans la disponibilit\u00e9 \u00e9norme du r\u00e9el, dans une m\u00e9lancolie active, irradiante. Une \u00e0 une, en noir et blanc ou en couleur, en format et dimensions divers, chaque photographies, par la s\u00e9quence qu\u2019elles composent disent silencieusement l\u2019\u00e9nigme ent\u00eatante du monde qui se donne soudain \u00e0 voir sans spectacle, sans affects, sans histoire &#8211; ahurissant. <\/p>\n<\/p>\n<p><span><i>Dix 07 en 07, fondation d\u2019entreprise Ricard &#8211; <\/i><i>09 juin &#8211; 12 juil. 2008. <a href=\"http:\/\/lespasperdus.blogspot.com\/2007\/10\/laisser-traner-lil-sur-le-monde.html\">Lukas Hoffmann<\/a><\/i><\/span><i><span><\/p>\n<p><\/span><\/i><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Plus qu\u2019enregistrer les choses, une photographie t\u00e9moigne d\u2019un regard port\u00e9 sur elles. Et ceci jusqu\u2019\u00e0 imposer, au-del\u00e0 du r\u00e9f\u00e9rent concret, dans le mouvement qui la voit se constituer, sa propre r\u00e9alit\u00e9. 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