{"id":3462,"date":"2008-07-08T23:07:00","date_gmt":"2008-07-08T22:07:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/miroslav-tichy\/"},"modified":"2017-05-25T20:58:57","modified_gmt":"2017-05-25T19:58:57","slug":"miroslav-tichy","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/miroslav-tichy\/","title":{"rendered":"Miroslav Tichy"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-content\/uploads\/blogger\/_qwjJ8iJ7ekg\/SHPmBNjQBfI\/AAAAAAAAAiI\/LA4hejwrgsE\/s1600\/miroslav%2Btichy.jpg\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-content\/uploads\/blogger\/_qwjJ8iJ7ekg\/SHPmBNjQBfI\/AAAAAAAAAiI\/LA4hejwrgsE\/s320\/miroslav%2Btichy.jpg\" alt=\"\" border=\"0\"><\/a><br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-content\/uploads\/blogger\/_qwjJ8iJ7ekg\/SHPlTVBtuQI\/AAAAAAAAAiA\/TmmK5MVhtBw\/s1600\/m.tichy.jpg\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-content\/uploads\/blogger\/_qwjJ8iJ7ekg\/SHPlTVBtuQI\/AAAAAAAAAiA\/TmmK5MVhtBw\/s320\/m.tichy.jpg\" alt=\"\" border=\"0\"><\/a><\/p>\n<p>C\u2019est inou\u00ef dans le d\u00e9nombrement d\u2019une foule de constater par les visages et les gestes un \u00e0 un percut\u00e9s ce que chacun porte en soi. A hauteur individuelle toute une humanit\u00e9 farouche et \u00e9mouvante soutenue par la belle innocence d\u2019\u00eatre. Qu\u2019on y soit attentif, chaque visage sugg\u00e8re un coup de foudre, chaque geste un \u00e9panchement. S\u2019explique-t-on jamais l\u2019attraction des formes sur nos \u00e2mes, les \u00e9lans qu\u2019elles inspirent, la sensualit\u00e9 d\u2019une jambe \u00e9tendue sur l\u2019herbe, de hanches \u00e9l\u00e9gantes et na\u00efves, de l\u2019accroche d\u2019une \u00e9paule, de l\u2019existence tactile de quelques m\u00e8ches dans le creux de la nuque, d\u2019un dos nu. De la courbe serpentine pour William Hogarth, pour Baudelaire et tous les romantiques. De ces fragments de corps caress\u00e9s de tissus comme les peignait G\u00e9rard Schlosser qui retiennent en leur replis un instant tous les attraits, tout l\u2019app\u00e9tit de vivre. Nous glissons sur le monde un regard cursif retenu parfois par nos d\u00e9sirs, par une \u00e9vocation morbide, tragique ou par un trait d\u2019humour qui ne serait peut-\u00eatre au fond que mort et d\u00e9sirs m\u00eal\u00e9s dans une allure de jouissance distanc\u00e9e. Nous caressons les reliefs du visible.<br \/>\nCommun\u00e9ment ces d\u00e9sirs et ces peurs en surface de la r\u00e9alit\u00e9 font, par l\u2019attentive \u00ab distance amoureuse \u00bb dont parle Roland Barthes, des mani\u00e8res d\u2019images pr\u00e9gnantes. Images vol\u00e9es \u00e0 la continuit\u00e9 du monde, pr\u00e9lev\u00e9es au mouvement, \u00e0 l\u2019enchev\u00eatrement des choses pour, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019Eric Rondepierre d\u00e9coupant dans la pellicule des films les exc\u00e9dents invisibles, r\u00e9v\u00e9ler un \u00e9tat furtif des choses, des silhouettes \u00e9loign\u00e9es et \u00e9vanescentes \u00ab plus d\u00e9sirables, \u00e9crivait Proust, d\u2019\u00eatre vainement d\u00e9sir\u00e9es \u00bb. On sait que les d\u00e9sirs ne dupliquent en rien la r\u00e9alit\u00e9, qu\u2019ils s\u2019apparentent davantage \u00e0 un monde onirique brouill\u00e9 de souvenirs et m\u00eal\u00e9 de fantasmes qui pr\u00e9f\u00e8re les impressions et les \u00e9vocations \u00e0 toute objectivit\u00e9 clinique. Dans sa d\u00e9marche sont pr\u00e9sents les deux mondes de la raison et du r\u00eave, Miroslav Tichy ayant la conscience de ne pas capturer des parts du r\u00e9el d\u00e9sir\u00e9 mais de mat\u00e9rialiser par ses tirages , qui sont comme des f\u00e9tiches, ce rapport d\u00e9chirant que l\u2019homme d\u00e9sirant entretient avec \u00ab la r\u00e9alit\u00e9 illusoire \u00bb. S\u2019en d\u00e9gage une atmosph\u00e8re de sensualit\u00e9 et de deuil renforc\u00e9e encore par les accidents de prise de vue, le flou, le grain, les voiles et les taches au tirage. Silhouettes \u00e9loign\u00e9es, mal \u00e9tablies, parfois presque informes sur ces fragments illisibles. Illisibilit\u00e9 qui contribue \u00e0 l\u2019\u00e9paisseur des images qui \u00e0 la mani\u00e8re, quoique moins tragique, des t\u00e9moignages du Zonderkomando d\u2019Auschwitz, portent en elles les conditions de leur possibilit\u00e9, celles qui ont pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 leur prise de vue. Toute une part du lisible pass\u00e9e au visible, comme le notait Georges Didi-Huberman. C\u2019est tr\u00e8s juste enfin \u00e0 mon go\u00fbt d\u2019avoir accroch\u00e9 l\u2019exposition comme un d\u00e9velopp\u00e9 lin\u00e9aire et successif (m\u00eame si cela semble trop classique aux tenants de l\u2019effet fantaisie) plut\u00f4t qu\u2019en une constellation kal\u00e9idoscopique comme il a \u00e9t\u00e9 possible de le voir en d\u2019autres lieux, en d\u2019autres occasions. Car en chaque tirage qui se succ\u00e8de se dessine un mouvement pareil au parcours horizontal de celui qui d\u00e9ambule comme derri\u00e8re une vitre, tenu \u00e0 l\u2019\u00e9cart par son aspect miteux et sale, renfor\u00e7ant le contraste qui peut le dissocier, lui, des courbes \u00e9lastiques des jeunes femmes et des toilettes diaphanes. Car il est en d\u00e9rive Miroslav, au large de ravissements emp\u00each\u00e9s, en marge de la soci\u00e9t\u00e9 et cela fait les conditions de la beaut\u00e9 discr\u00e8te et brute quelque peu m\u00e9lancolique de ces photographies. Comme chez Bruno Schultz la femme est, semble-t-il toujours, une sorte de s\u0153ur et de d\u00e9esse impressionnante de laquelle l\u2019homme n\u2019est que le jouet bris\u00e9, maintenu en un \u00e9tat bizarre et quelque peu pervers d\u2019esclavage sentimental. Comme chez Lewis Carroll ou Balthus, elle est l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 ang\u00e9lique d\u2019un plaisir chaste barbouill\u00e9 de suggestions. Mais ces silhouettes capt\u00e9es dans leur \u00e9tat de gr\u00e2ce involontaire on peut les contempler aussi \u00e0 la mani\u00e8re po\u00e9tique de Paul Fort chantant les passantes qu\u2019il n\u2019aura pas su retenir et qui laissent bien des ann\u00e9es apr\u00e8s en lui des impressions d\u00e9licieuses et un peu nostalgiques. Comme, plus pr\u00e8s de nous, moins tragiquement voyeur que le filmeur de Michael Powell, Laurent Grasso filme des inconnues des rues et des m\u00e9tros en faisant ses \u00ab actrices \u00bb.<br \/>\nLeonardo Sinisgalli \u00e9crit en 1962, dans son po\u00e8me \u00e0 Dana\u00e9, \u00ab\u00a0pour vaincre l&rsquo;orgueil de l&rsquo;Essai quatre minauderies suffisent-elles, deux pieds aussi roses peuvent-ils m\u00eame \u00e9mouvoir un vieux dieu, ce nombril peut-il troubler un scribe s\u00e9v\u00e8re, et le sein, le sein ferme d&rsquo;une jeune fille ne peut-il \u00f4ter l&rsquo;ironie au ciel serein?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Miroslav Tichy, cabinet d&rsquo;art graphique du centre Pompidou, 25juin &#8211; 22 septembre 2008.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019est inou\u00ef dans le d\u00e9nombrement d\u2019une foule de constater par les visages et les gestes un \u00e0 un percut\u00e9s ce que chacun porte en soi. 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