{"id":3467,"date":"2008-06-22T15:41:00","date_gmt":"2008-06-22T14:41:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/texte-bricole-sur-le-bricolage\/"},"modified":"2013-08-16T11:14:01","modified_gmt":"2013-08-16T10:14:01","slug":"texte-bricole-sur-le-bricolage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/texte-bricole-sur-le-bricolage\/","title":{"rendered":"(texte bricol\u00e9 sur le bricolage)"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-content\/uploads\/blogger\/_qwjJ8iJ7ekg\/SF5lfiGPBAI\/AAAAAAAAAhg\/eN7znsWJ9iQ\/s1600\/bricolagedart.jpg\"><img decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-content\/uploads\/blogger\/_qwjJ8iJ7ekg\/SF5lfiGPBAI\/AAAAAAAAAhg\/eN7znsWJ9iQ\/s320\/bricolagedart.jpg\" border=\"0\"><\/a><\/p>\n<p>Ebauche pour une r\u00e9flexion sur le bricolage et quelques autres aspects de nos pratiques actuelles : texte bricol\u00e9 sur le bricolage.<\/p>\n<p>\nDans notre discussion il \u00e9tait question de cette r\u00e9currence ou g\u00e9n\u00e9ralisation de <i>certains types de bricolages <\/i>dans l\u2019art actuel, de<i> certaines typologies d\u2019installations<\/i> dans lesquelles il me semblait que nous devions lire la physionomie contemporaine d\u2019une certaine tendance de l\u2019art. <\/p>\n<p>\nNous remarquions d\u2019abord, commen\u00e7ant peut-\u00eatre \u00e0 l\u2019envers, qu\u2019\u00e9taient en jeu dans ces pratiques modernes des contraintes \u00e9conomiques qui sugg\u00e9raient souvent l\u2019emploi de mat\u00e9riaux pauvres, le plus fr\u00e9quemment de mat\u00e9riaux de r\u00e9cup\u00e9ration glan\u00e9s sur les trottoirs. D\u2019abord des pi\u00e8ces de bois que l\u2019on retravaille et int\u00e8gre, puis finalement des objets faiblement (ou pas) modifi\u00e9s qui assument ou revendiquent leur provenance, leur basse extraction tel la plus part des \u00ab combines \u00bb de Rauschenberg. Tous les aventuriers modernes y ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 quelque degr\u00e9 contraints et nous ne devons pas sous-estimer la part des conditions mat\u00e9rielles dans la naissance d\u2019une esth\u00e9tique. (Toute l\u2019esth\u00e9tique de l\u2019art carc\u00e9ral, de l\u2019art brut est fortement d\u00e9termin\u00e9e par les conditions mat\u00e9rielles de ces cr\u00e9ateurs. Modelages en mie de pain, murs grav\u00e9s etc.) <\/p>\n<p>Mais nous \u00e9tions d\u2019accord aussi pour dire que le sens que prenaient ces pauvret\u00e9s hier au sein des avant-gardes n\u2019est plus celui qu\u2019aujourd\u2019hui l\u2019art contemporain leur conf\u00e8re ; question de contexte et d\u2019assimilation, d\u2019acquis historiques. Ainsi, s\u2019il est vrai que l\u2019emploi de tels mat\u00e9riaux (le carton et toute sorte d\u2019emballages, le bois de chantier, les objets domestiques, le pl\u00e2tre ou le fil de fer etc.) aujourd\u2019hui n\u2019est plus la revendication qu\u2019il a pu \u00eatre \u00e0 une \u00e9poque de l\u2019intrusion dans l\u2019art de ce qui lui \u00e9tait \u00e0 priori \u00e9tranger, cela perp\u00e9tue n\u00e9anmoins subrepticement une esth\u00e9tique qui, de Dada aux cartons de Filliou, jouait la d\u00e9sinvolture, la marginalit\u00e9, la provocation autant qu\u2019elle pouvait \u00eatre r\u00e9actionnaire \u00e0 un certain \u00e9tat ambiant de la cr\u00e9ation. Pourtant de constater comme au contraire, cette prolif\u00e9ration dans le pauvre et le bricol\u00e9, dans l\u2019\u00e9chafaudage h\u00e9t\u00e9roclite de planches, de bouts de meubles, l\u2019organisation chaotique, plus du tout marginale ou provocante, flirterait parfois avec l\u2019effet de mode ou l\u2019acad\u00e9misme. Chez certains cet usage se bornerait \u00e0 l\u2019effet, \u00e0 l\u2019esth\u00e9tique ; un mime. Entre nous on pourrait amicalement conclure que ce vocabulaire ne r\u00e9sout rien si l\u2019on a dans les doigts des pr\u00e9tentions, des envies d\u2019avant-garde : Comme la peinture, le bricolage est un mode \u00e9tabli. (De toute \u00e9vidence, l\u2019art n\u2019appartient n\u00e9cessairement ni au bien fait, au beau m\u00e9tier, ni \u00e0 la richesse de ses objets, mais \u00e7a nous l\u2019admettions d\u00e9j\u00e0.)<br \/>\nEt \u00e0 cette justification \u00e9conomique, il fallait donc ajouter comme cette mani\u00e8re pouvait \u00eatre en premier lieu dict\u00e9e par une n\u00e9cessit\u00e9 esth\u00e9tique, plastique, c&rsquo;est-\u00e0-dire que ses aspects invitaient d\u00e9j\u00e0 un monde, un sens. On imagine mal les \u00e9chafaudages de Kawamata en parquet de ch\u00eane ajust\u00e9 puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019un \u00e9cho aux cabanes, aux abris pr\u00e9caires et faits \u00e0 la h\u00e2te, instinctifs. C\u2019est dire encore comme les \u0153uvres empruntent ces aspects mal \u00e9tablis, en chantier ou potentiellement changeants et conjecturaux de nos r\u00e9alit\u00e9s. Aspect esth\u00e9tique donc, \u00e9vident, qui nous pr\u00e9occupait ce soir peu. Un artiste m\u2019aura fait remarquer, s\u2019appuyant sur sa pratique, que la texture brute des mat\u00e9riaux pauvres s\u2019imposait pour lui comme un pendant \u00e0 sa pratique assidue de l\u2019\u00e9cran, des croquis photoshop &#8211; qui sont d\u00e9j\u00e0 du bricolage. Petite pens\u00e9e \u00e0 la po\u00e9sie concr\u00e8te etc. Et s\u2019il faut noter la part des bricoleurs qui le sont en r\u00e9action \u00e0 toute une esth\u00e9tique froide et technologique qui trouve aujourd\u2019hui sa place en art, il y a ceux qui le sont aussi par besoin de r\u00e9-exp\u00e9rimenter ce rapport tactile et ancestral \u00e0 la mati\u00e8re, aux petites techniques du \u00ab fait maison \u00bb. (Mais un monde s\u2019ouvre ici encore et si nous devions emprunter toutes les portes, \u00eatre encyclop\u00e9dique et exhaustif, nous ne toucherions jamais le but de notre petite discussion digestive.)<br \/>\nEn outre, cette \u00e9conomie de moyen se justifie par la fr\u00e9quente impossibilit\u00e9 de stocker les \u0153uvres et donc leur condamnation plus ou moins rapide au retour vers la benne. De sorte que la mise en \u0153uvre ne semble qu\u2019un \u00e9tat de passage, un \u00e9tat \u00ab artefactuel \u00bb et momentan\u00e9 de ce qui semble devoir retourner \u00e0 son \u00e9tat de vocation, de vacation. Il est vrai ici que ces \u0153uvres souvent ne sont plus vou\u00e9es \u00e0 la p\u00e9rennit\u00e9, \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9 des grandes et immortelles phrases et sont au contraire con\u00e7ues pour un lieu, un \u00e9v\u00e9nement, comme des interventions ponctuelles. Dans cette conscience de la relativit\u00e9 et de la fluctuation de tout, ces bricolages pr\u00e9caires suivent le cours des choses. Et le c\u00e9l\u00e8bre film de Fischli et Weiss est \u00e0 cet \u00e9gard singuli\u00e8rement parlant. Comme cette s\u00e9rie de mise en \u00e9quilibre dont les objets, on imagine, apr\u00e8s la prise de vue retourneront \u00e0 leur usage initial.<br \/>\nDans cette id\u00e9e de l\u2019\u0153uvre comme un moment sp\u00e9cial \u00e0 vivre avec le corps et avec la t\u00eate nous pensions \u00e0 l\u2019historique lecture de Hugo Ball au cabaret Voltaire et incidemment comme elle se donne \u00e0 nous par un extrait de son journal et une photographie noir et blanc et piqu\u00e9e. Mais sur cela nous rebondirons plus tard.<br \/>\nComme j\u2019exposais la notion d\u2019 \u00ab intellectuel prol\u00e9taro\u00efde \u00bb, devait s\u2019ajouter \u00e0 cette question des contraintes la perm\u00e9abilit\u00e9 de l\u2019\u0153uvre aux conditions de vie et \u00e0 l\u2019environnement tumultueux, relatif, passablement chaotique de celui qui l\u2019a cr\u00e9e et qui aussi \u00ab bricole \u00bb pour joindre les deux bouts. Elle me donnait l\u2019exemple d\u2019un ami \u00e0 elle dont les \u0153uvres, \u00e9minemment bricol\u00e9es et n\u00e9cessairement \u00e9ph\u00e9m\u00e8res, \u00e9taient le plus souvent faites des \u00e9l\u00e9ments de construction ou de d\u00e9cors que l\u2019artiste r\u00e9cup\u00e9rait lors des petits boulots qu\u2019il faisait. Dans le plus dr\u00f4le des cas ses \u0153uvres n\u2019\u00e9taient que le r\u00e9assemblage fantasque des \u00e9l\u00e9ments d\u2019une manifestation temporaire dont il avait \u00e9t\u00e9 responsable du montage\u2026 et du d\u00e9montage. Mais je me souviens qu\u2019aux Beaux-arts, les locaux \u00e9tant constamment lou\u00e9s \u00e0 des d\u00e9fil\u00e9s de mode, on se pr\u00e9cipitait \u00e0 chaque d\u00e9montage pour r\u00e9cup\u00e9rer dans les bennes des morceaux de toiles et des bouts de bois. Accessoirement pr\u00e8s des cuisines, des restes du buffet ou une bonne bouteille qu\u2019on aura soutir\u00e9e.<br \/>\nUne chose tr\u00e8s pr\u00e9sente dans les travaux de Tom Sachs par exemple est l\u2019int\u00e9gration du monde de l\u2019atelier dans l\u2019\u0153uvre. Il n\u2019est pas rare en outre que des reconstitutions d\u2019atelier prennent \u00e0 l\u2019occasion le statut d\u2019installation. Et ce glissement de l\u2019atelier en l\u2019\u0153uvre, cette perm\u00e9abilit\u00e9, pr\u00e9sente l\u2019\u0153uvre comme un processus de mise en forme se d\u00e9tachant progressivement du chaos du studio, ou le d\u00e9pla\u00e7ant. Tandis que pour Stephane Lecomte l&rsquo;exposition semble \u00eatre la sortie des bricolages d&rsquo;atelier pour leur organisation momentan\u00e9e, chez Chapuisat c&rsquo;est l&rsquo;atelier qui semble s&rsquo;inviter et investir le lieu d&rsquo;exposition, le travail \u00e9tant r\u00e9alis\u00e9 sur place en mani\u00e8re d\u2019appropriation.<br \/>\nPour y revenir, nul cynisme dans l\u2019emploi de ces mat\u00e9riaux ou dans cette mani\u00e8re, nulle revendication plastique d\u2019anoblissement du rebut, pas de th\u00e9matique de recyclage, justifications d\u00e9j\u00e0 anciennes, simplement l\u2019utilisation spontan\u00e9e d\u2019\u00e9l\u00e9ments quotidiens comme d\u2019un vocabulaire naturel. Une fa\u00e7on d\u2019aller au plus direct aussi. Et cela peut sembler \u00e9vident que ces \u00e9l\u00e9ments du monde que nous vivons s\u2019accordent sans question aux expressions que nous pouvons tenir sur lui. <\/p>\n<p>Nous mettions de cot\u00e9 volontairement le nouveau r\u00e9alisme, les cabanes de Ben, \u00abce quelque chose de politique qu\u2019on dit avec des objets \u00bb, selon son expression \u00e0 elle.<br \/>\nEt si le plus souvent encore, ces \u0153uvres sont vou\u00e9es \u00e0 des lieux qu\u2019elles se proposent d\u2019investir pour un temps d\u00e9termin\u00e9, nous remarquions dans notre discussion comme assez souvent il ne s\u2019agissait \u00e0 proprement parler peu d\u2019objets expos\u00e9s, comme on dit \u00ab un objet d\u2019art \u00bb, non plus d\u2019installation en ce que ce terme \u00e9voque d\u00e9j\u00e0 une \u0153uvre \u00e0 peu pr\u00e8s d\u00e9limit\u00e9e, plut\u00f4t d\u2019environnements, de mani\u00e8res de faire d\u2019un espace un lieu. Ces bricolages que nous \u00e9voquions avaient des mani\u00e8res de d\u00e9coration en ce sens qu\u2019ils \u00e9taient souvent des fa\u00e7ons d\u2019habiter, de meubler un espace, d\u2019y faire advenir des rapports de vides et pleins, des jeux de signes, de mati\u00e8res et de couleurs. Chez Hirschorn, Klingelez, Honor\u00e9 d\u2019O et quelques autres, le bricolage se d\u00e9veloppe dans l\u2019espace comme un envahissement, une contagion ou une colonisation. Que ce soit pour mettre en espace une pens\u00e9e qui se ramifie comme au sein de l\u2019atelier chaque tentative, un propos rhizomatique de pistes et d\u00e9rives ou un r\u00e9seau semblable \u00e0 celui de la ville, l\u2019\u0153uvre prend alors l\u2019aspect vernaculaire de ces choses qui se construisent \u00e0 l\u2019usage ou par le geste, qui <i>s\u2019induisent plus qu\u2019elles ne se pr\u00e9voient<\/i>. Je pensais alors au passage comme les installations de Nicole Cuglievan ou d&rsquo;Arnaud Labelle-Rojoux ont pris le parti de la forme murale avec un \u00ab\u00a0\u00e9caillement\u00a0\u00bb progressif qui conqui\u00e8re l&rsquo;espace depuis lui. Une sorte particuli\u00e8re de ce d\u00e9veloppement.<br \/>\nNous avons parl\u00e9 ici aussi d\u2019ornement, l\u2019admettant au sein de l\u2019art par la mani\u00e8re semblable qu\u2019il semble avoir d\u2019\u00e9quiper un espace pour un faire un lieu, c&rsquo;est-\u00e0-dire un territoire investi, et d\u2019ainsi sugg\u00e9rer et peupler tout un imaginaire, des pistes de divagation. Art tout aussi n\u00e9cessaire que l\u2019art jug\u00e9 plus haut en ce qu\u2019il est essentiel \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre psychique. Sa n\u00e9gation : la torture blanche.<br \/>\nNous n\u2019avons pas d\u00e9riv\u00e9 vers les notions connexes d\u2019art in situ et d\u2019art situ\u00e9 pour lesquelles nous aurions convoqu\u00e9 Buren et d\u2019autres. Economie que n\u2019aurait certainement pu faire un bouquin s\u00e9rieux.<br \/>\nDans ce dispositif, la planche de bois inclin\u00e9e sur un mur ou la pierre pos\u00e9e dans un coin sur un morceau de journal ne comptent pas tant en eux m\u00eame comme \u00e9l\u00e9ments circonscrits et autonomes mais plut\u00f4t \u00e0 la mani\u00e8re de touches et de mati\u00e8res dans un tableau qui, par les liens qu\u2019elles entretiennent, tissent un ensemble \u00e9quilibr\u00e9, un petit monde.<br \/>\nNous en venions \u00e0 consid\u00e9rer en outre comme, dans cet ordonnancement \u00e9nigmatique de d\u00e9bris, d\u2019emprunts, de collages et de signes, rien de tr\u00e8s clair ne semble pouvoir ni vouloir s\u2019\u00e9noncer. De fait, est revendiqu\u00e9e g\u00e9n\u00e9ralement une volont\u00e9 d\u2019\u00e9quivoque, une libert\u00e9 laiss\u00e9e \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation, un refus de toute parole dogmatique ou de tout \u00e9nonc\u00e9 autoritaire. On retrouve cette expression de \u00ab signes magnifiques qui baignent dans la lumi\u00e8re de leur absence d\u2019explication \u00bb, la question du montage et l\u2019aspect parfois \u00ab kal\u00e9idoscopique \u00bb du monde. Ainsi d\u2019un environnement quelconque qui ne se propose que d\u2019\u00eatre et que nous extrapolons par nos \u00e9chos intimes, nos r\u00e9sonances internes. On a pu y voir alors un lieu de ressource pour l\u2019imaginaire, la cr\u00e9ation d\u2019une \u00e9tranget\u00e9 disponible, inspiratrice de r\u00e9flexions, de sentiments. Une mani\u00e8re de paysage. C\u2019est peut-\u00eatre Val\u00e9ry qui disait quelque part comme l\u2019image la plus ad\u00e9quate du chaos \u00e9tait un chaos elle-m\u00eame et tout \u00e7a c\u2019est un marais primordial \u00e9minemment fertile. Possible que cela rejoigne la revanche des \u00e9motions sur le concept dont parle Catherine Grenier.<br \/>\nJe vois volontiers dans cette volont\u00e9 polys\u00e9mique, dans la relativit\u00e9 m\u00eame de ces pi\u00e8ces \u00e9ph\u00e9m\u00e8res et flottantes, mal \u00e9tablies en somme dans leur parole comme dans leur existence, comme un r\u00e9-enchantement du domaine de l\u2019art, et par contagion, de notre rapport au monde (si ces deux choses ne sont pas une). Tout l\u2019inverse de concepts ac\u00e9r\u00e9s. Formes qui ne sont pas tant celles du r\u00e9cit que celles du r\u00eave, ce quelque chose d\u2019anarchique de l\u2019activit\u00e9 \u00ab r\u00eavante \u00bb qui met en connexion, comme le note J.B. Pontalis, des sensations et des traces, des fragments. Pour cela sans doute, \u00e0 la fois volontairement mais plus vraisemblablement n\u00e9cessairement et parfois inconsciemment, ces bricolages se montrent r\u00e9tifs \u00e0 toute forme, \u00e0 toute signification. Un enchantement. L\u2019informe ?<br \/>\nA un moment on a parl\u00e9 de briques que l\u2019on aurait d\u2019abord ajout\u00e9es positivement comme on dit ajouter sa pierre \u00e0 l\u2019\u00e9difice sinon que cet art du bricolage passager se refuserait \u00e0 cette pr\u00e9tendue progression en laquelle il ne croirait plus, qu\u2019au contraire il adopterait le caract\u00e8re transitoire d\u2019un monde qui succ\u00e8de \u00e0 un autre et passe \u00e0 son tour. Qu\u2019en quelque sorte, ces bricolages refuseraient le mythe des avant-gardes, de la surench\u00e8re ou de la rupture, acceptant l\u2019absence de toute v\u00e9rit\u00e9 en favorisant au contraire quelque chose comme un bavardage, ce lieu mobile de la conversation, de r\u00e9cr\u00e9ation. Disons-le : nous n\u2019avons plus de certitudes, nous voulons (ou ne pouvons que) dire large.<br \/>\nD\u2019ailleurs ces consid\u00e9rations sur ce monde des assemblages d\u00e9rivaient comme les plantes poussent en friche sur un terrain f\u00e9cond.<br \/>\nDes \u0153uvres bricol\u00e9es donc, et \u00e9ph\u00e9m\u00e8res, en quelque sorte vou\u00e9es \u00e0 une existence photographique, virtuelle, \u00e0 ce t\u00e9moignage partiel et partial, cette trace qui est une mise en sc\u00e8ne aussi donc une extrapolation. L\u2019image va au del\u00e0 du visible. On admettra comme postulat de d\u00e9part pour resituer notre r\u00e9flexion que l\u2019\u0153uvre sera r\u00e9alis\u00e9e sur place avec quelques \u00e9l\u00e9ments trouv\u00e9s non loin, qu\u2019apr\u00e8s l\u2019exposition elle sera d\u00e9mont\u00e9e et on ne stockera pas des planches trouv\u00e9es \u00e0 la poubelle, on en retrouvera au besoin \u00e0 une autre occasion pour une r\u00e9alisation future. Par contre on se focalisera sur les photos pour archives et dossiers, ce sera la mani\u00e8re qu\u2019aura l\u2019\u0153uvre de se donner \u00e0 voir. Comme chaque ligne d\u2019un CV est un \u00e9l\u00e9ment du parcours chaque \u0153uvre sera une balise, un jalon d\u2019une d\u00e9rive qui dessinera l\u2019\u0153uvre d\u2019un tel. Tout se passe apparemment comme si cette m\u00e9diation \u00e9tait l\u2019objet ultime de cette mise en \u0153uvre mat\u00e9rielle dont l\u2019image alors, avec tout ce qu\u2019elle comporte d\u2019ouvert, ce qu\u2019elle \u00e9voque, serait l\u2019accomplissement mythologique. L\u2019image qui ne contredit aucun possible mais au contraire les favorise, invite les extrapolations, redouble alors la vocation mythologique de ces \u0153uvres, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 mon sens qu\u2019elle met en perspective une approche mythique du monde. A ce niveau nous concluons \u00e0 un mode d\u2019observation et de r\u00e9flexion visant \u00e0 une exploitation sp\u00e9culative du monde sensible en termes sensibles, regrettant de ne pas nous souvenir mieux des observations de L\u00e9vy Strauss. Qu\u2019est-ce, le bricolage ? Le brie-collage ? Coller des bris de briques avec des d\u00e9bris de brie. Divagations que n\u2019aurait pas reni\u00e9es un certain Marcel Duchamp. C\u2019\u00e9tait assez con \u00e0 vrai dire ces \u00e9chapp\u00e9es verbales de fin de soir\u00e9e mais nous avions un peu parl\u00e9 dans la discussion du s\u00e9rieux qu\u2019ont les enfants au jeu et qui s\u2019apparentait \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience concr\u00e8te que nous avions tout deux de la pratique de l\u2019art.<br \/>\nPetit jeu qui eu le m\u00e9rite par ailleurs de nous rappeler l\u2019importance du collage ce qui semblait devoir nous ouvrir le champ de l\u2019art entier, un p\u00e9rim\u00e8tre trop vaste, la pens\u00e9e n\u2019\u00e9tait-elle pas fondamentalement une pratique constante du collage, tout ce qui se fait par ajout est collage, pas seulement ces po\u00e8mes surr\u00e9alistes, ces montages photographiques, les collages cubistes, dada\u00efstes, pop, etc. Tout un chapitre encore. A propos du bricolage il faudrait aller aussi jusqu\u2019au Caravage bricolant avec servantes, voisins et putains ses pi\u00e9ta magistrales. Toute la peinture. Vaste.<br \/>\nComme par jeu nous avons recens\u00e9 ces artistes qui, \u00e0 port\u00e9e de main, pourraient peupler l\u2019exposition imaginaire dont nous serions les commissaires. En vrac ou par rebonds : Picasso avec sa t\u00eate de taureau, Erwin Wurm et ses one minute sculptures, Richard Baqui\u00e9, Marcel Duchamp, Marcel Broodthaers, le cirque de Calder, Thomas Hirschorn, les ruines de Sarah Tritz, Emilie Perotto, les fr\u00e8res Chapuisat, les sculptures de Daniel Dezeuze, Robert Filliou, Kurt Schwiters, Fischli et Weiss, leurs objets en \u00e9quilibre comme l\u2019encha\u00eenement film\u00e9 du cour des choses, Isa Gensken, Jessica Stockholder en toute proximit\u00e9, Honor\u00e9 d\u2019O, la jeune Leslie Amine crois\u00e9e il y a peu, Jean-Fran\u00e7ois Leroy, Bill Woodrow, Giorgio Andreotta Calo, Nelli David, Yann Eouzan, Nicole Cuglievan, Cyril Dietrich et toute la troupe de D\u00fcsseldorf, le man\u00e8ge de petit pierre mais nous \u00e9viterons l\u2019art brut ou singulier, Paul Pouvreau, Pedro Cabrita Reis, Romain Pellas, les combines de Rauschenberg, des \u00e9quilibres de Zorio et pas mal de choses de l\u2019arte povera en g\u00e9n\u00e9ral, Beaurin et Domercq, Sarah Sze, Martin Laborde, Malachi Farrell, Joachim Mogarra. Nous pourrions de jour en jour allonger la liste. Avis.<\/p>\n<p>Vendredi 20 juin<\/p>\n<p><!--[if !supportEmptyParas]--> <!--[endif]--><\/p>\n<p><!--[if !supportEmptyParas]--> <!--[endif]--><\/p>\n<p>Il y a en cela une logique ancestrale qui date d\u2019avant l\u2019av\u00e8nement du tableau qui est comme l\u2019\u00e9laboration d\u2019un espace d\u00e9di\u00e9, lorsque l\u2019art \u00e9tait taill\u00e9 dans l\u2019os et color\u00e9 avec les quelques rares teintes de la terre du charbon et du sang. <\/p>\n<p><!--[if !supportEmptyParas]--> <!--[endif]--><\/p>\n<p>\n <!--[if !supportLineBreakNewLine]--><br \/>\n <!--[endif]--><\/p>\n<p>\n<!--[endif]--><\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ebauche pour une r\u00e9flexion sur le bricolage et quelques autres aspects de nos pratiques actuelles : texte bricol\u00e9 sur le bricolage. Dans notre discussion il \u00e9tait question de cette r\u00e9currence ou g\u00e9n\u00e9ralisation de certains types de bricolages dans l\u2019art actuel, de certaines typologies d\u2019installations dans lesquelles il me semblait que nous devions lire la physionomie [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-3467","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3467","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3467"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3467\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4189,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3467\/revisions\/4189"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3467"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3467"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3467"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}