{"id":3488,"date":"2008-03-25T18:57:00","date_gmt":"2008-03-25T17:57:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/martel-de-janville\/"},"modified":"2013-08-16T11:14:06","modified_gmt":"2013-08-16T10:14:06","slug":"martel-de-janville","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/martel-de-janville\/","title":{"rendered":"Martel de Janville"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-content\/uploads\/blogger\/_qwjJ8iJ7ekg\/R-k9abLO1gI\/AAAAAAAAAcA\/QrL8gD5R2Lo\/s1600\/martel%2Bde%2Bjanville.JPG\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-content\/uploads\/blogger\/_qwjJ8iJ7ekg\/R-k9abLO1gI\/AAAAAAAAAcA\/QrL8gD5R2Lo\/s400\/martel%2Bde%2Bjanville.JPG\" alt=\"\" border=\"0\"><\/a><\/p>\n<p>Il y a deux ans peut-\u00eatre je prenais mes premi\u00e8res photos du sanatorium Martel de Janville. Inaugur\u00e9 en 1937, reconverti \u00e0 l\u2019usage m\u00e9dical en 1978, le b\u00e2timent en grande partie d\u00e9saffect\u00e9 ne conservait jusqu\u2019en 2005 que deux \u00e9tages consacr\u00e9s au soin des personnes \u00e2g\u00e9es. J\u2019avais d\u2019abord d\u00e9couvert l\u2019\u00e9difice de Pol Abraham et Henri-Jacques Le M\u00eame par l\u2019ext\u00e9rieur ; on y aborde au nord par une face dure tenue dans l\u2019ombre \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019une cour int\u00e9rieure par l\u2019amont et l\u2019aile ouest. Un parking d\u00e9sert et nu. Par le cot\u00e9 une sente invite \u00e0 d\u00e9couvrir la fa\u00e7ade sud anim\u00e9e de balcons saillants. Se trouve une terrasse artificielle am\u00e9nag\u00e9e pour la promenade, aujourd\u2019hui une respiration, une aire veill\u00e9e par l\u2019aplomb du b\u00e2ti. <\/p>\n<div>  <\/div>\n<p><i>L&rsquo;aile principale est expos\u00e9e au sud, longue de 120m elle contient les 163 chambres (dont 9 doubles) avec leur cure, la partie Est (sous-officiers) compte 6 niveaux tandis que la partie Ouest (officiers), plus courte, en compte 9. Dans un avant-corps central sont dispos\u00e9s, en fa\u00e7ade sud et sur les trois premiers niveaux du b\u00e2timent, la biblioth\u00e8que, les salons, l&rsquo;accueil et la salle \u00e0 manger des militaires. Cette aile principale, au sud, est reli\u00e9e \u00e0 une aile nord, transversale \u00e0 la pente et regroupant l&rsquo;essentiel des services du b\u00e2timent: cuves \u00e0 mazout et chaufferie au 2e sous-sol, buanderie au 1er sous-sol, cuisines et \u00e9conomat au rez-de-chauss\u00e9e, service m\u00e9dical au 1er, chambres et espaces des s\u0153urs et infirmi\u00e8res au 2e. Cette aile nord est couronn\u00e9e par la chapelle du sanatorium au 3e \u00e9tage.<\/p>\n<p><\/i><\/p>\n<div>  <\/div>\n<p>C\u2019est \u00e9trangement beau et fascinant ces cent balcons individuels bascul\u00e9s dans la lumi\u00e8re, l\u2019immobilit\u00e9 sourde, les toiles oranges, et sous la peintures blanche qui s\u2019\u00e9caille, l\u2019ancienne couleur brique de ce b\u00e2timent moderne qui fut le premier \u00e0 rompre avec l\u2019uniformit\u00e9 claire. (avant d&rsquo;\u00eatre repeint en blanc en 1977, Le b\u00e2timent formait ainsi avec le jaune du sanatorium du Roc-des-Fiz, situ\u00e9 500m derri\u00e8re, et le rose du sanatorium Gu\u00e9briant, une v\u00e9ritable composition chromatique \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de la station.) Toujours, et ici peut-\u00eatre plus qu\u2019ailleurs, la conjonction de ces nombreuses individualit\u00e9s r\u00e9unies dans l\u2019habitat collectif me donne une id\u00e9e \u00e9mouvante et solide de l\u2019humanit\u00e9. La pr\u00e9sence isol\u00e9e de ce qui semble alors une \u00eele ancienne, le calme singulier qui y r\u00e8gne, tout concoure \u00e0 vous maintenir dans les dispositions sp\u00e9ciales des grand r\u00eaveurs, des utopies belles. Le temps semble gel\u00e9. Dedans, les meubles abandonn\u00e9s n\u2019\u00e9taient pas encore pris dans la poussi\u00e8re et bien que totalement d\u00e9peupl\u00e9, des pr\u00e9sences \u00e9taient partout. Comme un bateau fant\u00f4me, <span>il semblerait que la nuit \u00e7a se repeuple de vieux malades, des officiers \u00e0 galons d\u00e9but du si\u00e8cle qui continuent en boucle le m\u00eame rituel surann\u00e9. Un peu de l\u2019\u00eele de Morel. (Me vient instinctivement cette image ramen\u00e9e par un robot sous-marin, le salon d\u2019apparat du Titanic les lustres comme des m\u00e9duses retourn\u00e9s au plafond par l\u2019air des ampoules.) <\/span>Le grand b\u00e2timent semblait avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 en vitesse, des lits laiss\u00e9es en travers des couloirs et parfois dans une chambre sur une table un bouquet fan\u00e9 de fleurs, des cartes postales au mur \u00e0 la droite du lavabo. Un livre ouvert retourn\u00e9 sur un chevet. Comme si les gens \u00e9vapor\u00e9s. On imagine un grand \u00eatre majeur et noble vid\u00e9 des \u00eatres laborieux qu\u2019il abrite. Et dans cette vidange le b\u00e2timent lui m\u00eame devient \u00e0 l\u2019image des montagnes un vieil habitant du monde. Bien sur il y avait un petit crime \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer cette intimit\u00e9 dont il semblait \u00e0 chaque porte qu\u2019un habitant pourrait surgir. Pareil \u00e0 l\u2019escargot, les murs int\u00e9rieurs sont un peu constitutifs de l\u2019homme qui y habite, peau contre peau. J\u2019ai peu pouss\u00e9 dans cette fouille coupable. Ce qui rend l\u2019\u00e9difice attachant c\u2019est aussi de consid\u00e9rer ses espaces, ses volumes et le soin port\u00e9 \u00e0 chaque chose. Les atmosph\u00e8res, les vues, les compositions et les textures.<\/p>\n<div>  <\/div>\n<p><i>Les couloirs sont rev\u00eatus au sol de carreaux de gr\u00e8s c\u00e9rame avec des plinthes \u00e0 gorge facilitant le nettoyage, la partie centrale est rev\u00eatue de carreaux d&rsquo;asphalte comprim\u00e9 lesquels, moins sonores, att\u00e9nuent les bruits de pas des circulations. <\/p>\n<p><\/i><\/p>\n<div>  <\/div>\n<p>Dans le hall c\u2019est extr\u00eamement beau cette large ouverture circulaire prise dans un carr\u00e9. (chaque long couloir est conclu \u00e0 l\u2019inverse d\u2019un carr\u00e9 dans un cercle) Et au plafond les globes de verre souffl\u00e9 suspendu \u00e0 diff\u00e9rentes hauteurs. D\u2019o\u00f9 le choc en apprenant hier que le sanatorium, rachet\u00e9 par un<a href=\"http:\/\/www.marteldejanville.com\/\"> promoteur<\/a>, allait \u00eatre revendu \u00e0 la d\u00e9coupe, transform\u00e9 en appartements de vacance. D\u00e9j\u00e0 un film d\u2019horreur \u00e0 \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9 il y a peu dans les locaux d\u00e9saffect\u00e9s et la peinture noire pass\u00e9e aux murs, les traces de faux sang au chambranle des portes sans aucune consid\u00e9ration pour l\u2019\u0153uvre dans laquelle ces conneries ont eu lieu, \u00e7a m\u00e9duse. On pourrait s\u2019en \u00e9tonner sauf qu\u2019on se rappelle que la villa Savoie devait \u00eatre ras\u00e9e pour laisser place \u00e0 une \u00e9cole, que d\u2019autres choses ont eu moins de chance, et qu\u2019en ce moment m\u00eame on matraque des tib\u00e9tains qui pr\u00e9tendent avec un peu trop d\u2019insistance \u00e0 d\u00e9cider d\u2019eux m\u00eame. Ici la solution est sans doute la meilleure pour maintenir debout le curieux \u00e9difice.  <\/p>\n<div>  <\/div>\n<p><!--[if !supportEmptyParas]--> <!--[endif]--><\/p>\n<div>  <\/div>\n<p><i><\/p>\n<p>Le D\u00e9partement d&rsquo;Architecture du Centre Georges Pompidou a acquis en 2003 le fonds Pol Abraham qui conserve un grand nombre de dessins originaux, photographies et articles relatifs \u00e0 Martel de Janville et aux autres sanatoriums du Plateau d&rsquo;Assy.<\/p>\n<p><\/i><\/p>\n<div>  <\/div>\n<p><i><\/p>\n<p>Les officiers et sous-officiers disposaient d&rsquo;un lit avec chevet int\u00e9gr\u00e9, d&rsquo;un bureau en applique situ\u00e9s sous le ch\u00e2ssis \u00e0 guillotine, d&rsquo;une chaise et d&rsquo;un fauteuil. Ces \u00e9l\u00e9ments de mobilier \u00e9taient en t\u00f4le pli\u00e9e laqu\u00e9e, facilitant le lavage et la d\u00e9sinfection. Une partie du mobilier, et notamment le lit \u00e0 chevet int\u00e9gr\u00e9, est dessin\u00e9 et r\u00e9alis\u00e9 par Jean Prouv\u00e9 sp\u00e9cifiquement pour Martel de Janville. Les chambres des officiers sont l\u00e9g\u00e8rement plus grandes que celles des sous-officiers (40cm plus profondes) et rev\u00eatues d&rsquo;un parquet mosa\u00efque \u00ab\u00a0No\u00ebl\u00a0\u00bb sans joints, parfaitement hygi\u00e9nique.<\/p>\n<p><\/i><\/p>\n<div>  <\/div>\n<p>Aujourd\u2019hui l\u2019histoire est en train de se <a href=\"http:\/\/martel.de.janville.free.fr\/index.html\">clore<\/a>, qui sait o\u00f9 sont parti les meubles, et je suis persuad\u00e9 \u00eatre parmi les derniers \u00e0 avoir pu examiner dans son \u00e9tat flottant ce qui est consid\u00e9r\u00e9 comme une des sept \u0153uvres d\u2019architecture moderne remarquable dans la r\u00e9gion Rh\u00f4ne alpes. <\/p>\n<\/p>\n<div>  <\/div>\n<p><i><\/p>\n<p>Le rythme de vie des patients, la discipline militaire reproduite dans l&rsquo;enceinte du b\u00e2timent et l&rsquo;isolement extr\u00eame de la station donnaient au sanatorium l&rsquo;image d&rsquo;un lieu hors du temps, d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 autonome d&rsquo;hommes en sursit mais aussi d&rsquo;un \u00eelot de vie dans les hauteurs alpines.<\/i><\/p>\n<div>\n<\/div>\n<\/p>\n<div>\n<span>les parties en italique proviennent de la base du site <a href=\"http:\/\/www.archi.fr\/DOCOMOMO-FR\/fiche-sanatorium-martel.htm\">docomomo. <\/a><\/span>\n<\/div>\n<p><i><\/p>\n<p><\/i><\/p>\n<p><!--[if !supportEmptyParas]--> <!--[endif]--><\/p>\n<div>  <\/div>\n<p><!--[if !supportEmptyParas]--> <!--[endif]--><\/p>\n<div>  <\/div>\n<p><span><!--[if !supportEmptyParas]--> <!--[endif]--><\/p>\n<p><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a deux ans peut-\u00eatre je prenais mes premi\u00e8res photos du sanatorium Martel de Janville. 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