{"id":3518,"date":"2008-01-25T10:20:00","date_gmt":"2008-01-25T09:20:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/lettre-a-un-artiste\/"},"modified":"2013-08-16T11:14:10","modified_gmt":"2013-08-16T10:14:10","slug":"lettre-a-un-artiste","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/lettre-a-un-artiste\/","title":{"rendered":"lettre \u00e0 un artiste"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-content\/uploads\/blogger\/_qwjJ8iJ7ekg\/R5mqHBI6RZI\/AAAAAAAAAW0\/i548sBZ4XDg\/s1600\/deacon_ropac%2B07.JPG\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-content\/uploads\/blogger\/_qwjJ8iJ7ekg\/R5mqHBI6RZI\/AAAAAAAAAW0\/i548sBZ4XDg\/s320\/deacon_ropac%2B07.JPG\" alt=\"\" border=\"0\"><\/a><\/p>\n<p><span> Plut\u00f4t que r\u00e9p\u00e9ter ici ce que j\u2019ai dit ailleurs, copier\/coller. parce qu&rsquo;\u00eatre artiste c&rsquo;est aussi s&rsquo;interroger de concours sur les modalit\u00e9s de l&rsquo;art, partager des difficult\u00e9s et les troubles dans lesquels \u00e7a nous plonge de d\u00e9fricher ce genre de jungle.<\/span><\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p>Il y a par exemple cette derni\u00e8re exposition de Richard Deacon galerie Ropac sur laquelle j\u2019aurai voulu \u00e9crire mais qui ne m\u2019a rien souffl\u00e9 : seulement j\u2019avais cette \u0153uvre en face de moi, sa pr\u00e9sence magnifique, magistrale. J\u2019observais le travail technique, la pr\u00e9cision industrielle m\u00eal\u00e9s de quelque chose d\u2019artisanal, une sorte de labeur amoureux, pour donner cette tournure. On aurait pu \u00e9voquer l\u00e0 les affinit\u00e9s avec un univers de formes scientifiques, sch\u00e9mas atomiques ou autre, l\u2019importance de la mati\u00e8re qui se donnait \u00e0 voir dans ses polissures, le travail des pleins et des vides inh\u00e9rent \u00e0 la sculpture. La simplicit\u00e9 de r\u00e9ception de l\u2019\u0153uvre, son \u00e9vidence, et la complexit\u00e9 technique du volume et de son assemblage. Rien de bien neuf, rien de bien \u00e9difiant \u00e0 dire en sorte. Apr\u00e8s, le travail de celui qui \u00e9crit sur l\u2019art (car je pr\u00e9f\u00e8re \u00e9crire sur l\u2019art \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019Apollinaire plut\u00f4t que faire m\u00e9tier de critique) serait sans doute d\u2019essayer de dire la mani\u00e8re qu\u2019\u00e0 l\u2019\u0153uvre de vous taire, de dissiper tout discours. Dire le sentiment de pr\u00e9sence, ce qu\u2019il a d\u2019exc\u00e9dent. Pour cela convoquer les fa\u00e7ons qu\u2019\u00e0 Antonioni par exemple d\u2019exprimer en image le sentiment d\u2019angoisse, chercher du cot\u00e9 des formes moles de Tanguy. Si vous \u00eates un peu historien, digresser du cot\u00e9 de la sculpture anglaise, de Cragg \u00e0 Caro en passant par Woodrow et Flanagan. Et pour s\u2019aider un peu, rien de mieux que de citer au besoin quelques propos de l\u2019artiste, \u00e9ventuellement les consid\u00e9rations d\u2019un critique ou historien.<\/p>\n<div> <\/div>\n<p>On comprendra comme aborder le travail en cour d\u2019un jeune artiste vous enl\u00e8ve pas mal de ces b\u00e9quilles. D\u2019autant plus grande est la difficult\u00e9 si l\u2019\u0153uvre t\u00e2tonne et peine d\u2019elle m\u00eame \u00e0 affirmer une direction identifiable, univoque. Vous \u00eates alors devant un objet sans prise, flottant dans le contexte. C\u2019est pas tout \u00e0 fait vrai, en fait vous discernez bien des pistes, n\u00e9cessairement plurielles, on parle de peintures murales, vous pensez \u00e0 Tremlett, \u00e0 Lewitt, Alberola, Cuzin. Ce n\u2019est rien de cela pourtant. Les dispendieux aplats vous orientent plus pr\u00e8s du colorfield, des grands tableaux expressionnistes abstraits de Cliford Still, Newman, de la peinture d\u00e9mont\u00e9e \u00e0 ses composantes primaires : forme et couleur. Et en effet, les projets muraux qu\u2019on vous pr\u00e9sente semblent jouer des puissances expressives de la couleur, de quelques formes. Si ce n\u2019est que quelques jeux \u00e9tranges d\u2019harmonies et disharmonies \u00e9voquerait aussi des recherches plus r\u00e9centes qui rappellent, on ne sait pas bien pourquoi, les abstraits allemands de Richter \u00e0 Ohelen. Il y a toute une \u00e9cole abstraite que je connais mal, sans doute affili\u00e9e \u00e0 l\u2019art concret ou formel, qui se serait empar\u00e9 de ces pr\u00e9occupations picturales. Quelqu\u2019un comme Bustamante y aurait pioch\u00e9 dans son travail r\u00e9cent sur plexiglas. (mais on peut penser aux extr\u00eames contemporains, Jonathan Lasker, Pia Fries, David Reed etc.) Comme tout \u00e7a ne m\u2019int\u00e9resse pas tellement en g\u00e9n\u00e9ral et ne me nourri pas, j\u2019avoue avoir quelques carences de ce cot\u00e9. Je pense naturellement \u00e0 Stella pour cette mani\u00e8re de mettre en forme \u00e9loquente des choses h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes et douteuses, comme des rebuts. A y regarder de plus pr\u00e8s, et c\u2019est en un sens co\u00efncidence amusante, ces grands muraux ne r\u00e9pondent que partiellement \u00e0 l\u2019esth\u00e9tique expressionniste et formaliste. S\u2019il brisent par d\u2019\u00e9tranges assortiments de couleurs les harmonies spiritualistes de ces derniers en y instillant un grincements, ils y ajoutent des \u00e9tranget\u00e9s qui pourrait \u00e9voquer un peu les formes-valises (comme on dirait les mots-valises) d\u2019Alberola ou la m\u00e9canique de symbolisation du grand verre de Duchamp. Et si je disais tout \u00e0 l\u2019heure \u00ab co\u00efncidence amusante \u00bb, c\u2019est que ce surr\u00e9alisme d\u00e9vi\u00e9 nous replace aux d\u00e9buts historiques des abstractions am\u00e9ricaines qui en subissaient l\u2019influence. De deux choses l\u2019une, soit les muraux de E. sont \u00e0 appr\u00e9hender comme des variations formelles compliqu\u00e9es d\u2019intrusions comme des images pr\u00e9gnantes ou de quelques images concr\u00e8tes \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un Rauschenberg ou d\u2019un Polke (encore que je connaisse moins et comprenne mois le deuxi\u00e8me ; recherche sur les modalit\u00e9s d\u2019image, soit). Soit, il s\u2019agirait l\u00e0 de quelque collage n\u00e9o dada (notre \u00e9poque le justifierait) d\u2019une mani\u00e8re de dire la complexit\u00e9 du monde, toute en affectant une d\u00e9sinvolture paradoxalement exprim\u00e9e en grand et avec s\u00e9duction (il ne m\u2019\u00e9tonnerait pas que ce soit le format et la volont\u00e9 d\u2019esth\u00e9tisme qui soit \u00e0 l\u2019origine d\u2019une difficult\u00e9). Une volont\u00e9 d\u2019imm\u00e9diatet\u00e9, de simplicit\u00e9, m\u00eal\u00e9e d\u2019affection pour l\u2019enfance ou les repr\u00e9sentations primitives \u00e9voquerait peut-\u00eatre une complexe mani\u00e8re d\u2019\u00eatre au monde sans r\u00e9elle certitude ni direction, les \u0153uvres \u00e9tant alors tout \u00e0 la fois surfaces d\u2019expression na\u00efve et lieux de recherche de sens o\u00f9 se traceraient les termes d\u2019un probl\u00e8me. Un des probl\u00e8me, et quelqu\u2019un comme Raymond Hains l\u2019\u00e0 dit je crois, c\u2019est qu\u2019un moment les choses vous semblent interchangeables, que le tableau peut \u00eatre le lieu de variations innombrables et \u00e0 peu pr\u00e8s toutes l\u00e9gitimes et acceptables. Malaise de l\u2019art contemporain qui s\u2019est si bien d\u00e9fait de tout canon qu\u2019il flirte souvent alors avec l\u2019arbitraire. La critique souvent alors semble un exercice de style et l\u2019on peut consacrer ou condamner sur un m\u00eame argument. Peut-on dire que ce que l\u2019on trouve mauvais aujourd\u2019hui nous fascinera peut-\u00eatre demain, que chacun \u00e0 ses raisons -toutes l\u00e9gitimes- et que notre r\u00e9ticence ne fait qu\u2019accuser nos propres bornes, que rien n\u2019est si d\u00e9termin\u00e9, si discriminant. Pour preuve l\u2019\u00e9clatement des pratiques, les enthousiasmes divergents. C\u2019est un autre probl\u00e8me qui nous \u00e9gare mais, au regard de quelques bibelots contemporains, on ne distingue plus qu\u2019une vague autorit\u00e9 d\u2019\u00e9tat, un acad\u00e9misme en retard sur lui-m\u00eame et qui ne sait plus tr\u00e8s bien comment reconna\u00eetre ses moutons. Peut-\u00eatre le probl\u00e8me d\u2019un art qui serait d\u00e9connect\u00e9 de la vie, tournerait sur lui m\u00eame rassis d\u2019auto citations. Mais revenons : Comment assembler deux formes et deux couleurs, ce qui en soit est tr\u00e8s simple et offre des possibilit\u00e9s infinies, y ajouter par ici une image ou une texture, un \u00ab effet \u00bb, et convoquer l\u2019attention, nourrir le spectateur ?  <\/p>\n<div> <\/div>\n<p>Si les visitant dans une galerie, ces muraux retiendraient mon attention ? une des difficult\u00e9s est qu\u2019\u00e0 priori je n\u2019ai pas d\u2019affinit\u00e9 dans cette recherche et si la peinture d\u2019un Belorgey ne m\u2019excite pas en soit, je serai naturellement plus enclin \u00e0 en d\u00e9celer les fonctionnements pour en cerner le territoire et d\u00e9terminer nos empi\u00e8tements. D\u2019un Bernard Frize (puisque nous en parlions r\u00e9cemment), je reconna\u00eetrai les qualit\u00e9s tout en ne pouvant rien en tirer pour moi m\u00eame, je n\u2019ach\u00e8terai pas le livre. A priori alors si je voyais tes muraux, sans doute j\u2019y porterai int\u00e9r\u00eat, je pourrai trouver \u00e7a beau, \u00e9trange, mais je crois aussi que je ne trouverai pas grand chose dans ce travail pour me l\u2019approprier. Peut \u00eatre cette ambigu\u00eft\u00e9 de lecture dont on a d\u00e9j\u00e0 souvent parl\u00e9, je ne sais pas si je saurai quoi en faire de ce grand mural. Il me dirait une possibilit\u00e9, une mani\u00e8re de faire de la peinture aujourd\u2019hui, mais je ne vois pas ce que \u00e7a pourrait me dire \u00e0 moi. Y\u2019a cette grande surface bleue au mur, ce H et puis cette photo, OK. Soit. Pas vraiment de porte d\u2019entr\u00e9e, de hall d\u2019accueil. \u00c7a reste tr\u00e8s herm\u00e9tique, tr\u00e8s frontal. Il y a un cot\u00e9 \u00ab graphisme \u00bb l\u00e0 dedans, j\u2019avais l\u2019impression un peu de bouquiner un magasine comme \u00ab \u00e9tapes \u00bb. \u00c7a ne me dit pas un sentiment comme les plexis de Busta, (les lumi\u00e8res) tr\u00e8s simples aussi, me disent une m\u00e9lancolie asphyxi\u00e9e et tactile. Comme les perspectives de Kiefer, tr\u00e8s connes en fait, disent un univers infini pris dans la mati\u00e8re. Comme les bricolages de Boltanski disent les petits rafistolages de la m\u00e9moire, de la mort. Mais j\u2019avoue que c\u2019est aussi histoire de sensibilit\u00e9 personnelle et de limite. Je suis pass\u00e9 ce week end devant deux Richter abstraits (les verts et jaunes vifs, gestuels) et un Polke sans trop y faire attention, \u00e7a ne me disait rien. Je croiserai un simili Polke au salon de Montrouge je me dirai \u00ab oui, ok, on peut coller des images de diverses sources, peindre sur de la tapisserie \u00e0 motif, y coller un gant de jardinier et une grosse d\u00e9goulinure, tramer du texte, \u00e7a peut s\u2019av\u00e9rer assez d\u00e9coratif et puis quoi ? \u00bb a l\u2019\u00e9poque de Hausman, \u00e7a avait quelque chose d\u2019inou\u00ef, d\u2019\u00e9mouvant dans l\u2019apostrophe que \u00e7a dessinait et on le sent en regardant, ce cot\u00e9 \u00ab envers et contre tout \u00bb. le probl\u00e8me du \u00ab tout possible \u00bb aujourd\u2019hui c\u2019est qu\u2019on est blas\u00e9 de tout \u00e7a, c\u2019est tellement normal que \u00e7a ne peut plus nous \u00e9mouvoir comme avant. Mais enfin, l\u00e0 encore c\u2019est un na\u00eff ressenti personnel. Curieusement j\u2019ai lu chez Bergounioux derni\u00e8rement cette remarque \u00e0 propos d\u2019Armleder dont il visitais une expo en 95 : \u00ab cela aurait sans doute \u00e9mu au d\u00e9but du si\u00e8cle dernier, au temps de Duchamp. On reste assez froid, aujourd\u2019hui que la croyance en la valeur irr\u00e9ductible de l\u2019activit\u00e9 artistique comporte, aussi, l\u2019attente du coup de force qui, sous ombre de la contester, la recr\u00e9e. \u00bb Il y a un peu de \u00e7a dans ma remarque.<\/p>\n<div> <\/div>\n<\/p>\n<div> <\/div>\n<p>C\u2019est pourquoi aussi je suis persuad\u00e9 qu\u2019il ne faut pas recherche l\u2019assentiment chez autrui pour d\u00e9terminer son \u0153uvre, ce doit \u00eatre d\u2019abord n\u00e9cessit\u00e9 int\u00e9rieure, conviction personnelle. Le fait que tu doutes ou cesse un moment d\u2019y croire peut transpara\u00eetre dans tes \u0153uvres comme une faiblesse, un manque de conviction. C\u2019est la pers\u00e9v\u00e9rance qui convainc ensuite les autres. Je suis sur que les gens se pencheront sur nos cas lorsqu\u2019ils diront \u00ab encore lui ! ah, il est pas mort alors, et ma fois \u00e7a semble se d\u00e9velopper son histoire, conqu\u00e9rir une coh\u00e9rence et viser une direction, faudrait que j\u2019y regarde de plus pr\u00e8s \u00bb.<\/p>\n<div> <\/div>\n<p>Et effectivement, \u00e0 force de pers\u00e9v\u00e9rance, envers et contre tout, le travail se sera nourri de l\u2019int\u00e9rieur, d\u00e9velopp\u00e9. Faut pas se mentir, si le travail est difficile, c\u2019est pas le spectateur qui tentera tout seul de se convaincre qu\u2019il devrait y regarder mieux mais c\u2019est \u00e0 nous d\u2019argumenter, de revenir au charbon.  <\/p>\n<div> <\/div>\n<p>Ce que je te dis l\u00e0 t\u2019aidera sans doute \u00e0 rien. Peut \u00eatre \u00e0 Trondheim tu aimeras la p\u00e2leur du ciel sur des cabanes en bois et tu bosseras l\u00e0-dessus avec ta mani\u00e8re qui bien que difficile d\u2019acc\u00e8s \u00e0 la faveur, me semble-t-il, de t\u2019\u00eatre personnelle.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Plut\u00f4t que r\u00e9p\u00e9ter ici ce que j\u2019ai dit ailleurs, copier\/coller. parce qu&rsquo;\u00eatre artiste c&rsquo;est aussi s&rsquo;interroger de concours sur les modalit\u00e9s de l&rsquo;art, partager des difficult\u00e9s et les troubles dans lesquels \u00e7a nous plonge de d\u00e9fricher ce genre de jungle. 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