{"id":3519,"date":"2008-01-24T19:52:00","date_gmt":"2008-01-24T18:52:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/un-sentiment-qui-surgissait-a-certains-detours-de-la-vie\/"},"modified":"2013-08-16T11:14:10","modified_gmt":"2013-08-16T10:14:10","slug":"un-sentiment-qui-surgissait-a-certains-detours-de-la-vie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/un-sentiment-qui-surgissait-a-certains-detours-de-la-vie\/","title":{"rendered":"Un sentiment qui surgissait \u00e0 certains d\u00e9tours de la vie"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-content\/uploads\/blogger\/_qwjJ8iJ7ekg\/R5jfABI6RYI\/AAAAAAAAAWs\/oGec52vKznU\/s1600\/les%2Btours.jpg\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-content\/uploads\/blogger\/_qwjJ8iJ7ekg\/R5jfABI6RYI\/AAAAAAAAAWs\/oGec52vKznU\/s320\/les%2Btours.jpg\" alt=\"\" border=\"0\"><\/a><\/p>\n<p>\u00ab Jean Legrand (1910-1981), romancier, essayiste, po\u00e8te, \u00e9diteur (de Georges Bataille, de Benjamin P\u00e9ret) dispara\u00eet de la sc\u00e8ne parisienne, et poursuit en solitude son \u0153uvre sans concession apr\u00e8s la parution chez Gallimard de ses livres qui lui valurent d\u2019\u00eatre compar\u00e9 \u00e0 Miller ou \u00e0 Lawrence. Comme Joyce fit tenir son <i>Ulysse<\/i> en vingt-quatre heures, Jean Legrand fait tenir son roman en quelques minutes (durant lesquelles les regards d\u2019une femme et d\u2019un homme se croisent) et les quelques heures qui vont suivre, et dresse le r\u00e9quisitoire d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 qui les entrave. Testament litt\u00e9raire de cet \u00e9crivain bouleversant ; en 1956, il revient, dans ce roman, sur ces ann\u00e9es d\u2019intenses activit\u00e9s durant lesquelles il avait anticip\u00e9 tous les mouvements lib\u00e9rateurs qui vont suivre. \u00bb ainsi se r\u00e9sume la pr\u00e9sentation de <i>Tandis qu\u2019Ulysse vagabonde<\/i> r\u00e9cemment paru aux \u00e9ditions La Nerthe.  <\/p>\n<div> <\/div>\n<p>Il y a plusieurs livres en celui l\u00e0. D\u2019abord l\u2019histoire d\u2019un geste, un regard, instant pr\u00e9gnant qui aurait pu \u00eatre pos\u00e9 en quelques pages d\u2019un court livre, en un po\u00e8me. Avec la sobri\u00e9t\u00e9 de Y. Ravey pourquoi pas, l\u2019\u00e9pisode de <span>la madeleine<\/span> chez Proust. Il y a aussi un livre de m\u00e9moire, de ressouvenir plut\u00f4t, qui remonte \u00e0 sa surface toute une vie avec ses \u00e9v\u00e8nements, ses fr\u00e9missements et l\u2019aventure que c&rsquo;est. Un livre politique \u00e0 la mani\u00e8re des films de Tanner, et \u00e7a nous jetterai dans les 60, 70 curieusement. Pamphl\u00e9taire parfois, r\u00e9volt\u00e9 et \u00e9perdu (nous pensons avec lui \u00e0 A. Breton), tout parcouru de revendications d\u2019amour et d\u2019humanit\u00e9. Livre de sensualit\u00e9, de celle qui pousse comme ces herbes \u00e0 travers le goudron.  <\/p>\n<div> <\/div>\n<p><span>\u00ab seuls les artistes, dans leur amour d\u2019un travail adorable qui les d\u00e9truit et leur conf\u00e8re la vie v\u00e9ritable, offrent peut-\u00eatre aujourd\u2019hui -pour demain- l\u2019image d\u2019une vie contin\u00fbment sensible, dramatiquement ressentie, pacifique pourtant, et qui d\u00e9samorce les armes monstrueuses de l\u2019industrie aveugle. \u00bb<\/span> (p.171)<\/p>\n<div> <\/div>\n<p>Se fait la dilatation par un d\u00e9montage aigu d\u2019un ensemble m\u00eal\u00e9 de sensations, impressions et r\u00e9flexions furtives. D\u00e9rives, digressions, qui disent ce complexe comportement de la pens\u00e9e dans l\u2019apparence anodine de notre attentive pr\u00e9sence au monde. Quelque temps ce livre m\u2019apparu comme une plong\u00e9e dans les rapports complexes qu\u2019entretiennent entre eux souvent les personnages de Godard. Je pensais : <span>Pierrot<\/span> vu de pr\u00e8s. Un zoom dans l&rsquo;intimit\u00e9. La pr\u00e9sence du livre comme arme de libert\u00e9, sensualit\u00e9 de la femme, po\u00e9sie troublante et violence proche sont pierres communes; le tout tapis dans le th\u00e9\u00e2tre de l\u2019art. Dans ces regards crois\u00e9s, c\u2019est quelque chose d\u2019une donation, suivie d\u2019une r\u00e9duction ph\u00e9nom\u00e9nologique <span>\u00ab peut-\u00eatre je per\u00e7u \u2013 Notre pr\u00e9sent ! \u00bb<\/span> dont le livre dans sa digression est l\u2019onde de choc. Explosion ph\u00e9nom\u00e9nologique qui s&rsquo;exprime dans ce passage:<\/p>\n<p><span>\u00ab\u00a0Je la vois, je la regarde tellement malgr\u00e9 moi que je crois perdre conscience. C&rsquo;est fait, le mouvement se produit et c&rsquo;est alors que je retrouve ma conscience. C&rsquo;est alors que celle-ci doubla, multiplia. Comme l&rsquo;explosion insens\u00e9e d&rsquo;une bombe, et beaucoup plus puissante, elle s&rsquo;\u00e9tendait brusquement, violemment, saisissant \u00e0 la fois comme pour les confondre, et les broyer, la beaut\u00e9 path\u00e9tique de Louise, le probl\u00e8me mondial mis\u00e9rable de ces derniers mois, de ces si lentes et si pesantes trente ann\u00e9es, l&rsquo;amour de tous les jours, et de l&rsquo;instant, l&rsquo;amour de tous les temps allant vers la libert\u00e9 la plus forte et la plus grande richesse&#8230;\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p>Et curieux de trouver ces quelques lignes o\u00f9 le lent et raisonn\u00e9 d\u00e9r\u00e8glement rimbaldien atteint \u00e0 une sorte de synesth\u00e9sie laquelle fut compar\u00e9e alors \u00e0 la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence de l&rsquo;homme au niveau du bivalve (Max Nordau)<\/p>\n<p><span>\u00ab\u00a0Et je sentais que c&rsquo;\u00e9tait sans doute la fin de son emprise. L&rsquo;id\u00e9e, le souvenir, la voix n&rsquo;\u00e9mouvaient plus en moi qu&rsquo;un sens total (&#8230;) je pensais \u00e0 ces empreintes de coquillages dans le sable que la mer mouille au bord du continent.\u00a0\u00bb<\/span> (p.226)\n<\/p>\n<p>Pour le d\u00e9sir comme une houle, on pense \u00e0 Nerval, d\u2019avantage \u00e0 Rilke et ses <span>cahiers de Matle Laurids Brigge<\/span> pour ce d\u00e9r\u00e8glement du r\u00e9cit (qui peut passer pour d\u00e9cousu) pris par les milles facettes d\u2019un fort sentiment de pr\u00e9sence. Le livre, dans sa forme, l\u2019extr\u00eame sensibilit\u00e9 et l&rsquo;acuit\u00e9 sp\u00e9ciale qu\u2019il r\u00e9v\u00e8le, comme les chemins qu\u2019il d\u00e9gage, s\u2019impose comme une sinc\u00e8re recherche en acte de la continuit\u00e9 amoureuse de l\u2019art et de la vie, recherche \u00e0 laquelle je suis particuli\u00e8rement sensible lorsqu\u2019il \u00e9crit :  <\/p>\n<div> <\/div>\n<p><span>\u00ab comment joindre les plus petites choses de la vie, les plus \u00e9l\u00e9mentaires, aux plus profondes, aux drames essentiels, aux recherches les plus prenantes, aux \u0153uvres les plus durables, comment surtout reconna\u00eetre qu\u2019ils \u00e9taient de m\u00eame essence et qu\u2019ils avaient \u00e9t\u00e9 s\u00e9par\u00e9s \u00bb<\/span> (p.115)<\/p>\n<div> <\/div>\n<p>a cette interrogation semble r\u00e9pondre le livre par sa combinatoire sp\u00e9ciale :<\/p>\n<div> <\/div>\n<p><span>\u00ab \u00e9crire mon journal en le vivant sans modifier pour cela ma d\u00e9marche ou ma voix (\u2026) pas le journal d\u2019un \u00e9crivain qui \u2018tient son journal\u2019 parall\u00e8lement \u00e0 son \u0153uvre : tout autre chose, et quelque chose de plus difficile, je crois. \u00bb<\/span> (p. 113)<\/p>\n<div> <\/div>\n<p>amour et col\u00e8re : que dire? qu\u2019en une forme confondue, Jean Legrand les ram\u00e8ne \u00e0 leur essence commune.  <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Jean Legrand (1910-1981), romancier, essayiste, po\u00e8te, \u00e9diteur (de Georges Bataille, de Benjamin P\u00e9ret) dispara\u00eet de la sc\u00e8ne parisienne, et poursuit en solitude son \u0153uvre sans concession apr\u00e8s la parution chez Gallimard de ses livres qui lui valurent d\u2019\u00eatre compar\u00e9 \u00e0 Miller ou \u00e0 Lawrence. 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