{"id":3528,"date":"2007-12-27T18:22:00","date_gmt":"2007-12-27T17:22:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/erres\/"},"modified":"2007-12-27T18:22:00","modified_gmt":"2007-12-27T17:22:00","slug":"erres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/erres\/","title":{"rendered":"erres"},"content":{"rendered":"<p>D\u2019un point pr\u00e9cis se d\u00e9veloppent un regard, une situation, un \u00eatre au monde et, \u00e0 rebours, un myst\u00e8re \u00e9norme. Toujours vous vous acharnez \u00e0 un d\u00e9tail et le reste reflue, immense, excessif, aveuglant. Giacometti disait quelque part quelque chose de semblable, les ar\u00eates du nez, les yeux qui se creusent de part et d\u2019autre, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 impossible, on s\u2019y acharne et \u00e7a \u00e9chappe. \u00c7a vous reste un sentiment diffus, un vertige qui vous laisse l\u00e0, ballant, pris dans une forte dynamique d\u2019aveuglement. On en a fait la ph\u00e9nom\u00e9nologie. Alain Bonfand disait que c\u2019est tout ce qu\u2019il pensait que la philosophie puisse avancer de terrain commun avec l\u2019art, sans doute avait-il un peu raison. Ainsi nous enseignait-il quelques rudiments de quelque chose qui pourrait nous parler, nous sembler famillier. J&rsquo;avoue que ce genre de choses s&rsquo;estompent et de quoi est-ce que je me souviens de ces longues analyses de Husserl et Heidegger, de Kant \u00e0 la bpi? Toujours c\u2019est un questionnement sur \u00eatre-l\u00e0 (dasein), constater comme les choses sont l\u00e0 pour nous avec leur singuli\u00e8re mani\u00e8re et que l\u2019existence imag\u00e9e de ce sentiment de pr\u00e9sence c\u2019est l\u2019aveuglement de l\u2019\u00e9clipse, la confusion d\u2019un m\u00e9lange du dedans et du dehors. <\/p>\n<p>Jamais les jours ne vous rendent pareillement flottant qu\u2019en ces p\u00e9riodes de f\u00eates, de retours \u00e0 la famille, au pays, avec reflux des fatigues, interruption dans la course. \u00c7a vous d\u00e9nude comme se d\u00e9nude \u00e0 vos yeux le paysage. J\u2019aime dans Kafka cette fa\u00e7on de d\u00e9nuder le monde social, d\u2019 \u00ab exotiser \u00bb le quotidien, de s\u2019emm\u00ealer s\u00e9rieusement \u00e0 ce sur quoi le regard glisse ordinairement. Il y a chez lui ce filtre autistique par lequel le monde dans lequel on est se donne dans une extr\u00eame distance, comme de chausser des lunettes d\u2019hyperm\u00e9trope. <\/p>\n<p>En ce qu\u2019il est de notre art peut \u00eatre s\u2019agit-il d\u2019aller toujours \u00e0 la source des bouleversements, d\u00e9lier se qui se fige en syntaxes. Pour cela peut-\u00eatre encore faut-il renoncer \u00e0 devenir \u00e9crivain, s\u2019engager sur le terrain irr\u00e9gulier de l\u2019exp\u00e9rimentation et de l\u2019\u00e9chec. Plut\u00f4t qu\u2019envisager un livre qui se tienne, ce dont je suis incapable, d\u00e9faire et rendre visible. La nuit je r\u00eave que j\u2019h\u00e9site entre \u00e9corcher le monde par une inquisition rationnelle, le d\u00e9shabiller avec des mots toujours plus choisis, <span> <\/span>et d\u00e9shabiller le monde construit en m\u00e9langeant les formes de notre \u00e9locution, nous restituant vis-\u00e0-vis de lui un peu de na\u00efvet\u00e9 infantile. Et pour garder un peu d\u2019efficace, heurter les choses, j\u2019use de moyens de repr\u00e9sentation conventionnels et d\u00e9monte les phrases, manipule tout cet appareil pour que les mots ne soient plus \u00e9touff\u00e9s mais r\u00e9sonnent d\u2019un son neuf. Il faudrait supprimer cette discontinuit\u00e9 entre la nuit et le jour. Un flottement \u00e9veill\u00e9. Mais bon, je r\u00eave et de toute fa\u00e7on suis plut\u00f4t peintre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u2019un point pr\u00e9cis se d\u00e9veloppent un regard, une situation, un \u00eatre au monde et, \u00e0 rebours, un myst\u00e8re \u00e9norme. Toujours vous vous acharnez \u00e0 un d\u00e9tail et le reste reflue, immense, excessif, aveuglant. Giacometti disait quelque part quelque chose de semblable, les ar\u00eates du nez, les yeux qui se creusent de part et d\u2019autre, c\u2019est [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-3528","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3528","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3528"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3528\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3528"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3528"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3528"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}