{"id":3551,"date":"2007-10-11T12:05:00","date_gmt":"2007-10-11T11:05:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/les-passages\/"},"modified":"2013-08-16T11:14:15","modified_gmt":"2013-08-16T10:14:15","slug":"les-passages","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/les-passages\/","title":{"rendered":"les passages"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-content\/uploads\/blogger\/_qwjJ8iJ7ekg\/Rw4D9a-uObI\/AAAAAAAAATE\/e728riwcF4g\/s1600\/DSCF2667.JPG\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-content\/uploads\/blogger\/_qwjJ8iJ7ekg\/Rw4D9a-uObI\/AAAAAAAAATE\/e728riwcF4g\/s320\/DSCF2667.JPG\" alt=\"\" border=\"0\"><\/a><\/p>\n<p align=\"justify\">J\u2019avais peut-\u00eatre, en m\u2019acheminant vers Montlu\u00e7on, dans l\u2019id\u00e9e de reprendre quelque chose comme le journal r\u00e9gulier que j\u2019avais tenu lors de ma pr\u00e9c\u00e9dente r\u00e9sidence d\u2019artiste \u00e0 Valenciennes. L\u00e0 bas j\u2019y \u00e9tais seul ou \u00e0 peu pr\u00e8s, isol\u00e9 quelques mois, et, comme un papier mis au feu, je devais finalement me crisper sur moi m\u00eame pour exister dans l\u2019espace. La situation \u00e9tait propice et le d\u00e9placement avait quelque chose de formidable \u00e0 un tel moment de ma vie et dans cette affinit\u00e9 avec les fronti\u00e8res que cette situation g\u00e9ographique conf\u00e9rait. Il m\u2019arrivait de ne croiser personne de trois jours et de rester muet dans mon enceinte de briques comme dans les rues mornes qui comme une onde en prolongeaient l\u2019\u00e9picentre. M\u2019accompagnaient alors les quelques succ\u00e8s rock que dispensaient une radio belge dans un petit poste antique. Il me semblait sentir alors comme une d\u00e9c\u00e9l\u00e9ration, un d\u00e9ploiement du temps dans ce resserrement de l\u2019espace. Pascal l\u00e0-bas me confiait \u00e0 je ne sais plus quelle occasion comme les premi\u00e8res impressions manifestes que lui avaient caus\u00e9 son arr\u00eat de la cigarette c\u2019\u00e9tait cet \u00e9ploiement du temps d\u00e9sormais \u00e0 disposition. Ce fut une semblable sensation de disponibilit\u00e9 \u00e9norme qui devait tatouer vivement les premiers temps de mon s\u00e9jour. Une conscience de l\u2019espace vide qui dans les villes s\u2019accompagne de cette disponibilit\u00e9 des rues, des g\u00e9om\u00e9tries et du ciel pardessus. J\u2019avais consomm\u00e9 l\u2019ann\u00e9e \u00e0 Paris \u00e0 maintenir de concours les activit\u00e9s courantes de la vie, les journ\u00e9es de fac, les visites d\u2019expositions, les lectures, l\u2019\u00e9laboration d\u2019une \u0153uvre. J\u2019avais particip\u00e9 \u00e0 quelques belles expositions, d\u00e9coupant la journ\u00e9e dans tous les axes que j\u2019empruntais en moto. Combien de d\u00e9parts furieux sur ma vieille 125cm3 dont les clignotants, le feux arri\u00e8re et le feux stop s\u2019\u00e9taient absent\u00e9s par fatigue; dont le frein arri\u00e8re \u00e9tait approximatif comme la tenue de route par temps de pluie ? A Valenciennes je sentais le temps rasseoir comme la poussi\u00e8re l\u2019agitation pass\u00e9e se re d\u00e9pose sur les reliefs.  C\u2019\u00e9tait alors une \u00e9criture forcen\u00e9e, s\u2019\u00e9vertuant \u00e0 rejoindre les moments dans ce creux o\u00f9 tout ne demande qu\u2019\u00e0 s\u2019effiler, \u00e0 perdre sa coh\u00e9rence. C\u2019\u00e9tait rapi\u00e9cer et conjointement t\u00e9moigner avec un peu de stabilit\u00e9 -celle que conf\u00e8re la chose \u00e9crite- de ce moment \u00ab ovni \u00bb, cette r\u00e9alit\u00e9 qui se donnait soudainement comme invue, creuse. J\u2019en ai tir\u00e9 par extrait un texte \u00e0 l\u2019issue incertaine pour la revue de l\u2019ensba. Ce que proposait d\u2019explorer le num\u00e9ro \u00e9tait la question \u00ab o\u00f9 ? \u00bb et cette \u00e9criture t\u00e9moignait un peu de fa\u00e7on instinctive de l\u2019inspection qui se fait lorsque l\u2019on abandonne l\u2019univers quotidien pour \u00eatre peu \u00e0 peu apprivois\u00e9 par un autre. Ce moment de latence, de flottement, dans lequel il me semblait \u00eatre encore dans une sorte de transit. Certains disent que l\u2019\u00e2me voyage moins vite que le corps et par une persistance semblable \u00e0 la persistance r\u00e9tinienne le voyageur arriv\u00e9 \u00e0 destination demeure encore en partie dans ces non-lieux ou ces limbes du d\u00e9placement. Il arrive en deux fois. C\u2019est une exp\u00e9rience semblable que j\u2019ai faite et c\u2019est apr\u00e8s un mois peut-\u00eatre que je cessais de regarder les murs, le sol, cette fa\u00e7on qu\u2019on les volumes de s\u2019induirent en territoire, comme des choses neuves.   <\/p>\n<p align=\"justify\">J\u2019arrivais \u00e0 Montlu\u00e7on avec mon sac de couchage, tout mon confort tenait en une sacoche. Comme logement m\u2019\u00e9tait donn\u00e9 au huiti\u00e8me \u00e9tage d\u2019une tour hlm dans un appartement vaste et \u00e9quip\u00e9 qu\u2019il me faudrait partager avec un autre r\u00e9sident, les premiers jours deux, l\u2019agitation coutumi\u00e8re semblait se d\u00e9placer.  Tout \u00e9tait bien diff\u00e9rent. Je venais de quitter Paris pour Lyon et tout comme pour l\u2019\u00e2me et le voyageur des choses demeuraient en arri\u00e8re comme le courrier, la caf, la connexion internet. Tout ce qui avait mis cinq ans \u00e0 s\u2019assembler jusqu\u2019\u00e0 devenir l\u2019existence compacte et exigu\u00eb de mon appartement parisien s\u2019\u00e9tait comme dissoci\u00e9 en route. D\u00e9m\u00e9nager c\u2019est un peu reb\u00e2tir. J\u2019arrivais donc \u00e0 Montlu\u00e7on passablement effeuill\u00e9, accueilli par quelques ap\u00e9ritifs, vernissages, une certaine agitation et bient\u00f4t les cours \u00e0 dispenser pour quelques classes de l\u2019agglom\u00e9ration.  <\/p>\n<p align=\"justify\">L\u2019\u00e9tirement silencieux qui dessinait ma p\u00e9riode valenciennoise de r\u00e9sidence m\u2019\u00e9voque ce num\u00e9ro du magazine litt\u00e9raire consacr\u00e9 \u00e0 <i>l\u2019\u00e9loge de l\u2019ennui<\/i>. J\u2019y avais d\u00e9couvert par un bref encart l\u2019\u00e9criture de Pierre Bergounioux, <i>le premier mot<\/i>. J\u2019avancerais par la suite \u00e0 travers cette opini\u00e2tre pr\u00e9sence au monde dont chacun de ses textes t\u00e9moigne jusqu\u2019au second tome de son <i>carnet de notes<\/i> paru r\u00e9cemment et dont je m\u2019appr\u00eate \u00e0 entamer le parall\u00e9l\u00e9pip\u00e8de. Il y a dans l\u2019\u00e9criture une part d\u2019 \u00ab \u00e9loge de l\u2019ennui \u00bb ou quelque chose qui serait de l\u2019ordre de l\u2019attente dans ces limbes acres parce qu\u2019un vide serait creus\u00e9 pour l\u2019accueillir. Parfois comme jouer avec une bulle de savon que l\u2019on d\u00e9place, que l\u2019on retient en apesanteur en agitant un peu l\u2019air autour. L\u2019\u00e9criture serait la possibilit\u00e9 de maintenir un peu la bulle, la consid\u00e9rer un instant au moyen de ces petites turbulences. Et conjointement c\u2019est exercer une inlassable pression inquisitrice, une curiosit\u00e9 d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment attaqu\u00e9e \u00e0 un r\u00e9el qui intrigue.  <\/p>\n<p align=\"justify\">Parler de bulle, de d\u00e9c\u00e9l\u00e9ration et de suspend me rappelle ces \u0153uvres de Vincent Leroy vues r\u00e9cemment sur une foire d\u2019art et \u00e0 propos desquelles j\u2019ai \u00e9crit un court texte. Confi\u00e9 avec d\u2019autres \u00e0 la prochaine livraison de la revue bimestrielle Semaines j\u2019en d\u00e9pose ici quelques lignes, comme un avant-go\u00fbt.  <\/p>\n<p align=\"justify\">\n<p align=\"justify\">Il se peut qu\u2019un jeune homme envoie \u00e0 son amante un billet o\u00f9 il \u00e9crit : <i>je te regarde mais ne te vois pas, tout exc\u00e8de le compte rendu que je pourrais me faire<\/i>\u2026 et c\u2019est ce que nous aurions envie de dire aussi des \u0153uvres de Vincent Leroy expos\u00e9es en ce moment \u00e0 la Galerie 5213 tant elles semblent vouloir s\u2019extraire avec une l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 toute d\u00e9licate, gracile, au r\u00e9el dont elles font pourtant parti pour imposer leur pr\u00e9sence nue et ent\u00eatante. Tr\u00e8s peu de choses \u00e0 vrai dire : trois sph\u00e8res bougent, al\u00e9atoires, par de timides et br\u00e8ves inclinaisons, ce qui n\u2019est pas sans rappeler les d\u00e9placements tactiles des oursins. Trois v\u00e9rins malaxent un cercle de plexiglas dans un mouvement lent qui n\u2019en finit pas, imposant par empathie une d\u00e9c\u00e9l\u00e9ration du regard qui finit par nous plonger dans la contemplation \u00e9lastique des existences primordiales. Il y a cette belle image \u00e9voqu\u00e9e par Val\u00e9ry dans son livre sur Degas : <i>Mallarm\u00e9 dit que la danseuse n&rsquo;est pas une femme qui danse, car ce n&rsquo;est point une femme, et elle ne danse pas. Cette remarque profonde n&rsquo;est pas seulement profonde: elle est vrai; et elle n&rsquo;est pas seulement vraie, c&rsquo;est \u00e0 dire se fortifiant toujours plus \u00e0 la r\u00e9flexion, mais encore est elle v\u00e9rifiable, et je l&rsquo;ai vue v\u00e9rifi\u00e9e. La plus libre, la plus souple, la plus voluptueuse des danses possibles m&rsquo;apparut sur un \u00e9cran o\u00f9 l&rsquo;on montrait de grandes M\u00e9duses: ce n&rsquo;\u00e9taient point des femmes et elles ne dansaient pas. <\/i>C\u2019est absolument juste. Disons que le jeune homme dont nous parlions tout \u00e0 l\u2019heure pense alors \u00e0 cette figure \u00e9chapp\u00e9e d\u2019un jeu surr\u00e9aliste et, faute de mieux, \u00e0 recours d\u2019image, de cette impression globale conclut : <i>un beignet de larmes<\/i>.  <\/p>\n<p align=\"justify\">\n<p align=\"justify\">Nos amours et nos questions sont continus. Tout \u00e7a avance comme une houle.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J\u2019avais peut-\u00eatre, en m\u2019acheminant vers Montlu\u00e7on, dans l\u2019id\u00e9e de reprendre quelque chose comme le journal r\u00e9gulier que j\u2019avais tenu lors de ma pr\u00e9c\u00e9dente r\u00e9sidence d\u2019artiste \u00e0 Valenciennes. 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