{"id":3582,"date":"2007-06-23T08:28:00","date_gmt":"2007-06-23T07:28:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/valenciennes-63\/"},"modified":"2007-06-23T08:28:00","modified_gmt":"2007-06-23T07:28:00","slug":"valenciennes-63","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/valenciennes-63\/","title":{"rendered":"Valenciennes 63"},"content":{"rendered":"<p>Lettre \u00e9crite il y a deux ans que je retrouve au hasard. Quoi de plus depuis?<\/p>\n<p><span><span>       <\/span><span><i>Paris, Toulon, juillet 2005<\/p>\n<p><\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p><span><!--[if !supportEmptyParas]--> <!--[endif]--><\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span><!--[if !supportEmptyParas]--> <!--[endif]--><\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>1.<\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>Le temps, comme une \u00e9tendue calme entre deux ressacs, s\u2019\u00e9tire et s\u2019apaise. La t\u00eate renvers\u00e9e vers le ciel &#8211; <i>comme une prairie<\/i> \u2013 selon l\u2019expression de Julien Gracq. Paysage vain, fantasque et p\u00e9remptoire qu\u2019on ne peut \u00e9treindre sans la terrible certitude d\u2019errer ou d\u2019omettre. On a parfois du mal \u00e0 en saisir l\u2019\u00e9loquence et la po\u00e9sie ; en fait sans reddition le constat.<\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span><span>         <\/span>Des nuages naviguent avec lenteur \u00e9normes au-dessus des reliefs, y laissent glisser leurs ombres. <\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span><span>         <\/span>La vitre \u00e0 travers laquelle on regarde nous semble faire de graves erreurs de composition.<\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span><!--[if !supportEmptyParas]--> <!--[endif]--><\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span><span>         <\/span>Le monde s\u2019agite en tous ses confins cependant qu\u2019on s\u2019absorbe en des consid\u00e9rations personnelles &#8211; pareillement \u00e0 Nietzsche en 1872 &#8211; <i>tr\u00e8s soucieux et tr\u00e8s insouciant.<\/p>\n<p><\/i><\/span><\/p>\n<p><span><span>         <\/span>L\u2019arri\u00e8re du cr\u00e2ne, aveugle, se contente de supposer un espace coh\u00e9rent \u00e0 celui qu\u2019introduisent les extr\u00e9mit\u00e9s du champ visuel. Aux yeux, le reste se propose, de front, dans une \u00e9vidence telle qu\u2019il ne vient pas \u00e0 l\u2019esprit de s\u2019en rendre compte. Pour peu, le monde s\u2019impose comme une r\u00e9ponse d\u00e9pourvue de questionnement ou issue d\u2019un questionnement depuis longtemps oubli\u00e9. De naissance ou de petite enfance.<\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span><!--[if !supportEmptyParas]--> <!--[endif]--><\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>2.<\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>Enfance. Nous sommes doubles, c\u2019est certain. Il y a cet autre nous, manifeste lorsqu\u2019il s\u2019agit de nous figurer \u00e0 des ann\u00e9es de distance lorsque nous n\u2019\u00e9tions pas ce que nous sommes, ou y tendions obscur\u00e9ment. L\u2019enfant traficote dans la terre, tourne la t\u00eate entre deux jeux, et c\u2019est toujours dans cette situation qu\u2019il se rappelle \u00e0 vous. C\u2019est toujours comme t\u00e9moin que l\u2019on revit la sc\u00e8ne, et le gamin \u00e0 nos pieds, <i>curieusement<\/i>, c\u2019est nous.<\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span><span>         <\/span>On repense \u00e0 ces moments que l\u2019on revoie de loin, ces occurrences o\u00f9 le protagoniste ressemble, un peu trop peut-\u00eatre, aux vieilles photos que l\u2019on conna\u00eet de sois, qui nous ont \u00e9t\u00e9 cent fois comment\u00e9es. Et le gamin aux oiseaux quelque part au-dedans, interrogateur, sans la formulation.<\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span><!--[if !supportEmptyParas]--> <!--[endif]--><\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>3.<\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>Sans formulation, le paysage \u00e0 de commun avec le tableau le fait qu\u2019y faisant face, on n\u2019y voit rien. S\u2019insinue une forme tr\u00e8s particuli\u00e8re de solitude. La mise en \u00e9vidence d\u2019une posture, d\u2019une attitude s\u2019effectue au terme d\u2019un mouvement qui \u00e9vide de tout contenu et de tout sens le paysage et le regard qui le prenait pour objet. Les objets du monde, juxtapos\u00e9s, n\u2019offrent aucune lisibilit\u00e9, ou le sont trop, satur\u00e9s de signes, rh\u00e9toriques. Reste regard port\u00e9 sur l\u2019\u00e9tendue, \u00ab regard d\u2019un mort les yeux \u00e9veill\u00e9s \u00bb, qui a du s\u2019abstraire du paysage pour le regarder.<\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span><!--[if !supportEmptyParas]--> <!--[endif]--><\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>Je pense : plus au sud, la mer imite le bruit du vent dans les arbres, le murmure des frondaisons. D\u00e9cidant de ce mim\u00e9tisme flagrant, je la suppose, en des temps de terres d\u00e9garnies, en des \u00e9poques lointaines, muette. <\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>Paysage in\u00e9puisable, aux sentiers de<span>  <\/span>la cr\u00e9ation.<\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span><!--[if !supportEmptyParas]--> <!--[endif]--><\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>Mallarm\u00e9 \u00e9crit : \u00ab La nature a lieu, on n\u2019y ajoutera pas ; que des cit\u00e9s, les voies ferr\u00e9es et plusieurs inventions formant notre mat\u00e9riel.<\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span><span>         <\/span>Tout l\u2019acte disponible, \u00e0 jamais et seulement, reste de saisir les rapports, entre temps, rares ou multipli\u00e9s ; d\u2019apr\u00e8s quelque \u00e9tat int\u00e9rieur, et que l\u2019on veuille \u00e0 son gr\u00e9 \u00e9tendre, simplifier le monde. \u00bb<\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span><!--[if !supportEmptyParas]--> <!--[endif]--><\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>Il y a dans le paysage ou dans le portrait \u2013 qui est en quelque sorte un paysage \u00ab ramass\u00e9 \u00bb &#8211; la volont\u00e9 d\u2019\u00f4ter \u00e0 la sc\u00e8ne l\u2019\u00e9v\u00e9nement, la notion d\u2019\u00e9v\u00e9nement, n\u2019y laissant passer que l\u2019image. D\u2019une certaine mani\u00e8re, le tableau absorbe le r\u00e9cit. <\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>Le r\u00e9cit n\u2019est pas loin pourtant \u00e0 faire entendre qu\u2019il y a du sens <\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>et interdire toute prise claire et distincte de ce sens. On pense \u00e0 Vermeer.<\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span><!--[if !supportEmptyParas]--> <!--[endif]--><\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>4.<\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>Il y a ces mots que j\u2019ai trouv\u00e9 chez Umberto Eco \u00e0 propos du romantisme et que j\u2019ai trouv\u00e9 tr\u00e8s juste :<\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>\u00ab Les sentiments exasp\u00e9r\u00e9s. \u00bb<\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span><!--[if !supportEmptyParas]--> <!--[endif]--><\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>5.<\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>\u00ab On s\u2019assoit et l\u2019on regarde. Plus on regarde longtemps, plus on voit des vies, d\u2019abord inaper\u00e7ues, qui se d\u00e9tachent. On y resterait ind\u00e9finiment, si le ma\u00eetre, le souverain imp\u00e9rieux de la plage, ne vous en chassait par le flux. \u00bb (Michelet)<\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span><!--[if !supportEmptyParas]--> <!--[endif]--><\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>Un bois, \u00e0 l\u2019envie, flotte et roule sur le sable. L\u2019observer, c\u2019est \u00eatre absorb\u00e9, sans dimension, tout entier projet\u00e9 en un regard et, par celui-ci, un bois flott\u00e9, bouchon lourd et piteux ballott\u00e9 par des caprices. D\u00e9sormais divis\u00e9, roul\u00e9 par les vagues qui l\u00e8chent le sable et l\u2019imbibe ; retenu par le sec, repris par le liquide. Jusqu\u2019\u00e0 dissolution. <\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>Au loin les houles : des murmures ronds de plus en plus distants jusqu\u2019\u00e0 arriver \u00e0 des silences qu\u2019on pr\u00e9sume.<\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>Des brumes effacent les lointaines. L\u2019horizon s\u2019engloutit.<\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span><!--[if !supportEmptyParas]--> <!--[endif]--><\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>Par un rapprochement peut-\u00eatre mal justifi\u00e9, je regarde aussi vers quelque chose d\u2019\u00e9vasif. <\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span><!--[if !supportEmptyParas]--> <!--[endif]--><\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span><!--[if !supportEmptyParas]--> <!--[endif]--><\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>Qu\u2019est-ce que c\u2019est la peinture ?<\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>-J\u2019ai oubli\u00e9.*<\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>-Alors ?<\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>-Et alors : je cherche.<\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span><!--[if !supportEmptyParas]--> <!--[endif]--><\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>6.<\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>Cherchant, il faut remarquer aussi l\u2019inconsistance du sujet abstrait de toutes circonstances et de toute action, la qualit\u00e9 particuli\u00e8re de ces images qui ne portent sur rien, ne parlent d\u2019autres chose au fond, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un journal intime, que du caract\u00e8re successif de l\u2019existence. <\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span><!--[if !supportEmptyParas]--> <!--[endif]--><\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>Je prends une image qui d\u00e9file, l\u2019accompagne un instant, la reprend du d\u00e9but, laquelle est d\u00e9j\u00e0 chang\u00e9e.<\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span><!--[if !supportEmptyParas]--> <!--[endif]--><\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>L\u2019enfant court apr\u00e8s, poursuit, excite et se pr\u00eate au jeu avec une joie m\u00eal\u00e9e de terreur.<\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span><!--[if !supportEmptyParas]--> <!--[endif]--><\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>Et puis les mouettes, brigands fam\u00e9liques, qui se plaignent d\u2019on ne sait quoi.<\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span><!--[if !supportEmptyParas]--> <!--[endif]--><\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span><!--[if !supportEmptyParas]--> <!--[endif]--><\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>Convenant-en, les circonstances font de nous nos propres testicules \u2013 <i>nos petits t\u00e9moins.<\/p>\n<p><\/i><\/span><\/p>\n<p><span><i><span><!--[if !supportEmptyParas]--> <!--[endif]--><\/p>\n<p><\/span><\/i><\/span><\/p>\n<p><span>7.<\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>Je m\u2019attarde parfois sur des phrases : \u00ab Nos paysages s\u2019en vont en sens inverse de nous. \u00bb Le plus souvent, elles me plaisent et je serais tent\u00e9 de les emprunter, de leur trouver place et usage. Si je ne le fais pas cependant, ou jamais tout \u00e0 fait, c\u2019est qu\u2019\u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 mon sentiment est tout autre : les paysages, j\u2019aurais plut\u00f4t l\u2019impression de leur courir apr\u00e8s. Encore, le paysage, dans un d\u00e9tour, fait face, extr\u00eamement immobile, r\u00e9ifi\u00e9.<span>  <\/span>On reculerait m\u00eame pour mieux se le figurer et lui ferait image par nos yeux. J\u2019ai go\u00fbt pour cet aphorisme de Kierkegaard : \u00ab On dit ; le temps passe, la vie est un torrent, etc. Je ne m\u2019en aper\u00e7ois pas : le temps reste immobile, et moi aussi. Tous les plans d\u2019avenir que j\u2019\u00e9bauche reviennent tout droit sur moi ; quand je veux cracher, je me crache au visage. \u00bb <\/span><span>Dans le paysage, inclus, ne pouvant en aucun cas en faire le tour, passer derri\u00e8re lui. <\/span><span>Dans le train, m\u00eame, cette impression premi\u00e8re &#8211; optique &#8211; de fuite s\u2019estompe vite laissant place \u00e0 une notion, une \u00ab id\u00e9e \u00bb du paysage o\u00f9 l\u2019image n\u2019est que tr\u00e8s peu pr\u00e9sente, voir esquiv\u00e9e. Dissoute \u00e0 la faveur d\u2019une introspection vague comme charpent\u00e9e de lambeaux de temps qui, seul surajout\u00e9s, atteignent \u00e0 la densit\u00e9 d\u2019une impression pleine. <\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span><!--[if !supportEmptyParas]--> <!--[endif]--><\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>8.<\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>La densit\u00e9 d\u2019une impression pleine, pour Eug\u00e8ne Leroy, l\u2019\u00e9paisseur des emp\u00e2tements n\u2019est autre que l\u2019effet, non d\u00e9sir\u00e9 mais accept\u00e9, de la dur\u00e9e de r\u00e9alisation n\u00e9cessaire pour arriver \u00e0 une densit\u00e9 de moments de vie suffisante. C\u2019est en couches que s\u2019accumulent les successions de moments sentis<\/span><span>. <\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span><!--[if !supportEmptyParas]--> <!--[endif]--><\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>Bergson parlait d\u2019une dur\u00e9e h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne, multiple, faite de successions et de chevauchements dont la plus part du temps nous ne d\u00e9celons que l\u2019ombre projet\u00e9e \u00e0 la surface de l\u2019espace homog\u00e8ne. <\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span><!--[if !supportEmptyParas]--> <!--[endif]--><\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>D\u2019abord il y a le temps et ses chevalets. Parfois le trait y est discontinu. Ainsi l\u2019\u00e9tendue refl\u00e8te les \u00e9tats d\u2019\u00e2me auxquels on voudrait la voir impliqu\u00e9e en intime continuit\u00e9, en miroir, (c\u2019est dire en conscience) de nous. <\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span><!--[if !supportEmptyParas]--> <!--[endif]--><\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>Voir un paysage, celui disponible en un moment au travers soi.<\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span><!--[if !supportEmptyParas]--> <!--[endif]--><\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>Comme il arrive que le songe se construise (promptement) en fonction de son issue, il est fr\u00e9quent que le paysage, d\u2019avec nous corrompue par le temps, se figure a posteriori, en l\u2019absence de sa r\u00e9alit\u00e9. <\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span><!--[if !supportEmptyParas]--> <!--[endif]--><\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>9.<\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>En l\u2019absence de sa r\u00e9alit\u00e9, Hom\u00e8re narrait sans les voir les batailles qui font l\u2019Iliade. \u00ab <\/span><span>Et les Argiens et les Troiens combattaient avec fureur, et le foss\u00e9 et la vaste muraille ne devaient pas longtemps prot\u00e9ger les Danaens. [\u2026]Tant que Hekt\u00f4r fut vivant, et que le P\u00e8l\u00e9ide garda sa col\u00e8re, et que la ville du roi Priamos fut \u00e9pargn\u00e9e, le grand mur des Akhaiens subsista ; mais, apr\u00e8s que les plus illustres des Troiens furent morts, et que, parmi les Argiens, les uns eurent p\u00e9ri et les autres surv\u00e9cu, et que la ville de Priamos eut \u00e9t\u00e9 renvers\u00e9e dans la dixi\u00e8me ann\u00e9e, les Argiens s&rsquo;en retourn\u00e8rent dans leur ch\u00e8re patrie.\u00bb<\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span><!--[if !supportEmptyParas]--> <!--[endif]--><\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>Dans l\u2019interstice, on erre. A la fois, en parler serait r\u00e9duire \u00e0 des termes, de l\u2019intelligible, de l\u2019\u00e9non\u00e7able. Cependant la parole fouill\u00e9e en dit tout de m\u00eame un peu plus que n\u2019en disait la chose (qui la plus part du temps ne disait rien). Un mot en entra\u00eene un autre \u00e0 sa suite, le champ s\u2019\u00e9largissant \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un rhizome, d\u2019une arborescence. Chaque branche se justifiant de la pr\u00e9c\u00e9dente, \u00e0 distance grandissant d\u2019avec le tronc, l\u2019initial. Pas une parcelle sans un \u00e9cho ou deux en transportant chacun au moins autant. Combien tout est d\u2019un seul tenant, pris dans le r\u00e9seau d\u2019influences qui se suivent et s\u2019engendrent jusqu\u2019\u00e0 la carte du ciel.<\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>Acceptons que ce soit tout autre. L\u2019\u00e9crire comme on prend une photo : pour voir comme \u00e7a rend cette chose l\u00e0 en photo; \u00ab Pour savoir \u00e0 quoi auront l\u2019air les choses une fois photographi\u00e9es\u00bb. <\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span><!--[if !supportEmptyParas]--> <!--[endif]--><\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>10.<\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>A quoi auront l\u2019air les choses une fois photographi\u00e9es. Quand bien m\u00eame les lieux en seraient reconnaissables. <\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>Et encore.<\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>Le paysage appara\u00eet comme une r\u00e9miniscence ou un pressentiment. Parfois un pr\u00e9suppos\u00e9. Le plus fruste, commun ou le plus \u00e9labor\u00e9 prend ainsi l\u2019apparence d\u2019une d\u00e9duction, d\u2019un contour logique n\u00e9anmoins compliqu\u00e9, horizontal et sans vacances. <\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>Y passe l\u2019autre en sens inverse. <\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span><!--[if !supportEmptyParas]--> <!--[endif]--><\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>Ainsi du paysage vu par le texte en son absence.<\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span><!--[if !supportEmptyParas]--> <!--[endif]--><\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>11.<\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>Les positivistes voyaient des d\u00e9couvreurs, la modernit\u00e9 des d\u00e9miurges posant leurs r\u00e8gles. Et les b\u00e2timents manifestes sur le paysage. Pos\u00e9s comme l\u2019\u00eele aux morts de B\u00f6cklin. <\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>L\u2019homme du terrain, lui ne voit qu\u2019un pays, des terres fertiles ou non, des mamelons d\u2019o\u00f9 l\u2019on domine la pleine. <\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>Par del\u00e0 la culture. Il y a de la d\u00e9sinvolture dans l\u2019\u0153il, comme Cage composant ses morceaux au d\u00e9, Robert Frank jetant l\u2019appareil ; Effa\u00e7ant l\u2019intention.<\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span><!--[if !supportEmptyParas]--> <!--[endif]--><\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span>L\u2019\u00e9tendue rejoint l\u2019\u00e9tendue. <\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p><span><!--[if !supportEmptyParas]--> <!--[endif]--><\/p>\n<p><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lettre \u00e9crite il y a deux ans que je retrouve au hasard. Quoi de plus depuis? Paris, Toulon, juillet 2005 1. Le temps, comme une \u00e9tendue calme entre deux ressacs, s\u2019\u00e9tire et s\u2019apaise. La t\u00eate renvers\u00e9e vers le ciel &#8211; comme une prairie \u2013 selon l\u2019expression de Julien Gracq. Paysage vain, fantasque et p\u00e9remptoire qu\u2019on [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-3582","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3582","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3582"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3582\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3582"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3582"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3582"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}