{"id":6149,"date":"2013-09-25T21:09:45","date_gmt":"2013-09-25T20:09:45","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/?p=6149"},"modified":"2013-11-10T22:04:12","modified_gmt":"2013-11-10T21:04:12","slug":"la-sucriere-niveau-zero","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/la-sucriere-niveau-zero\/","title":{"rendered":"La Sucri\u00e8re, niveau Z\u00e9ro."},"content":{"rendered":"<p>Est-ce du fait de l\u2019incertitude, de l\u2019instabilit\u00e9 auxquelles r\u00e9pondent la plupart des \u0153uvres quand un th\u00e8me, m\u00eame vague comme celui de la narration aujourd\u2019hui, voudrait les englober ? Est-ce du fait de la multiplicit\u00e9 des registres, des voix, de la diversit\u00e9 et de la promiscuit\u00e9 ? Du syst\u00e8me que g\u00e9n\u00e8re le monde de l\u2019art lui-m\u00eame et qui impose \u00e0 tous des formes<!--more--> des mani\u00e8res, des attitudes et de toujours se montrer \u00e0 la fois s\u00e9duisant et insaisissable? Les grandes expositions comme les biennales m\u2019ont souvent d\u00e9rout\u00e9. Et je m\u2019interroge d\u2019autant plus que je me sais relativement averti, disposant d\u2019une certaine exp\u00e9rience de l\u2019art en l\u2019absence de laquelle je n\u2019imagine pas dans quelle incompr\u00e9hension peuvent \u00eatre plong\u00e9s les spectateurs non initi\u00e9s.<br \/>\nGlobalement, l\u2019offre est vari\u00e9e, en terme de formes et de techniques. Sculptures, installations, dessins, peinture, vid\u00e9o et projets mixtes, composites. Pour autant, tout semble r\u00e9pondre d\u2019un m\u00eame fond esth\u00e9tique, qui est peut-\u00eatre l\u2019air du temps, remu\u00e9 de variantes. On imagine d\u00e9j\u00e0 dans quelques ann\u00e9es les livres d\u2019histoire de l\u2019art rassemblant en un chapitre l\u2019\u00e9tat des lieux dans les ann\u00e9es 2000. Ne connaissant pas grand monde dans la s\u00e9lection des artistes (et pour cause, ils sont majoritairement trentenaires), je n\u2019en ai pas pour autant \u00e9t\u00e9 surpris ni retenu par des expressions singuli\u00e8res. Une nouvelle biennale, toujours un peu diff\u00e9rente des pr\u00e9c\u00e9dentes, toujours un peu semblable.<br \/>\nPour introduire : l\u2019installation cartoonesque de Dan Colen (1979) laissant voir trois figures de dessins anim\u00e9s sculpt\u00e9es dans ce que l\u2019on pourrait imaginer comme leur taille r\u00e9elle, \u00e9tendues au sol. Parmi elles, l\u2019autoportrait r\u00e9aliste de l\u2019artiste lui-m\u00eame, nu n\u00e9gligemment. Dans le mur, la d\u00e9coupe que l\u2019on identifie comme la synth\u00e8se des silhouettes des quatre protagonistes apr\u00e8s qu\u2019ils aient travers\u00e9 le mur \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une course-poursuite anim\u00e9e. Les cimaises du rez-de-chauss\u00e9e de l\u2019exposition sont d\u2019ailleurs r\u00e9guli\u00e8rement perc\u00e9es de d\u00e9coupes analogues signifiant un gag \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du lieu \u00e0 la mani\u00e8re des cartoons de Warner. \u00c7a reste un peu sage, \u00e9prouv\u00e9 et l\u2019autoportrait au traitement r\u00e9aliste qui tranche avec les autres personnages semble un peu trop ostensiblement nu, comme s\u2019il fallait ici contrebalancer l\u2019esth\u00e9tique lisse du gag par une exhibition un peu provoc.<br \/>\nA proximit\u00e9 : les montages vid\u00e9o de Petra Cortright (1986) m\u00ealent en de grandes fresques kitsch v\u00e9g\u00e9tation luxuriante et bimbos lascives en gifs anim\u00e9s. \u00c7a semble un peu gratuit, pas tout \u00e0 fait dr\u00f4le ni vraiment distanci\u00e9 ou critique. On peut n\u00e9anmoins appr\u00e9cier la propret\u00e9 du montage.<br \/>\nUn peu plus loin : l\u00e0 encore il est question de culture populaire et imagerie num\u00e9rique 3D. Un \u00e9cran fractionn\u00e9 comme dans certains jeux vid\u00e9o r\u00e9seau donne \u00e0 voir quatre sc\u00e8nes en images de synth\u00e8se tournant autour de rayons de superette, table fournie de victuailles \u00e0 la mani\u00e8re de vieilles auberges ou tavernes m\u00e9di\u00e9vales, aliments divers sans que l\u2019on sache tout \u00e0 fait ce que Tabor Robak (1986) cherche \u00e0 dire de ces repr\u00e9sentations \u00e0 cheval entre le kitsch et la sophistication. Sans doute est-ce t\u00e9moignage du mouvement actuel : on est partag\u00e9 entre les s\u00e9ductions un peu lassantes de la technique et une critique de notre paysage contemporain qui s\u2019\u00e9mousse de plus en plus.<br \/>\nEn une enfilade de mises en sc\u00e8ne similaires affrontant un bureau d\u2019\u00e9colier et un mur, Tavares Strachan (1979) raconte l\u2019histoire oubli\u00e9e de la premi\u00e8re femme cosmonaute, Sally Ride. La sc\u00e9nographie est relativement simple, efficace et les images sur plexiglas d\u00e9poli, sculptures en pl\u00e2tre ou n\u00e9ons font montre d\u2019une certaine beaut\u00e9. Chaque station confrontant bureau d\u2019\u00e9colier et cimaise \u00e9voque comme un enfant r\u00eave \u00e0 sa table d\u2019\u00e9colier des images vues \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision la veille peut-\u00eatre, ou se laisse pris de vertige par les \u00e9quations que convoquent la conqu\u00eate de l\u2019espace, par l\u2019apesanteur, par cette histoire de l\u2019exploration spatiale, ce qu\u2019elle doit peut-\u00eatre \u00e0 quelques mythes, histoire de la conqu\u00eate de l\u2019ouest en Am\u00e9rique, figure du h\u00e9ros\u2026 A la mani\u00e8re du \u00ab je me souviens\u2026 \u00bb de Perec, l\u2019artiste semble remonter le flux de sa m\u00e9moire et ses moments d\u00e9terminants comme pour parvenir \u00e0 saisir ce qui sous-tend son pr\u00e9sent. La grande histoire se m\u00eale toujours \u00e0 celle qui se laisse croire individuelle.<br \/>\nDans l\u2019espace central, Fabrice Hyber (1961) d\u00e9ploie une sorte de jardin clos auquel fait face un tableau panoramique semblable \u00e0 ceux qu\u2019on lui conna\u00eet. Si l\u2019univers color\u00e9 est assez s\u00e9duisant, en particulier le ch\u00eane aux feuilles roses, les clones verts grossiers qu\u2019il r\u00e9p\u00e8te depuis 10 ans au moins finissent par lasser et l\u2019ensemble ressemble \u00e0 un r\u00e9cit dont on voit trop les ficelles pour se laisser conduire. Ses peintures faites de sch\u00e9mas illustrant plus ou moins des r\u00e9flexions confuses, m\u00ealant signes, mots, dessins sommaires donnent un peu l\u2019impression de g\u00e9ographies factices, esth\u00e9tiques un peu gratuites, formelles. Elles n\u2019ont pas la v\u00e9rit\u00e9, la sinc\u00e9rit\u00e9 des esquisses que l\u2019on fait pour soi-m\u00eame en travers de carnets sans l\u2019intention d\u2019en faire \u0153uvre.<br \/>\nC\u00f4t\u00e9 peinture, se c\u00f4toient encore au rez-de-chauss\u00e9e les grands formats de Thiago Martins de Melo (1981) et d\u2019Erro (1932).  Images m\u00eal\u00e9es, r\u00e9cits visuels satur\u00e9s de signes.<br \/>\nAvan\u00e7ant encore dans les vastes galeries du rez-de-chauss\u00e9e on peut voir une imposante sculpture de polystyr\u00e8ne enduit aux vagues airs d\u2019antique : une Psych\u00e9 ranim\u00e9e par le baiser de l\u2019Amour, vigoureusement d\u00e9gauchie \u00e0 la mani\u00e8re des bois de Baselitz ou des pl\u00e2tres d\u2019Houseago, des haut-parleurs en guise de visages. La construction est anim\u00e9e d\u2019un mouvement respiratoire, \u00ab comme si elle \u00e9tait pos\u00e9e sur la poitrine d\u2019un g\u00e9ant \u00bb et de ces visages sonores surgissent des bribes de dialogues ou de souvenirs qui laissent entendre que tout cela a \u00e0 voir avec les r\u00eaves, le sommeil, l\u2019inconscient peut-\u00eatre.<br \/>\nL\u2019installation qui se trouve \u00e0 sa droite et que nous devons \u00e0 Yang Zhen Zhong (1968) contraste visuellement, opposant \u00e0 l\u2019aspect brut de la pr\u00e9c\u00e9dente un rendu sommaire, plus froid et rigoureux. Il s\u2019agit de la maquette en bois peint de la Cit\u00e9 Imp\u00e9riale, place Tien Anmen, mais fragment\u00e9e, de sorte qu\u2019un point de vue centr\u00e9 lui restitue sous le regard une illusoire unit\u00e9. Sans doute l\u2019interpr\u00e9tation que j\u2019en fait est un peu trop simple, voir simpliste, mais rien ne dit qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019autre chose que d\u2019une critique de l\u2019id\u00e9ologie unificatrice, de cette illusion n\u00e9e d\u2019un point de vue alors que la r\u00e9alit\u00e9 est plus disjointe, plus troubl\u00e9e.<br \/>\nC\u2019est une \u0153uvre plus discr\u00e8te, situ\u00e9e en face de cette mise en sc\u00e8ne de l\u2019unit\u00e9 chinoise qui m\u2019aura le plus retenu ici : il s\u2019agit d\u2019une courte vid\u00e9o 16 mm r\u00e9alis\u00e9e par Laida Lertxundi (1981), \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un voyage entre le Texas et le Nouveau Mexique. Des plans se succ\u00e8dent, accompagn\u00e9s de leur bande son \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un montage bricol\u00e9 qui ne serait fait qu\u2019\u00e0 partir de morceaux incertains. Succession de moments visuels, de plans 3\/4 ou d\u2019inserts qui donnent l\u2019impression d\u2019un retrait intime, comme au bord de la narration.<br \/>\nEnfin, dans une salle d\u00e9di\u00e9e, \u00e0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 de ce premier niveau et juste avant la caf\u00e9t\u00e9ria, une s\u00e9rie de vitrines de bois et verre \u00e0 la mani\u00e8re de celles qu\u2019utilisent les mus\u00e9es d\u2019histoire naturelle d\u00e9ploie \u00ab le mus\u00e9e des activit\u00e9s physiques et de la conscience \u00bb du collectif Madin Compagny (fond\u00e9 en 2009 en Chine). Sur des socles de plexiglas d\u00e9tour\u00e9s en fonction des images et des gestes dont elles t\u00e9moignent sont pr\u00e9sent\u00e9es des s\u00e9ries d\u2019images analogues puis\u00e9es dans l\u2019histoire m\u00ealant gestuelle religieuse, sportives et politique pour en signifier les similitudes latentes. Il y a quelque chose d\u2019un Atlas \u00e0 la Warburg tissant \u00e0 travers l\u2019histoire et les rites des familles qui t\u00e9moignent d\u2019une certaine continuit\u00e9, des d\u00e9rives formelles \u00e0 travers l\u2019architecture que pratique Eric Tabuchi. Si le constat n\u2019a rien de tr\u00e8s \u00e9tonnant, il s\u2019en d\u00e9gage une forme d\u2019absurdit\u00e9 et un certain humour \u00e0 propos desquels la mise en sc\u00e8ne mani\u00e9riste n\u2019est pas pour rien. On regrette seulement l\u2019aspect anecdotique de la chose en envisageant un recensement plus ambitieux \u00e0 volont\u00e9 exhaustive \u00e0 l\u2019image du projet de Warburg. On y mesurerait la perp\u00e9tuation vertigineuse, inconsciente de la pens\u00e9e magique, les d\u00e9terminismes les traditions qui fa\u00e7onnent nos postures. (\u2026)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Est-ce du fait de l\u2019incertitude, de l\u2019instabilit\u00e9 auxquelles r\u00e9pondent la plupart des \u0153uvres quand un th\u00e8me, m\u00eame vague comme celui de la narration aujourd\u2019hui, voudrait les englober ? Est-ce du fait de la multiplicit\u00e9 des registres, des voix, de la diversit\u00e9 et de la promiscuit\u00e9 ? 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