{"id":6153,"date":"2013-09-26T20:39:42","date_gmt":"2013-09-26T19:39:42","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/?p=6153"},"modified":"2013-09-26T20:39:42","modified_gmt":"2013-09-26T19:39:42","slug":"la-sucriere-niveau-un","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/la-sucriere-niveau-un\/","title":{"rendered":"La Sucri\u00e8re, niveau Un."},"content":{"rendered":"<p>L\u2019escalier de service qui m\u00e8ne d\u2019un \u00e9tage \u00e0 l\u2019autre avec ses murs bruts peints en bleu, les tuyauteries apparentes, les rampes de m\u00e9tal fait toujours l\u2019impression d\u2019un sas entre deux univers s\u2019offrant comme un entracte. J\u2019y trouve quelque chose d\u2019esth\u00e9tique et de d\u00e9paysant qui ne lui donne rien \u00e0 envier aux installations qu\u2019il dessert depuis son retrait pensif.<!--more--> Il n\u2019est pas rare d\u2019y croiser des duos ou des triplettes d\u2019ados \u00e9gar\u00e9s h\u00e9sitant entre monter et descendre pour rattraper leur groupe et se r\u00e9ins\u00e9rer discr\u00e8tement \u00e0 la visite guid\u00e9e apr\u00e8s s\u2019\u00eatre attard\u00e9s \u00e0 une repr\u00e9sentation sexuelle ou \u00e9rotique comme on en croise souvent dans ce genre de manifestations.<br \/>\nD\u2019ailleurs, en abordant au premier \u00e9tage, on ne peut ignorer une galerie de posters pr\u00e9sentant de mani\u00e8re altern\u00e9e, en plan rapproch\u00e9, un sein et un pubis glabre sous-titr\u00e9s \u00ab My mummy is beautiful \u00bb. Certains disent que c\u2019est un des travers \u00ab putassiers \u00bb de l\u2019art, cette fa\u00e7on d\u2019attirer le chaland, de lui faire son num\u00e9ro de charme, d\u2019autre une simple lib\u00e9ration. L\u2019\u0153uvre de Yoko Ono (1933) se voulant participative, des crayons sont mis \u00e0 disposition afin de chacun puisse, non pas affubler les posters de moustaches ou autres graffiti de circonstances, mais s\u2019exprimer librement sur le mur \u00e0 propos \u00ab  de toutes les m\u00e8res du monde, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la sienne propre \u00bb. J\u2019ai dessin\u00e9 un morceau de conduite de section carr\u00e9e en esquissant plusieurs connexions afin que d\u2019autres participants puissent \u00e9ventuellement prolonger le r\u00e9seau \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un Cadavre exquis, sans trop me soucier du th\u00e8me, il y aura toujours quelqu\u2019un pour y trouver une interpr\u00e9tation satisfaisante. J\u2019ai attrap\u00e9 au passage et fourr\u00e9 dans ma poche deux badges mis \u00e0 dispositions reprenant les motifs des posters, doutant de les arborer un jour au revers de mon perfecto et me faisant incidemment la r\u00e9flexion qu\u2019il y avait dans ce type de gestes participatifs quelque chose d\u2019aussi insidieux que les campagnes marketing et l\u2019industrie de la mode. Je suis pass\u00e9 n\u00e9gligemment sur la vid\u00e9o documentant une performance de Yoko Ono, non d\u00e9pourvue d\u2019une certaine po\u00e9sie surr\u00e9aliste, d\u00e9j\u00e0 vue dans le pass\u00e9 et \u00e0 plusieurs reprises dans laquelle l\u2019artiste invite les spectateurs \u00e0 d\u00e9couper ses habits \u00e0 l\u2019aide d\u2019une paire de ciseaux.<br \/>\nJ\u2019avoue \u00eatre pass\u00e9 un peu vite sur certaines \u0153uvres comme le Carnet d\u2019Afrique de Paulo Nazareth (1977) qui se pr\u00e9sente comme un carnet de voyage avec pi\u00e8ces rapport\u00e9es retra\u00e7ant l\u2019itin\u00e9raire de l\u2019esclavage. Pass\u00e9 un peu vite sur la vid\u00e9o d\u2019Ed Atkins (1982) laquelle m\u00eale les images et quelques phrases \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019une fusion hallucin\u00e9e. Des images de synth\u00e8se montrent des fragments de corps, main et pouce principalement soumis \u00e0 des distorsions, des transformations grotesques \u00e0 fortes connotations sexuelles avant qu\u2019une phrase \u00e9nigmatique introduite \u00e0 la mani\u00e8re choc des bandes annonces de films d\u2019action esquisse une amorce de sens.<br \/>\nPass\u00e9 un peu vite encore devant les quelques piles de papier machine aux tranches desquelles Aleksandra Domanovic (1981) avait imprim\u00e9 laborieusement des images.<br \/>\nApr\u00e8s avoir pench\u00e9 la t\u00eate par dessus la tr\u00e9mie pour observer furtivement par au-dessus l\u2019installation de Fabrice Hybert crois\u00e9e tout \u00e0 l\u2019heure, je me suis attard\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9nigmatique installation de Ne\u00efl Beloufa (1985), \u00ab superlatifs et r\u00e9solutions \u00bb. Je l\u2019avais crois\u00e9 comme \u00e9tudiant aux Beaux arts lorsque j\u2019y \u00e9tais moi-m\u00eame et avait eu l\u2019occasion d\u2019\u00e9crire sur une de ses premi\u00e8res expositions. J\u2019avoue que les \u00e9volutions de son travail m\u00ealant vid\u00e9o documentaire et constructions bricol\u00e9es bourr\u00e9es de signes divers m\u2019a souvent laiss\u00e9 perplexe et qu\u2019attard\u00e9 \u00e0 d\u2019autres choses, je n\u2019y ai pas pr\u00eat\u00e9 une attention soutenue quand je l\u2019ai recrois\u00e9 au Palais de Tokyo ou ailleurs. L\u2019ensemble m\u2019a sembl\u00e9 satur\u00e9 et confus, plein d\u2019indications \u00e9nigmatiques qui devaient esquisser une sorte de r\u00e9cit fragment\u00e9 autour de l\u2019id\u00e9e de capitale ou de vies dans ces m\u00e9galopoles. Je sais que je devrais y revenir voir de plus pr\u00e8s.<br \/>\nL\u2019installation dionysiaque d\u2019Ed Fornieles (1983) m\u2019a, elle encore laiss\u00e9 perplexe. Dans un d\u00e9cor satur\u00e9 de cotillons pendent et s\u2019empilent des volumes comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019un lendemain de f\u00eate bien arros\u00e9 dans une colocation \u00e9tudiante. Diverses sculptures sexuelles jonchent le sol avec parfois quelque chose du grotesque de Paul MacCarthy.<br \/>\nJ\u2019ai poursuivi avec l\u2019esth\u00e9tique plus retenus et froide de Karl Haendel (1976). Des cloisons au revers brut dessinent une circulation parmi une accumulation murale de grands dessins r\u00e9alistes au crayon ou \u00e0 la mine de plomb. On peut y voir diverses reproductions d\u2019images d\u2019archives ayant trait \u00e0 un fait-divers tragique qui s\u2019est pass\u00e9 en juillet 2012 lors de la premi\u00e8re du film Batman : The dark knight rises. Si la fiction s\u2019est immisc\u00e9e dans la r\u00e9alit\u00e9 sous le geste tragique d\u2019un homme se prenant pour le Jocker et tuant 12 spectateurs \u00e0 l\u2019arme lourde, l\u2019artiste entend faire l\u2019enqu\u00eate de cette g\u00e9n\u00e9alogie \u00e0 travers l\u2019histoire populaire. On peut se demander si le projet ne gagnerait pas en lisibilit\u00e9 et en force dans une forme plus sobre, les images d\u2019archive rempla\u00e7ant les dessins trop emphatiques, trop d\u00e9monstratifs d\u2019un savoir-faire technique et la mise en sc\u00e8ne g\u00e9n\u00e9rale \u00e9conomisant les effets graphiques.<br \/>\nApr\u00e8s ces quelques manifestations invasives saturant l\u2019espace de signes et de mani\u00e8res, la sobre et rigoureuse salle d\u2019attente r\u00e9alis\u00e9e par Margaret Lee (1980) et Michele Abeles (1977) m\u2019est apparue comme un moment calme, un apaisement. Je serais bien en peine d\u2019en expliquer le principe sinon qu\u2019il s\u2019agit de rapports entre couleurs, formes et textures s\u2019\u00e9quilibrant en une mise en sc\u00e8ne esth\u00e9tique qui n\u2019est pas tout ) fait d\u00e9pourvue de charme.<br \/>\nRetournant sur mes pas et bouclant ainsi le second niveau, je m\u2019arr\u00eatais bri\u00e8vement devant l\u2019\u0153uvre d\u2019Aude Pariset (1983). Il m\u2019\u00e9tait arriv\u00e9 de la croiser elle aussi furtivement aux Beaux arts et avait appr\u00e9ci\u00e9 une vid\u00e9o tr\u00e8s chor\u00e9graphique montrant le ballai impos\u00e9 d\u2019un cheval sous une arme de point allant jusqu\u2019\u00e0 se coucher au milieu du cirque. Esth\u00e9tique \u00e9pur\u00e9e et belle tension que j\u2019ai eu du mal \u00e0 retrouver je l\u2019avoue dans l\u2019installation que j\u2019avais sous les yeux dans laquelle des mannequins de vitrine mal fagot\u00e9s dans des v\u00eatements tach\u00e9s posaient devant une morceau de grillage m\u00e9tallique de ceux qui d\u2019ordinaire entourent les jardins r\u00e9sidentiels et les terrains de sport. Derri\u00e8re, cinq ou six bandes verticales d\u00e9coupant une affiche macul\u00e9e. Comme chaque \u0153uvre s\u2019accompagne d\u2019un cartel l\u2019introduisant par un bref incipit narratif, j\u2019ai tourn\u00e9 en t\u00eate celui-ci en regagnant les escaliers de service pour une ultime \u00e9l\u00e9vation : \u00ab Le zombie se trouve dans les limbes, et \u00e9volue dans un sch\u00e9ma de consommation parall\u00e8le\u2026 \u00bb. Au lyc\u00e9e on s\u2019amusait d\u2019une hypoth\u00e9tique \u00e9nigme en lan\u00e7ant, myst\u00e9rieux, un obscur indice : \u00ab le train va vite \u00bb\u2026 <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019escalier de service qui m\u00e8ne d\u2019un \u00e9tage \u00e0 l\u2019autre avec ses murs bruts peints en bleu, les tuyauteries apparentes, les rampes de m\u00e9tal fait toujours l\u2019impression d\u2019un sas entre deux univers s\u2019offrant comme un entracte. 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