{"id":6196,"date":"2013-11-01T13:46:03","date_gmt":"2013-11-01T12:46:03","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/?p=6196"},"modified":"2013-11-01T13:51:39","modified_gmt":"2013-11-01T12:51:39","slug":"impressions-de-voyage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/impressions-de-voyage\/","title":{"rendered":"impressions de voyage"},"content":{"rendered":"<p>Or, j\u2019embarquais le soir m\u00eame pour Venise par le train de nuit. J\u2019avais d\u2019abord roul\u00e9 de Carpentras \u00e0 Dijon, essuyant dans les alentours de Valence un d\u00e9luge de pluie opacifiant le paysage comme si j\u2019avais d\u00fb traverser la Temp\u00eate de neige de Turner, confondant le route et le reste en un frotti de nuances grises ponctu\u00e9es par les lumi\u00e8res rouges des feux antibrouillard des v\u00e9hicules me pr\u00e9c\u00e9dant.<!--more--> Le bruit dru de la pluie contre la carrosserie \u00e9touffait compl\u00e8tement la radio et j\u2019aurais pu me croire un instant sujet \u00e0 une sorte de malaise, \u00e0 peu pr\u00e8s sourd, \u00e0 peu pr\u00e8s aveugle, crisp\u00e9 sur le volant, projet\u00e9 \u00e0 travers l\u2019espace et le temps.<br \/>\nUn peu plus t\u00f4t ou plus tard sur la route, j\u2019avais eu un regard pour les \u00e9oliennes que les reliefs font \u00e9merger au bout du regard avant de les perdre et les retrouver enfin toutes proches dans un dernier mouvement. Sans doute, je n\u2019y ai pas regard\u00e9 aussi longuement que je le crois, mais les rencontres pr\u00e9c\u00e9dentes s\u2019agr\u00e8gent  en un moment composite, artificiel qui distend l\u2019instant r\u00e9el comme un surcro\u00eet d\u2019attention semble parfois ralentir les objets que l\u2019on regarde \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un effet de cin\u00e9ma. J\u2019ai griffonn\u00e9 \u00e0 la h\u00e2te quelques mots, appuy\u00e9 sur le plat du volant, tentant de remonter dans cette fascination pour la po\u00e9sie singuli\u00e8re des \u00e9oliennes, dress\u00e9es, monumentales au milieu du ciel comme de grandes fleurs pures. Chaque fois, \u00e0 les croiser sur le bord des routes, les tourner dans l\u2019\u0153il \u00e0 la fen\u00eatre dans un trajet en train dont elles deviennent un moment sp\u00e9cial du voyage, on se laisse longuement aller \u00e0 la contemplation de leurs girations lentes. \u00ab Brasse les mouvements de l\u2019air \u00bb, \u00ab caresse l\u2019impalpable ambiant \u00bb, \u00ab vertige du temps \u00bb.<br \/>\nApr\u00e8s un interminable voyage, enfin assis sur le rebord du lit de la chambre que j\u2019avais r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 proximit\u00e9 des Giardini, je fixais un instant le mur avec l\u2019impression de le voir s\u2019esquiver sur lui-m\u00eame dans un mouvement de coulisse. Me revenait avec retard, comme persiste un instant dans l\u2019\u0153il, tatou\u00e9e sous la paupi\u00e8re l\u2019empreinte d\u2019une lumi\u00e8re vive captur\u00e9e peu avant, mais dans tout le corps, ce m\u00e9lange d\u2019immobilit\u00e9 et de mouvement auquel j\u2019avais \u00e9t\u00e9 sujet dans ma couchette, les yeux tant\u00f4t ferm\u00e9s, tant\u00f4t rendus \u00e0 la veilleuse bleue qui trouait le plafond. Allong\u00e9 en repos bien que transport\u00e9 \u00e0 grande vitesse \u00e0 travers la nuit, sa dur\u00e9e et ses paysages, j\u2019avais plus ou moins r\u00eav\u00e9 de routes ou de d\u00e9rives, si bien qu\u2019au bord du lit, parvenu au terme du p\u00e9riple, je m\u2019en trouvais encore \u00e0 d\u00e9m\u00ealer des sensations contradictoires, tentant de les \u00e9quilibrer dans l\u2019id\u00e9e d\u2019un d\u00e9placement, d\u2019une courbe. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Or, j\u2019embarquais le soir m\u00eame pour Venise par le train de nuit. 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