{"id":6216,"date":"2013-11-10T21:59:44","date_gmt":"2013-11-10T20:59:44","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/?p=6216"},"modified":"2014-05-04T20:58:59","modified_gmt":"2014-05-04T19:58:59","slug":"le-mac-3eme-etage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/le-mac-3eme-etage\/","title":{"rendered":"Le Mac, 3eme \u00e9tage"},"content":{"rendered":"<p>Vous abordez g\u00e9n\u00e9ralement les \u0153uvres qui ponctuent les espaces d\u2019expositions (et ici la sc\u00e9nographie s\u2019apparente effectivement \u00e0 ce genre de ponctuation sans lien v\u00e9ritable) sans dictionnaire ni encyclop\u00e9die, sans non plus savoir tout de la biographie de son auteur et de ses intentions pr\u00e9cises. <!--more--> Le regard se double alors d\u2019hypoth\u00e8ses diverses impossibles \u00e0 v\u00e9rifier et qui donnent aux \u0153uvres une allure flottante, trouble, confuse. C\u2019est d\u2019ailleurs ce qui irrite parfois \u00e0 la longue : ne pouvoir se retenir \u00e0 rien, devoir se contenter de rapports n\u00e9buleux, des propos parfois abscons de cartels, d\u2019une polys\u00e9mie d\u00e9coulant d\u2019un curieux retrait de l\u2019auteur, ne semblant avancer un propos que pour le nuancer d\u2019une certaine \u00ab ironie \u00bb. Ce dernier mot revient souvent dans les textes introductifs aux productions actuelles, ce qui n\u2019est pas anodin, et la pr\u00e9sentation de Paulo Nimer Pjota (1988) \u00e0 laquelle j\u2019ai pu assister t\u00e9moigna de cette m\u00eame tendance : confronter art populaire et arch\u00e9types des productions classiques et des natures mortes, petits jeux chromatiques \u00e9voquant les exercices scolaires et pratiques de rue produit un r\u00e9cit vague ou plut\u00f4t une esquisse de r\u00e9cit fait de d\u00e9tournements un peu \u00ab ironiques \u00bb.<br \/>\nOutre deux formats sur taule de camion, \u00e9voquant un h\u00e9ritier de Rauschenberg pass\u00e9 par l\u2019influence du graphisme, son travail est visible sous forme imprim\u00e9e sur la fa\u00e7ade du b\u00e2timent de la sucri\u00e8re, laissant appara\u00eetre les m\u00eames tournures et m\u00eames r\u00e9f\u00e9rences. Curieusement aussi, il semblerait que cet ensemble se d\u00e9ploie \u00e9galement sous la forme de stickers pour les vitrines et je n\u2019ai pas pu fixer la tonalit\u00e9 ironique de ce qui agr\u00e9mentait un bijoutier-horloger de la presqu\u2019ile.<br \/>\nEn regard de ces jeux de citations, c\u2019est de la peinture \u00e9galement que l\u2019on peut voir dans la salle semi-circulaire qu\u2019occupe juste en face Meleko Mokgosi (1981). Sur le fond vierge de la toile peintre \u00e0 cru, s\u2019enchainent comme une fresque historique des sc\u00e8nes et figures d\u00e9contextualis\u00e9es \u00e9voquant une histoire africaine. A la mani\u00e8re de ces tableaux \u00e0 clef de la Renaissance, tout n\u2019est pas imm\u00e9diatement identifiable. Seule la pr\u00e9sence des chiens m\u2019a \u00e9t\u00e9 expliqu\u00e9e : jadis utilis\u00e9s pour la chasse au lion, les colons hollandais les auraient dress\u00e9s \u00e0 la chasse aux noirs. Le cartel confirme qu\u2019il s\u2019agit de questionner ici la mondialisation et la racisme : \u00ab Comme chacun le sait, les Britanniques ont choisi le nom de Cafrerie pour dire \u00ab kaffir \u00bb &#8211; l\u2019\u00e9quivalent de \u00ab negro \u00bb \u00bb. <\/p>\n<p>Le 3eme et dernier \u00e9tage du mus\u00e9e pr\u00e9sente tout d\u2019abord une large installation de David Douard (1983) dont il me semble que j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 crois\u00e9 le chemin aux Beaux arts (mais peut-\u00eatre fais-je erreur). Formes brutes, images imprim\u00e9es, fragments de texte ponctuent un espace d\u2019attente sans qu\u2019il soit ais\u00e9 d\u2019attraper un fil stable ou de saisir une esquisse narrative.<br \/>\nNon loin, Jeff Koons (1955) pr\u00e9sente deux toiles en lesquelles une esquisse narrative se manifeste par le collage de r\u00e9f\u00e9rences, empil\u00e9es comme un jeu de calques. Sur un fond tram\u00e9 \u00e0 la mani\u00e8re  de Roy Lichtenstein, se laisse deviner en transparence le tissus d\u00e9tour\u00e9 d\u2019un suaire devant lequel trois statues antiques, un satyre en \u00e9rection, deux v\u00e9nus se toilettant compl\u00e9t\u00e9s d\u2019une bimbo contemporaine chevauchant un dauphin en plastique \u00e9voquent une histoire de la sensualit\u00e9. Par devant enfin, un dessin rapide au trait esquisse un paysage marin avec voilier et soleil qui, \u00e0 bien y regarder, joue de l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 sexuelle. La seconde toile r\u00e9employant les m\u00eames \u00e9l\u00e9ments dans un ordre diff\u00e9rent, la bimbo \u00e9tant remplac\u00e9e par une vulve grav\u00e9e pr\u00e9historique avec laquelle se confond le dessin. Enfin, il est difficile de rester insensible \u00e0 la sculpture de grande dimension repr\u00e9sentant une v\u00e9nus, comme tourn\u00e9e par un modeleur de ballons qui renvoi des reflets de chrome. Le geste \u00e0 beau \u00eatre simple, la beaut\u00e9 plastique fait son effet.<br \/>\nDans la salle suivante, Ryan Trecartin&#038; Lizzie Fitch (1981) pr\u00e9sentent \u00e0 leur habitude une installation immersive compos\u00e9e d\u2019un grand d\u00e9cors esth\u00e9tisant plong\u00e9 dans la p\u00e9nombre m\u00ealant mobilier public et meubles de maison. Des vid\u00e9os comme bricol\u00e9es, semblables \u00e0 celles que l\u2019on trouve sur Internet d\u00e9voilent des adolescents se montrant \u00e0 la cam\u00e9ra travestis ou d\u00e9guis\u00e9s. La sph\u00e8re priv\u00e9e s\u2019\u00e9tale sur l\u2019espace ouvert du web.<br \/>\nPlus loin, l\u2019installation de Nobuaki Takekawa (1977), se laisse appr\u00e9hender par la maquette d\u2019une gal\u00e8re sur laquelle rament quantit\u00e9 de figurines. Au mur des fragments de carte d\u2019o\u00f9 sont \u00e9vid\u00e9s des patrons de sph\u00e8res lesquelles pendent au plafond. Enfin, sur un grand planisph\u00e8re peint sur toile j\u2019identifie la silhouette du d\u00f4me de Genbaku, monument pour la paix d\u2019Hiroshima que j\u2019avais d\u00e9couvert dans le tr\u00e8s beau film <a href=\"http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=-ZZhgzLB1xw\" target=\"_blank\">200 000 fant\u00f4mes<\/a>, de Jean-Gabriel P\u00e9riot. Puis la centrale en flamme de Fukushima et une derni\u00e8re image que j\u2019identifie par d\u00e9duction \u00e0 celle de Tchernobyl. Constat d\u2019actualit\u00e9, d\u00e9rive collective sous le joug d\u2019une \u00e9conomie globale.<br \/>\nEnfin, curieux rapprochement m\u00ealant images d\u2019archives et de fiction en noir et blanc \u00e9voquant la rencontre de trois po\u00e8tes allemands : Goethe, Schiller et H\u00f6lderlin. <\/p>\n<p>On sort de l\u00e0 vaguement d\u00e9boussol\u00e9 par l\u2019accumulation des \u0153uvres, les surgissements de sens et les obscurit\u00e9s, incapable sur le coup de retenir une image, une id\u00e9e. On vient de visiter la 12\u00e8me biennale de Lyon. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vous abordez g\u00e9n\u00e9ralement les \u0153uvres qui ponctuent les espaces d\u2019expositions (et ici la sc\u00e9nographie s\u2019apparente effectivement \u00e0 ce genre de ponctuation sans lien v\u00e9ritable) sans dictionnaire ni encyclop\u00e9die, sans non plus savoir tout de la biographie de son auteur et de ses intentions pr\u00e9cises.<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":6217,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-6216","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6216","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6216"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6216\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6381,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6216\/revisions\/6381"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6217"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6216"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6216"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lironjeremy.com\/lespasperdus\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6216"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}